‹ Notions élémentaires de la science sociale de FourierChapitre 9 sur 34 · Q l’attraction · texte numérisé non relu

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croyance qui supposait déjà.implicifement le dogme de la bon té native'des principes constitutifs *de f’âme. ' '

Le christianisme, en face du monde barbare, rie prit guère agir sur ses rudes enfants, que par son côté symbolique et merveilleux, et dut attendre, pour développer son élément philosophique, que l’âge de la réflexion eût sonné pour l’humanité.

Dès le XVI e siècle, à la suite des travaux d’érudition qui renouèrent l’Europe chrétienne aux traditions du monde antique, un mouvement profond se manifesta. Luther, dans la sphère religieuse, et bientôt après Bacon et Descartes, dans la sphère des études philosophiques, proclamèrent à leur tour la souveraineté de la raison, que le christianisme avait tenue jusqu’alors sagement enchaînée, pour la sauver de sa propre faiblesse pendant la période des temps barbares.

Dès Jors, le genre humain sembla prendre urië route nouvelle. Lé cercle des idées fut élargi en tous sens. Les découvertes scientifiques apportèrent des éléments précieux à la philosophie , qui, de son côté, avait abordé hardiment l’étude des premiers principes- Et lorsque ces matériaux réunis eurent formé comme une nouvelle synthèse des idées générales, leXVIII'sièclevint pour en faire l’appli-

dation aux sociétés, but final de tous Jes travaux de la pensée humaine. La théocratie, à la fois religieuse et politique du catholicisme, fut attaquée par la raison agrandie sous son influence même ; la monarchie'absolue et la noblesse féodale, au nom de la dignité, et des droits de chaque homme que la philosophie venait, croyait-on, de révéler, mais qui, en réalité, étaient écrits dans le code chrétien plus éloquemment que partout ailleurs'. Enfin, la révolution française inaugura cette phase solennellë, qui ne fut, après tout, qu’une légitimation nouvelle de Indignité humaine.» Tous les malheurs dit monde, disait l’Assemblée constituante, viennent de C ignorance et de ta violation des droits de l'homme. » Le premier mot des nouveaux contrats politiques sortis de cette rénovation fut : tous les Français sont égaux devant la loi. Donc, c’était la réhabilitation civile du pauvre qui était définitivement conquise.

Cependant manquait encore à l’édifice une dernière pierre-plus importante que toutes celles que le travail des siècles y avait successivement ajoutées. A quoi servait en effet

1 Le plus grand malheur des doctrines sociales du christianisme, cest d'avoir etc formulées d’nnè manière vague gui a, tour à tour, permis les interprétations les plus opposées.

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de déclarer le pauvre libre et égal en dignité civile aux autres hommes, tant qu’on laissait peser sur lui la cause de toute dégradation, la misère avec son cortège d’ignorance, de grossièreté, de vices et de mépris? Vous me proclamez libre et sain, et vous m’abandonnez à une lèpre incurable! vous me dites votre égal, et vous me laissez à votre porte dévorant les rebuts de votre festin.... Que faire?L’œuvre des réhabilitations politiques était accomplie : décréter l’égalité absolue, c’était se jeter au-delà du but, plus loin encore dans l’arbitraire et l’impossible que n’allât jamais.aucune société : car, a quoi bon proclamer l’égalité, quand l’inégalité est la loi manifeste, inéluctable de la vie !

« Il suffirait, disent les radicaux de notre époque, d’étendre les droits politiques à tous.» Sans nul doute ces droits appartiennent à tous, et nous appelons cette réforme de nos vœux; mais tant que tous ne jouiront pas de leurs droits d’hommes intelligents par l’éducation, d’hommes libres par la sécurité du travail et de l’existence, n’est-ce pas se jeter dans l’empirisme?

Il n’y avait plus qu’un moyen d’avancer sûrement : c’était de pénétrer aux sources de la vie comme de la société humaine, pour accomplir une dernière réhabilitation qui

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seule pouvait sanctionner toutes les autres : la réhabilitation nu travail. Qui ne sent, en effet, que de là découleront d’elles-mêmes toutes les prérogatives politiques et sociales attribuées à tous? Car il s’agit désormais qu’on y songe, non plus seulement des fonctions élégantes, des arts de luxe, mais encore des travaux qui sont le lot du pauvre, les plus humbles, les plus méprisés: ne sont-ils pas aussi les plus nécessaires? Soyons donc logiques : si la société ne peut exister sans travaux dégradants, il faut des esclaves pour les accomplir. De quel droit imposerions-nous à notre égal devant Dieu et devant la société une fonction qui le ravale au-dessous de ses semblables, et tend à effacer de son front le sacré caractère de sa nature?... La violence ou la faim pourront seules l’y contraindre. Il ne faut pas abaisser l’homme à l’humilité de la fonction, il faut relever la fonction à la hauteur de l’homme : à ce prix, seulement, le problème social est soluble.

Mais qu’on y réfléchisse : réhabiliter le travail ,c’est réhabiliter l’homme tout entier; c’est surtout réhabiliter tous ses mobiles d’activité, autrement dit ses passions. Qui peut convier l’homme au travail, sinon le désir d’une satisfaction passionnelle ? L’un recherche les jouissances que procure l’argent; l’autre obéit à l’a-

liiour de la gloire ; les plus grands au patriotisme, a la passion du devoir, à l’enthousiasme religieux. Ne sbnt-cp pas là, les éternels m obiles de l’homme! Et puis, comment concevoir le développement dé l’activité générale sans les rivalités ardentes, les émotions de la lutte et du triomphe, sans l’exaltation des individualités;. en' un mot, sans l’épanouissement passionnel le plus complet? Les passions sont donc bonnes en elles-mêmes, puisqu'elles donnent l’impulsion au travail, et que le travail est la seule base logique sur laquelle il soit possible de'fonder lés sociétés humaines.

Cette suprême réhabilitation des mobiles de la vie était si bien au fond de tousles travaux philosophiques dit passé, que le xvm e siècle l’avait instihctivëmént annoncée. « Que serait l’homipè saris ses passions,"disait Fontenelle? une machine. » Diderot’ n’était pas moins formel : «'C’est le comble de la folié, s’écrait-il, que de préposer la ruine des passions !Je beau projet que celui d’un forcené qui se tourmenté popr ne rien désirer ne rien aimer,’et' qui,'s’il réussissait, serait un monstre'! » Voltaire et p’AÏembert parlèrent cent fois dans le même sens ; enfin Rousseau disait au corinmencëmént de son traité sur l’Education':» Tout est bon en sortant ides mains

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