‹ Notre CarthageChapitre 10 sur 47 · GORËE ET LES AMOURS DE BOUFFLERS. M · texte numérisé non relu

GORËE ET LES AMOURS DE BOUFFLERS. M

sans gouverneur. Mais lorsque le premier grand homme de notre Afrique Occidentale, le sieur André Briie débarqua, en 1691, avec les honneurs alloués au <( Directeur de la Compagnie du Sénégal », il trouva l'établissement digne de son talent, et même une élite accumulant des trésors. C'était un temps où l'on achetait, dans rtle à Morfil du Sénégal, dix livres d'ivoire pour six souE. André Briie, d'abord, pourvut de vingtquatre pièces, en haut, et de vingt-huit, en bas, les positions défensives. 11 Les fortifia sérieusement. La ville semblait, pour l'époque, inviolable. Ses officiers se crurent d'autant plus forts pour obtenir, au mois ds juin 1701, la mise en liberté d'André Briie que le Damel du Cayor avait traîtreusement incarcéré, avec d'autres Français, lors d'une négociation à Rufisque. Les jardins de Gorée plurent au voyageur Adanson qui goûta de leurs fruits et légumes, en 1750. Les commis lui semblèrent tort épris de vendre leurs pacotilles, de réussir leurs trafics personnels. Les deux cent trente hommes de garnison et l'artillerie, ne leur gardèrent pas ces avantages.

Pendant la guerre de Sépt-Ans, Gorée fut conquise par fa flotte britannique de 1758, restituée en 1763, abandonnée aux Anglais de 1780 à 1784. La Compagnie des Indes avait liquidé.

L'ol 'ortuc ine fa }ermi

reforma l'armée de 1775; ainsi la place Royale et la maison célèbre par les rêves que le chevalier de Boufflers caressa en 1787, songeant, sous^letoitdu balcon, aux distances qui le séparaient de Madame de Sabran « dans cet admirable petit diminutif d'Ithaque ». « Si j'avais de sublimes talents pour le paysage, écrira le chevalier de Boufflers, je t'enverrais une petite vue de Gorée. Imagine-toi un des rochers d'où l'on tire des pierres à Spa, placé sur une surface plane et qui figure comme un jambon. Audessus du rocher est un petit fort ; au bas est une petite ville ; de droite et de gauche sont des batteries aux trois quarts démolies. Les jardins sont bien entourés et bien cultivés ; les maisons ne sont pas mal bâties, toutes en pierres ; et la plupart ont des toits en paille, en attendant qu'on ait des planches et de la chaux pour les mettre à l'Italienne ». Fréquemment des chaloupes abordèrent cette grève exiguë. Gentilshommes à larges feutres, soldats s'appuyant sur la fourche du mousquet, Ouolofs du Cayor, Sérères de Ruf isque drapés en leurs belles toges débarquèrent ; é aussi les ouvriers qui construisirent des demeures simples, à la mode normande. D'abord le rez-dei chaussée fut, à l'abri de sa grille, tantôt un logis pou^ les esclaves destinés aux cultures des Antilles et d( l'Amérique latine, tantôt un magasin pour les gomme^ l'ivoire, les plumes et l'or. Les architectes ont parfoij élevé un portique, et, en haut, développé quelque arcades afin de sertir les fenêtres du premier étage ei

Page 1