EXAMEN DE L ALPHABET
le Dictionnaire de la langue Françoise un pur omement c^e luxe. Pour celui-<;i , on ne le défendra point par la tradition respectable de l'étymologie^ quoiqu'il soit exactement copié du grec. Les Grecs avoient bien le signe X, et conuné ils étoient beaucoup plus près que nous de l'écriture radicale , ils aboient eu le malheur aussi de représenter par un signe surabondant la combinaison qu'exprime si richement le strident hémistiche du chevalier dePiis; mais le signe et la combinaison n'ont rien de commun en grec y de manière que nous avons fait signifier au signe X ce qu'il ne signifie nulle part. On ne peut s'aviser de tout, et le créateur de l'alphabet françois, qui n'a pas manqué de connoître l'alphabet grec de vue,
,èXo\t certainement incapable de le lire. Si le pauvre homme l'avoit lu distinctement une seule fois en sa vie, il ne serbit pas tombé dans
• une méprise si lourde. Le signe X est donc mal nommé ; le signe X est donc mal peint ; le signe X est donc inutile; le signé X est donc absurde, car absurde est synonyrntd! inutileàakus la com-
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position de Talphàbet, Ce n'est rien qiie cela. Il est inutile et absurde une fois , deux fois, trois fois, quatre fèîs, cinq fois, #ix fois, s^t fois (permettez-moi de m'arrêter un instant pour reprendre haleine ) , et il n'y a rien de plus facile à démontrer. J'aurai fini tout-àl'tieure.
Vous croyez peut-être, d'après la définition de Piis et des grammairiens , que le prétendu signe X a été introduit dans l'alphabet pour figurer le digramme réel KS ou CS; et je n'en disconviendrai point : mais ce n'est pas dans exempt^ exigeant^ etc., où il représente le digramme GZ; ce n'est pas dans Auxerre et Bruxelles^ où il représente le digramme SS ; ce n'est pas dans excès ^ où il représente le signe K; ce n'est pas à ià fin du mot six, abt iï représente le signe S; ce n'est pas au milieu du mot sixain, oh il représetite le signe Z; ce n'est pas dans le nom^e'X^ra:^^^ où il représente deux signes pour le moins, s'iln'en représente pas quatre , car, grâce à lui , la pror nonciation en est restée fort équivoque. Pour
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diacme^ c'est une autre cho$e; il n'y représente rien, et c'est ce qu'on peut faire de mieux, quand on n'est rien par sQÎ-méme.
De compte fiiit^ nous avons trouvé au signé X, qui n'est pas un signe ^ sept différentes acceptions, dont une négative. On avouera que c'est beaucoup dans up alphabet qui ne ren«* ferme en tout que dix-neuf acceptions positives, ou dix-neuf signes qui disent expressément ce qu'ils veulent dire, et où^ il en manque presque autant pour arriver au degré de complet que peut comporter notre langue, si pauvre en articulations. Avec de pareils signes^ faites un alphabet, si vous pouvez; avec cet alphabet, faites des vpcables; avec ces vocables , faites une langue ; avec cette langue ,
^ites une civilisatioi) saine et raisonnable; avec cette civilisation, faites de la perfectibiilité, et il en arrivera ce qui pourra. Ce que je pirendrai la liberté 4e vous dire, moi, c'est gue vous prétendez à remuer le monde intellectuel, et que vous ne savez pas encore écrire. Cela n'est pas très-poli, mais cela est vtai.
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Je n'ai considéré jusqu'ici les lettres que sous le rapport de leurs attributions. Il iM reste a en parler sous le rapport de leur distribution^ c^est-à-dire de la composition systé- * matique de l'alphabet : maiis cette discussion rentre naturellement dans le chapitre prochain , où je chercherai a donner l'idée d'un système alphabétique rationel^ ou du moins conçu dans un esprit d'intelligence et de me* thode.'Et comme les propositions philosophiques ne se démontrent jamais mieux que par l'absurdité de leurs contraires^ la coiaparai-* son de notre alphabet tel qu'il est avec notre alphabet tel qu'il pourroit être, m'y tiendra lieu de critique et d'autorité. Il me suffira donc de poser aujourd'hui en fait que si la disposition des ^gnes avôît été recàise au capriœ du 6ort^ et qu'on se fût avisé de les tirer un à un de la roue de la fortune , comme les numéros de la loterie, pour les ranger du premier jusrqpa'au vingt-quatrième, à la suite les uns des autres, on ne seroit peut-être pas parreuu en mille fois à un résultai plus ridicule, ceci soîl
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dit en passant de Falphabet grec , de l'alphabet klin et de tous les alphabets comme du nôtre. Il y a tant d'ignorance et de gaucherie dans cet ordre apparent^ qu'il auroit été difficile de plus mal faire en faisant exprès.
Et jusqu'où ne va pas l'inconcevable fatalité qui s'ert attachée à l'alphabet^ puisque son nom même en porte le sceau risiblement pédantesque! Ne voilà-t-il pas la collection des lettres tûen nommée par la dénomination des deux lettres qui la commencent? et n'est-ce pas un* chose bien ingénieuse que de désigner lès deux premiers signes de l'alphabet françois par nne appellation qu'elles n'ont qu'en grec? et les alphabets qui ne commencent point par ^ V alpha et le béta^ ou si l'on veut par l'A et • par le B, commafit les appellera-t-on? Voltaire , qui a étalé sur ces matières une érudition extraordinaîrement bouffonne, n'a point trouvé de solution à. cette difficulté; il décide sérieusement qu'il n'y a qu'un grand homme de la trempe d% M. Dumarsais qui puisse donner un nom à i'alphàbet : quant à l'autre dif-
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jBculté , celle de FOI équivoque , et Voltaire n'en supposoit pas même une troisième dans le système de l'écriture, c'est lui, Voltaire, qui s'en charge. Dumarsais étoit certainement un habile grammairien et un écrivain correct et clair, dont le fameux livre des Tropes ne feroit cependant pas maintenant la réputation d'un maître d'études , et Voltaire auroit bien fait de préférer son hérésie orthographique, tout abusive qu'elle est , à celle du vieux Nicolas Joubert, qui est incomparablement plus mauvaise; mais il n'étoit pas besoin de Dumarsais pour nommer l'alphabet. Ayez d'abord un bon alphabet, et il se nommera tout seul, comme une multitude infinie d'autres idées
qui n'ont jamais été nommées nettement , parce que la netteté manque au signe. Préoccupation merveilleuse à force d'extravagance et de vanité ! On s'efforce de créer des mots , et les lettres ne sont pas faites, ou le sont de telle sorte, qu'il vaudroit mieux qu'elles ne le fussent point!