ESS
L'heure n’est plus où l’on entretenait autour de nous l’espoir de nous absorber peu à peu dans la civilisation anglo-saxonne. Solidement accrochés au sol, refoulant tous les jours davantage l'élément étranger hors des limites de notre province, sortis définitivement de cette apathie qui entravait notre essor économique et mettait notre culture française en danger, nous comprenons enfin la nécessité de séparer notre destinée de celle des peuples qui nous entourent et de l’orienter librement dans le sens de nos traditions.
Cette séparation ira-t-elle jusqu'à l'autonomie politique ? Les esprits les plus clairvoyants et les plus sérieux le prédisent, le souhaitent, le proposent même comme l'idéal vers lequel doivent converger tous les efforts. ‘‘L’autonomie de chaque race adulte,” écrivait naguère M. Étienne Lamy, ‘n’est pas seulement le droit de chacune et la condition normale de sa vie propre, mais l'intérêt de toutes les autres, et la forme la plus parfaite de l’ordre dans le genre humain.” ! | | + Cette autonomie n’en reste pas moins toutefois une chose un peu lointaine, une chose conditionnée par des circonstances que notre volonté peut diriger, mais qu’elle ne peut contrôler complètement. Ce qui. s’iapose dès aujourd’hui et ce qui ne dépend que de nous, c’est de la préparer en la méritant , en nousen
1 Un siècle, p. 40.
rendant dignes, en acquérant cette virilité intellectuelle qui fait les peuples adultes. Une vie intellectuelle
propre: voilà la supérieure conquête vers laquelle
les autres n'étaient qu'un acheminement et qu’il
nous faut nous assurer au plus tôt, si nous voulons
survivre et être prêts à l’heure où la Providence nous remettra notre destinée entre nos mains. Ce sera la