SUITE DE L'EXAMEN DE L'ALPHABET
On a pu conclure de la définition du son pu-> rement yocal^ élément nécessaire de la parole^ mais presque Indifférent dans son emploi^ qui peut servir tout au plus à modifier la syllabe radicale, mais qui ne la constitue point; qui
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est toujours compté pour rien dans Vétymologie^ et auquel les langues originaires attachoient si peu de valeur qu'elles ont souvent dédaigné de l'écrire, qu'il ne seroit pas étonnant d'en trouver le signe imparfait, confus^ et négligé, dans la plupart des alphabets. Sa seule propriété essentielle, celle de vocaliser le mot , peut en effet se passer d'énonciation > puisque le mot ne peut se passer d'elle, et que, figurée ou non, il faut bien qu'elle s'y introduise pour le former et le soutenir. Notre écriture secondaire avec les cinq ou six voyelles qu'elle a pris la peine de peindre sur un bien plus grand nombre , auroit encore en ce point un avantage immense sur l'écriture primitive, qui les abandonnoit probablement tout-a-fait a l'arbitre du lecteur.
Mais il en est tout autrement de la consonne , qui est le corps matériel du mot radical > le squelette du verbe, et que le moinxire^ défeut de précision dans son expression figurée et^tis ses combinaisons, réduit à ne produire que dès monsiâres. MalàefUreusement le i^édae-
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leur étourdi des méthodes alphabétaii^s ^ n'a pas été mieux inspiré pour les consonnantes que pour les Tocales dans l'appropriation du signe ^ et les exemples ne nous manqueront pas. Il est seulement à propos de rappeler que nous poursuivons cette démonstration sur l'al^ phabet de'la langue Françoise^ sans acception privilégiée d'aucun autre ^ car ils se valent tous à peu de chose près, ce qui veut dire très-expressément qu'il n'y en a pas un seul qui ne soit détestable*
Le signe du son vocal G se définit si mal par lui-même, qu'il est impossible de donner une idée de ses attributions en le nommant, de quelque manière qu'on le nomiQg , et ceci est la véritable épreuve d'un signe bien fait, dont l'attribution une, fixe et invariable, ne doit laisser aucun doute à l'esprit dans un alphabet philosophique. En effet, devant un certain nombre de signes voyelles , il prend la valeur d'une consonne sifflante, que le signe S représente ailleurs , et il lui doit son appellation alphabétique. Il y a donc ici un signe de trop,
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pour tenir lieu de ceux qui nous manqueront tout à l'hehre. Devant le reste des signes voyelles, il prend la valeur d'une consonne éclatante et gutturale, qui est figurée autre part au moyen du signe K , dont l'usage est du moins restreint à cette propriété. Il y a donc en celui-ci un second signe de trop , et tellement superflu, que la langue usuelle en a fait cadeau sans réserve à la langue de relation, qui se pique volontiers de ne pas orthographier comme tout le monde. Enfin le signe Q, si cher aux orientalistes, quoiqu'il ne se rapproche pas plus de son analogue oriental que ne le feroient le K et le G éclatant, réclame sa part dans cette usurpation baroque, et ce dernier mot, à la syllabe finale duquel il ne se prononce pas autrement, me dispensera d'en alléguer une autre preuve. Il y a donc ici un troisième signe de trop, et c'est un luxe réellement surabondant dans un alphabet qui laisse k désirer la moitié des signes nécessaires.
