DE L'ORTHOGRAPHE ET DE L'ÉTYMOLOGIE
J'ai ^éjk dit et répété que mes observations sur . l'alphabet de la langue françoise s'appliquent plus ou moins à tous les alphabets de toutes les langues. Impuissance de l'homme à exprimer nettement, sa perception naturelle
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de la parole et de ses instnfinents, voilà \t phénomène universel de la linguistique. Estce hasard^ est-ce mystère? Voilà la question.
Définir Torthographe en l'appelant l'or/ de représenter les sons par des signes pittores» ques qui leur sont propres j ce seroit donc une chose absurde^ car l'homme a presque toutàfait oublié sa parole en composant son alphabet. Il y a partout incohérence^ et pom* ainsi dire antipathie^ entre les éléments de sa langue comme il la prononce^ et les éléments de sa langue comme il l'écrit.
Et cependant^ ce seroit une définition excellente , s'il existoit un bon alphabet.
Un bon alphabet est la condition absolue, la condition exclusive, sans laquelle il n'existera jamais une bonne orthographe. ^ ..
II £iut se répéter ici pour être dait^ et partir d'un terme moyen de comparaison pom? être exant;
La langue françoise continuera par conséquent à nous servir de terme de comparaison ^
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non en raison de la prétendue tendance k Tunn versalîté que lui attribuent les esprits irréflé* chi»> et qui auroit en tout cas des causes fort étrangères à son mérite; mais parce qu'elle n'est, a tout prendre^ ni pire que les mieux faites^ ni meilleure que les plus mauvaises.
Nous avons tu que notre langue écrite ne possédoit pas moins de trentenpatre sons fort distincts y dont chacun exigeroit un signe.
Nous avons vu que notre langue parlée ne possédoit pas plus de vingt signes ^ dont cinq au m<Mns sont équivoques ^ et représentent des sons déjà représentés.
Comme les signes équivoques sont nuls de droit ^ et pires que nuls y puisqu'ils ne peuvent qu'engendrer désordre et confusion , il nous reste quinze signes qui disent à peu près ce qtt^^s* veillent dire. Nous avons donc quinze signes de l'alphabet pour exprimer trente^ quatre sQns de la prononciation. Nous n'avons donc pas^ en réalité et par raison mathématique , la moitié d'un alphabet.
Or^ avee la moitié d'un alphabet j je met-
r '"•■' ■^- j- • JSii^
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trois Dumarsaîs lui-même au défi de faire plus de la moitié d'une œi^liographe rationelle.
Nous n'aurons donc jamais l'orthographe ci-^eyant définie ^ parce que nous ne pouvons jamais avoir Talphabet dont elle seroit le corollaire.
Ne vous en tenez pas à mon opinion personnelle^ qui n'a point de valeur nominale , point d'exergue , point de type ^ point de cours légal dans le commerce des idées philosophiques. Demandez à celui de vos savants qui a le plus d'autorité dans ces questions , à celui du moins qui en mérite davantage. Leibnitz est mort!.... Demandez à Edw^ards.
Et concluez avec moi : L'orthographe considérée comme interprète fidèle de la prononciation^ d'autant plus parfait qu'il lui ressemble davantage , est l'erreur grossière des demi^oc-^ teursy qui ne savent ni ce que c'est que la prononciation^ ni ce que c'est que l'ortho-* graphe.
Les langues exactes ont obtenu , comme cela devoit être , un alphabet fort exact , et
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conséquemment une fort bonne orthographe.
C'est l'algèbre.
Faites-moi la grâce dé me dire quel rapport il y a entré l'algèbre et la prononciation?
Étymologiquement , l'orthographe est la raison de Vécrifure. Pourquoi l'orthographe est-elle l'indice le pliïs «ûr d'une éducation intelligente? Parce qu'elle est la raison du mot qu'on écrit) et qu'il n'y a que les gens bien éleyés ou bien organisés qui connoissent celai
Or^ quelles gens pourroient expliquer par quelle raison^ intelligible à l'esprit^ on écrit gens par une certaine lettre, et Jean par une autre / pour se conformer âto règles de la pro^ nonciation ? Ce n'est ni vous , ni vous ; ce ii'est certainement pas noi.
Il faut donc qoe la prononciation n'ait que laîve dans l'orthographe. 11 faut donc que l'or^ thographe, ou la raison de V écriture, repose sur autre chose.
