LES MATIÈRES COLORANTES EN ALLEMAGNE ET EN FRANGE
De toutes les industries allemandes, celle des matières colorantes excite la plus vive attention, parce qu'elle jouit dans le monde entier d'une sorte de monopole de fait, auquel il importerait de pouvoir se soustraire.
On a beaucoup écrit depuis l'ouverture des hostilités sur ce sujet, sans avoir d'ailleurs provoqué de résolutions pratiques. Je résumerai en ces pages l'état de la question et l'énoncé des moyens par lesquels le problème pourrait être, d'après les sources les plus autorisées, partiellement résolu.
Jusqu'au milieu du xix^ siècle, la teinture des étoffes provenait exclusivement de colorants extraits de certains végétaux, indigo, curcuma, garance, campêche, orseille, ou de quelques insectes comme la cochenille, qui étaient préparés et appliqués suivant des méthodes empiriques et des tours de main plus ou moins secrets. La France y tenait la tête depuis que Colbert, qui fut le véritable initiateur de l'industrie nationale, en avait largement favorisé l'éclosion.
l'industrie des matières colorantes. 123
C'est en 1850 qu'une teinturerie lyonnaise, la maison Guinon, appliqua pour la première fois aux tissus un colorant jaune dérivé du goudron de houille, l'acide picrique.
Jusque-là on avait considéré le goudron comme dénué de toute utilisation industrielle.
En 1854, le chimiste français Bêcha mp trouva le moyen d'en extraire l'aniline ; puis ce fut le tour de la nitrobenzine (mirbane), qui réalisa la synthèse chimique de l'essence d'amandes amères. Deux ans plus tard, le teinturier anglais Perkin découvrit la mauvéine. Enfin, Verguin, chimiste de la maison Renard frères, de Lyon, trouva la fuschsine en 1859. Cette date marque le véritable point de départ de l'industrie des colorants dérivés du goudron, qui devait, aux mains des Allemands, prendre un si formidable essor. On voit que tout l'honneur en revient à la science française.
Malheureusement, tandis que nous nous arrêtions — faute de chimistes spécialisés — dans la voie des recherches et des applications, les Allemands s'emparaient de nos idées et en poursuivaient le développement avec une patience inlassable et grâce à une armée de savants, de techniciens et de chimistes méthodiquement orientés dans cette voie et dressés à la même besogne.
Ce fut l'époque (1865) de la fondation de la Badische Anilin uiid Soda Fabrik de Ludwigshafen, avec 30 ouvriers et 2 chimistes ; le même établissement occupe aujourd'hui 11 000 ouvriers,
280 chimistes et environ 300 ingénieurs ou techniciens !
Plusieurs autres maisons similaires se fondèrent successivement en Allemagne, à la poursuite des mêmes productions, productions qui se sont rendues maîtresses du marché mondial.
Il n'entre point dans mon cadre de décrire, même sommairement, les innombrabres substances que ces sociétés ont jetées dans la circulation, non seulement dans le domaine de la teinture, mais dans tous les arts qui dépendent de la chimie ; un aperçu statistique de l'élimination successive des produits naturels et de leur remplacement par des éléments artificiels sera plus éloquent que les mots.
Tout le monde sait que la garance, qui faisait l'objet d'une culture essentiellement française, a été depuis longtemps anéantie par l'alizarine, colorant artificiel tiré du goudron dans les ateliers de la Badische; et il reste, pour tous les hommes sensés, absolument inexplicable que nos autorités militaires aient maintenu la couleur rouge aux pantalons du troupier, alors qu'elle n'enrichissait plus des cultivateurs français, mais des fabricants allemands, et qu'elles n'ignoraient pas qu'au premier signal de guerre cette source d'approvisionnement tarirait, et qu'elles seraient contraintes de changer cette couleur, ce qui n'a pas manqué de se produire.
Prenons maintenant l'indigo naturel, qui était
l'industrie des matières colorantes. 125
jadis produit pour les 4/5 par les Indes anglaises, et pour le reste par les colonies hollandaises et l'Amérique centrale. Sans remonter plus haut que 1896, l'Allemagne en importait pour ses besoins un tonnage évalué à 26 millions de francs, et exportait seulement pour 8 millions d'indigo artificiel. Dixsept ans plus tard, en 1913, elle n'importait plus d'indigo naturel que pour 560 000 francs , et elle exportait dans le monde entier pour 69 millions de francs d'indigo artificiel. On peut dire que l'indigo naturel est allé rejoindre la garance dans les oubliettes des corps qui ont cessé de vivre... Le même sort attend tous les autres colorants d'origine végétale ou animale.
