‹ Notions élémentaires de la science sociale de FourierChapitre 27 sur 34 · AGRICULTURE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE

Série de genres.

Céréales.

Séries d’espèces.

Seigle.

Froment.

Riz.

Orge.

Millet.

Ces différentes espèces de produits, pour lesquels il faudrait faire les mêmes observations que pour les séries supérieures, donneront lieu, selon la suecession de leurs travaux, à plusieurs ordres de fonctions. Le Froment en particulier réclame :

Le labour.

L’engrais.

Les semailles.

Le serclage.

La moisson.

Le battage.

Le moulage.

La panification.

Enfin chacun de ces ordres de fonctions se résout en parties aussi simples, aussi élémentaires que possible, confiées à de petits groupes de travailleurs, et qui deviennent parleur facilité, par la rapidité de leur exécution, par le charme du travail commun et une foule d’autres conditions nouvelles, découlant du

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piinupe (le l’association, plutôt un plaisir qu’une fatigue. Quelle différence avec les labeurs si durs, si' monotones de notre société !

Rien ne serait plus aisé, on l’avouera, que ■d’appliquer immédiatement le même principe de décomposition régulière à toutes les séries de fonctions, et d’arriver par là à une subdivision du travail aussi détaillée que le demandera l’utilité publique -et la variété de goût des travailleurs. Dès aujourd’hui l’extrême division du travail a été réalisée avec d'immenses avantages dans plusieurs branches d’industrie. — Les services d’administration publique, les bureaux des ministères et l’organisation de l’armée nous offrent aussi des exemples remarquables da classement des fonctions.

Nous ne chercherons pas à dissimuler, toutefois, qu’il y ait des questions de détail à résoudre dans la classification de quelques travaux, et surtout dans l’agencement général de ce mécanisme, sous le point de vue de l’économie de forces, de temps et de ressources. L’expérience ne saurait jamais être complètement suppléée par la théorie même la plus rigoureuse. Ce sera donc la tâche des hommes spéciaux, des ingénieurs, des architectes, des agronomes, des industriels, de tous les praticiens, eu un mot, de se concerter au

jour de la Réalisation pour aplanir ces difficultés de détail. Il faut même remarquer à cet égard que, si parfaitement qu’on établît d’avance toutes les pièces de cet ensemble, la connaissance pratique de chaque fonction en elle-même et dans, ses rapports avec les autres , et les progrès de la science, apporteraient infailliblement de nombreuses modifications à ces combinaisons théoriques : tantôt pour substituer uue machine aux bras de l’homme, tantôt pour transformer soit un mode d’exploitation , soit un produit..

Ce serait méconnaître ce que le génie humain a de progressif, que d’imaginer à priori un moule organique si absolu, qu’il ne souffrît pas de déplacement dans ses moindres détails. Mais ce qui distingue éminemment l’Associatjon de toute autre organisation sociale, c’est qu’en vertu de la solidarité intime des intérêts, de l’unité générale de plan et de la multiplicitédefonctions qu’accomplira chaque travailleur, toute innovation dans les procédés de travail ou de classement sera immédiatement profitable à tout le monde.. Concentrons donc ici notre étude sur l’engrenage général des travaux, afin de faire entrevoir la fécondité de l’exploitation sociétaire.

La Commune associée, à laquelle.fouricr ;t donné le nom de Phalange, par souvenir As-

ce corps macédonien qui offrait un modèle d’organisation militaire si compacte, et qui valut à Alexandre la conquête du monde ; la Commune, avons-nous dit, ne possède plus qu’un seul capital immobilier ( une lieue carrée environ dans les pays de plein rapport, et un édifice unitaire que nous décrirons plus tard) à l’exploitation duquel les capitaux, les bras et les sciences de chacun doivent concourir. Plus de haies et de fossés ennemis, plus de cabanes enfumées et malsaines. Au lieu d’étre fatigué par la vue de ces emblèmes de défiance et de pauvreté, et par ces mille parcelles de terrain travestissant si misérablement le paysage, l’œil s’étend sur une plaine harmoniquement distribuée, veinée en tous sens par les eaux d’irrigation que ne monopolise plus la cupidité, et soumise à un plan de culture à la fois savant et pittoresque. Les collines, dénudées aujourd’hui par une spéculation ignorante, ont repris leur enveloppe de verdure, et avec elle leur bienfaisant empire sur l’atmosphère ‘.

1 La question du reboisement des montagnes, soulevée par Fourieril y aquarante ans, commence à occuper sérieusement les esprits. La dégradation de plus en plus sensible des climats, et les ravages effroyables des inondations qui semblent se multiplier partout en France, ont ouvert les yeux à nos économistes : le.

Au lieu île cent cinquante charrues, de deux cents chevaux plus ou moins chétifs, d’un nombre presque égal de bâtiments de fermes et de pauvres foyers resserrés, incomplets, humides, de quelques maigres troupeaux, la commune emploie seulement dix charrues bien faites ) vingt ou trente chevaux de bonne race et bien nourris; elle possède une seule ferme immense, bien airée, distincte et séparée de la demeure des hommes, enlin des bestiaux nombreux élevés, grâce aux ressources de la culture générale, dans les meilleures conditions. '

Un système scientifique d’assolement, « l’a- » ménagement des eaux pour des irrigations « générales,d’utilisation de toutes les matières >> pouvant servir d’engrais, le choix des meil- )> leures graines, d’année en année, sur des « quantités considérables, et des plus beaux » sujets de chaque espèce animale, le secours « des machines dans une multitude d’opéra- » rations » tendront à accroître et à perfectionner tous les produits, à développer avec

rehoisemcnL est à l’ordre du jour dans la presse parisienne ; mais on ne saurait l’accomplir d’une manière méthodique sous le régime du morcellement de la propriété.

' Fourier, sa vie et sa théorie, par Ch. Marin, page 352.

économie les ressources naturelles ilu sol, comme à localiser chaque culture dans le terrain qui lui est le plus favorable.

Le territoire de telle commune se trouvet-il particulièrement propre à la production des céréales, des graminées, des légumes ? La solidarité qui relie entre elles les diverses communes du canton permet à chacune de développer librement sa culture favorite ; et, au total, c’est l’intérêt commun. De la sorte, chaque sol atteint un degré de fécondité plus grand que s’il luttait contre sa nature, comme il arrive forcément aujourd’hui; et, d’un autre côté, la sûreté et la facilité des échanges entre les communes assure à chacune la jouissance de produits supérieurs à ceux qu’elle obtiendrait de son propre sol dans les mêmes genres de culture.