Ceci n'est pas un paradoxe ; c'est une idée qui mérite qu'on la suive jusqu'au bout. Quel-
tMI^.W'.
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que mot qu'iï vous plaise d'écrire , à une oen* taîne près , vous en retrouverez l'application . Il it'y a rieti de plus rare qu'un mot qui se nomme sous la plume , qu'un mot dont tous les caractères répondent hardiment à l'épeUation , comme les étoiles de Job : Me voilà ! et c'est cependant ce qui arriveroit si l'orthographe^ ou la raison' de récriture^ avoit jamais eu pour objet essentiel de se confiHmer à la (NX>noneiation. Cela n'arrive pas.
« Maïs pourtant M. de Voltaire et l'Aca^
« demie » -^ £h mon Dieul je connois
bien M. de Voltaire. Je lé lisois encore tout à l'heure* On ne le surpassera jamais ;i ni dans le conte en prose , ni dans le conle en vers. C'est le roi de la lettre fmttilière et de la poésie fugitive. SI.. Laurent Joubert qui a inventé la même ordiographe il y a pluade deux cent cinquante ans (H) , étoit aussi un médecin fort
ÊCLA I AGISSEMENTS .
(H). Laurent Joubert est en effet le premier néogniplie qui m soit avisé de substituer le digramme AI à
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h^Me. Ses malades ne sont plus là pour s'en plaindre^ et j'aime à croire ({u'ils ne sont morts que de wetllesse; mais ce qu^ je piiis voiisassurer^ c'est que Laurent Joubert et M. de Voltaire
la. diphtongixe 01 dans l'oithographe de notre nom natHHnal. C^est xa dialogue dé la Çucogràfhie, imprimé à la suite de son TraUé du Ris^ en I579é Certaine princes d'Allemagiie liii ajant donné charge d'esea jer à leur faire çompiaiidre exactement le langage Fransais (je prie le lecteur d'être bien persuadé que c'est Laurent Joubert qui parle et qui écrit ) i « Pour-ee > coBtinae^t«-il , j'aj mé*> «c prisé tous linves écris eu Fransais^ et me suis con- « traint d'appoafidre le langage an conrersant famâliere*- « mj^t avec cens qui pl^rlei raieus ^ obienrant trae so^ u gneusement la vraye prolacion. De laquelle m'etant « bien assuré , j'aj commancé d'cKprimePt par écrit le « naïf parler du Fr^nsaia. » Cette prononciation niaise^ ' ment italianisée y née de l'impuissance À la co«iP ita*» lienne des Valois » et propagée dans la province par Un sot esprit d'imitation , n'avoitpas encoi^e gagné les gmm-> mairiens* Il appartenoit au médecin du roi d'en &ire les honneurs , qui étoient réservés en dernier ressort à un de ses gentilsbemmes* ËUe révolta quiconque avoit étudié à fond les bonnes règles et les bonnes traditions du langage. Voici comment en perle vers la même année notre admirable Henri Ëstienne, dans ses délicieiix Dia^ logues du nout^eau langage/rtmpois itaUanizé^ prinoifa^
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n'ont jamais compris ce que c'ëtoit que Tor-^ thographe.
