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celer. Lui, de son côté, me porta un coup de sabre qui, paré à temps, ne fit que couper ma vareuse.
<i II fit deux blessures assez profondes à l'encolure de mon cheval. Enfin il m'atteignit, d'un coup de plat de sabre, à la cuisse. Je ripostai par un nouveau coup de pointe. Le Damel descendit de cheval.
« Le spahi Oumar-N'Diaye survint et lui envoya une balle daos le flanc.
« Semba Laobé tomba sur les genoux, essaya de prendre un deuxième fusil chargé. Je me précipitai, et lui portai deux coups de pointe en pleine poitrine qui rétendirent raide mort. »
Droits comme des i, avec', à la cime, une petite touffe de palmes courtes, plus loin , les rôniers s'érigent dans la brousse fauve et déserte, comme autant de colonnes grises à chapiteaux verts pour soutenir le ciel d'or.
Légères, populeuses, les gares se succèdent en forme de grands chalets construits avec du fer gris et des briques roses, entourés de balcons à chaque étage, flanqués d'escaliers où se heurtent les indigènes à grands plis de couleurs, accrus de vérandas où musardent des faunesses curieuses sous le madras éclatant. Autour, dans les bocages, pendent les nids oblojigs suspendus par leurs tiges de foin aux brauches. Ce
réchal des logis, attendant la minute de son départ. Le garde sanitaire traîne une jambe ankylosée définitivement par la cicatrice osseuse d'une blessure à la hanche, et qui lui valut la médaille de bravoure. Peutêtre se croit-il plus fier de porter, sur le casque, jadis blanc, une croix écarlate, insigne de sa fonction officielle. Des médecins, des administrateurs venus pour étudier un cas de cette fièvre jaune, si rare maintenant, déjeunent, en costumes de pierrots, au buffet de Kelle. Selon le menu de sa patrie, une Bordelaise, active et rubiconde, sert; éloge vivant du climat. Le moricaud espiègle qui tire la ficelle de la pankha suspendue au plafond, et qui agite ainsi le pan d'indienne promoteur de souffles utiles, s'amuse infiniment de voir le jeu des fourchettes et des couteaux, la diversité des plats. Derrière lui, sur le trottoir de l'embarcadère, une troupe de personnages antiques en toges blanches, en robes bleues, immobiles sous leurs faces de fér, et déférents, contemplent le repas des toubibs, surtout le face-à-main d'une voyageuse. Instrument étrange, instable, qui vole, se pose, vous vise, disparaît un instant, reparaît, scintille, se braque. Attentif, ce monde observe méticuleusement ; et, tout à coup, éblouit, par ses rires. La joie de l'Afrique l'emporte sur le respect ou l'orgueil.
N'Dandé. Non loin de cette station, aux puits de Dekkelë, succombèrent Lat-Dior et ses deux fils.
Je cite Y Expansion Française : « Quand le palabre qui avait fini en un combat singulier nous eût délivré
de Semba Laobé, Lat-Dior crut le moment venu de rentrer en scène bien que le gouverneur eût annoncé qu'il partageait le Cayor en six provinces. Il vint s'installer au village de Soguer, près de la station de N'Dandé. Le capitaine Vallois, quarante-cinq spahis et les auxiliaires du Cayor allèrent le débusquer. Au moment où la colonne était aux puits de Dekkélé, Lat- Dior et ses partisans tentèrent de la surprendre. Mais les spahis -eurent vite fait de prendre position, de repousser L'attaque et de commencer la poursuite. Lat-Dior et ses Gis furent tués. Depuis vingt-cinq ans ce chef n'avait cessé de nous combattre. Sa disparition allait amener la pacification définitive du Cayor annexé à la colonie. »
A quelque distance de cette autre station, Louga, près de Coki, la colonne Begin, avait, le 11 février 1875. par une bataille décisive, interdit . l'accès du Cayor au marabout du Toro, Ahmadou Cheikou, venu du nord avec ses fanatiques. 11 fut chargé par nos troupes, vaincu, poursuivi, tué.
La joie de l'Afrique délivrée anime le gamin en croupe derrière le cavalier galopant aussi vite que la locomotive, par défi. Un camarade l'imite. Un autre. La cavalcade bondit par la piste rougeâtre. Sur les dos courbés, les boubous bleus se gonflent. Leurs pointes s'étalent ainsi que des ailes contre la résistance de la brise. Le peloton s'évertue. Les bouches des chevaux s'ensanglantent. Au seuil des cases, la marmaille s'exalte, applaudit, s'élance, court à toutes forces. Ce
«2 NOTRE GARTHAGE.
plaisir gagne les sarcleurs du champ, les filles, des mères portant un mioche noué sur les reins, et une calebasse de linge mouillé sur la tête. D'allègres nymphes soulèvent la poussière, en gambadant le long des buissons.
Plus loin, scintillent des eaux, celles du Sénégal. Par delà quelques langues de sable, tous les espaces de la mer resplendissent.
LA GENÈSE d'uNE CAPITALE
Environ un siècle après la venue de la Gallaire à Saint- Louis, en 1638, les pilotes de la barre, menèrent, par ces flots, nos aïeux à la pointe de Biyurt, ancienne station portugaise, dans le sud-est de Testuaire, et au bout d'un marigot. Les Dieppois Jannequin de Rochefort et Thomas Lambert y purent commercer, huit mois, en une maison de briques fabriquées sur l'heure, et munie d'un appontement propre à décharger chaloupes ou pirogues. La mer ayant détruit le fragile édifice, il fallut le rebâtir dans l'île de Bocos; puis, à la suite d'une nouvelle inondation désastreuse, élire, plus au fond de l'estuaire, l'île Saint-Louis, comme emplacement des magasins et de l'estacade. C'est là que l'agent Cauilier, en 1659, sut définitivement installer le comptoir, ses défenses de palissades, de talus, et de tours, face à l'est, vers l'Ile de Sor, qui