partie thoracique ; elles ont de plus l’avantage de rendre ambidextre
Dans chaque garnison, on devrait établir des tirs à l’arc, aux javelots, aux boulets; des jeux de quilles, de boules, de ballons, de balles basques, etc. ; ces jeux entretiennent et développent sans cesse le moral et l’énergie du soldat; car toujours perfectionner les armes n’est pas suffisant, et à moins qu’on se trouve satisfait de s’entre-tuer sans se voir, ce sera toujours l’armée la mieux exercée, la mieux disciplinée et la plus résolue aux privations qui aura le plus de chance de vaincre son ennemi.
On peut varier à l’infini les exercices élémentaires ; la difficulté est de les faire exécuter d’une façon profitable à l’adresse, à la souplesse, ainsi qu’à la dignité physique des hommes qui les pratiquent.
Avec ce qui est indiqué ci-dessus et la pratique ordinaire dans les régiments : de l’escrime, de la canne, du bâton, de l’espadon, de la boxe, de la danse, etc., il y a de quoi former des hommes solides et adroits, si l’on .sait leur faire 'prendre goût à ces passe-temps qui préviennent l’oisiveté, dont parle en ces termes le savant D r Tissot déjà cité :
« La morale fait de l’oisiveté la mère de tous les vices. »
« La médecine la considère comme la source de tous les maux. »
« Franklin dit : « L’oisiveté est comme la rouille, elle use plus que le travail. »
Le D r G.-D.-F. de Bien ville dit : « Le travail et l’exercice donnent des vertus aux tempéraments qui en paraissent le moins susceptibles. »
Est-il nécessaire de citer tant de faits pour prouver la supériorité de l’homme fort sur le faible, puisque dans toutes les catastrophes imprévues, dans le danger, il n’y a que le fort qui porte secours à ses semblables.
Le comte de Ségur dit ceci dans son précieux livre : « Bans l’extrême danger, l’extrême audace est sagesse. »
Qu’on s’exerce donc, pour devenir bon citoyen d’abord, et soldat intrépide au besoin; car, avec le temps on se console de tout en ce monde, excepté de la perte de sa patrie, et tout individu doit avoir à cœur de se mettre en état de prévenir un pareil malheur.
Quant aux exercices excentriques, que je voudrais voir bannis de la gymnastique civile et surtout de la gymnastique militaire, je ne puis les mieux juger qu’en reproduisant ce passage de M. Sabbatbier, 1772, t. I er , page 4.
« Il s’en faut de beaucoup, néanmoins, que le « corps humain ne tire une pareille utilité des
« différentes sortes d’exercices dont les anciens, « guidés par le pur instinct ou éclairés par la « raison, se sont avisés ; car, parmi ces exerce cices, il y en a quelques-uns accompagnés « d’agitations si violentes et de contorsions si « peu naturelles qu’ils ne semblent nullement .« propres à entretenir les ressorts de notre ma- -« chine dans le juste équilibre qui doit en éta- « blir la bonne constitution. Tels sont : le pugi- « lat, le pancrace, les sauts périlleux des voice tigeurs, etc., qui ne sont bons, tout au plus, « qu’à l’acquisition d’une force et d’une impé- « tuosité brutales, ou d’une agilité qui tient du ce prestige ; qualités dont tout le mérite se borne « à se produire en spectacle aux yeux du peuple, « toujours amoureux de ce qui lui paraît surpre’ ce nant et outré. »
En résumé, il n’y a que dans une école normale de gymnastique générale que pourront être formés les professeurs aptes à l’enseigner; on s étendrait plus particulièrement sur la gymnastique pédagogique qui laisse le plus à désirer.
Les exercices trop forts et trop souvent répétés nuisent au développement normal des tenues facultés des enfants; à un trop grand nombre d’entre eux, ils font plus de mal que de bien, en aggravant, surtout chez quelques-uns un état de surexcitation qu’on devrait chercher
à calmer par tous les moyens possibles ; sans compter les croissances arrêtées, lorsque la violence des exercices excède la force des enfants.
Le D r Tissot dit :
« L’exercice outré cesse d’être un bien, comme « le défaut d’exercice est un mal. »
Puis, dans un autre passage du même auteur :
« Les jeunes gens et les vieillards doivent « s’exercer moins violemment et moins long- « temps que les hommes faits. La raison en est « tous ceux qui prennent, avant le temps, « des exercices qui ne sont pas faits pour leur « âge, vieillissent et tombent dans une rigidité « prématurée.»