Il y a longtemps qu’un poète agronome a dit : Ncc vero terrœ ferre omnes omnia possunt L « Chaque terrain ne saurait tout pro- » duirc. » Elargissons le cadre de cette pensée , et nous sentirons quelle indication religieuse la Providence a cachée sous la variété en apparence fortuite des productions locales. N’a-t-elle pas voulu nous faire comprendre le besoin que l’homme a de tous ses sem-

1 Virgile, GOorgiques, liv. 2.

blables, en lui inspirant le désir d'une multirplieité de produits, que peuvent seuls fournir le travail collectif et de vastes espaces, en rendant, pour ainsi dire, les productions du globe entier nécessaires à chaque nation, à chaque commune, à chaque homme ?

Le caractère saillant de l’agriculture sociétaire est de réunir les avantages de la- grande et de la petite culture, sans avoir les inconvénients ni de l’une ni de l’autre. On ne saurait contester d’une part que l’exploitation sur une grande échelle n’offre des ressources, des moyens d’économie et des conditions de progrès bien supérieurs à la culture morcelée.

En voici un exemple frappant.

Le sol de l’Angleterre appartient, comme on sait, a un assez petit nombre de familles opulentes qui l’exploitent en grand avec le secours de capitaux considérables.

La France, au contraire, compte an nombre de propriétaires, démesurément- plus élevé.

Son territoire est généralement coupé en parcelles assez petites, que le plus grand nombre des propriétaires cultivent eux-mêmes, à la sueur de leur front, et avec des ressources nécessairement très-bornées. Eh bien ! il est constant pour tous ceux qui ont parcouru les deux pays que l’agriculture anglaise présente un caractère de supériorité notable sur

celle de la France. L’irrigation y est magnifique, le sol plus savamment assolé, les bâtiments de fermes plus élégants et plus spacieux , les bestiaux de race plus parfaite, le prix des fermages plus élevé.

Voici, du reste, un tableau comparatif delà production agricole des deux pays que nous empruntons aux travaux statistiques de M. S. P. Pagès de l’Arriège. (Encyclopédie de Courtin, tome ix.)

En Angleterre, 20,000,000 d’hectares en valeur.don-

nenl un produit brut de . . 5,420,000,000 fr. En France, 40,000,000 donnent. 4,680,000,000 En Angleterre, 1 hectare produit

(terme moyen). 270 fr.

En France, 1 hectare produit. . 147

En Angleterre, 8,892,000 agriculteurs produisent. 5,420,000,000 fr.

En France, 19,000,000 agriculteurs produisent. 4,680,000,000

En Angleterre, 1 cultivateur produit (terme moyen). . . . 79 2 fr

En France, 1 cultivateur produit, 234

Quoiqu’il nous paraisse difficile d’établir l’exactitude absolue d’un travail aussi général que celui-là, et qui date déjà d’une quinzaine d’années environ, nous ne pouvons nous empêcher d’être frappés de ses résultats. L’agriculture anglaise y apparaît, eu

égard à la différence d’étendue territoriale, démesurément plus riche que la nôtre. Ou doit, il est vrai, tenir compte de quelques eondirions particulières à chacun des deux pays. Les travaux d’exploitation coûtent beaucoup plus en Angleterre qu’en France; et si le cultivateur français était obligé de dépenser autant en engrais et en frais de toute sorte que le propriétaire anglais, il ne pourrait y suffire. Ajoutons aussi que l’évaluation de la production, en argent offre un terme de comparaison moins exact que si elle était faite par la quantité même des produits; car différentes causes économiques que nous ne pouvons rechercher en ce moment, portant plus haut en Angleterre qu’en France la valeur pécuniaire des produits agricoles, une égale quantité de produits équivaut à une somme d’argent plus élevée chez nos voisins d’outre-Manche que chez nous. Maigre ces restrictions, la supériorité agricole de l’Angleterre demeure saillante et considérable. Cette supériorité mérite d’autant plus d’être signalée,, que le sol de la France plus fertile par lui-même, n’est pas d’ailleurs cultivé avec moins de courage par cette foule de petits propriétaires qui y trouvent un intérêt personnel direct et pressant, que l’Angleterre ne saurait l’être par les mains de scs laboureurs

mercenaires; mais l'absence de capitaux, la nécessité de faire tout par soi-méme avec ses seules ressources, l’ignorance des procédés supérieurs ou l’impossibilité de s’en servir, les obstacles qu’apporte aux irrigations générales l’hostilité des intérêts voisins, la concurrence des produits sur le marché qui tourne toujours à la ruine du pauvre ; enfin les exigences immédiates de sa position qui le forcent à méconnaître souvent la nature particulière de son terrain, pour en retirer tant bien que mal la chose qui satisfait au plus grand nombre de ses besoins (comme la pomincde-tcrre dans un grand nombre de pays) :

voilà autant de circonstances fatales auxquelles le petit cultivateur ne saurait échapper. Aussi l’usure devore-t-elle notre agriculture sans parler des impôts exorbitants qui l’accablent, ni des terreurs dans lesquelles le moindre désordre climatérique plonge l’inl'ortuné propriétaire. Que dis-je? plusieurs années fécondes de suite dans les régions vinicoles sont un désastre !

Par Fassociation tous ces fléaux disparaissent. Chapun des travailleurs prend autant d’intérêt à l’exploitation sociale que s’il cultivait pour lui seul : ne sait-il pas que son revenu grossira parallèlement à la fortune publique? L’impôt réparti sur tout le capital

JfiO ORGANISATION

social, n’accable plus la seule propriété : il se prélève annuellement sur la totalité des produits, avant la répartition individuelle. Ainsi se trouve supprimée cette multitude de collecteurs , inspecteurs , receveurs, enregistreurs, et tous ces impôts directs, indirects, octrois et patentes, etc., qui coûtent si cher et compliquent tellement nos rouages financiers. La concurrence anarchique a disparu.

La garantie du minimum pour chaque citoyen et le contrat d’assurance qui unit les communes par un lien semblable, affranchissent l’homme de toute crainte, et lui font goûter une sécurité plus précieuse encore que la richesse. Il n’y a plus de ruine possible, à l’abri de cette religieuse solidarité qui étend sa protection sur le genre humain tout entier.

Cependant l’atelier industriel a subi une transformation analogue à celle de l’atelier agricole ; ce sont les mêmes capitaux, les mêmes intelligences, les mêmes bras qui font mouvoir parallèlement ces deux puissances productrices devant se prêter sans cesse un mutuel secours. Ces vigoureux travailleurs, qui, tout à l’heure, vêtus de sarraux champêtres, traçaient un sillon, les voilà sous un nouveau costume tissant, forgeant, ciselant, etc. Plus tard nous les retrouverons encore se mêlant aux chœurs dès musiciens, ou bien mé-

cillant, le front penché sur le livre, les graves problèmes de la science !

Ainsi brille partout l’économie des ressorts : aucune valeur , aucune force, aucun instant n’est perdu.

