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mêmes éléments se reproduisoient souvent dans des articulations diverses, et qu'en dégageant ces éléments simples de l'articulation, on simplifieroit l'écriture, puisque la voix humaine ti*emploie pas plus d'une quarantaine de sons, dans les langues les plus riches , k la formation de la parole. Cette induction nous paroitsi naturelle aujourd'hui, que nous avons peine à comprendre comment son application put changer la face du monde. Il n'y a pourtant rien de. plus vrai. Un puissant génie se «trouva , le plus hardi et le plus prodigieux , sans aucune espèce de comparaison , qui ait jamais influé sur les destinées futures de l'humanité, et il inventa la lettre. La lettre enfanta kl diffusion des langues et celle des sociétés , la guerre et le despotisme. L'âge d'or étoit fini, et l'homme sortoit pour la seconde fois du paradis terrestre.
Je ne rechercherai pas si les lettres furent inventées par Adam ou par Seth, par Mercure, par Prométhée ou par Memnon; elles le furent probablement par autant d'hommes qu'il se
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forma sur la terre de nations autochtones^ par^ lant une langue qui leur étoit propre , à l'exception seulement de certaines régions où le système social étoit déjà fondé sur des base^ inaltérables^ et où tous les genres d'innovation yeqoient se briser contre l'inflexibilité de la loi. Telle étoit probablement la Chine.
Je n'examinerai pas davantage si la promi&^ cuite de la faculté d'écrire fut un bienfait réel pour la multitude 9 et s'il est bien ou mal dans l'intérêt de son repos et de son bonheur^ que les pensées stupides , extravagantes ou perni*cieuses qui forment la presque totalité des pensées de l'espèce , aient un moyen de plus de se prop^fier entre les hommes. J'ai sur ce point upe opinion très-arrêtée, mais que je me réserve pour cause , et qui n'a d'ailleurs rien à faire dans l'histoire positive des faits delà linguistique. Il y a soixante ans que la même question eut fourni de belles pages à Rous^se^au , et qu'elle auroit peut«étre attiré sur lui les foudres du mandement. On enverroit aujourd'hui Rousseau ehei; les Ignorantins^ et il
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est présumable qu'il ne se le feroit pas dire deux fois. Ses yeux étoient trop foibles pour nos lumières > ou sa raison trop saine pour nos folies.
Ce seroit cependant beaucoup hasarder que de donner l'invention de la letk*e pour le point culminant de la perfectibilité humaine^ si cette proj^osition n'étoit démontrée par l'expérience immémoriale des siècles^ Arrivée à ce points rintelligence n'a plufe tenté que des efforts superflus^ et toutes les fois qu'elle a voulu s'é^ lancer au-Hlelà ^ elle s^est égarée dans l'indon-^ nu ou s'est perdue dans l'impossible; Elle aVoit livré le signe des mots à quiconque sait écrire^ Elle a laissé leur interprétation k l'ar-^ bitre de tout le monde; ne lui en demander pas davantage. La lettre étoit l'œuvre suprême de sa création ; l'esprit ne lui appartient point* La partie essentielle dis langues > c'est-à-dire la définition et la doctrine , est remise aux ca-* priées de l'usage , qui est dans la théorie de la pardle ce qu'est le hasard dans celle de l'uni-*vers. L'homme se sera vainement élevé jus^
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qu'à Dieu par la plus sublime de ses découvertes; il n'en fera qu'un instrument de scepticisme et de logomachie y et tout l'efTort de son génie n'aboutira qu'à formuler la pensée sous une figure matérielle dans laquelle il n'y a plus d'ame. Le prestige d'une imagination élevée, servie par une expression heureuse, peut produire sur vous quelque impression relative; mais demandez au grand écrivain qui agit alors sur vous, ce qu'il pense de la langue dont il se sert f quand il est obligé de l'approprier à la traduction de sa pensée. Il vous dira que cette langue est un masque, une larve, un cadavre. Tout homme qui a trouvé les langues de l'homme assez bonnes pour rendre sa conception intime, comme il l'avoit conçue, n'a jamais rien conçu de grand. L'ame inspirée de l'orateur et du poète doit comprendre profondément que cet impuisisant artifice n'est guère bon , comme un truchement grossier, qu'à se faire entendre des barbares. Elle posséderoit la vérité absolue qu'elle ne pourroit pas la donner.
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Ne sembloit^il pas du moins que la société > parvenue à la possession de la lettre , ne négli-* gérait rien pour tirer tout le parti possible de cet agent précieux? Transportezrvous à la merveilleuse découverte de l'usage du feu, appliqué aux besoins de la première famille humaine! Avec quelle terreur l'homme ne craignit-il pas de voir disparoître cet élément soumis, dont la conquête lui assuroit l'empire du monde! Avec quelle sollicitude mêlée d'effroi n'épia-t-il pas les dernières clartés de ses étincelles mourantes I Avec quelle impatience ne le vitK)n pas s'empresser à lui fournir des aliments , à les enflammer de son souffle , à entretenir sous une cendre tiède les débris féconds de son trésor ! Telle, et plus vive encore, devoit être sa ferveur à fertiliser l'invention de la lettre, qui l'élevoit en roi au-dessus de la création intelligente, comme son usurpation du feu élémentaire l'avoit élevé au-dessus de la création matérielle. Il ne fit rien pour améliorer, pour completter son ouvrage. Il àvoit dérobé le flambeau de Prométhée , mais
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il le garda inutile et dédaigné dans ses mains* Il le laissa éteindre. Qaedirie»-vous de l'ouvrier insensé qui , après s'être poui*vu par des miracles de patience et d'habileté de tous les instruments que réclame l'exercice de son industrie , les al>andonne péle-méle dans un coin de son at^ lier? Ainsi vous apparoitra l'homme oisif et insouciant au milieu de ces outik piiraculeux du langage dont la Providence et le génie l'ont inutilement pourvu. C'est la clef de l'univers moral qu'il vient de fabriquar^ et il ne sait pas même la nommer^ tant il est vrai qu'au-^lelà du rayon qu'il lui est permis de parcourir vers le cercle infini d'une perfectibilité inaccessible» il n'y a plus que désordre et confusion.
Ce qui nous frappe le plus dans les productions de l'intelligence de l'homme , réduite à ses proportions légitimes ^ de celle qui lui a èUi donnée pour accomplir autant qu'il est en lui sa destinée naturelle^ c'est l'entente et l'or* dre de leurs parties. L'ordre et le beau, c'est la même chose y et pai^tout où l'ordre ne se trouve pas> l'effort créateur est déçu. Eh bien !