Quanta T Académie^ c'est autre chdse. Elle a cru devoir se soumettre à l'usage qu{ étoit la
iement entre les courtisans de ce temps : « Ne rou» sou- «( yient-îl pas , dît-il à propos de cette diphthongue , de « ceux du mestne pays qui prononcent madanUselle, « jpour éviter ce mauvais passage qu'il leur faudroit te passer en la pronostiation de madamoiselle ? Quant à VL français, anglais , escoçois , milanùis , il y a longue tempâ que plosiieurs d'eux ont confesse n'avoir pas la « langue Inen faicte pour les prononcer : et pourtant « sujvans leur langage naturel qui à\ï francesé, inglesé, «t scacmsé , nùlanesé , ont été fort joyeux d'estre ^ftittes « pour dire pareillement en parlant le nostre , françès, ic angles, e§€Ooès , milanès,,.. Et je scay bien qu'entre « vous courtisans trouvez tous ces m^ts de trop meilleure M grâce , pource qu'ils sont plus mignards , et qu'il «e « faut pas que les dames ouvrent tant la bouche ; comme 4« aussi elles en font quelque conscience ou au moins le « semblant. Tant y a .que par succession de temps , si on « vous veut croire et à. vos compagnons , les François <K deviendront totalement Francès. J'enten que la mé- M moire s'abolira entr'eux de la belle pronontîation de ce' « beau nom-là, lequel ils prennent du nom de leur pays y *i et s'accoutumeront tellement à cestc pronontîation bas^ « tarde , qu'ils ne le pourront prononcer comme il ap-
mmèii^m 1 1— a^^jMTi— ^'
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loi d'Horace^ et on ne sauroit désapprouver les motifs de sa résignation. Elle avoit cependant d'excellentes raisons pour s'en défendre^ et il est fâcheux (ju'elle ait pris un autre parti ,
H partient : non plus que DemostKène pouvoit prononcer « le nom de la science dont ilfaisoit profession. » (Edù* sans date , pag. 555 et 556. )
On voit par cette citation qu'Henri Ëstienne exprime au moins un peu mieux cette valeur néophone que les continuateurs actuels de la prononciation courtisanesque, et tous les hommes de quelque savoir qui ont entrepris de la figurer dans notre écriture , jusqu'à Dumarsais , no l'ont jamais figurée autrement. Si Voltaire l'avoît su , il se seroit bien gardé de s'en rapporter à Laurent Joubert ^ celui de tous les hommes qui ont traité cette question qui avoit le moins d'autorité pour la décider.
Un des malheurs de la prononciation courtisanesque , «'est qu'elle attentoit à tous les mots de même nature qui se trouvoient dans la langue , et dont certains se sont cependant préservés bon gré mal gré de la ridicule invasion de la mode. Ainsi la Rojrne a passé aux Italiens sans entraîner le Roi avec elle., et s'il a perdu les François dans la défection dés diphtongues , ses braves Gaulois lui sont restés. Il résulte de tout cela , dans le système étymologique de notre parole et dans les règles de sa prononciation, une confusion épouvantable dont ce bon Henri £stienne va encore m'ofirir un exemple ; mais il faut se
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car c'est à elle à conserver les principes rationels des langues si les principes rationels des langues peuyent être cônserrés.
L'usage, en effet, Horace en parloit bien à
rappeler d'abord qu'on entendoit par le blaxon d'un peuple , d'un homme ou d'une chose , une certaine devise caractéristique , ordinairement fort courte » et qp'nn tour proverbial , aidé d'une rime bonne ou mauvaise , fixoit imperturbablement dans la mémoire. Le blazùn des Fran* çois étoit celui-ci : Qui dit François dit courtois; et il en valoît bien un autre. Les filles et les mignons de cour qui ne pouvoient pas prononcer François avec sa diphtongue majestueuse y ne pouvoient pas prononcer courtois non plus y et il fallut dire courtes j que M. de Voltaire a oublié d'écrire courtois. La bourgeoisie qui avoit renoncé à son nom national avec beaucoup de complaisance , ne voulut pas renoncer à sa nd[>Ie épithéte. Courtois resta , ponr les Gaulois peot-4tre , et le blazon disparut. Quant à la vertu que ce mot exprime , je ne sais ce qu'elle est devenue.
La province enchérit volontiers sur ces gentillesses. Pour elle , la diphtongue oi fut comme non avenue. Elle faillit faire place à la voyelle bâtarde des Hédicis dans les pronoms moi et toi, eux-mêmes ,,car il est encore asses commiu de dire tutajrer, et Dieu garde de mal les honné-* tes lexicographes qui écrivent ce barbarisme comme je viens de l'écrire. Il en ftit de même dans tout le reale , et
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son aisb ! Ceux qui faisoient l'usage alors étoient précisément ceux qui s'opposeroient
le mal n'auroît point eu de bornes , si quelques poètes énergiques , c'étoient à la vérité Boileau , Racine et Molière , n'avoîent eu le courage de maintenir cette diphtojdgue choquante , à la rime et dftns des vers faits tout exprès pour la consacrer éternellement. La Fontaine s'étoit montré plus docile aux mauvaises habitudes pro* vinciales qui n'ont définitivement prévalu que dans les imparfaits et un certain nombre de noms. On sait qu'il avoit écrit :
La nation des belettes , Non plus que celle des chats, Ne veut aucun bien aux rats :
fit sans les portes e'trettes De leurs habitations , L'animal à longue échine En feroit , je mHmagine , De grandes destructions.
