‹ Notre CarthageChapitre 24 sur 47 · LES SÉNÉGALAIS ET LA BÉVOLUTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LES SÉNÉGALAIS ET LA BÉVOLUTION FRANÇAISE

Français n'a pas craint d'être leur agent. Les lois ont atteint sa tète coupable;... mais sa chute a servi de prétexte auic gouvernem^s d'Espagne, d'Angleterre, (le Hollande et de Kussie pour se déclarer contre nous... Sans doute les vaisseaux de ces puissances vont couvrir la mer... Et vous, princes africains, qui, apparemment, n'êtes pas des tyrans, vous vous rallierez au drapeau de la République Une et Indivisible pour défendre la liberté des nations ! »

L'interprète ayant traduit la proclamation, un roulement de tambours, et un commandement militaire, le bruit des crosses reposées sur un trottoir de planches, à la voix du capitaine Bourgneuf, congéiièrent la foule aux visages de fer. Elle s'en fnt dans a houle de ses étoffes blanches et bleues, dans les iouleurs de ses madras en mitres,- de ses toques planches, de ses turbans, de ses fez rouges, et de ;es calottes pourpres, avec sa marmaille tumultueuse. Jes idées troublantes restèrent dans les crânes crépus les Ouolofs, comme sous les têtes chevelues des riaures. Idées qui agitèrent les conciliabules des gens ccroupis dans lés maisons de terre, dans les ruches

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défense de Saint-Louis. Il seyait de ne pas se montrer inférieur à ceux de Fleurus, de Mayence. D'abord, il ne put obtenir qu'on lui ^voyât des troupes. 11 lui fallut rappeler les quelqu™escouades postées sur la côte, à Gambia et Albreda. Sa misère devint extrême. 11 nourrissait à sa table, de son crédit personnel, ks quelques blancs demeurés là. C'était à l'exemple de Boufflers, alors émigré en Prusse, où il devait, en IW, épouser enfin madame de Sabran. Par chance, les (( princes africains » n'étaient pas des créanciers impatients. De 1795 à 1799, on ne put verser aux commis leurs appointements, aux militaires leurs soldes, aux chefs des Sénégalais leurs coutumes, c'est-à-dire les redevances consenties pour le droit de traite. Ils patientèrent, car on leur annonçait Arcole, Rivoli, les Pyramides, Zurich. Maîtres ou esclaves, neuf mille hommes se pressaient, faméliques, dans yfle étroite, sans vouloir refluer sur les îles voisines, que les Anglais eussent pu canonner, et parce qu'un dicton local prétendait qu'on y mourait jeitne. En 1799, arriva du renfort, une compagnie de cent esclaves affranchis aux Antilles, enrôlés là, transportés au Sénégal afiB d'enseigner leurs congénères par leur exemple, aûn de « leur montrer à quelle dignité l'usage de la libert/l devait les élever ». Au débarquement, ces rapatrié exigèrent leur solde promise. Ils voulurent se payer e: saccageant les magasins de la ville. Blànchot eavoy trente de ces furieux à Gorée. Les habitants de l'ÎJ refusèrent de combattre à leur côté, quand, l'année çj

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Marengo, le S avril 1800, Tescadre anglaise somma la place de se rendre. Le commandant dut capituler.

Vingt de ces affranchis s'esquivèrent en canot avant la prise de possession. A travers le Cayor, avec « leurs blancs », ils retournèrent à Saint-Louis.

Ils eurent bientôt à fracasser, du haut du poste des Dunes, notre brick d'observation capturé, de nuit, mystérieusement, sur Testuaire, en deçà de la barre, par les équipages de cinq chaloupes anglaises qui s'y retranchaient. Ce qui détermina la retraite de l'escadre britannique, en ce nivôse an IX, et son retour vers Gorée.