Un seul édifice contient les divers éléments du foyer de production : son nom est le Phalanstère. Les ateliers, les magasins, les cuisines, les salles publiques, les galeries, les appartements particuliers, sont coordonnés avec symétrie, et élégance dans le sein de cette ruche laborieuse, de manière à ce que chacun profite plus complètement des ressources générales. Une galerie spacieuse embellie par les arts, et chauffée en hiver, parcourt tout l’édifice semblable à l’artère capitale qui porte le sang et la vie jusqu’aux extrémités du corps. Une aile du Phalanstère renferme spécialement les ateliers bruyants; l’aile opposée est consacrée aux travaux de l’esprit et à la réception des étrangers.

Le centre du bâtiment principal est occupé par une vaste rotonde servant de bourse ou de lieu d’assemblée générale. Au-dessus, s’élève la tour d ordre surmontée d’un télégraphe chargé de transmettre, soit aux travailleurs répandus dans la campagne, soit aux communes voisines des avertissements rapides. Le Phalanstère contient encore une

église et un théâtre, des salons de toute espèce,et enfin des logements appropries à toutes les fortunes, chauffés et éclairés en grand par les différents fourneaux qui créent la vapeur, ou qui alimentent le feu des cuisines ou accomplissent tout autre service général; et la vapeur elle-même, après avoir ébranlé les puissantes machines et donné 1 impulsion â tout le mécanisme industriel, va encore desservir une foule de besoins publics et privés ; elle fournit partout la chaleur et l’eau, alimente les bains, et porte jusque dans les plus humbles demeures une température douce et salubre.

Il n’y a plus qu’un seul cellier, une seule cave et une seule cuisine, mais dans laquelle se prépare une nourriture appropriée aux goûts et à la fortune de chacun. On devine sans peine quelles immenses économies résultent de ces dispositions; et combien, cependant, toutes les parts s’en trouvent merveilleusement accrues; quelles heureuses conditions de luxe, de salubrité, de confort général succèdent au malaise et à la déperdition actuelle. •

L’Administration forme une des branches capitales de l’organisation des travaux. Elle est confiée dans la Phalange à une, corporation spéciale qui porte le nom série adhi-

nistrative. Ses fonctions sont intérieures et extérieures. Al’intérieurelle administre les intérêts généraux et particuliers ; à l’extérieur, elle règle les rapports de la commune avec les autres communes, avec la province, l’empire.

1° Administration intérieure. La série d’administration, divisée et subdivisée, comme toutes les autres Séries, en genres, espèces, variétés, et composée en somme de la majorité des citoyens, tient les rênes de la fortune publique, établit une statistique constante des besoins et des ressources, afin de les harmoniser avec la production ; détermine le rang et futilité de chaque chose; préside à toutes les transactions publiques et privées ; soumet à des tribunaux d’arbitrage les causes de dissidence; tient un compte ouvert à chacun pour sa consommation d’un côté et son travail de l’autre ; préside à la répartition des bénéfices ; inscrit les ayants droit sur le livre du capital; rassemble les produits autochtones et étrangers, afin de les livrer à la consommation avec mesure, justice et sûreté. De la sorte, la cupidité particulière ne vient plus s’interposer entre le producteur et l’acheteur, sous le nom de gros et petit commerce, et vivre en parasite aux dépens de l’un et de l’autre.

En résumé, la série administrative remplit à la fois les emplois de teneur de livres, de caissier, de notaire, de percepteur, de négociant, de banquier, de régisseur, etc..Toutes ces fonctions, qui occupent aujourd’hui une place si grande, si dispendieuse dans le mécanisme social, qui renferment tant de juridictions divisées, jalouses, compliquées, les voilà réunies et engrenées, formant comme les éléments d’un seul cabinet d’affaires ; les voilà placées hors de la spéculation individuelle, sous la main de la société elle-même. Elles la suivront pas à pas pour veiller, avec une incorruptible fidélité, à sa fortune et à son bien-être; et accompliront à la fois auprès de chacun l’office d’intendant avec une intégrité, une prudence et une habileté qui ne sauraient être plus grandes. Que de soucis épargnés à la plupart des hommes ; que de ruines de fortune prévenues; quel affranchissement des préoccupations matérielles, et, par suite, quel entraînement vers les choses nobles ! Enfin quel relien puissant entre les intérêts et les affections , entre l’homme et la société tout en-

1 La Série administrative est une spécialité fonctionnelle comme la Série agricole et les autres, et non parconséqueutun pouvoir public. — La direction gé-

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2° Administration extérieure. Eu face cleS autres communes, la commune associée ne nous apparaît plus que comme un seul homme jouissant des mêmes droits et devant . accomplir les mêmes devoirs. D’abord, un contrat de garantie réciproque met chaque phalange à l’abri de toutes les chances accidentelles de ruine, telles qu’incendies, grêle, inondations, disette. Un trésor provincial est formé dans ce but avec les souscriptions collectives et individuelles des phalanges, et sert, dans les années heureuses, à multiplier les travaux d’utilité générale, routes, ponts, canaux, marchés, etc. lorsqu’ils ont été décidés par le Congrès provin -

Cette assemblée, que préside le chef politique de la contrée, est formée de délégués élus dans là régence de chaque commune '.

Sa mission est de veiller aux intérêts «minérale de la Commune appartient à un conseil formé par élection de tous les fonctionnaires éminents en chaque genre et qui porte le nom de Régence. Celui qui préside ce conseil est le premier magistrat de la Commune. Il relève aussi de l’élection. De plus chaque ordre de travaux possède sa hiérarchie spéciale et ses réglements. Nous développerons davantage ces questions au chapitre de la Hiérarchie.

1 Voyez la note précédente.

muns du pays. C’est la régence d'une province. A elle est confié le soin d’établir l’équilibre entre la production et la consommation par des travaux de statistique exacts, de régler les conditions d’échange, de voter le budget provincial. Il fait encore pour la contrée l’office de Cour des comptes et de Conseil d’État et concourt à la formation des Congrès supérieurs. Telles sont, en abrégé, les attributions du Congrès provincial‘.

Chaque phalange possède dans le chef-lieu de la province, et chaque province dans la capitale de I’empire, un comptoir et uu entrepôt pour les besoins de son commerce. Des agents envoyés par les régences mettent en action tout ce mécanisme. Les grandes villes renferment aussi des musées et des bibliothèques plus riches, et des écoles supérieures entretenues aux frais du trésor provincial, dans lesquelles chaque phalange envoie ses élèves éminents pour y pousser plus avant leurs études.

Le lecteur pourra facilement suppléer à ce que cette esquisse de l’élément administratif en association laisse à désirer, en partant de

1 Les degrés de circonscription hiérarchique seront multipliés suivant les pays et les besoins. (Voyez le clinpitre de la lIiéiiAiicine.

ce principe que les communes sont aux communes, et les provinces aux provinces, ce que les citoyens sont aux citoyens dans la commune.

Nous ne dirons presque rien ici des autres branches de fonctions : les indications générales que nous avons données pouvant s’appliquer à toutes indifféremment.