Si cette belle vocalisation s'étoit conservée , on écriroit maintenant étraites , qui changeroit jusqu'à la prosodie, comme cela est arrivé dans la plupart des mots malencontreusement dénaturés par l'orthographe voltairîenne ; mais nous n'y avons pas tout gagné ou tout perdu. Etrecir, fait à^ étroit , nous reste comme monument de la jolie prononciation italienne , pour servir d'exemple en notre langue d'un radical de verbe qui n'a point d'analogie avec ses dérivés.
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aujourd'hui aux progrès d'un usage ridicule et pernicieux ;' ce n'étoit ni la plèbe , ni les esclaves , ni Bavius , ni Mœvius , ni cette presse ignorante , bavarde et dévergondée qui a usurpé insolemment les privilèges du bon usage. Les ouvrages d'Horace devenoient euxmêmes , à mesure qu'il les produisoit en tablettes enduites de cire chez les bibliopoles de son temps y les titres imprescriptibles de l'usage. Tel étoit l'usage qui régissoit les langues^ et jamais Verrius Flaccus^ Pompeius Festus, Nonnius Marcellus, les académiciens de leur temps ^ n'en ont consulté un autre.
Que faut-il aujom^d'hui pour modilBer l'oiv thographe^ pour substituer un autre norma^ une autre ratio scribendi ^ à la règle, à la loi des savants et des sages , à la méthode expéri- • mentale et judicieuse de Boileau , de Racine et de Bossuet? L'autorité d'un prote écervelé du Moniteur^ qui n'auroit pas été jugé digne de coiffer le bonnet de papier des pressiers chez Es tienne et chez Elzévir, et que suit depuis quarante ans à la trace le servum pecus ^ la
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troupe moutonnière desprotes et des écrivains. Ce n'est pas ici le lieu de discuter si cette orthographe se rapproche plus ou moins de la prononciation que celle dont elle tient la place , et je n'ai pas dessein de prêter à rire à quiconque est né hors de la banlieue de notre langue ^ en demandant niaisement si la vocale  , suivie de la vocale I , comme on la lit dans haïr^ représente mieux que la vocale suivie de la même vocale I^ comme on la lit dans Zoile, la simple vocale E^ comme on la lit dans succès. On mç répondroit trop vite que les deux orthographes sont également absurdes^ et que ce n'est pas la peine de réformer une absurdité par une absurdité ^ surtout quand on ne peut le faire qu'au plus grand détriment possible de tous les monuments de l'écriture et de la typographie. On ajouteroit peul^tre
méme^ et on auroit raison ^ que le seul résultat de cette opération seroit de doubler l'orthographe; car aucune autorité^ pas même celle du prote du Moniteur^ île peut empêcher Molière et Boileau d'avoir écrit comme ils ont
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écrite et si on les imprime encore ^ ce qui pourroit bien arriver, il faudra de tofute nécessité leur laisser leur orthographe, quand ce ne seroit que par respect pour leurs rimes. An lieu d'une orthographe assez mauvaisie , il est vrai, la France aura donc l'avantage de posséder deux mauvaises orthographes , qui ne se rapprocheront pas plus de la prononciation l'une que l'autre. C'est un sot luxe.
Heureusement, la question n'est pas là, l'or^ thographe n'étant pas , comme on le dit, l'expression écrite de la prononciation ; et si l'orthographe étoit l'expression écrite de la prononciation , il n'y auroit plus dès demain ni langue ni littérature, mais un détestable argot individuel à la portée de quiconque se mêle d'écrire et d'imprimer. Ce seroit un mom^trueux mélange de bégajements, de bredouillements , de grasseyements, d'ânone— ments, de nasillements, d'accents provinciaux, de barbarismes sauvages , imposés par la voix qui prononce à la main qui écrit, une confusion pire encore que celle des ouvriers de
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cette tour maudite de Dieu^ dont la Genèse a probablement fait, ainsi que je l'ai souyent répété, l'emblème étemel de toutes les améliorations que nous essayons dans les langues. Je vais plus loin : Une orthographe exactement conforme à la prononciation, et qui auroit eu, j'en conviens, un genre de mérite réel au mom.ent où le langage s'est formé, seroit un événement si calamiteux aujourd'hui pour les langues où elle parvieodroit a s'introduire, qu'on peut avancer avec assurance que ses moindres progrès sont déjà des symptômes irrémédiables de décadence et de fin. Renouveler ainsi la langue écrite, c'est être plus cruel pour elle que les Péliades envers leur père. On n'en retrouvera pas même les ossements.