Quand on parle des grands établissements de colorants artificiels, on a en vue cinq maisons d'une exceptionnelle importance, qui sont :
La Badische Anilin iind Soda Fabrik de Ludwigshafen, au capital d'une centaine de millions, actions, obligations et réserves, décrite dans les Derniers Progrès de V Allemagne. Cette Société a plusieurs succursales à l'étranger, notamment à Neuville-sur-Saône, aux portes de Lyon.
Les Etablissements Frédéric Bayer, dont le capital et l'importance sont comparables à la précédente. Leur siège est à Elberfeld, mais leur principale usine est aujourd'hui à Leverkusen-sur-le- Rhin, à mi-distance de Cologne à Dusseldorf. Installée vers 1900, la fabrique de Leverkusen, dont j'ai donné la description dans V Allemagne au tra-
çail, est à cette heure le plus extraordinaire établissement industriel de l'Allemagne et du monde ; il couvre 230 hectares, divisés comme un damier en îlots rectangulaires, qui forment chacun un atelier complet. Les bâtiments des laboratoires ressemblent à des casernes, et les chefs de cette ville industrielle exercent leurs contrôles dans les divers quartiers à l'aide d'une dizaine d'automobiles qui stationnent du matin au soir à la porte du bâtiment directorial. La maison Bayer a sa succursale française à Fiers, près Lille.
luActien Gesellschaft fur Anilin Fabrikation à Berlin, avec usine secondaire pour la fabrication des produits photographiques et des films de cinématographe à Greppin, près Leipzig (voir les Derniers Progrès de V Allemagne). La succursale française de VActien est au faubourg lyonnais de Saint- Fons.
Ces trois sociétés ont entre elles une entente très étroite, par laquelle elles mettent pour ainsi dire en commun la vente de leurs produits et se répartissent, au mieux de leurs moyens d'exécution, leurs fabrications diverses ; elles sont en concurrence constante avec les deux suivantes, qui ont ensemble un cartel du même genre :
Casella et Cie, à Mainkur, près Francfort-sur-le- Mein, avec succursale à Lyon (voir V Allemagne au Travail).
La Farbwerke Meister Lucius et Bruning, à Hoechst-sur-Mein, près Francfort, au capital de
l'industrie des matières colorantes. 127
68 millions de marks, dont la succursale française est à Greil.
Il existe en outre une dizaine de sociétés moins grandioses qui fabriquent divers produits généralement protégés par des brevets.
Fabriquer des substances bien et dûment brevetées est l'objectif principal de toutes ces entreprises. Les produits classés sur lesquels s'exerce librement la concurrence forment le fonds de l'exploitation qui les fait vivre ; les brevets les font prospérer.
Cette conception économique est innée chez les producteurs allemands; elle est impérieuse chez les fabricants de couleurs, et leur a procuré des bénéfices énormes, variant, suivant les années, entre 15 et 55 p. 100 de leur capital social.
C'est pour réaliser cette incessante création de produits nouveaux qu'est équipée l'armée de chimistes et techniciens qui travaillent dans ces monstrueux établissements. Cette armée est divisée en différents corps.
Il y a le corps des chimistes de fabrication, qui analysent les matières premières, surveillent les opérations et contrôlent les produits achevés.
Il y a le corps des chimistes de recherches qui, sous la direction d'un chef des laboratoires, sont lancés à la découverte de substances nouvelles.
Le champ des recherches indiqué par le chef est fouillé avec une méthode qui n'abandonne rien à l'initiative, ni à l'improvisation, ni au hasard, mais
ne laisse rien non plus dans l'inattention ou dans l'oubli. La trouvaille est provoquée pour ainsi dire automatiquement par les réactions, patientes et successives, d'innombrables substances sur d'innombrables autres substances. Pensez à un cadenas à lettres dont il s'agit de découvrir la combinaison inconnue : vous formez méthodiquement toutes les associations de lettres entre elles, vous arriverez en plus ou moins de temps à trouver l'assemblage qui ouvre le cadenas. Ainsi opèrent les quelques centaines de chimistes des matières colorantes. Une bonne préparation scientifique, de la méthode, de la patience, constituent leurs mérites, mais tout génie en est absent.