Le commerce, comme le lecteur a dû s’en apercevoir dans ce qui précède, subit une complète métamorphose. Il ne peut plus être, comme aujourd’hui, « l’art d’acheter 3 fr. ce qui en vaut 6, et de vendre 6 fr. ce qui en vaut trois (Fouiuer). » Le principe de l’association exclut toute spéculation frauduleuse et la rend impossible. Plus de commerce particulier, et plus par conséquent de concurrence mercantile. Dans l’intérieur, c’est la phalange qui vend à ses membres, ou pour mieux dire à elle-même. Le fonctionnaire chargé de ces transactions n’a aucun intérêt à frauder sur une marchandise qu’il ne vend plus pour son compte personnel : ici point d’accaparement, point d’agiotage, point de hausse ou de baisse factices, point de ruses et de supercheries.

En un mot, l’association des intérêts, et le contrôle général exercé perpétuellement par la participation de tous à chaque chose, sont des garanties assurées contre les tentatives de

la cupidité individuelle. « S’il n’y avait pas du receleur, il n’y aurait pas de voleur, » a-t-on dit: c'est surtout en association que se vérifient cet axiome, A l’extérieur, même sûreté : l’assemblée de la province a déterminé la valeur commerciale des denrées : les échanges se font a prix fixe et avec garantie pour la qualité des marchandises.

Les travaux domestiques sont, pour la plupart, convertis en fonctions publiques. Il y a la blanchisserie, la buanderie, les ateliers de coutures, de modes, d’habillements sociétaires; le service intérieur de propreté est accompli en grand, comme aujourd’hui l’entretien et l’éclairage des rues et des édifices publics; celui de table est adapté aux goûts et aux fortunes. On vit chez soi ou dans les salles publiques, en famille, ou en réunion d’amis, ou même seul, suivant sa disposition.

Les voitures publiques sont gratuites : les particulières, à qui veut les payer. Ainsi eii est-il des chevaux et des animaux de fantaisie, et de tous les objets d’art et de luxe.

L’éducation fera l’objet d’un chapitre spécial que nous placerons ailleurs.

U est facile de se faire une idée de l’ardeur avec laquelle seront cultivés les sciences et les arts dans une société où tout le monde aura reçu une éducation libérale, et où les préoc-

cupatious matérielles ne forçant plus le savant et l’artiste à faire <lu métier, ils pourront se vouer avec amour à la poursuite de leur idéal. Qu’on se rappelie aussi que la variété des fonctions accessibles à tout le monde, offrira aux jeunes artistes, aux littérateurs et aux savants, non-seulement le moyen de se délasser des travaux de l’esprit, mais éncore une honorable ressource, lorsque l’inspiration leur fera défaut. Us y trouveront même Une consolation dans l’insuccès. Tel qui, cédant trop tôt à sa jeune ambition, s’était vainement dit le ancA’io son’ pittor, ne sera pas condamné r comme aujourd’hui, par la faim, aux tristesses'et à l’humiliation de la médiocrité; et, peu à peu , tournant son ardeur vers un autre but, deviendra un industriel et un agronome habile au lieu de rester un mauvais peintre.

Quant aux artistes vraiment inspirés, quel horizon s’ouvrira devant eux ? L’association agrandit, poétise, embellit tout. Sous ses auspices la nature devient plus riche et plus harmonieuse, le ciel plus pur. L’homme régulièrement développé, possédant à la fois un corps robuste et une intelligence assouplie; la femme conservant la délicatesse des formes an milieu d’une vie active et variée ; réunissant la vigueur des filles du peuple aux élé-

gantes proportions tics races aristocratiques; la femme rayonnant d’une beauté inconnue parmi nous, la beauté du bonheur; quels types féconds pour les Phidias et les llaph.icL de l’avenir 1 !

Et la musique!... Comment peindre sa puissance en association ? Qu’on se représente une société dans laquelle tout le monde est capable de concourir à l’exécution d une œuvre musicale. Combien de vocations d artistes qui meurent étouffées aujourd’hui ne s’y révéleront-elles pas? Et puis quels éléments de puissance entre les mains da compositeur ! Dans chaque phalange, un orchestre de trois ou quatre cents instrumentistes, un nombre encore plus considérable de chanteurs, et, pour auditeurs, tout un peuple initié au sentiment des arts. Quelles émotions, quel enthousiasme, quels majestueux accents! Oh! ce n’est qu’alors que l’humanité comprendra bien la sublimité et la puissance religieuse de la musique !

Accordons quelques développements à l’art humain par excellence, l’architecture.

Ce n’est pas encore maintenant, nous le comprenons, que le lecteur peut admettre ce perfectionnement de la nature et. des races dont nous parlons, — qu’i! veuille bien l’accepler'sous bénéfice d’inventaire, jusqu’au moment où nous pourrons en exposer les preuves.

L’architecture est le ]>lus grand, le plus puissant des arts. Tous les autres ne lui servent que d’ornement. La sculpture anime ses frontons, effeuille ses colonnes ; la peinture peuple ses arceaux et ses voûtes ; la musique est la grande voix du monument. Mais la peinture, la sculpture, et jusqu’à un certain point la musique, vivent d’imitation : l’architecture seule vit complètement de sa pensée : c’est la fille.aînée du génie de l’homme. Aussi eutelle pour mission de réaliser dans chaque âge l’idéal d’unité qui domina les sociétés hu-

La vieille Egypte, avec ses castes fatales, infranchissables, sa religion mystérieuse, son respect aveugle du passé, réalisa sans doute une forte unité à la fois politique et religieuse, et dont son architecture imposante est demeurée jusqu’à nous l’ineffaçable symbole.

Mais dure, impitoyable, elle sacrifia l’homme à un immuable organisme et à l’orgueil de ses despotes et de ses prêtres. Tout y fut mystère, hiéroglyphe, énigme. Quelle efflorescence d’art était possible chez un tel peuple ? Ses monuments furent des sphinx gigantesques et enchaînés, des monolithes grossiers couverts, pour tout ornement, de signes cabalistiques, des colonnes lourdes et basses, et surtout la pyramide dont la niasse^ la nudité

et la froide grandeur exprimaient si bien la puissante et immobile unité de la société égyptienne.

Chez les Grecs, le peuple artiste par excellence, l’unité fut dans l’art. La religion ellemême n’était guère qu’une gracieuse fantaisie de l’art, une série de fictions écloses dans le cerveau des artistes et des poètes que le peuple surnommait les pères des dieux. L’architecture exprima par la pureté de scs lignes, l’élégance et la justesse de ses proportions, le sentiment exquis de beauté dans la forme qui domina exclusivement la Grèce. Mais froide, comme tout ce qui part de l’imagination plus que du cœur, monotone, sans élan, elle symbolisa fidèlement une société égoïste et sensuelle, dénuée d'amour et de largeur dans son patriotisme et dans sa religion.