En mettant ces bienveillants; conseils en pratique, les parents préviendraient sûrement la dégénérescence de leur postérité.
Mais les opinions sont encore bien partagées de nos jours sur la pratique de certains exercices. Pour peu qu’une personne haut placée s’avise de trouver que telle partie de cet enseignement lui déplaît, on ne manque pas de partager son opinion au détriment de cette science, ^laquelle, îevUièureusement, n’est pas responsable des erreurs qu’on commet à son égard.
Cette différence dans les avis prévient l’homme
instruit qu’il n’y a pas d’exercices bons ou mauvais, et que le succès dépend entièrement d’une juste application.
On sait que pendant la première jeunesse l’enfant a besoin de mouvements qu’il serait imprudent de comprimer. Un point sur lequel j’insiste, c’est que les mouvements provoqués par les jeux ou les exercices devraient développer l’adresse et le jugement;, il ne faut pas croire qu’il est indifférent pour l’enfant de se livrer à un jeu quelconque, pourvu qu’il s’y livre.
En agissant ainsi, les enfants brisent souvent leurs jouets sans avoir conscience de l’attrait qu’un seul d’entre eux pourrait leur procurer s’ils savaient s’en servir, et cette adresse ne serait pas sans influence sur leurs premiers perfectionnements physiques.
Le D r Foissac, dans sa Gymnastique des anciens, comparée à celle des modernes (1838, p.73) dit ceci :
a Le perfectionnement que l’éducation phy- <c sique et morale nous communique ne s’arrête « point aux individus, ne s’éteint pas avec eux, « il se transmet par la génération, se continue « dans les races, et l'on ne peut prévoir jusqu’où « s’étendrait ce perfectionnement progressif, si « l’homme aveugle et imprévoyant n’en brisait « la chaîne et ne détruisait, comme à plaisir, « l’œuvre sacrée de la nature. »
Je cite ici un fait incontestable en faveur de cette science; dans le service Sainte-Marie, à la Salpêtrière, la vénérable directrice des écoles, M 1Ie Léontine Nicolle, qui vient d’être décorée pour son dévouement soutenu pendant trente-cïnq ans, a toujours constaté que les tilles arriérées de ce service commençaient à faire quelque chose à la classe d’étude dès que leur position s’améliorait à notre cours gymnastique, et nous avons obtenu des résultats encore plus surprenants sur des filles atteintes d’une maladie plus grave, et dont MM. les docteurs ontfait mention àl’Académiede médecine.
Pendant le jeune âge, des exercices de bras et de jambes, doux et rythmés, accompagnés de chants très faciles, seraient excellents pour favoriser le développement de ces petits êtres, pourvu que ces exercices ne fussent jamais violents ni trop prolongés.
Quant aux enfants qui gesticulent du matin au soir, bien plus par manie que par besoiu, enfants qui usent les principes protecteurs du développement de la vie, sans leur donner le temps de produire leur effet, pour ces étourdis, dont il existe un trop grand nombre, je cite l’observation du D r Tissot :
« C’est pourquoi nous avons considéré ailleurs « le temps des exercices, comme un temps de « dépense qui met à contribution toute la ma-
« chine, car, un corps toujours agité, ressemble « à une liqueur qui est sur le feu ; elle se tarit « et ses esprits s’évaporent. »
Tous les exercices rythmés, non violents,
■ accompagnés de chants modérés, produisent des effets surprenants sur des natures déréglées, si elles sont soumises à ces exercices avec des sujets plus dociles qu’eux ; les marches forcées ou trop prolongées, les courses violentes, les sauts avec la corde, etc., sont absolument nuisibles pour ces sujets ; si, au contraire, des enfants sont lourds et peu disposés à prendre part aux exercices du corps, on doit les forcer à s’y livrer souvent. Mais, ici, la tâche est difficile, la répugnance de ces natures pour le mouvement fait qu’elles n’éprouvent aucun besoin d’en faire, elles n’en peuvent pas d’ailleurs comprendre l’utilité. Avec de pareils sujets, il faut agir avec réserve, car chez eux toutes les fonctions sont moins actives, et on leur ferait plus de mal que de bien, en exigeant d’eux des exercices violents; la prudence indique qu’il faut intéresser ces sujets à des exercices de leur goût, pour les amener progressivement aux exercices ordinaires. Au contraire, si l’on doit procéder envers un enfant qui grandit trop vile, tous les exercices rythmés avec chant, ceux exécutés avec les xyloférs sont préférables à tous autres ; il faut éviter les exercices violents,
les suspensions par les bras, les courses forcées, les sauts énergiques, le sautillement aven corde, en résumé, il faut fortifier les muscles et leurs attaches de la façon la plus graduelle.