Quand un corps bien défini est trouvé, un nouveau travail commence. Ce produit est livré dans l'usine même à divers services techniques qui font l'étude de ses applications. Telle équipe recherchera s'il constitue une colorant nouveau, un explosif ; telle autre s'il est applicable au tannage des peaux ; telle autre au perfectionnement des gélatines, à l'art de la photographie ; le service pharmaceutique l'éprouve au point de vue thérapeutique, etc., etc. ; et tous ces techniciens disposent de véritables ateliers, de petites usines d'essai, de laboratoires biologiques, où les expériences sont effectuées à l'aide d'un outillage approprié, très souvent créé ou modifié pour chaque cas, et qui constitue le diminutif de celui qu'on emploiera dans la fabrication en grand. Une publicité puis-
'industrie des matières colorantes. 129
santé propagera bientôt la découverte à travers le monde du commerce, de l'industrie, de la médecine, de l'art militaire.
Pour la diffusion des nouvelles matières colorantes, les sociétés ont à leur service encore un autre corps, celui des chimistes-coloristes, qui se déplacent pour aller enseigner aux clients le mode d'emploi des préparations qu'on leur adresse.
Un brevet pris dans tous les pays civilisés assure à la firme la propriété de son invention, et le chimiste qui l'a découverte est, par contrat, intéressé .à ses résultats financiers. Les seuls établissements Bayer avaient ainsi, en 1909, plus de 4 000 brevets en portefeuille.
Les Sociétés de matières colorantes fabriquent annuellement pour plus de six cents millions de produits, dont les trois quarts vont à l'exportation.
Avant de décider si nous pouvons briser le monopole allemand des matières colorantes artificielles, il est nécessaire d'analyser les causes qui ont fait passer l'application de cette invention française aux mains de nos ennemis.
La première de ces causes est le manque de personnel scientifique spécialisé dans cette connaissance. Nous n'avons pas besoin de remonter bien loin en arrière pour rencontrer l'époque où le chimiste industriel était à peu près introuvable. Au-
cune école alors n'en formait, les fabricants avaient la résignation, quelques-uns même le parti pris de s'en passer. Lorsque l'industrie française aura pris, ou plutôt reconquis, dans le monde la place qui lui revient, cette période, où l'on a tant mis en œuvre de produits chimiques sans personnel rompu à la chimie, apparaîtra comme une barbare préhistoire.
Si quelques branches de l'industrie s'en accommodaient tant bien que mal, c'était à la condition que tout progrès leur fût interdit. Le statu quo leur était une inexorable nécessité. Or l'exploitation des matières colorantes, entre les mains des Allemands, a pour principe directeur le progrès à jet continu.
Les premières maisons qui l'entreprirent en France n'ayant en vue qu'une fabrication limitée aux découvertes qu'elles avaient faites, périrent de mort violente sous les coups des Allemands qui chaque jour trouvaient dans leurs laboratoires des perfectionnements inédits et des substances nouvelles.
Le plus coupable en l'espèce était moins l'industriel empirique que le corps enseignant qui ne savait pas lui procurer de sujets capables d'orienter scientifiquement ses efforts. Les rares savants épars dans l'industrie chimique furent longtemps des autodidactes, esprits supérieurscomme tous ceux qui se sont formés eux-mêmes, mais forcément incomplets, et quelques transfuges des Facultés
l'industrie des matières colorantes. 131
au grand scandale de leurs professeurs ; car le préjugé dominait — et règne encore trop souvent — dans les Universités que la science doit être aimée pour elle-même et non pour ses applications.
Et à cet égard, la forme cruellement scientifique que les Allemands ont donnée à la guerre fera plus pour détruire cette mentalité que toutes les thèses qu'on opposait inutilement au professorat Ox.. 'A. Si nous avions aujourd'hui autant de chimistes et de techniciens spécialisés que les Allemands, nous aurions pu répondre coup pour coup à toutes leurs attaques par gaz délétères, liquides enflammés, explosifs de toutes sortes.
Mais nos quelques écoles de physique et de chimie, dues aux initiatives des milieux commerciaux et industriels et non aux corps officiels, sont insuffisants en nombre à combler la différence, et pour revenir aux matières colorantes, si nous envisageons les besoins qu'elles ont à satisfaire, nous nous trouverons en présence d'une pénurie momentanée de sujets rompus à cette spécialité, à laquelle la Suisse seule pourra partiellement suppléer.
Une deuxième difficulté se présentera, moins capitale sans doute, mais tout aussi urgente : l'approvisionnement de matières premières. Si nous possédons en France une quantité incalculable de distilleries d'alcool, nous n'avons qu'un nombre infime de distillations de goudron. Je crains fort, à moins qu'on n'en ait monté pour les besoins de
la pyrotechnie, que l'on ne soit arrêté dès le début par le manque de ces appareils distillatoires, que l'Allemagne était à peu près seule à construire.
Il en est de même de presque tous les éléments de l'outillage si compliqué qui se voit dans les fabriques de colorants artificiels.
