X. {Cantal), 29 août 1915. H. Y)., ingénieur E. C.P
Je vous exprime le regret de ne pas avoir trouvé dans votre intéressante communication quelques lignes au sujet de la dépopulation à côté de celles consacrées à l'alcoolisme.
A quoi bon travailler au relèvement du pays si on ne porte pas remède au plus terrible danger qui puisse menacer un peuple, puisqu'il l'affaiblit chaque jour sans souffrances et sans bruit?
Après la guerre, plus que jamais, nous aurons besoin de bras. En tablant sur les chiffres actuels.
il est clair que dans peu d'années nous serons une proie facile pour nos voisins.
Aucune théorie, aucun discours ne peut aller à rencontre de cette vérité. C'est le suicide volontaire.
Paris, 28 juillet 1915. R. G.,
Ingénieur E. C. P.
Je suis heureux que vous ayez insisté, comme vous l'avez fait, sur le grand obstacle qui s'oppose à notre relèvement, si des mesures énergiques ne sont pas prises dès maintenant : l'alcoolisme et la dépopulation, c'est-à-dire une seule et même question tout aussi importante que celle de la victoire.
Notre triste parlement ne veut pas le voir et cependant quel beau rôle il pourrait se donner, remporter cette belle victoire pendant que nos chers soldats poursuivent l'autre !
Il est entendu que nous ne sommes pas organisateurs en France ; mais les Boches ont-ils jamais fait une plus merveilleuse organisation que celle qu'ont faite les empoisonneurs de la France, les destructeurs de l'énergie de notre pays et de sa natalité? L'organisation est tellement complète qu'il semble qu'on ne peut rien contre elle.
Londres, 10 août 1915. P. K.,
Ingénieur français.
Rien n'est exécrable comme la loi sur les bouilleurs de cru. Elle a provoqué l'alcoolisme; dans nos régions elle engendre une fraude éhontée, mais elle satisfait l'électeur et favorise le mastroquet. Vous ne pouvez vous faire une idée de ce que deviennent nos belles, bonnes et intelligentes populations. Depuis la mobilisation, les allocations ont mis, dans les mains des femmes, des ressources mensuelles dont elles n'avaient pas l'habitude, elles ne travaillent plus, elles boivent l'eau-de-vie.
Quant à faire une loi touchant à un marchand de vin, ce serait supprimer un centre électoral, on n'y touchera pas. Alors que faire, qu'espérer?
Saint- Etienne (Rhône), 3 août 1915. L. L.
Je vous remercie des paroles que vous avez prononcées sur l'alcoolisme ; c'est un ennemi plus difficile à vaincre et plus terrible peut-être que l'Allemagne tout entière.
Paris, juillet 1915. J. C, ambassadeur.
A ces quelques lettres de sources si variées sont venues s'en ajouter un très grand nombre de plus récentes ; les unes ont trait au contenu même de ma communication :
86 NaTRE AVENIR
Si nos syndicats patronaux et ouvriers se sont montrés si peu utiles à la cause publique, c'est que le plus grand nombre ont dégénéré en clubs politiques.
Toulouse, 18 septembre 1915. P. B.
C'est avec le plus vif intérêt que j'ai lu votre communication aux Ingénieurs civils dont je suis membre. Je partage sur tous les points les opinions si judicieuses sur l'industrie française et sur la régénération qu'il est indispensable d'y introduire si elle veut pouvoir concourir utilement pour la lutte mondiale.
Paris, 11 septembre 1915. P. Z.,
Ingénieur E. C. P.
Je vous en supplie, Monsieur, poursuivez vigoureusement votre salutaire campagne. Ne vous lassez pas de dire bien haut toutes ces vérités.
En dépit de quelques journaux indifférents, la presse française vous appuiera dans cette belle tâche.
Torigni (Manche), 14 sept. 1915. B. S.,
Ancien officier.
Je tiens à vous remercier et à vous féliciter du remarquable rapport que vous avez fait
à la Société des ingénieurs civils de France. Vous avez, d'une façon extrêmement claire et saisissante et en même temps extrêmement vraie^ montré les raisons et la force de l'Allemagne et les problèmes qu'aura à résoudre la France de demain.
Londres, 19 août 1915. J. P.,
Attaché commercial à V ambassade de France.
J'ai ressenti, en vous lisant, un frisson patriotique, car je ne saurais trop dire combien je vous estime d'avoir eu le courage de dire les vérités que tout le monde connaît et répète.
Je m'efforcerai de faire connaître cette conférence à mes élèves et anciens élèves et à toutes les personnes qui s'intéressent au relèvement de notre patrie.
Nancy, 3 sept. 1915. H. V., directeur
de r Institut électrotechnique.
D'autres visent les objections qui me furent publiquement opposées, et en manifestent une surprise indignée.
Elles peuvent se résumer dans les lignes suivantes que m'adresse une personnalité élevée que je regrette de ne pouvoir nommer en toutes lettres.
La discussion qui a suivi votre conférence m'a vivement intéressé, mais je suis resté stupéfait devant les objections qui sont formulées. Oculos habent et non videhunt. Il faut n'avoir rien regardé et rien lu pour garder de telles illusions.
21 septembre 1915. J. G.
Comme conclusion, je répéterai ce que j'ai répondu à mes contradicteurs dans la séance du 30 juillet de la Société des ingénieurs civils : « Que, s'il y a en France une élite qui agit magnifiquement, ce n'est qu'une élite trop peu nombreuse, tandis que la masse reste confinée dans ses vieilles méthodes et son empirisme, rien ne serait plus fâcheux que de lui laisser croire qu'elle est dans le vrai. »
Après les paroles, les discussions, les lettres et les encouragements, un devoir s'impose à nous, précis, urgent, imprescriptible, celui de réunir en un faisceau ces énergies et ces bonnes volontés qui s'affirment courageuses, mais isolées, et tous ensemble de commencer l'action régénératrice avec méthode, avec discipline, avec opiniâtreté.