D’autres natures encore plus difficiles à modifier sont celles dont la croissance est arrêtée sans cause connue : ces enfants se développent en circonférence; la première pensée des parents est de les soumettre à beaucoup d’-exercices, et presque toujours le résultat m’est pas celui qu’on espérait, car si les exercices sont trop souvent répétés, l’enfant continue à grossir et ne grandit plus. Ces natures ont déjà les muscles développés outre mesure, si on les fortifie encore par des exercices mal combinés, on ne fait que ralentir la croissance au lieu de venir en aide à son développement normal.
Pour avoir quelques chances de succès dans ces circonstances, il ne faut exécuter que des exercices libres :
Les courses modérées, les sauts, les exercices rythmés de bras et de jambes avec chants, les xylofers d’un poids léger, les jeux de balle, de ballon, de volant, les frictions à l’eau froide ou tiède, avec ménagement, et la natation sont excellents pour ces dispositions particulières, en évitant tous les exercices de force et de résistance.
- Ce'qui empêche les personnes d’un certain âge, ou affaiblies, de prendre part aux exercices
gymnastiques,* c’est que, trop généralement, on fait des exercices en trop grande quantité, ou on en fait de trop forts, et, en agissant ainsi, on augmente sa faiblesse au lieu de le fortifier; je ne puis mieux faire que de reproduire ici les observations du savant et humanitaire D r Tissot :
ce II en est, par exemple, qui, du moment où « 1 on a jugé à propos de leur prescrire certains « exercices, s’y livrent tout à coup et avec la « plus grande violence. Qu’én arrive-t-il? ils « reviennent chez eux si fatigués, si las, qu’ils « se promettent bien de ne plus se servir du « moyen qu’on leur a indiqué, et ils perdent « ainsi toute espérance des avantagés et de la « guérison même qui en auraient résulté, s’il « eût été employé avec modération. D’autres, « au contraire, ne se donnant que peu de mou- « veulent d’abord, ne s’en trouvent pas beau- « coup soulagés, et sur-le-champ ils y renoncent « sans penser que le succès du moyen curatif « qu’on leur avait conseillé n’était attaché qu’à « sa continuation: dès lors ils s’imaginent ils « décident même tout haut, que le pouvoir de « 1 exercice est une pure chimère mise en usage
« Par les gens de l’art lorsqu’ils ne savent plus
« ni que faire ni que dire.
« Voilà de ces préjugés, ou plutôt de ces « obstacles quon rencontre souvent dans la « pratique; mais lorsqu’on connaît à fond les
« indications que présente une maladie quel- « conque, et qu’on a soin de prescrire l’espèce « d’exercices qui convient à chaque maladie « particulière, et selon certaines conditions « essentielles, on a bientôt vaincu les obstacles « et les préjugés par le succès qui résulte de « ce moyen curatif. »
Maintenant, comme instruments particulièrement propres aux personnes faibles ou convalescentes, je conseillerai :
1° Une paire de ressorts en caoutchouc, en rapport à la force de résistance qu’on désire mettre en action ; ces instruments tiennent très peu de place et se fixent avec facilité dans une chambre quelconque,au moyen de deux pitons; le prix de la paire varie de dix à vingt francs ; il y.a de ces instruments en métal, mais il s’en faut de beaucoup qu’ils soient aussi appréciés et surtout aussi favorables aux résultats qu’on désire obtenir en faisant usage de cet engin
particulièrement destiné aux malades.
