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L'AFFLUX DES PEUPLES A SAINT-LOUIS

De ce vieux mendiant, de sa tignasse et de sa barbe grisonnant autour du mufle noir, des vingt gris-gris, amulettes et calepins suspendus contre son estomac, aimons sourire, comme de son discours devant la statue du général Faidherbe, (ju'il tient pour un roi nègre, très glorieux. Car s'ileiit été un bl^».c, on l'eût représenté avec un casque; et en pierre; non en bronze, couleur de TOuolof ; ni tête nue sous le soleil.

Les noirs athlètes, vainqueurs de la course en pirogues, sur le fleuve, manœuvrent (|e même que ceux des stèles égyptiennes gravées sous les Ramsès. Les équipes lèvent, en les croisant, leurs perches, avec des gestes identiques à ceux Ubités sur le Nil.

Dans une rue muette, on montre la maison où naguère s'éteignit, très âgée, la dernière survivante de la Méduse, de son naufrage cfc de son radeau.

De ces impressions variables et captivantes, Saint- Louis est prodigue. On déplore que la cité vieillotte, charmante, tout odorante d'un parfum Louis-Philippe, semble menacée dans son prestige quatre fois séculaire. Souvent infranchissable pour les vapeurs de tonnage qui maintenant se dirigent plutôt (mille cinq 3ent trente-six en 1906, et deux mille trois cent soixante trois en 1911) vers la rade et le port complet ie Dakar, la barre du Sénégal empêche Taccès des 5aquebots, la plupart du temps. Aussi la prospérité l'entrepôt général autrefois promise à la capitale de ^a Courbe le mousquetaire, de Boufflers le marquis, le Blanchot le Consulaire, de Faidherbe leRépublica^

devieat'elle problématique. Ses habilants eussent dû voir s'alOrmer, à l'emboucliure du fleuve, la progrès siou aanuelle de douze millions six cent mille franc> qui guide les courbes statistiques tracées, de 1901 è 1911, sur les tableaux de commerce'en Afrique Occidentale. Malgré l'agencement de ses ponts superbes el intelligemment placés, si la vo râbles au développemeol de la ville en tous sens, malgré son port Quvial et Et voie ferrée, la ville n'a pas recueilli les avantages de sa position géographique ni de son passé historique. M. Pierre Goujon, dans son rapport, proposait l'osverture d'un crédit assurant dix millions aux travaui nécessités par la stabilisation de la barre. Peut-êW conviendrait-Il d'examiner la solution choisie, as Brésil, dansleport deRio-Grandeduâud,parM. Quel lenuec, ingénieur en chef des ponts et chaussées, qui, resserrant les eaux du fleuve, et leur donnant, ainsi, une grande puissance de jet, réussit ù disperser, partie, les sablesdu goulet.

Néanmoins les paquebots de haute mer peuvent, ea août et septembre, remonter le Sénégal jusqu 'à Kayei^ et, jusqu'à Bakel, pendant la saison de la crue, avani la mi-octobre. De petits vapeurs monoroues, semblables aux bateaux mouches de Paris, remouteat l< fleuve jusqu'en novembre, saison des basses eauil grâce à l'habileté surprenante de leurs Pilotes et mécaniciens ^appartiennent à race de pécheurs, très experte, par atav. dition, dans l'art dilficile de naviguer

L'AFFLUX &&& fElIPUS A BAINT-LOUIS. .91

baac6 de sables ÛBimvgéi. Bmt «droit^aeDt, ces Bosos évitent â'écboner, de B'embarquer daa» les herbeaet de beniter^ e« cerlains e■ld^3itg, les réeils. Or les di&ârenceB du niveau coastamnient variable obUgeat à laodiiier. sang eesse.l'itiaéraireaorDasI. Un livre rostier, tt, ausei. des repères plantés sur les rives aî4eiit k »v/mt héréditaire.

Le betean fait soa tapage entre les berges herbues que paH un bétail k longoes coreea, surveillé par des pasteurs cré|ras aux tuniques Eombrea. Parfois des . Maures eoturbaonég de bleu apparsiaseul immobiles derrière le bec de la proue, derrière la voile rapiécée de ieur barque, ht paysage est plat souales vautours. Ils planent au z^tta, les ailes dorées pu le soleil. Des lies de sable s'allongent et partagent le Seuve. Des lacs bleus, des étangs gris,- des mares vertes augmeoteat le rt^uime des eaux jusqu'à l'horizon boisé. Les raeioea en cerceaux de courts palétuviers retiennent la vase sur les iwrds qne fouillent les bec« des earcelles et descourlis.DeloineBloiii.poioteaiietoQte noirâtre, très basse, fixée, par- des cordes horizontales, à des piqueta distants ; ane bande Eirculaire de tissu en poil lie chameau abrite les dos de la famille accroupie.

Attentif akz nuaoeœ du courant, le timonier du muuoroiie a, sur son isnfle couleur de fer, on larl)'^<>">< écarlate. A ses bras lisses et musclés s'arrondisseii bracelets de cuir qn'oramt des cauries. Tel ni anxieux il se dresse sur de maigres mollets qi ample culotte de guînée découvre. Les orteils se

peut dans les babouches. Il regarde, là-bas, derrière une courbe verdoyante du rivage, le fleuve qui flamboie entre les buissons, comme un soleil tombé. Rien ne distrait le Boso. Voit-ii la centaine d'oiseaux blancs qui papillotent contre le ciel ? Sait-il que Ton déjeune derrière lui, que Vqn déguste le mets réussi par le cuisinier dahoméen si personnel et susceptible, le mets servi'par le boy bambara, si naïf et si gentil? Sait-il que le savant capitaine Thévenin dit ses campagnes étonnantes au pays des^ Boxers, en Crète, à la Côte d'Ivoire, et qu'il explique tout l'univers à ses compagnons ravis * ?