Enfin reste la question brûlante des brevets actuels qui protègent les fabrications, nor. ' .^es pour nous, que notre industrie aura à cœur d'entreprendre. Quel sort leur fera-t-on? Ici, je n'ai pas qualité, pour répondre ; mais ce sera là une tablature singulièrement difficile pour les négociateurs des arrangements futurs.
Et cependant, il importe d'aboutir. Nous avons déjà, sans doute, deux ou trois établissements qui, sans être à même de concurrencer les Allemands, subviennent à une fraction de nos besoins en colorants artificiels. A la faveur d'une législation douanière rigoureuse ils peuvent se développer ; mais ils ne suffiront pas.
Nous avons mieux encore, ce sont les cinq filiales que j'ai désignées, des grandes firmes allemandes. Les usines recevaient de leurs métropoles des produits ébauchés dont elles terminaient la fabrication à l'usage des consommateurs français. L'objectif qu'elles réalisaient ainsi étaitd'échapper à certains droits de douane plus élevés sur les produits finis que sur les produits considérés comme matières brutes. Placées sous séquestre, elles fonc-
l'industrie des matières colorantes. 133
tionnent aujourd'hui sous le contrôle du gouvernement français. Nous aurons là, si les traités permettent d'en exproprier les exploitants allemands, un outillage de premier ordre et d'une grande puissance de production, auquel il manquera sans doute le matériel d'ébauchage, qu'il faudra nécessairement se procurer à l'étranger.
Reste la disette de compétences techniques. Voici comment on pourrait la résoudre, et là je suis pleinement d'accord avec toutes les autorités en la matière, et notamment avec M. H. Le Wita, qui a écrit à ce sujet une brochure aussi précise que judicieuse.
Il existe en France un très petit nombre de savants et de techniciens au courant de la chimie des matières colorantes. Sans doute la liste en est courte, mais si on les rassemble au service d'une seule et même entreprise, de moyenne importance, ils ont chance de la mener à bien ; si, au contraire, on les disperse dans de multiples sociétés étrangères les unes aux autres, chacune de ces créations sera insuffisamment organisée et courra à la ruine.
Il faut donc, — et aucune considération ne doit prévaloir devant cette nécessité, — il faut donc réunir sous une direction unique tous les établissements créés en France par les Allemands et tous les chimistes compétents français ou suisses qu'on, pourra rassembler, et c'est à ce groupement, et à ce groupement seul, que l'on devra
confier les capitaux qui s'offriront pour cette œuvre nationale.
Que ses débuts soient d'importance moyenne, c'est-à-dire proportionnée au personnel dont on disposera ; on accroîtra les usines au fur et à mesure que nos écoles de chimie formeront des collaborateurs nouveaux ; mais, pour Dieu, qu'on n'élève pas de chimériques espoirs sur des bonnes volontés inexpérimentées qui ne manqueront pas de se produire et qui feront leur apprentissage au détriment des actionnaires. Ce métier, moins que tout autre, supporte les improvisations.
Certains réclament des subventions de l'État, s'appuyant sur ce précédent que le gouvernement britannique a avancé 37 millions 500 000 francs pour une création similaire en Angleterre. Je crois savoir que les tentatives de nos voisins et alliés ont avorté et je souhaite que le gouvernement français ne mette pas la main en cette affaire, ce serait une main maladroite ; là où il faut des chimistes, il imposerait des danseurs. Mais ce que je souhaite surtout, c'est qu'il se rencontre un homme de tête et d'autorité qui sache coordonner et diriger les efforts qui tendent à s'affirmer.
Quant à croire qu'une entreprise aussi laborieuse sera prête à fonctionner de toutes pièces et à subvenir aux besoins de la consommation française, aussitôt la guerre finie, il n'y aurait pas de plus grossière illusion. On peut la préparer, dès aujourd'hui, mais la parachever pendant les mois de
l'industrie des matières colorantes. 135
guerre est irréalisable. Nos ennemis resteront donc pour quelque temps encore nos fournisseurs, comme ils le sont en ce moment par le canal des neutres. Tâchons seulement d'abréger cet intermède.
Qu'il me soit permis de répéter à ceux qui me font l'honneur de me lire qu'autant je les engage à souscrire à une entreprise de ce genre qui se présenterait unique, bien conçue et dirigée par des compétences, autant je leur conseille de s'abstenir s'ils voient les tentatives se disperser au hasard dans tous les coins du pays, comme il n'est que trop habituel au particularisme français.
Au moment où l'espérance nous sourit de réoccuper la rive gauche du Rhin, dont la France a été écartée depuis quarante-quatre ans, l'occasion semble opportune de décrire en quel état nous allons la retrouver.