2° Les xylofers, instrument très répandu, se prêtant à l’exécution d’exercices très gracieux. Cet engin, conseillé par le D r Tisso\ et perfectionné par moi en xylofer, se prête à toutes les altitudes qu’on fait prendre au corps, et il a le grand avantage de servir aussi bien aux filles qu’aux garçons, le tout consiste dans la.différence.de leurs, poids ; lorsque j’en ai fait
l’application dans les écoles communales, en 1873, les enfants exécutaient, et ils exécutent encore avec cet instrument, en plus des exercices gymnastiques, toutes les manœuvres militaires en s’en servant comme d’un fusil; ce que j’avance ici a eu lieu en présence de nombreux témoins compétents, M. le vice-recteur d’académie, M. le directeur de l’enseignement primaire, beaucoup de MM. les directeurs d’école, etc.
Le plus sérieux résultat est que, dans les écoles des deux sexes, la santé des enfants s’est sensiblement améliorée, la discipline surtout, et la tenue physique des deux sexes a dépassé tout ce qu’on espérait de la pratique de çes exercices : je ne crains pas d’être contredit dans ce que je constate ici; toutes mes observations sont en règle.
3° Les haltères d’un poids léger pour les personnes faibles.
4° Les massues sont aussi de bons instruments, un peu difficiles à manœuvrer, en s’en servant souvent ils ont l’avantage de rendre ambidextre.
Règle au sujet des exercices recommandés, soit qu’on commence à s’exercer, soit qu’on s’exerce déjà depuis quelque temps : Si après les exercices on n’éprouve pas un bien-être* et qu’on ressente au contraire une lassitude avec mal de fête, les exercices auront été trop prolongés ou trop forcés ; en règle générale, il faut
commencer par des exercices doux, et terminer de même.
Le moment le pins favorable pour se livrer aux exercices est la matinée avant le repas, en prenant un peu de repos avant de se- mettre à table. .
Si, après les exercices, l’on doit s’appliquer de l’eau froide ou tiède, il ne faut pas différer un instant et profiter du peu de temps pendant lequel la peau expectore pour se l’appliquer; pour les personnes faibles, il faut que les ablutions durent peu de temps et soient prises dans une chambre chaude ; il est dangereux de s’appliquer de l’eau froide et même tiède dès que la transpiration - est arrêtée et même sur le point de cesser après les exercices; dans le commencement on procédera en ne prenant l’eau qu’avec les mains, et l’on s’en tiendra à cette application, si l’on s’en trouve bien;
Voici un conseil de M. le IL Charles Londe, extrait de sa Gymnastique médicale qui nè sera pas déplacé ici (1821, page 334).
« Aussitôt qu’on se livre au travail, on doit se débarrasser de sa cravate^ de ses jarretières, de ses bretelles et déboutonner le col de sa chemise.
<x Par ces précautions, qui paraissent minu- « lieuses, la circulation générale, et en particu- « lier la pulmonaire et la céphalique, se feront
« plus facilement, et l’on soustraira une cause « fort ordinaire (surtout lorsqu’elle se réunit au « travail de tête) des congestions' cérébrales. »
Ces manques de précautions sont trop souvent la cause d’accidents dont sont yictimes les personnes qui së livrent au travail soutenu du cabinet.
La gymnastique rationnelle pratiquée sur une grande échelle donnera des résultats qu’on attendra en vain de toute autre science, puisque c’est elle, de l’avis des hommes célèbres, qui vient en aide à toutes les autres.
J’en suis encore plus convaincu depuis mon dernier emploi d’inspecteur de la gymnastique dans les écoles communales de filles, et de garçons. Bien que pendant longtemps j’aie pu me rendre compte des précieux effets de cette science et de son intérêt sous tous les rapports, dans les lycées, à l’École polytechnique et dans les hôpitaux, mes inspections dans les écoles de la Ville m’ont encore plus convaincu de leur, influence salutaire ; car, très peu de temps après la fondation de ces exercices dans les écoles (1872), les garçons furent réunis par cinq et six cents en raison de vingt par école au lycée Louis-le-Grand, et toujours les exercices d’ensemble rythmés avec chants ont émerveillé les témoins compétents, comme exercices gymnastiques et manœuvres militaires ; le but qu’on
se propose étant de faire des hommes forts et bons les uns envers les autres, une pratique de confraternité inculquée dès le jeune âge ne manquera jamais de se fortifier dans l’avenir, et je ne crains pas d’ajouter que cette précieuse fraternité se manifeste particulièrement dans les circonstances exceptionnelles de la vie, catastrophes, guerres, calamités, etc.