UN PORCHE DE NOTRE EMPIRE. SS
Les magasins sont achalandés. Des tavernes pleines, les causeurs débordent sur les trottoirs. Et le génie des organisateurs a tracé les boulevards futurs entre les terrains montueux de l'est, entre les fauboui^s persistants. Déjà la pioche des terrassiers noirs y creuse les fondations du quartier neuf. Il réunira les collines de casernes, où loge l'infanterie coloniale, à la vallée des administrateurs, du marché, à la gare et au port, à ses parcs de houille, à ses digues, à ses bassins, à ses entrepôts, à cet Atlantique scintillant sous l'ile de Gorée. /
En rade, les pontons charbonniers supportent les hautes cbarpenteâ métalliques des appareils à déverser la houille dans les flancs des paquebots italiens, les plus luxueux du monde. Dans le port de Dakar, 300000 tonnes de charbon sont annuellement absorbées par un millier de vapeurs en escale. Avant de s'élancervers l'Amérique brésilienne DU vers les golfes de la Méditerranée, ils accostent à Dakar seul port en eau profonde, seul port exempté de la barre qui déferle partout ailleurs depuis le cap Spartel jusqu'au Gabon, et empêche les débarquements. Cela seul annonce l'avenir de la ville et son indubitable prospérité. Le bassin de radoub, construit selon les meilleures données de la science.' peut recevoir deux navires à la fois, ou un grand cuirassé. Dans de 200 mètres, ou réparerait, sans pc d'une escadre recueillie après un ci portes de l'écluse sont d'énormes
remplit d'eau pour fermer, que Ton vide pour ouvrir. L'une de ces deux portes, alors munie d'une étrave en Europe, fut remorquée par'un vapeur, perdue en mer, retrouvée devant Mogador, amenée jusqu'à Dakar, au quai de l'arsenal. Les machines aspirantes agissent dans un bâtiment voisin pour, en trois heures, extraire l'eau du bassin, et mettre le navire à sec. La cheminée d'usine est de ciment armé. Non loin de là se dresse la tour métallique de la télégraphie sans fil. 11 y a d'intéressantes maisons de style égyptien, mauresque et soudanais pour les bureaux de la marine qui règlent un mouvement annuel de quatre millions six cent mille tonneaux, pour les logis des officiers. Ce port a coûté quinze millions à l'État.
Lorsque le chemin de fer trans-marocain roulera, ses voyageurs partis de Londres ou de Paris, ayant traversé l'Espagne jusqu'à Cadix, puis le détroit de Gibraltar, et suivi, plus ou moios, la côte atlantique, de Tanger à Dakar, gagneront, en quatre ou cinq jpurs de mer, le Pernambouc de l'Amérique Latine. Voilà le précieux, le sûr avenir.
Rien ne manque à Dakar de ce qui rend agréable la vie de nos préfectures. Vers le soir, le cinéma enthousiasme les indigènes assez malins pour comprendre à merveille les vaudevilles agencés, photographiés selon un texte d'esprit parisien. Mieux encore. Un théâtre abrite, au passage, les rôles des troupes lyriques et dramatiques en route, pour une démr~ ''ration de leurs talents, vers l'Amérique du Sud, [>