Néanmoins tout manquait à Saint-Louis, tandis que la République Consulaire achevait de vaincre les nionarques, d'affranchir les peuples, et de préparer l'itinéraire de la grande Armée depuis Boulogne jusqu'à Moscou, en passant par Ulm, Austerlitz, léna, Friedland, Wagram et Borodino. De si glorieux desseins ne permettaient pas de sacrifier à l'île sablonneuse de Saint-Louis, à ses affaires de gommes, une portion des ressources qu'ils absorbaient. Le marquis ie Boufflers, revenu d'émigration, parlait, en vain, de ion ancienne résidence à ses collègues de l'Académie, )uls, le soir, aux amis que rassemblait la marquise lans leur logis de la rue Saint-Honoré. Il dut y receoir Blanchot. Embarqué furtivement sur un vaisseau américain, luis débarqué en France, celui-ci réclamaitduminîs' »s dix mille francs dus à son crédit, le titre def

promis à se^ soixante-sept ans, sa retraite que Bonaparte approuvait, ou des renforts et des munitions. Blanchot retrouva s& femme laissée pauvre et seule à Paris, sans d'autres revenus que de très modiques acomptes sur le traitement du mari.

Ensemble les deux organisateurs du Sénégal apprirent sans doute comment l'administrateur intérimaire y provoquait la révolte pour avoir exigé, de la compagnie noire, une discipline, une continence, un astiquage, et maints terrassements insolites, pour avoir exigé que les traitants noirs et blancs s'affiliassent à une société dont il eût contrôlé le monopole, exclu les uns ou lés autres selon les calculs de ses intérêts propres.

Aux cris de « vive la Convention, vive Robes pierre », les traitants noirs refusaient l'obéissance une loi indigne d'hommes libres. Suivant trois marini arrivés de France, ils se ruèrent, à deux cents, su] le fort sans gardien, bétonnèrent Tadministrateu]^ l'enlevèrent avec sa femme et les expédièrent à Gorée Beaucoup d'habitants épouvantés s'enfuirent dans 1 Cayor.

Blanchot, immédiatement désigné comme succès seur, étouffa toute l'&ffaire, à son retour, sans douj pour calmer une agitation nuisible à la colonie. Po^ tique trop subtile, car Bonaparte refusa le titre général au vieux soldat, bien qu'avec l'aide so daine de corsaires venus de la Guyane sur trois go| lettes, il eût fait reprendre Gorée d'assaut, après il combats sanglants.

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II est vrai que son ami Montmayeur, hussard en oott activité, rendit l'Ile à d'autres Anglais apparus quelques semaines plus tard; et sans tirer l'épëe. De plus, une expédition malheureuse contre les Toucouleurs du Fouta qui, l'année d'Austerlilz, avaient anéanti un équipage de barque à traitants parce que la coutume demeurait impayée, d'autres ennuis sans nombre épuisèrent le vieux Blanchot. Loin de sa femme, il mourut, en septembre 1807, léguant à ses héritiers deux uniformes et vingt-neuf Irancs.

Les choses ne s'améliorèrent pas dans la suite. Les croisières britanniques interrompirent toutes relations avec la France. Le 13 juillet 1809, le lendemain de Wagram, les Anglais de l'amiral Colombine obtinrent la capitulalion de Saint- Louis qu'évacuèrent les deux compagnies de la 46' demi-brigade envoyées à Blanchot et les quarante- trois survivants de la compagnie noire. Jusqu'aux traités de Vienne, le drapeau de la Grande-Bretagne flotta sur le vieux fori de la Compagnie dieppoise, construit par Caullier. Le marquis de Boufflers expira le 18 janvier 1815, sans avoir appris le retour des Français dans son ancien domaine.

Dans le vieux cimetière de Saint-Louis, il faut saluer la tombede Blanchot que les vainqueurs respectèrent, entretinrei 1816. Cet opiniâtre, l'âpreté d depuis la

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fraachir la barre du Séoégal, derrière une pirogue ouolove, aux fins de rapporter le iDorSI du Ferlo, l'or en poudre du Galam, pour le capiLaine de la nef dieppoisf dansant avec son château d'arrière, et ses goalaloni au vent, sur les vagues atlantiques, dans la position relevée par l'astrolabe.

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