Les Romains prodigieux athlètes de l’unité politique, mais formés à l’école artistique de la Grèce, ne réalisèrent point un idéal'd’architecture nouveau. Toutefois ils créèrent Y Arc, élément plus hardi et plus vivant que les angles éternels des édifices grecs ; de plus les Romains imposèrent à leurs monuments ce cachet de grandeur, de ténacité et de force qui était le fond de leur génie. Les cirques immenses, les colysées, les'ponts et les aqueducs latins qui se rencontrent et se recon-

unissent partout : tous ces travaux gigantesques, que le temps ne peut vaincre, ne sontils pas les vivants témoignagnes de cette puissante unité politique que le Peuple-Roi imposa par la force à l’ancien monde?

Lorsque le christianisme eut dépose, dans le sein de l’empire des Césars, le germe d’une nouvelle unité, l’architecture romaine lit encore un pas et créa le Dôme qui d’ailleurs avait Y Arc pourprincipc. Le genre Bysantin naquit principalement du mélange des formes grecques avec cet élément nouveau dont il abusa.

Toutefois l’art vraiment chrétien ne pouvait apparaître que chez un peuple jeune. Ce fut dans l’occident barbare qu’il se développa.

La société du moyen âge tendit par-dessus tout à l’unité religieuse : cependant son idéal eut deux faces : la guerre et la religion. L’architecture les symbolisa lidèlement. Le château féodal se dressa sur toutes les hauteurs, fier, inaccessible, couvert d’une impénétrable armure de bastions, de créneaux et de tours. Exista-t-il jamais une plus saisissante expression de la force, de l’orgueil et du despotisme individuel (pie le manoir féodal?

La cathédrale, celte merveille de l’unité chrétienne, naquit comme par enchantement de toutes parts, sans qu’on puisse dire bien.

précisément d’où en sortait le type. Immense à sa base comme la société chrétienne qu’elle doit contenir tout entière, elle lance vers le ciel, à travers des ornements barbares et naïfs, ses voûtes si hardies, ses ogives, ses clochetons et ses flèches, comme les aspirations d’une âme pieuse vers le céleste séjour

Aujourd’hui plus d’unité, partant plus d’architecture. Nous vivons du passé : nous faisons du grec ou du gothique, servilement, sans inspiration, sans foi. C’est le reflet de notre monde social dans lequel tous les débris des vieilles unités luttent confusément.

Ce sommeil de la grande architecture du- .

rera jusqu’au jour heureusement prochain, où se réalisera I’unité sociale qui doit résumer toutes celles du passé en les absorbant.

L’édifice sociétaire sera le symbole matériel de cette rénovation sublime. Voyez, en effet, quel but il offrira aux conceptions de l’artiste. Réunir dans I’unitk de l’édifice toutes les branches de I’uxité sociale : la religion, l’art, l’industrie, la vie domestique, le palais,

i Le siècle de la Rensi sauce tenta lafusion de l’art gothique avec les formes grecques et romaines, mais pas plus sous ce rapport qu’en philosophie ou en politique, la Renaissance ne créa de véritable unité; et l'architecture de cette époque ne fut que de la décoration cl

]c gouvernement! C’est-à-dire créer un monument qui satisfasse à tous les besoins physiques et moraux, à toutes les relations sociales de dix-huit cents personnes; qui renferme dans le même vaisseau architectural, une église, un théâtre, une galerie-musée, des atelier', magasins, cuisines, salons immenses et de toutes sortes, et des logements particuliers appropriés à chaque fortune. Que d’elements à combiner, que de conditions à satisfaire! l’économie générale du plan, la commodité multipliée, la variété et l’élégance ; tous les styles, toutes les formes, toutes les proportions réunis dans l’enceinte de quelques grandes lignes.... Puis, extérieurement, harmoniser l’aspect général de l’édihee avec le caractère de la nature et de la contrée : simple et calme ici, pittoresque là, sauvage ailleurs; avec le génie des peuples, les exigences des climats, etc. Quel idéal ! quelle carrière ouverte à l’émulation, au génie ! Voilà pourtant ce que sera chaque phalanstère, c’est-à-dire une simple commune rurale. Et que dire des grandes vdles, qui, en se transformant peu à peu, finiront par notre autre chose que l’agglomération d’un certain nombre de phalanstères., c’est-à-dire de palais plus riches et plus grandioses encore.

Qu’on nous dise s’il n’est pas permis de cou-

sidérer de pareilles créations comme le plus sublime développement de l’architecture qu’il soit donné à l’homme de concevoir et d’atteindre.

Le domaine de' tous les arts sera donc agrandi par I’association : le sort des artistes sera ennobli. Rassurés par la garantie du minimum et par la variété de leurs occupations contre les nécessités de la vie, ils pourront mûrir leurs œuvres, élever le goût du public jusqu’à eux, au lieu de descendre au sien, et ne plus lui prostituer leur idéal et leur conscience.

" En Harmonie, la pratique des beaux-arts » devient un sublime sacerdoce, ayant pour » but d’élever les âmes et de les tenir perpé- ” tuellement ouvertes à la foi, à l’amour, à » l’enthousiasme, sentiments vivifiants, sour- » ce féconde des belles actions et des gran- » des vertus '. »

Les bornes que je me suis prescrites dans cette courte exposition ne me permettent pas de développer davantage cette partie de l’organisation industrielle d’une commune sociétaire. Seulement, avant de passer outre, je iirie le lecteur de vouloir bien se poser quelques questions du genre de celles-ci :

' Réalisation, par M“ c Gali de Gamont.

1,U travail. 177

1° Un plan d’organisation industrielle, basée sur I’Associatioh du capital, du travail et du talent, et conforme au procédé de classification que nous venons d’esqùisser, lui semblet-il chose rationnelle et praticable?

2° Cette organisation serait-elle dénaturé, par les économies qu’elle réalise d une pat > : et, de l’autre, par la concentration et le bon emploi quelle permet des ressources générales et particulières, et par la puissance d’action qu’elle apporte à tout, d’accroître considérablement la richesse publique 1 ?

' o Comment la politique moderne, tout enfoncée dans les minutieux calculs, dans la balance par sous et deniers, n’a-l-elle pas songé à développer ces germes d’économie sociétaire, et proposé d’étendre aux villageois et citadins cette association domestique, dont on trouve des lueurs dans notre système social?

» Cependant-, quelle serait l’énormité du bénéfice,, dans le cas où on aurait un seul et vaste grenier bien surveillé,au lieu de trois cents greniers exposés aux rats et aux charcnçons, 1 1’liumidité et i l’incendie 1 Une seule cuverie, pourvue de foudres économiques, au lieu de trois cents cuvcries, meublées souvent de futailles malsaines et gérées par des ignorants qui ne savent ni améliorer ni conserver les vins, dont on voit, chaque année, d’immenses déperditions!

