NOTIONS GÉNÉRALES
Que tout ce qui a une existence matérielle est étendu et impénétrable ;
Que tout ce qui a une existence matérielle est pesant.
En résumé, par conséquent, on nomme corps :
Toute chose qui pèse ;
Toute chose qui est étendue et impénétrable.
Ou en d'autres mots : Tout ce qui est matériel.
§ 2 . Chacun sait également que le caillou, tout en étant un corps comme l’arbre ou le cheval , est un corps d’une autre sorte. Le cail- °u ne vit pas et n’a jamais été susceptible de vivre ; l’arbre, de môme duo le cheval, est un être vivant ou qui a été doué de la vie. Les iflerences qui les distinguent ne peuvent échapper à l'observation e personne. O r ) si I on compare tous les corps de l’univers à un caillou d une part, et à un cheval ou à un arbre de l'autre, on voit aussitôt que sous les rapports dont il vient d'être question , les *jus sont de la nature du premier, tandis que les autres sont e ui nature du second. Il en résulte qu’on est nécessairement conduit à reconnaître que les corps en général sont de deux sortes. 6
Les uns, tels que le chêne ou le champignon, le cheval ou l’huître sont ou ont été doués de la vie ; les autres, tels que les cailloux, le 1er, la craie et l’eau, ne sont pas susceptibles de vivre, et sont connus sous le nom commun de corps bruts.
Personne ne confondra ces deux sortes de corps entre eux ; mais pour se former une idée nette des différences qui les distinguent, il ' bon de fixer l’attention sur leurs caractères généraux les plus ««portants.
Le caillou, le morceau de fer ou le fragment de craie, ne donnent e " CUn signe d activité intérieure ; leurs particules constitutives sont 1 repos , et à moins d’être exposés à des causes de destruction ran g°res à leur nature, ces corps continuent à exister indéfinilent. Le cheval et l’arbre, au contraire, ont en eux un principe activité spéciale, la vie ; ils grandissent pendant qu’ils sont jeunes, c ’__ a P r ès avoir existé pendant un certain temps, ils se détruisent nécessairement, car la mort est une conséquence de la vie : mais pour us er ainsi ils ont besoin de s'approprier sans cesse des matières fangères , c’est-à-dire, de se nourrir * e mode d’origine de ces corps est également caractéristique. I^oque de l’eau se constitue ou que de la craie se forme, c’est paiso i k*' 1 d? * a com binaison chimique des matières dont ces corps ii'" cora posés, et l’eau ou la craie déjà existants dans la nature ^ exercent aucune influence sur leur formation. Une plante, au conaire, ne saurait se constituer sans le concours d’une plante de
me «ature qui l’engendre. Le chêne naît du gland produit pai ;
un client) pi éexis tan t , et chaque liorbo unit, tl une graine fournie pur une herbe de môme sorte: toutes les jeunes plantes ont des parents dont elles sont descendues et dont elles ont reçu la vie. La poule, comme chacun le sait, naît d'un œuf, qui est aussi une sorte de graine animale et qui a été produit par une autre poule. Enfin, tous les êtres vivants naissent de parents semblables à eux , et aucun ne peut se constituer spontanément.
Il suffit aussi de rappeler ce que tout le monde sait, pour montrer qu’il existe des différences non moins grandes dans le mode de constitution des corps vivants et des corps bruts. En effet, le chien, le che\al, 1 oiseau et 1 insecte sont des etros qui jouissent de facultés plus ou moins nombreuses. Ainsi ils se nourrissent, et pour se nourrir ils exercent des actes plus ou moins compliqués ; ils sentent et ils se meuvent. Or, pour se mouvoir, il leur faut des instruments ou organes du mouvement tels que des pattes ou des ailes ; pour sentir, ils ont besoin des organes des sens, et pour se nourrir il leur faut aussi des instruments particuliers, une bouche et un estomac par exemple. Les plantes ont aussi des facultés inhérentes à la vie' et par conséquent sont également pourvues d’organes tels que des fouilles, des fleurs, des racines. Chacun do ces corps, de même que chacun des animaux dont il vient d’être question, se compose donc d une certaine réunion d'organes ou instruments divers dont la présence est nécessaire à son existence, et sans lesquels il serait incomplet : ces diverses parties sont liées entre elles, et par leur assemblage elles constituent un individu de forme déterminée , qui ne peut être divisé au delà d’un certain degré sans périr. Dans un caillou ou un corps brut quelconque nous ne voyons rien de semblable : il n’y a point d’organes particuliers, et l’existence d’aucune partie de la masse de ce corps n'influe en rien sur l’existence des autres parties; ces parties ne sont pas nécessairement liées entre elles, et ne forment point par leur réunion un individu. Enfin les matériaux dont se compose le corps d’un chien ou d’une huître, d’un arbre ou d une herbe, sont nécessairement de différentes sortes : les uns sont liquides, le sang et la sève, par exemple ; et les autres, tels que los fibres de la chair ou du bois, sont solides, et ces parties solides sont disposées de façon à contenir les parties liquides et à en permettre le mouvement dans l’intérieur de ce corps. Cette^ structure est appelée organisation , ot elle se retrouve chez tous los êtres vivants, car elle est indispensable au mouvement de nutrition, sans lequel ces êtres ne pourraient exister. Aussi désigne-l-on souvent les corps vivants sous le nom de corps organises. Les minéraux ne présentent rien de semblable. Dans un morceau de fer, par exemple, on ne trouve que des particules de fer, et dans un bloc de marbre on trouve partout du marbre; dans une roche de granit on distingue, il est vrai, des cris-
NOTIONS GÉNÉRALES. g
taux du différentes sortes, mais là encore il n'y a aucun indice ‘ organisation : et comme tous les corps bruts ressemblent sous ce rapport au fer, au marbre et au granit, on peut les désigner sous le n °m commun de corps inorganisés, par opposition aux corps vivants, ’i 111 sont tous des corps organises.