Ce n'est pas que le signe Q ne soit susceptible de figurer aussi une autre consonnante
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fort commune y et fort distincte de celle-là , dans ^tt{^ quel, queue, quinte ^ etc., mais ce n'est pas de sa valeur individuelle. L'alpHabétiste s'en est bien gardé ! Il n'exerce l'une et l'autre de ces attributions qu'en s'appuyant sur le son vocal U, lequel n'a rien du tout à démêler là-dedans^ et ne serviroit^ s'il servoit à quelque chose y qu'à compliquer les difficultés de la prononciation et les superfétations de l'écriture; de sorte que ce malheiu^eux signe Q , qui ne se recommande ni par son nom ^ ni par sa figure, ni par son origine^ puisqu'il n*a pas même l'honneur d'être grec^ remplit deux emplois différents , sans aptitude spéciale ni à l'un ni à l'autre, ce qui pourrqit bien se retrouver quelque part ailleurs que dans la linguistique. Le G se dédommage au reste des anticipations de son rival, en empiétant luimême sur cette acception particulière, dans Chérès et Chersonnèse, Il est vrai qu'il y est appuyé du signe H, que je n'appelle ni consonnant ni vocal, parce qu'il n'est ni vocal ni consonnant, et qui en fait en quatrième lieu
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gible, car je n'imagine pas que la prononciation la plus emphatique puisse faire sentir une grande différence entre le éros et le héros ^ avec le signe H ou sans lui. La vocalisation qui permettroit d^en nuancer sensibksçaent l'ex^tt^ession^ même au théâtre^ passeroit^ je n'en doute pas ^ pour affectée et ridicule. Voilà cependant ses deux emplois sacramentels. On a déjà vu ce qu'il faut en penser dans l'un et dans l'autre; mais sa capricieuse acception dans la combinaison PH^ pour exprimer le son F^ seroit encore plus misérable ^ s'il étoit permis d'établir des degrés de comparaison dans l'absurde. Par quel étrange effet d'amalgame la consonne labiale P deviendroit équivalente à la consonne denti-labiale F par Taddition d'un signe bâtard qui n'exprime rien en aucune occasion, en aucun exemple : c'est ce qu'il pa-* roit impossible d'expliquer. J'ai entendu dire souvent dans les écoles que cet inconcevable assortiment de cai^actères qui hurlent d'être ensemble, avoit pour objet de conserver l'élé-r ment de l'étymologie grecque, et ce ij'est
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guère en effet que dans des mots tirés du grec que notre orthographe en admet l'usage. Il n'y auroit rien à répondre à cela y sinon que les Grecs ne savoient ce qu'ils faisoient^ et que nous avons fait comme eux y ce que nous faisons infailliblement quand il s'agit d'imiter une sottise^ mais encore faudroit-il que le double caractère PH signifiât dans la langue grecque ce qu'il a la prétention de signifier dans notre alphabet. *0r, il y est pris fort rationnellement pour deux sons très-distincts , et s^y prononce RE, ce qui est bien loin de la valem*de notre consonne F, pour laquelle nous leur avons emprunté le signe de dialecte improprement nommé digammay baptisé chez eux de ce nom par égard à sa forme et non à sa consonnance. A supposer que nous voulussions pousser à ce point le respect de l'étymologie, et il n'y avoit point de mal, il falloit donc leur prendre le signe simple et pittoresque inventé par Palamède et renouvelé par Chîlpérie, et c'est précisément ce que nous avons fait dans la configuration cursive du signe J\
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hiéroglyphe parlant du serpent^ que cette consonne peint aux yeux^ en même temps qu'elle exprime son souffle ou son sifflement à l'oreille ; vive et ingénieuse propriété au phi grec, dont il ne faut chercher aucune trace dans l'exécrable orthographe à laquelle je viens de me soumettre. C'est donc par respect pour l'étymologie que nous avons abandonné dans les mots venus du grec le signe vraiment étymologique de notre alphabel, et que nous l'avons remplacé par un nor^sens tout-à-fait barbare. Le lecteur ne sent pas mieux que moi-même que ces détails deviennent un peu longs , et j'imagine cependant qu'il me sauroit gré de les réduire en si peu d'espace pour ne pas fatiguer son attention, s'il ^rouvoit aussi bien que je l'éprouve qu'un gros volume ne suffiroit pas à les épuiser. Je lui épargnerai donc ce que j'aurois à lui dire de la plupart des autres signes, 'et particulièrement du signe multiforme G, qu'il est impossible de nommer si on ne le flanque d'un auxiliaire, et qui exprime tantôt une soufflante douce dans genre y tantôt une
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gutturale éclatante dans gaule ^ tantôt une gutr turale molle dans guerre, tantôt une nazale dans signe, sans avoir plus de deux signes pour signifier tout cela; mais je ne saurois me défen* dre de l'arrêter encore un moment sur la plus extraordinaire de nos lettres ^ parce que celle-r là touche au moins aux derniers confins de l'alphabet ^ et qu'après l'avoir explorée y nous pourrons crier terre!
La lettre dont je veux parler est la lettre X , que le bon Piis a fait grincer trois fois sous son acception la plus commune^ dans cet hémi-^ stiche d'harmonie imitative, qui n'est pas autrement harmonieux^
L'X excitant la rixe,
et qui n'est par conséquent que l'abréviation ou la syncope très-superflue de deux caractères dé notre alphabet^ le K et l'S, que nous avions déjà l'avantage de posséder en double l'un et l'autre. On voit que ce signe complexe qui nous est tombé en droite ligne de l'alphabet radical , et qui auroit dû y rester, est dans