» Cent laitières qui vont perdre cent matinées à la ville, seraient remplacées par un petit char suspendu portant un tonneau de lait. Cent cultivateurs qui vont avec cent charrettes ou tuions, un jour démarché, per-

3° Cette organisation semblerait-elle propre à diminuer sensiblement la somme des mal-

tire cent journées dans les balles et les cabarets, seraient remplacés par trois ou quatre charriots que deux lioimnes suffiraient à conduire et servir. Au lieu de trois cents cuisines, exigeant trois cents feux cl distrayant trois cents ménagères, la bourgade aurait une seule cuisine à trois feux, et trois degrés de préparations pour les trois classes de fortunes, dix femmes suffiraient à cette fonction qui aujourd’hui en exige trois cents.

» On est ébahi quand on évalue le bénéfice colossal Sui résulterait de ces grandes associations :à ne parler que du combustible, devenu si rare et si précieux, n’esl-il pas certain que, dans les emplois de cuisine et de chauffage, l’association épargnerait les sept huitièmes du bois que consomme le système actuel, le mode incohérent et morcelé qui règne dans nos ménages.

» Le parallèle n’est pas moins, choquant si l’on compare spéculativement les cultures d’un canton sociétaire, gérées comme une seule ferme, et les mêmes cultures morcelées, soumises aux caprices de trois cents familles. L’une met en prairie telle pente que la nature destine à la vigne ; l’autre place du froment là où conviendrait le fourrage; celui-ci, pour éviter l’achat de blé, défriche une pente raide que les averses déchausseront l’année suivante ; celui-là, pour éviter l’achatde vin, plante des vignes dans une plaine humide. Les trois cents familles perdent leur temps et leurs frais à se barricader .par des clôtures et plaider sur des limicset voleries, chacun ravage à l'cnvi les forêts, et oppose partout l’intérêt particulier au bien public.

» Entre-temps, nos sages nous vantent l’unité d’ac-

heurs et îles crimes qu’enfantent aujourd’hui la misère et l’antagonisme des intérêts? Ne tendrait-elle pas à unir davantage les sentiments des hommes, tout en garantissant plus sûrement leurs intérêts légitimes?

Quant à moi, je me borne à déclarer que ces hypothèses me paraissent de la parfaite exactitude ; et, qu’en particulier, pour ce qui est de la fécondité materielle de 1 Association, je ne doute pas que, par la seule vertu de sou principe, I’Organisation sociétaire n’éjevât presque immédiatement la production générale à plus du double de ce qu’elle est aujourd’hui.

Que sera-ce si nous parvenons à modifier assez profondément les conditions du travail en lui-même, pour que les hommes y soient entraînés passionnément J...

lion : eli ! quelle unité peuvent-ils voir dans ce morcellement industriel, dans celle cacophonie sociale ? Comment tardent-ils trois nulle ans a poser eu principe que c’est l’association, et non pas le morcellement, qui est la destinée de l'homme, et que tant qu’on ignore la théorie d’association domestique, l'homme n’est point parvenu à sa destinée? »

Rendre le travail attrayant.

Tout dans l’univers obéit à l’attrait. <■ L’at~traction, dit Fourier, est entre les mains de Dieu une baguette enchantée qui lui fait obtenir par amorce d’amour et de plaisir, ce nue l’homme ne sait- obtenir que par la violence. » Pourquoi donc le travail resterait-ilen dehors de cette loi? >< Rendre le travail attrayant, quelle chimère! » disent nos moalistes : cependant, allons au fond des choses. De son essence le travail est-il absolument antipathique à-l’homme? Pour répondre sûrement à cette demande, il faudrait d’abord s’être entendu sur le mot travail. Que signifie à votre jugement' l’expression travailler prise dans son acception la plus élémenjâiref Agir, n’est-il pas vrai ? Mon œil tra¬

vaille lorsqu’il examine un paysage, ou qu’il parcourt leslignes-tracées sur ce papier ; mon bras travaille lorsqu’il cueille un fruit, soulevé un fardeau, fait un geste. En un mot, chacun, de nos organes travailla lorsqu’il accomplit l’une des fonctions pour lesquelles il a ete façonné. Travail est donc au fond synonyme d'exercice, S action. Dès lors qui ne voit que h travail est aussi nécessaire à l’organe que

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Vexistenee même, et que l’inaction absolue pour lui, c’est la mort. Donc, absolument parlant, travailler c’est vivre . Donc, prétendre que l’homme répugne fonda entalement au travail, c’est dire qu’il répugne à vivre : c’cst l’annihiler.

Mais ce que l’homme n’aime pas en réalité; c’est un travail environné de circonstances hostiles, soit à sa nature d’homme en général, soit à ses dispositions individuelles. C’est, par exemple, un travail contraint, lui, Fctrc libre par excellence, c’est un travail imposé par la violence ou par la faim, au dessus de ses forces, sans espoir de bénéfices ou d’honneurs, monotone, abrutissant, stérile, etc.

Ce sont, disons-nous, ccs circonstances qui accompagnent presque toujours le travail actuel, qui répugnent justement à l’homme, et non pas le travail lui-même. N’est-il pas manifeste que la vie même n’est qu’un travail incessant? que 1 homme ne devient grand, éclairé et libre que par le travail? et que lui enlever la possibilité du travail, ce serait tuer du même coup son corps et son âme 1 ?

1 Ce qui rétablit l’équilibre entre le sort du pauvre et du riche, c’est que l’oisiveté etjson ennui apportent au richeaulantde malheur, que le travail mal organisé en entraîne pour le pauvre. Ainsi se înani'estc partout le dogme racrc de la solidarité humain

JS2 ORGANISATION

Portons donc tonte notre attention sur ces conditions étrangères au travail en lui-même qui influent si fatalement sur notre vie, et qui si longtemps ont retenu la société dans ce bizarre cercle vicieux de ne pouvoir exister que par le travail et de n’estimer que l’oisiveté.

« La nature vent l’élégance, le luxe, la ri- » cliesse, la santé, les plaisirs des sens; lo » plus souvent le travail civilisé blesse les » sens, altère les organes, détruit la santé et >. suffit à peine à l’existence du travailleur et » de sa misérable famille.

>, La nature veut les réunions de gens qui » s’aiment, se recherchent, sympathisent. — » Le travail civilisé isole le travailleur dans „ sa fonction, ou le met face à face avec des » êtres qu’il n’aime pus et apporte ainsi le » vide, son ennui ou son désespoir, ou la « lutine à la place des jouissances, actives du >. cœur, des chauds épanchements de l’âme, « «le l’exaltation des vives syinpathies.

» La nature demande une succession de » positions variées et contrastées, le mouve- ,, ment, les changements de scène, les inci- » dents; c’est la loi de vio. — Le travail ci- » 'vilisê cloue pour le jour et la vie 1 homme à ), son œuvre, à une œuvre identique.

