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GORÉE ET LES AMOURS DE BOUFFLERS. 2S

éveil sur le balcon couvert. Ailleurs le maçon a cintré le porche. Il a même bâLi un escalier à double révolution, pour les traînes des daines donnant la main aux officiers. « J'offre aujourd'hui un grand bal à toutes les dames de Gorée; car ce n'est point assez de m'occuper de leurs intérëls ; il faut encore songer à leurs plaisirs, » remarque Boufflers.

11 s'enfermait derrière ces portes cintrées, pour décrire sa rancœur de la belle façon. Ce qui ne l'empêcha point d'administrer au mieux, avec son « parfait B major, Blanchot de Verly, les intérêts de la colonie où prospéraient tant de personnes. D'ailleurs il l'aimait sa colonie : « Ohl mon enfant! que n'étaistu avec moi toute la journée! Comme tu aurais joui dans une promenade que je viens de faire à la grande terre! (environs de Ruflsque). Une fraîcheur délicieuse, des prés verts, des eaux limpides, des fleurs de mille couleurs, des arbres de mille formes, des oiseaux de mille espèces. Quel plaisir de retrouver une véritable campagne, et surtout de penser que je ferai pour le Roi, et peut-être même pour moi, l'acquisition d'une province superbe, cent fois plus que suffisante pour fournir aux besoins de tous les Français employés dans cette partie-ci. Je vois ce que

j'avais prévu, avant mon départ de Franc '-' '

Gorée que je transporterai ma demeur plus en mesure de recevoir les ordres d surtout les tiens, aussitôt qu'ils seront de pouvoir garder de plus gros bàtimer

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grand nombre, afin d'attirer les familles françaises et accadiennes dans un pays sain et fertile, et de jeter les fondements du plus grand établissement qui aura jamais été fait hors de France. Plus de danger pour la navigation, plus de risques de famine, plus d'inquiétude sur ce climat; enfin ces choses sont telles que je te ramènerais ici sans la moindre craiûte. C'est tout dire car je n'ai d'autre délicatesse que toi. »

Respectueux des règles humanitaires assemblées , par Colbert, dans le Code noir, nos commerçants échangeaient, contre un guerrier noir de bonne constitution et de caractère facile, soit deux tambours, soit cent balles de mousquet, soit quatre écharpes de taffetas à franges, soit trente aunes de calicot, soit douze rames de papier, soit un sifflet d'argent avec sa chaîne, soit une boite de métal. Car le roi de Sine, et le Damel du Cayor, perpétuaient leur guerre. Ils vendaient leurs captifs plutôt que de les exécuter comme devant, plutôt que de les livrer aux Maures, convoyeurs impitoyables des esclaves emmenés à travers le Sahara vers le Maroc ou vers les États Barbaresques, selon l'antique coutume, par les vieux chemins numides et carthaginois. Dès 1787 le Damel du Cayor cédait les territoires de Sine et de Dakar au chevalier de Bouf fiers. Le ta^ fie augmenta. Cette aise de Corée lui valut les caiv nades anglaises de 1793 et 1797, celle de 1800. J vainquit la résistance de la garnison, malgré les eff o de Blanchot de Verly plus heureux à Saint-Louis Sénégal.

Dakar, de terribles souffrances,, auxquelles beaucoup succombèrent. Le 15 février 1817, les Anglais restituèrent enfin Tlle de Gorée. Le camp de Dakar fut

aussitôt évacué. »