Les ossements , le squelette d'une langue de dernière formation, c'est Tétymoïogie; et l'étymologîe est la normal la ratio scribendi^ l*orthographe de toutes les langues qui n'ont pas la vanité d'être primitives. Ce que l'orthographe doit conserver, ce n'est pas une pro-
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nonciation fugitive que modifient, pour ine servir de l'expression de Pascal , trois degrés d'élévation du pôle ; c'est la filiation du mot sans laquelle .aucun mot n'a de signifixîation arrêtée. La prononciation ne change rien à k valeur intime du verbe de l'homme. C'est l'étjmologie qui le définit. Quiconque parle sans se rendre compte de la valeur originaire de sa parole, et le ciel fasse grâce à tous ceux qui sont dans ce cas , en sait à peine la moitié. Ce qui fait vivre la parole n'y est plus.
Ce n'est pas moi qui dis cela, prenez-y garde ! C'est Cicéron et c'est Montaigne !
Tant s'en faut , par conséquent , que la tendance d'une écriture à se rapprocher de la prononciation soit une marque de progression et de perfectionnement, qu'on peut regarder au contraire comme déchue d'autorité et de vie celle qui est arrivée à ce point. Il ne faut pas un grand effort d'intelligence pour comprendre cette proposition. Il suffit d'y réfléchir un moment.
Une partie des langues européennes sont
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néo-latines , c'est-à-<iire formées sur le latin , qui a été la langue universelle des âges moyens de l'Europe, et qui s'est maintenu jusqu'à nos' jours dans ce privilège d'universalité , quant a l'usage et aux communications des savants. A mesure que les littératures modernes se sont avancées dans leurs développements , cet usage spécial s'est restreint, mais toutes les bonnes études le conservent.
La langue latine est donc restée, et restera probablement toujours la clef des langues qui sortent d'elle.
Un homme qui sait le latin plus que superficiellement, sait donc les langues néo-latines, ou sorties du latin, à cela près de quelques conventions de grammaire ou de syntaxe , de quelques flexions et de quelques idiotismes, qui demandent à peine quelques jours d'application. Toutes leurs dijBTérences potables pourroient être réduites ep règles presque fixes sur une feuille de papier. L'usage enseigne le reste.
Les choses que je dis là ne sont pas bien
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neuves^ et mes inductions ne le seroient pas davantage^ si on y avoit pensé.
Dans le partage des dépouilles de la langue latine 9^ il paroit que Titalien se t^erva la prononciation , qui est la Yoix de h langue.
lia France mieux inspirée «'empara de Forthographe , qui est l'âme et l'esprit de la parole.
Qu'arriva-tr-il dès lors? L'italien, qui l'em-^ porte de beaucoup , selon moi , en souplesse , en élégance et en harmonie , sur notre langue Françoise; qui l'emporte peui-être en chefod'oeuvre sur nos cheffr-d'œuvre , l'italien resta circonscrit dans ses délicieux domaines géographiques. Tous les peuples de la terre pri^ rent plaisir à l'entendre , mais ils ne récrivirent pas. Le françois^ au contraire , ayec ses nazalements disgracieuse , ses voyelles muettes et ses sourdes désinences , fit rapidement le tour du monde érudit, et partagea seul avec le latin l'honneur de servir d'interprète aux sciences.
Mais quel françois , s'il vous plaît ? le fran-
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cois dans son orthographe antique y le fran*cois dont tous les mots sont autant de truchemeuts oculaires qui rappellent leurs radicaux.
Quant au françois désossé (c^e$t le mot), que la typographie nous fait aujourd'hui , celui-là semble être inventé à dessein pour rendre de plus en plus impossible l'universalité si désirée de la langue. Klopstock s'étonnoit il y a trente-trois ans que les écrivains françois -eussent oublié l'orthographe. Que diroit^il aujourd'hui ? que diroit-^il surtout s'il avoit pu lire les essais de cette phonographie barbare qui fait descendre notre système orthographique au-dessous de tous les jargons?
Et pourquoi ne l'avoir pas adoptée? Nous en sommes bien dignes !
Ce qu'il y axu'a de curieux dans la consom-uiation de notre méthode actuelle, c'est que cette oeuvre désastreuse s'accomplissoit au mo<ment même où l'élite de nos savants s'em-* pressent à ressusciter les vieux maîtres de la littérature françoise dans leur docte et naïve