» Ln nature veut des accords, de grands » mouvements synergiques, entraînants et » passionnés; elle a mis dans tous les cœurs a des cordes que les enthousiasmes de mas- » ses sympathiques font vibrer à l’unisson. » Elle veut aussi des discords, des luttes, des » cabales de partis, des intrigues excitantes , « de vigoureuses et puissantes dissidences :

» elle hait le calme plat, l’atonie, le vide, la » torpeur. — Le travail civilise baigne dans » l’ennui, ne tend aucun ressort (si ce n’est « celui du gain, le ressort sordide), et laisse >. toutes les cordes débandées, flasques et » pendantes.

a Enfin la nature fait un besoin à l’individu ). de rattacher son action à une œuvre d’en- >. semble, de jouer dans le grand concert de » l’ordre général, d’avoir un rôle apprécié >. dans un tout harmonique. C’est aux satisii factions de plus eu plus larges de ce noble K besoin que sont attachées les grandes et reii ligieuses jouissances, les inspirations supé- » rieuves, les grandioses sy'nergies. — Le tra- I. vail civilisé enclôt le travailleur dans le » misérable cercle de somégoïsme individuel, « tout au plus de son égoïsme familial. L’acu tion humanitaire est morcelée, fragmentée, » ou plutôt elle n’existe pas; il n’v a pas d’en- » semble, d’ordre, d’unité; tout se contrarié.

» se choque, se brise. Le travailleur civilisé » ne peut avoir à se rendre ainsi qu’un triste « témoignage de contrainte et d’égoïsme. »

Destinée sociale, t. n.

On voit qu’en résumé la répugnance que nous éprouvons très-réellement aujourd’hui pour le travail découle de ce qu’il n’est pas coordonné d’une façon harmonique avec nos penchants naturels, de ce qu’il blesse perpétuellement ces mobiles d’activité qui forment l’essence de l’âme humaine : d’où il suit que ce sont ces conditions mauvaises, résultat de notre ignorance, qu’il faut changer,bien plutôt que le fond même de notre nature quë Dieu a sans doute sagement organisée pour le but auquel il la destine.

Nous allons revenir avec quelques détails sur les principales circonstances qui environnent de dégoût l’accomplissement de nos devoirs , afin de montrer par contraste le remède que l’organisation sociétaire apporte à cette plaie capitale du monde civilisé.

1° Lé travail assigné à chacun est le plus souvent en opposition avec sa vocation naturelle.

Ce n’est pas sans dessein, croyons-nous, que la Providence départit aux uns et aux autres facultés diverses. Dans ce grand

concert de la société humaine, ne faut-il pas que chacun ait sa note à jeter, distincte et harmonique à la fois ? Tout homme doit donc sentir dominer en lui des tendances spéciales, indice de la fonction pour laquelle il a été

C’est là une vérité bien simple, bien commune, n’est-il pas vrai ? Cependant ; jusqu a quel point s’est-on préoccupé d’en tenir compte dans la distribution des rôles sociaux ? Sans doute l’humanité n’en est plus, on doit le reconnaître, à ces castes immobiles dans lesquelles il fallait fatalement vivre et mourir, quelques souffrances individuelles, quelque déperdition générale qu’il en résultât. Car le suprême Ordonnateur, se souciant peu de nos classifications arbitraires, se plaît à mélanger sans cesse les rangs de l’aristocratie des intelligences, à faire naître l’homme de génie indifféremment sous le chaume ou dans un palais afin de mieux inculquer aux hommes qu’ils sont frères et égaux à ses yeux, et que toute organisation sociale qui n’ouvre pas une carrière à chaque faculté utile, qui n’emploie pas toutes les forces dont il veut bien la gratiCer, est fausse, impie, contraire à ses éternels desseins.

‘Le Christ lui-même n’est-il lias né dans une étable?

Aujourd’hui même toute fonction est-elle

accessible à tous? Tant s’en faut, hélas!.

Il existe d’abord comme une grande muraille presqu’infranchissable entre les fonctions dites libérales et toutes les autres, qui comprennent l’agriculture, les travaux domestiques et les professions industrielles. Pour aspirer aux premières, il faut recevoir ce qu’on est convenu d’appeler de Yéducation; c’est-à-dire consumer, dix on quinze ans préparatoires dans des études tant générales que particulières. De ce fait seul il découle que les fonctions libérales sont fermées aux sept huitièmes des membres de la société. D’autre part, les professions non libérales étant réputées dégradantes, dignes de mépris, ne sauraient être acceptées par aucun homme bien élevé. Voilà donc en réalité le monde divisé en deux classes distinctes, je dirais presque ennemies.

Mais en passant de cette donnée générale à un examen plus détaillé, nous découvrons encore bien d’autres entraves au libre développement des vocations. Dans cette portion même de la société où ch que fils jouit du bonhetir d’être saturé, pendant dix ans de sa blonde jeunesse, de grec et de latin, sous prétexte qu’on ne saurait être qu’à ce prix un être raisonnable, une fois le diplôme de

bachelier courageusement conquis, est-il permis au lyceeu einente de choisir entre les diverses carrières libérales celle qui s’harmoniserait le mieux avec ses facultés naturelles? Point du tout. Pour arriver aux unes, il faut de nouvelles études longues, dispendieuses, lointaines ; les autres demandent des protections ou une fortune faite : l’état ecclésiastique, renseignement et la carrière de publiciste sont à peu près les seules ressources du bachelier sans argent. Ainsi, les fonctions qui réclament plus impérieusement que les autres une vocation spéciale, sont envahies, comme pis-aller, par quiconque ne peut faire autre chose. Je laisse au bon sens de chacun à eu tirer une conclusion par rapport aux garanties que de tels fonctionnaires peuvent offrir à la société.

Et je ne dirai rien ici de cette foule d’hommes pauvres que leur organisation fine et délicate appelait vers les choses élevées, dans les régions de l’art et de la science ; et qui s’étiolent et périssent dans le cloaque où la fatalité les a jetés, semblables à de pauvres fleurs qui n’auraient demandé qu’un peu de soleil pour épanouir une fraîche corolle et embaumer l’air de leurs parfums.

On voit, sans poursuivre cette analyse, que c’est encore la fortune et non l'aptitude na-

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turelle (jni dctcrniïiic les fonctions. Comment - donc serait-il possible que l'homme s’acquittât avec charme d’une tâche qui est si souvent en opposition avec sa nature?

N’en serait-il pas autrement si, d’une part, toutes les fonctions utiles à la société étant ennoblies, et si, de l’autre, un système d’éducation gratuit développant libéralement les facultés de chacun, il devenait, permis à l’homme- de s abandonner, sans scrupule et sans honte, à la voix de sa destinée. C’est là un des problèmes que Fourier a résolus.

Son système d'éducation devient sous ce rapport le complément nécessaire de sa théorie organique: nous en parlerons plus tard. (Voycs la iii c partie.)

2° Le travail, dans notre société, ne satisfait pas les légitimes intérêts de l’homme.