Le jeune Mollien, fils du ministre impérial, explora le Sénégal bel et varié. Au Cayor, cet intelligent voyageur avait immédiatement observé la haine des Sénégalais pour le Maure qui pillait leurs villages, asservissait leurs famil|€!3, massacrait leurs défenseurs^ depuis tant de siècles. Les. idées généreuses d'affranchissement universel demeuraient au cœur des adolescents que troublaient encore les échos de la Révolution et de l'Empire libérateurs. Aussi le vœu se forma-t-il de soustraire les peuples laborieux de l'Afrique aux armées des conquérants esclavagistes. Ainsi l'avait voulu le Directoire lorsque l'officier de la République Une et Indivisible, Blanchot de Verly, dut annoncer les Droits de l'homme aux Africains, et leur apprendre « à quelle dignité les élèverait l'usage de la Liberté ». Dans le Fouta-Djallon, alpestre et boisé, MoUien comprit la valeur de cet espoir, en admirant le beau pays de Timbo, la mosquée, les forts, le palais de l'almamy, les mille chevaux des guerriers, leurs nobles costumes et leurs superbes attitudes, les objets de leurs artisans, les jardins de papayers, de bananiers ombrageant de si jolies demeures.

Durant son extraordinaire voyage à Djenné, à Tombouctou, puis de Tombouctou à Fez, par le Sahara mauritanien, René Caillié recueillit 4R^?7.Sft toutes

vu PORCHE DE NOTRE EMPIRE. 21

les indications pouvantconOrmer nos pères dans cette foi. Ce fut l'origine de la politique suivie pendant trois quarts de siècle, sur le Sénégal, sur le Niger, autour du Tchad.

Idée qui nous fit affranchir, au prix d'exploits sans pareils dans l'histoire de Rome ou de Sparte même, ■ dix'â quinze millions d'hommes vraiment civilisés, habiles dans les métiers de l'artisan, du pasteur, du pêcheur, du planteur. Aujourd'hui très reconnaissants, ils en témoignent par l'héroïsme quotidien de leurs guerriers devenus, sous notre drapeau, depuis 1837, ces tirailleurs légendaires pour leur invraisemblable courage et leur sens inouï de l'honneur.

Ces soldats dont les ancêtres combattirent sans doute avec les armées d'Hamilcar et d'Ânnibal, dans les rangs des mercenaires puniques, entre les escadrons de Jugurtha et de Massinissa, puis sous la louve romaine et sous les croix byzantines, nous leur devons cet empire africain, les ressources qui permirent d'édifier une ville comme Dakar.

Indiqué par Pi net- Lap rade, comme le seul point de la côte occidentale, entre le cap Spartel et le Gabon, où, rompus par les promontoires granitiques du Cap- Vert, la triple volutedelabarreafricaiaeet les mouvements

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pitoyables. De cet amas, M. Merlaud-Ponty, fit surgir la ville présente. Il outilla le port à l'exemple des meilleurs. Les casernes furent bâties savamment d'après les règles de la parfaite bygiène. Des avenues ombragées, des quartiers reotilignes et roses s'allongent jusqu'au Palais du Gouvernement qui décorerait, à merveille, un bel endroit de Paris, voire les Champs- Élysées ou l'Avenue du Bois. Des grilles presquô semblables, par le style, à celles qui ferment notre Parc-Monceau protègent le jardin de pelouses et de massifs dessinés en courbes élégantes. L'art français triomphe dans cette architecture aérée, monumentale cependant, debout sur un perron majestueux. Situé en haut de la ville, c'est un symbole opportun de la grandeur nationale.

Fidèlement un poste de canonniers indigènes le garde. Si fidèlement que la sentinelle, un soir, ignorant la sortie du gouveiiieur, refusa de laisser rentrer M. Merlaud-Pûnty, et, de la baïonnette, menaça les poitrines. Ainsi se renouvelle l'anecdote populaire de Napoléon arrêté par le conscrit en faction. Pour nos Africains, du reste, M. Merlaud-Ponty semble une sorte de démiui^e organisateur dont ils prisent fort les indiscutables mérites. Au long du Sénégal et du Niger, il n'est guère lieu où Ton n'aime, officiers comme administrateurs, à susciter le souvenir de son courage militaire, de son adresse politique. Vertus qui le firent, en moins de quarante- huit heures, ébranler par son entrUn d'assaillant, la confiance de nombreux

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