Lorsque nous étudierons la physiologie, c’est-à-dire la science (pii faite des phénomènes de la vie, nous reviendrons sur l’examen des différences qui distinguent ces deux sortes de corps; mais, d’après c peu de mots que nous venons d’en dire, on a pu voir que ces dif— nonces sont bien plus grandes que celles qu’on observe en coml'aiant entre eux un cheval et un chêne, ou bien un caillou et un tioi ceau de fer : car le cheval et le chêne ont en commun la vie et oiganisation, tandis que le caillou et le morceau de fer sont l’un et autre des corps bruts ou inorganiques. Or tous les corps de la mita o, a\ons-nous dit, ressemblent sous ces rapports à l’un ou à l’autre exemples que nous venons de citer, et par conséquent on voit ‘S- ‘î distinction la plus importante à établir entre ces corps est c 0 des corps organiques et des corps inorganiques.
Dans les méthodes de classification employées par les naturalistes on s applique à réunir en groupes les objets qui se ressemblent entre eux a certains égards , et à séparer ceux qui se distinguent par des ifferences essentielles. Il est donc évident que pour classer les corps de la nature d une manière rationnelle, c'est-à-dire d’après le x " ( , ' lri portance de ce qu ils offrent de commun, il faut les did abord en deux groupes principaux, savoir: la Création inor-
’ 0U “ÈGNE MINÉRAL, Pt la CRÉATION ORGANIQUE.
° st effectivement le premier pas à faire dans la classification rè , • 6 lJeS . eor P s dont notre globe est peuplé ou composé. Le crA r lnor S ani( l ue comprend tous les minéraux ou corps bruts; la a ion organique comprend les animaux et les plantes, c’est-à-dire t0 ut ce qui vit ou a vécu.
On a pu voir, par ce qui précède, qu’il suffit de profiter desconuL é , “ 8 J VU gaireS dont P ersonne n ’est dépourvu, pour arriver à son ï,t ' ne ( 6 r ^ su ^ a t ,s fondamentaux en histoire naturelle. En raies! r'ri.T ce .d ue t . out le m onde sait, nous avons montré quelle av ' ce oostraito qu’il faut se former des corps en général, et nous le . T S ln ' 0 U y é d"° ces cor P s se partagent en deux grandes divisions : d e g "pe des corps inorganiques ou le règne minéral, et le groupe ta iiiAiî PS , V 1 Va i tlt ? ° U cor P s organisés. Enfin, c’est en dégageant et répand , 1 e " evidellce des faits dont la connaissance est non moins ri,,. . ue 'P 16 »°tas avons caractérisé ces deux divisions primaires ^choses matérielles, et établi que :
VU S REAt, ? N ««w se compose des corps qui missent de parents,
■ e nourrissent et qui meurent; qui ont des organes et qui consli-
tuent chacun , par l'assemblage tle leurs diverses parties, un tout déterminé jouissant de l’individualité.
Tandis que le Règne minéral se compose des corps qui ne sont pas organisés, qui ne proviennent pas d'êtres semblables à eux, et par conséquent n’ont pas de parents ; qui ne se nourrissent pas, qui ne vivent pas, et par conséquent aussi ne sont pas destinés à mourir ; enfin qui ne constituent pas des individus, à moins qu’on ne veuille considérer comme tels les particules dont ils sont formés et dont le volume serait trop petit pour se prêter à une division quelconque.
§ 3. Dans le paragraphe précédent nous avons vu que tous les corps organisés, quelle que soit leur nature, ont en commun un certain nombre de caractères; que tous naissent de parents, se nourrissent et meurent ; mais pour peu qu’on vienne à les comparer entre eux, on est frappé des différences qu'ils offrent quant à la manière dont ils vivent et aux facultés dont ils sont doués. Prenons pour exemples le chêne ou le champignon, d’une part ; le cheval ou le colimaçon , de l’autre. Tout le monde sait que chez les premiers la vio ne se manifeste que par les phénomènes de nutrition ou de multiplication nécessaires à l’accroissement do l'individu ou à sa reproduction , tandis que chez les autres on observe non seulement la faculté de se nourrir et de se multiplier, mais de plus la sensibilité et le mouvement. Les animaux varient beaucoup sous le rapport du mode d’exercice de ces deux grandes facultés. Pour s’en convaincre,
11 suffit de se rappeler le mode d’existence du cheval ou de l’oiseau, d une part , et de l'huître ou de la sangsue, de l’autre ; mais tous les animaux possèdent ces facultés en commun. Ils ont une volonté et ils se meuvent ; tandis que les plantes, lors même qu’elles se contractent à la manière de la Sensitive, n'exécutentjamais de mouvements volontaires et n’ont jamais la conscience des impressions produites sur leur être par les objets dont ils sont entourés. Les uns sont des êtres vivants, mais inanimés ; les autres, des êtres animés.
Il existe donc parmi les corps organisés ou vivants deux sortes d êtres : les animaux et les plantes. Pour classer ces corps d'une manière naturelle, il faut donc subdiviser le groupe formé par tous ces corps en deux sections, savoir : le Régne animal d’une part, et le Règne végétal de l’autre.
Nous allons étudier successivement les caractères et la composition do ces deux groupes, en réservant pour le cours de l’année de rhétorique leur histoire physiologique.