D’un côté on voit les travaux les plus frivoles, les. travaux de luxe seuls honorés, et souvent payés outre mesure. Tandis qu’un •Tacquart meurt dans la misère, une dan seuse est traînée en triomphe et amasse des noiccaux d’or. Les travaux utiles, au contraire , sont méprisés et misérablement rétribués ; le prolétaire ne peut espérer autre chose que gagner sa vie. Pourtant son travail est en réalité le plus fructueux de tons ; mais hélas ! les bénéfices de la produc-

tion sont réservés à tout autre que \c producteur lui-même ! Partout, depuis l’origine des sociétés, le pauvre a été l'instrument d’exploitation du riche ! Aujourd’hui même , au sommet de chaque série de fonctions, quelque privilégié; de chaque entreprise, quelque spéculateur moins occupé qu’aucun autre tra-, vaillent’ recueille cependant la plus grosse part des bénéfices acquis par les efforts communs. Serait-il possible que le fonctionnaire subalterne accomplît avec plaisir une tâche dont le principal profit lui sera enlevé?

En conciliera-t-on néanmoins que nous voudrions tous les salaires égaux ? — Loin de là : nous savons autant que personne qu’il n’y a pas de société sans hiérarchie; mais nous pensons que le rang et le salaire de chacun doit être déterminé en raison de sa valeur constatée par scs œuvres et proclamée par le suffrage de ses co-associés. Des lors le travail aura pour tous l’attrait qu’il n’offre aujourd’hui qu’à ceux qui dirigent à leur compte une grande exploitation ; « car, dit Rousseau, on travaille bien et joyeusement, quand on travaille pour soi-même. »

3° Le travail manque de variété. Il n’exerce qu’une partie de nos organes, mais avec une continuité si opiniâtre, qu’il en résulte dé-

GAKISATIOH

l'JO

veloppeinent anormal de quelques (acuités et atrophie des autres.

S’il y a un fait évident au monde, c’est bien la multiplicité de nos goûts, de nos aptitudes et de nos besoins; et, ce qui ne l’est pas moins d’ailleurs, c’est la monotonie des occupations assignées à chacun par la société. Qui a tort ici ? Dieu ou le monde ? A eu juger par les lumières du bon sens, il ne semblerait pas que le Créateur ait eu précisément pour but de faire de l’homme une machine devant fonctionner exclusivement et perpétuellement, comme un rouage de mull-jenny, ou osciller comme une pendule.

Il l’a façonné sur un type splendide et fécond; des facultés de toutes sortes concourent, par leur harmonieux essor, à réaliser en lui l’unité la plus puissante du globe. Pourquoi tout cela, si l’homme ne doit pas jouir de la variété de ses ressources? Ce qui le constitue essentiellement, c’est la réunion d’un corps et d’une âme qui demandent également à être cultivés. Pas d’hygiène intégrale possible sans cette condition fondamentale. Aussi, le suprême Ordonnateur plaça-t-il dans le cœur de tous les hommes un indestructible besoin de variété, de mouvement, de contrastes, qui devient à la fois l’indice et la conséquence de la

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multiplicité de nos mobiles et de noire puissance d’action. « En industrie, comme eu ptai- » sirs, la variété est évidemment le vœu de la » nature. Toute jouissance prolongée au-delà « de'deux heures,sans interruption, conduit « à la satiété, à l’abus, émousse les organes et » use le plaisir. Un repas de quatre heures ne » se passera pas sans excès ; un opéra de qila- » tre heures finira par affadir le spectateur.

« La variété périodique est un besoin du corps a et de l’âme , besoin de toute la nature ; la a terre même veut des alternats de semailles, a et la semence veut des alternats de terrain, a L’estomac rebutera bientôt le meilleur mets, a s’il est présenté chaque jour, et l’âinc se bla- » sera sur l’exercice de toute vertu , qui ne » sera pas relayée par quelque autre vertu.

a Si le plaisir a besoin de variété, le travail a exige d’autant mieux cette variation. « (Fourikk, Traité d’Association. Sommaire .) Eh bien ! que se passe-t-il dans nos sociétés? Pendant dix, douze et quinze heures, chaque jour, nous restons suspendus, fixés, enchaînés à une même tâche !...

L’un est jurisconsulte, notaire, bureaucrate ou savant : en un mot, homme de cabinet.

Dès lors, nul relâche aux livres et aux papiers ; rien dans sa vie laborieuse pour les facilités physiques,ou meme pour l’imagination,

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rien pour le cœur. Un autre est artisan oh marchand : il rabolto, lime, charrie des moellons, scie du bois, aulne et moud douze heures de suite : heureux seulement quand le chômage ne vient pas le réduire à l’inaction. Comment se pourrait-il qu’une semblable vie n’entraînât pas la satiété et le dépérissement du travailleur ? Les premiers deviennent maladifs, moroses, maniaques; leurs membres s’atrophient, leur estomac ne digère plus ; ils succombent sous une foule d’inlirmités bizarres et cruelles; les seconds ne sont bientôt plus que des machines accessibles seulement aux plus grossières sensations : ils sont ivrognes, crapuleux, féroces. Enfin, chez les uns et les autres, le cœur se dessèche dans cette tension perpétuelle de toutes les puissances de l’être vers un but étroit, sans sympathie , et dont l'argent est le seul idéal !

Quel est celui, parmi nous, qui n’appelle pas en soupirant le moment où il pourra rejeter, comme on dit énergiquement, le collier du misère? Encore ceux qui y parviennent ne sont-ils pas les plus accablés. Toute cette multitude qui vit misérablement de son labeur quotidien, n’a pas à espérer de repos en cette vie : un seul jour d’arrêt mettrait en question l’existence d’une famille entière. Us sont là rivés .à la chaîne pour jamais : heureux quand

l'espérance chrétienne desreml au fond de ce bagne pour arracher au désespoir le prolétaire , en lui montrant le ciel !

Cependant, nous en avons la ferme confiance, Dieu ne veut pas seulement ici-bas nous consoler avec l'espérance : il veut encore nous affranchir; il veut acquérir des droits plus grands à notre amour, en améliorant chaque jour notre vie; sinon , pourqnoi aurait-il doté l’homme d’une intelligence féconde , de l’empire sur la nature et des ressources de la science?

Supposons que le religieux principe de l’association fût appliqué dans le monde : les conditions du travail sont aussitôt renouvelées. La société, mieux instruite de ses devoirs et de ses vrais intérêts, ce qui est une meme chose, fournit à chaque homme les moyens de se développer harmoniquement.

Les corps deviennent robustes, souples, adroits; toutes les intelligences sont initiées à mi ensemble de connaissances générales correspondant au plus grand nombre des fonctions élémentaires que réclament les besoins de la vie, et en particulier à celle de l'agriculture, ce pivot du travail industriel. Par un résultat nécessaire de la solidarité des intérêts, toute fonction, même la plus grossière, dès lors qu’elle a un but d’utilité pu-

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