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L'AFFLUX DES PEUPLES A SALXT-LOUIS

tuée par les traités de 1815. La face guerrière du fort constitue maintenant les annexes postérieures du Gouvernement. Son perron, sop jardin et ses accès se déploient sur l'autre face, devant l'esplanade où la statue d'un Faidherbe minuscule fut érigée, le dos au pont Servatius, à sa foule multicolore, active, poussant des brouettes vers la péninsule de Barbarie et le faubourg marin du Guet N'Dar, tirant des ânes vers le marché. A l'inverse, l'allure vaniteuse de ses dromadaires se dirige vers lé palais, le pont Faidherbe, l'île de Sor, et la gare. Les bicyclettes s'arrêtent aux bureaux de la (( Mauritanie ». L'ardeur des chevaux s'apaise par-dessus l'ampleur du fleuve limoneux et doré.

Du haut de son socle, Faidherbe regarde le palais où il médita son œuvre. Édifice haut, peint de gris, un peu concave, encadré par les somptueuses végétations du jardin, palmiers, cocotiers, manguiers, par leurs amples vêtures de plantes parasitaires. A droite, à gauche de la place, deux rangées de vieux arbres ombragent de longs bâtiments, leurs arcades. Là, nos commis, nos soldats, nos commerçants perpétuent l'effort de celui qui prépara la délivrance des races pacifiques sur les bords du Sénégal et du Niger.

Il est émouvant d'eatendre le lieutenant-gouverneur, M. Cor, SOS collahorfilf^urs, rappeler, dans les grandes salles du I*.i' *"!'«• ou telle phase de l'œuvre épique y conçue. J/»*i»rli 'U- KaifJfifibe continue d'inspirer rett^ ^\'i*f' df ■. '-jif.'- f-th»" :'rriy)hes,

M NOTRE CAR tH AGE.

d'administrateurs archéologues et historiens, de commerçants économistes et civilisateurs. Je sais peu de rencontres qui puissent davantage fortifier l'esprit.

Notre génie national, sur cette immense, mystérieuse et fabuleuse Afrique, a donné ses plus magniGques résultats. En 1637, on livrait au Damel du Cayor, comme tribut, les barres de fer, la toile de Rouen, la frise rouge et bleue, Teau-de-vie, le miel, des manilles en argent, des miroirs, des couteau^c, des cristaux, du papier. Avant 1854, les prédécesseurs de M. Cor payaient obligatoirement un impôt au nègre commandant les pêcheurs dans l'île de Sor, sur la rive gauche du fleuve. Déjà, pourtant, les Briie, les Compagnon, les Mungo-Park, Mollien à peine échappé au naufrage de la Méduse^ les René Caillé, tes Rafienel, les Hacquard, étaient partis, de ce point, afin de reconnaître les sources du Sénégal, puis le cours du. Niger.

Il fallut l'énergie et la science de Faidherbe pour imposer, aux alentours, la paix française, outre le •respect des travailleurs qui construisirent les ponts sur les deux bras du fleuve, ébauchèrent les routes du Cayor, plantèrent les poteaux télégraphiques dans la région, réunirent les matériaux nécessaires aux écoles, aux casernes, aux bâtiments administratifs, aux maisons, à l'hôpital, à la mosquée. L'intelllgeace d'un seul homme créa, du sud au nord, sur les cinq rivages, quatre fluviaux, un marin, et, dans l'intérieur de l'île centrale, ces larges rues aux façades bleutées, aux boutiques ombreuses et coml*''*» '•ps

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avenues sous les palmiers, ces maisons familiales parmi les jardins touffus, ces places avec leurs fontaines où les jeunes Africaines vont quérir l'eau dans leurs grandes calebasses, ces postes, au débouché des ponts, où veille, en unifornaes beiges, la garde noire, ces quartiers de planches le long du flot occidental, et que vinrent bientôt, après les pélicans, habiter les tribus du voisinage, ces esplanades où les Maures purent camper sons leurs tentes noires et basses, tirées à quatre cordes horizontales, sans toucher le sol aûn que l'air rafraîchît librement le groupe au repos. Et alors, dans la petite île d'une lieue de tour, que nos Dieppois du xvi* siècle avaient choisie pour étaler de premières marchandises, une ville s'ouvrit que les Berbères et les Arabes du Sahara, que les Ouolofs du Cayôr, les Toucouleurs du Sénégal, les Peuls de Fouta, fréquentèrent afin de commercer loyalement, sous notre drapeau, après s'être pillés, sans miséricorde, si longtemps.

L'œuvre française fut poursuivie. Quatre ans de guerre .contre les Maures-Trarza les «onvainquirent de cesser leurs ravages. Leurs marabouts multiplièrent [es dattiers autour des puits. Ils se résignèrent à rendre leurs fruits, puis à traiter. Toutefois, de l'Adrar, iu nord du pays trarza, d'autres envahisseurs allaient lescendrequ'ilnousfautencorecombattreaujourd'hui. Vu cours de l'année 1943, le colonel Mouret, parti de ^odor, avec une colonne de méharistes, dut venger ;es lieutenants massacrés, au début de l'année, près

du puits de Lobéidat, contre la frontière du Rio de Oro.