La nature, la mythologie, l'histoire, la poésie se sont réunies pour proclamer le Rhin le plus beau fleuve d'Europe ; puis l'industrie est venue, qui en a fait l'artère la plus féconde de la navigation moderne. C'est àce point de vue que nousallons suivre son cours.
Le Rhin se forme en Suisse de la réunion, à Reichenau, de deux torrents impétueux, le Rhin noir et le Rhin blanc, qui prennent naissance dans le massif du Gothard non loin de la Furka, source glacée de son rival méditerranéen, le Rhône. Puis il coule au nord jusqu'au lac de Constance dont les rives baignent cinq pays distincts : la Suisse, l'Autriche, la Bavière, le Wurtemberg et le Grand- Duché de Bade. De Constance à Bâle il court de l'est à l'ouest en flots d'émeraude limpides, trouvant sur sa route la chute de 25 mètres de hauteur de Schafîhouse, recevant, entre autres af-
fluents, le puissant appoint de FAar à Waldshut, et rencontrant au sortir de Baie, la chaîne des Vosges qui le rejette au nord, direction où il est maintenu sur la droite par la Forêt-Noire.
Altkirch, Mulhouse, Fribourg, Strasbourg, Kehl, Carlsruhe, Spire sont les principales villes, qui peuplent cette vallée du Rhin moyen, et dont aucune n'est assise à même sur ses rives, par crainte des inondations ; Kaiserslautern marque le point où le rencontrait notre ancienne frontière.
Il faut arriver à Mannheim au confluent du Neckar pour trouver une cité vraiment rhénane ; mais bientôt elles défilent nombreuses et plus importantes. C'est d'abord Mayence, située presque vis-à-vis le confluent du Mein ; là le fleuve se heurte au Taunus qui l'infléchit violemment à l'ouest, dans la passe difficile de Bingen au pied des coteaux escarpés du Niederwald, de Rudesheim, de Geisenheim, célèbres par leurs vins. Sur ce parcours se dressent le rocher de Lorlei et les vieux burgs féodaux d'Ehrenfelds, de Bacharach, de Rheinstein, de Falkenburg, de Saint-Goar, etc., puis Coblence à l'embouchure de la Moselle, que domine, en face, le sombre rocher d'Ehrenbreitstein, sorte de Gibraltar rhénan. Plus loin, Bonn et bientôt l'énorme agglomération de Cologne. A Bonn, le Rhin entre enfin dans une plaine qu'il parcourra du sud-est au nord-ouest en baignant successivement Dusseldorf, Duisbourg-Ruhrort (embouchure de la Ruhr), aux innombrables che-
minées d'usines et enfin Wesel, la dernière ville allemande, après laquelle le fleuve, devenu immense, pénètre en Hollande pour s'y perdre en une multitude de bras, dont le plus fréquenté aboutit à Rotterdam.
Si, après avoir décrit sommairement le cours superficiel du fleuve, nous examinons son profil, nous y trouvons l'indication de sa plus ou moins grande navigabilité.
La pente de son lit depuis le lac de Constance (395 m.) jusqu'à la mer est assez variable. Très inclinée, de la chute de Laufen à Strasbourg, elle s'atténue entre Strasbourg et Mayence, pour augmenter de nouveau dans le couloir de Bingen, de Mayence à Coblence. En cette dernière ville, le niveau du Rhin au-dessus de la mer du Nord n'est plus que de 53 mètres et il lui reste encore 400 kilomètres à franchir. Son cours dès lors gagne en largeur ce qu'il perd en vitesse.
On s'est plu maintes fois à comparer le cours du Rhône à celui du Rhin. Notre beau fleuve français est beaucoup plus impétueux que le germain, car la pente du Rhône est égale au double de celle du Rhin ; puisque entre Genève et Port- Saint-Louis du Rhône, pour une différence de niveau de 375 mètres, on ne mesure qu'un parcours de 520 kilomètres environ, tandis que de Constance (395 mètres) à Rotterdam, le Rhin se développe sur une étendue de plus de 1 000 kilo-
Constance 395 SchafFovse386'^~:
IrapiJéS et cfurttjSSo
Bile 243 'i
Strasbourg 134
Mannheim 88 Mayence 81
Coblence 53
Cologne 36
DusseldorT 28" Duisbourg 20"
Emmerich W^ . -
liofierJam
Bellegarde 30^ip^3'^hrte du Rbànt MàrpériujtirZ'
-Valence 103'
Pont S* Esprit 40'- -Avignon II" -Arles 1"^ 'Port S* Louis