L'AFFLUX DES PEUPLES A SAINT-LOUIS
gues dont le haut bordage défend les engins contre l'énorme volute du flot glauque et mousseux. L'agrément est oertaiu de flâner sur la plage du Guet N'Dar. Tout un peuple de ganiins et de fillettes poursuit le reflux, fuit le fluxavec les cris d'une année au combat, avec les sauts des cabris, avec les jeux sculptés, dans la panse des vases, par les Romains amoureux de satyres et de faunesses en sarabandes. H est aussi divertissant de surprendre les secrels mal gardés entre les maisons de planches que des sauveteurs déplacent entières, lors des grandes marées. Les ménagères lippues y cuisinent, lessivent, peignent, et tressent savamment.la lainecrépuedeleursQlles, sœurs, nièces, tandisque.les poules picorent, que les marmots nus se culbutent, que les vieux sommeillent.
11 faut atteindre, dans l'île centrale, la pointesud, et la place étroite sous les feuillages en dômes de beaux arbres. Quelques joueurs de dames, parés de calottes en velours, restent à demi couchés dans le sable, au bord du fleuve. Par delà ce large scintillement, vers la dune, en face, hérissée de perches funéraires, les indigènes mènent, sur leurs pirogues, à la mode antique <le l'Egypte, selon le vœu de Bouiflers, plusieurs morts bruyamment pleures. On revient par les rues sablonneuses et radieuses de midi, contre les maisons très closes, jusqu'à la mosquée. Te l'heure de son horloge entre croissants de bois lichés sur
Ce ,nègre, au retour |de I
H NOTRE GAKTHAGE.
épaules, le mouton noir égorgé qu'il y conduisit de même, vivant et bêlant, proie souhaitée là-haut par le vautour d*or. Ce mulâtre mal barbu, en tenue khaki effîloquée, et sous le casque sali, est un expéditionnaire de l'Administration, et qui descend d'une famille dieppoise jadis maîtresse ici, propriétaire d'une, cita délie imprenable, d'ergastules pleines, de magasins regorgeants, de trésors combles, de nefs et de flottilles. Les fils se sont unis à des princesses ouoloves, mères de métis indolents, moins sages, peu à peu ruinés, déchus, pauvres. Chose inexplicable, il en alla de même, presque toujours, après le mariage de l'esprit ouolof, cultivateur, guerrier, bon conmierçant, avec l'esprit normand apte aux affaires, eomme aux aventures, au courage des vikings comme aux subtilités deç légistes, comme aux imaginations des grands poètes.
Saluons plusieurs Européens de belle mine eu leurs costumes de jolis Gilles, si malades qu'ils se disent, parmi la flore tropicale et féerique du Jardin d'essai. Éden majestueux, même quand, au crépuscule, les immenses chauves-souris blondes s'envolent du ceiba solitaire sur le bord de la route.
A l'aube, Place de l'Inspection, dans la lumière mauve qui raye les façades, des musulmans se prosternent, et, pour leurs ablutions, se lavent avec du sable. Chacun prie debout, en ses plis blancs, dans une parfaite solennité de l'être immobile reflétant le ciel d'Allah au fond de ses yeux fixes.