Ces Maures, on les voit, au bout dupontServatius, accroupis dans le sable de Tesplanade, étendus entre le marché populeux et le faubourg des pêcheurs, et bleuis par Tapprêt de leurs robes teintes d'indigo. Ils montrent des faces d'ambre sous les boucles de leurs chevelures abondantes. Beaucoup nous sont les bergers de Théocrite, d'autres les héros de la Bible, les David et les fils de Jephté, d'autres l'Antinoiis des marbres latins. Visages et attitudes révèlent leur cousinage avec les races de la Méditerranée. Ils se présentent fiers, même s'ils mendient. Souvent ils marchent à deux jeunes hommes enlacés ; ou le bras sur l'épaule de l'ami. Postures de modèles pour une école des beaux-arts. ^

Au reste, toute cette ville de Saint-Louis mériterait que notre ministre de l'instruction publiquey vînt in augurer une sorte de villa Médicis. La vie humaine y est comme dans toute notre Afrique Occidentale, parfaitement suggestive des beaux gestes, des nobles postures, des souplesses charmantes, des regards profonds, des sourires éclatants, des tuniques flottantes, des têtes arrogantes ou gaies. L'orgueil et la joie n'habitent, nulle part, tant de corps harmonieux, solennels ou prestes. Et le jeu des couleurs sur la démarche est nonabreux au possible. Nos peintres ignorent trop ces merveilles

de lumières, de mouvements, d'attitudes oflertes aii talent, à l'habileté même de l'amateur. Le marché dé Saint- Louis, c'est un musée de chefs-d'œuvre vivants

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Rien qu'à voir ces métisses de Soudanaises et de Maures, ces Pourognes drapées, comme la Sainte Vierge, dans leurs longs voiles bleus, et si pures de lignes, et si mystérieuses par le visage ténébreux, rustique néanmoins, un Rembrandt, un Puvis eussent fixé des silhouettes éternelles. Le contraste d'ombre claire et de lumière éblouis santé, divise la hallede fer léger, de persiennes mobiles, de dalles humides, d'espace bruyant où marchandent cent faunesses à demi nues, agenouillées derrière leurs minces étalages, cent acheteuses debout, en leurs ateurs de pagnes bigarrés de boubous volants, de madras soyeux, de mitres noires, de bijoux carthaginois encore. Celles-ci retournent les lueurs depoissons irais. Celles-là versent, d'une main en l'autre, la blancheur du riz. D'autres palpent la valeur des rubans, ou mesurent le lé de la cotonnade polychrome. Voilà des motifs sans pftrells pour un analyste de la forme humaine. Peutêtre le seul endroit du monde où l'on puisse étudier, aujourd'hui, les plis du voile, de la tunique et de la toge, tels qu'ils furent sur les échines des peuples antiques, et arrangés par l'usage quotidien, par la fréquence des gestes coutumiers.

Veut-on du pittoresque amusant)> Regardez la dame Toucouleure qui, sans doute, allie, eu (inesse des Peuls sémites venus de Ci à l'orgueil des Ouolofs, par ceux-là qu'une voilette de guipure recouvre de corail, et descende sur les yeux

ajoute ce signe de la féminité européenne à ce corps de paysanne musculeuse ou de châtelaine autoritaire dans un manteau lâche, dans un pagne entravant.JDu milieu de ces groupes prosternés, une vierge a jailli solide et fine, ligne de chair jeune, dévêtue. Certainement tout l'art italien de la Renaissance eût voulu, en un tel bronze sans délaut, fixer sa conception de la divine adolescence. Ni le David que Donatello modela, ni le Mercure que Jean de Bologne lança dans l'air, n'eussent renié cette sœur gracieuse et forte. Le nez courbe et le profil méditerranéen entre les cadenettes bien tressées de cette petite Peule au teint de nuit lunaire, qnelle suggestion pour illustrer, selon la vérité punique, un exemplaire de Salammbô ! Intéressez- vous à cette Pourogne qui, de ses orteils expérimentés autant que ses doigts à l'œuvre, fabrique un gros fouet de cuir. Écoutez traduire la parole de cette sorcière décharnée avertissant une petite fille esclave de ne point se sucer le doigt ainsi, car ce geste néfaste voue à la misère. N'indique-t-il pas aux esprits que l'imprudente se peut nourrir de soi-même, et que, partant, les biens de la terre lui sont désormais inutiles, même cette pièce de vingt sous orffant la tresse du front, contre la tempe gauche ?

On resterait toute une vie dans la cité de Boufflers et deFaidherbepour, chaque matin, se plaire en ce lieu parmi les beaux marabouts du pays Trarza, de l'Adrar, parmi les quatre cents pêcheurs des faubourgs méridionaux et occidentaux occupés autour de leurs piro-

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