Que le calme des régions riveraines est reposant pour qui les contemple dans un lauteuil à bascule, ud livre sur les genoux, avec la carte dépliée, tandis que le vent rafraîchit la face heureuse !

Que de choses encourageantes pour l'avenir du génie français on petit apprendre en feuilletant l'histoire du Sénégal composée par M. Cultru, l'histoire du Soudan révélée par M. Maurice Delafosse, l'histoire de notre expansion en Afrique Occidentale dont MM. Terrier et Mourey ont additionné les documents. Sii siècles d'efforts nationaux pour implanter sur cette terre l'hégémonie française, héroïquement ! Et l'histoire continue chaque jour, écrite avec du sang noble,

1. Ils ne pensaient point alors que ce pur caractère et cette intelligence si complète périraient avec le héros dans us combat de la Somme, sous le feu des Barbares alors refoulés. le 25 septembre 1914.

marquée de page en page, par des feuilles d'olivier, par des feuilles de laurier, allernalivement. La Gaule latine a reconquis la puissance de Cartbage, avec ses causes lointaines, les forces en évolution sur les rives du Séaégal et du Niger, dans les monts de la Guinée, à l'orient et aux bords du lac Tchad. Lorsqu'il mesura toute laperfecUon de ses phrases el de ses idées, en évoquant le peuple de Sahmmbô, notre plus grand littérateur, Flaubert, rédigeait donc, poète et devin, un chapitre liminaire de notre épopée nationale.

Au soir, l'astre, en se couchant, fond les terres plates dans ses ombres de ro^es et de cuivres. Ensuite la lune s'épanouit, après Vénus, au ciel lilas. Plus tard elle plongera, colonne tremblante, dans les vagues blondes etgrises. De ces dunes mauritaines, s'il s'élançait, le rugissement du lion ne surprendrait guère. Cependant on va s'étendre dans la cabine blanche sur le Ut de camp voilé de sa moustiquaire, parce que la tiédeur de la nuit et le rythme de la machine ensommeillent.

Eu compagnie de leurs laptots , de leurs « g > ta timoniers, de leurs « mitres de langue >,. îers, pileuses de mil, mousses ou « rapass' • t lamentations au départ, les traitants di

iOO NOTKE GARtBÂOE.

féisàientldttêiire voyage du Sénégal, dâfis vingt brieks, eanots; barques ^ gabarres, sous l'eseorte d^iin bâtiment royal. La fiottitte remontait le' fieuye, du sttd a« fiord, jusqu'à Biakb. Là se courbe l'afflux des eaui accourant de l'est vers l'Atlânticpie. A cet esidroit, les Sérères et tes Ouolols autochtones, premiers mattres du Tekrour, possédaient, avant te vii^ sièele, des centres reli^ à la cité Nii'Aoalîl sur l'océan. Un peu plus loin vers FOn^a.t l'expéditico s'm'rêtait à l'escale du Dés^.

Dans cette plaine de sable, limitée par defs coUtnes rongeâtres, les traitants iortifiârle&t le magasin, barrieadaîent )a porte, y constituaient un posCe de laptols en amees, hissaient deux petites pièces d'artillerie sbi un cavalier de sable, afin de protéger les cains^^^o'^^ des barques à l'ancre . Car , derrière lesmarekeAds àf gemme, se presserait toute nne foule ex^eanf aussi la nonrritnre due, par contrat, aux seuls ven>de»rs : deux livres de boe«f et autant deV kus&us » pm ration. Il allait falloir maintenir l'ordre dans cafte iaah nomade vêtue de peaux de chèvres, sur les reins, d€ sandales, de javelots et de tances.

De ces Trarza, les princes arrivaient d'abord seuls pour discuter les cours de la go>mme recueillie dan les bois épineux de l'Adrar, et s'entendre sur les prix sur la quaMté, les objets de l'échange, F«nité à l^étakm monéteôre, la barre de fer, son poitite et s lengneuT. En robes de coton, en fez et en tufrbana a mofosseline-, ces ftls lointains des illustres Beni^Ha

■ CARTHAGE SUR LE SKNRfiAL. IH

Sftn veoiH d« Yémea avec l'Islam eavahlsseur, ae lamiliariaaient vite. Opiniâtres, patieals,iiiatteiitifsaa temps perdu, îli demeursient longuement sur cette terre' de leur conquête. Astuces, subterfuges, faux départs, menstnges et complots : rien d'exaspérant ae manquait au heures de ta oontroverie préalable. Enfla, rois et princes de l'Adrar, repart^eut, au galop de leurs coursiers, quérir leurs caravanes.

Deux jours plus tard, des nuages de poussière k l'horizon voilaient d'abord les collines rouges. Ensuite les barrissements des chameaux violaient le calme de l'air. Pliant sous les outres de cuir qui contenaient la gomme, et sous les braocfaes d'acacia lui servant de parasol, dromadaires, bœufs et chèvres se profilaient iaus la poudre, au milieu d'une multitude criarde, el de montons bêlants.

Ce monde biblique déferlait avec ses épouses et ses filles balancées, en leurs kiosques d'osier, par les dromadaires aux grands pas mous. De leur bosse d^rinsolaienttoutessortes de JudiUi avides, réclamant leurs cadeaux, prêtes à savourer les biscuits du trnitant et son vin de Malvoisie, toutes sortes de Sarah gourmandes devant les pots de conliture française, et les prunes de Brignoies, toutes sortes de Ruth olivâtres, '^iirieuses, importunes, vaines de leurs tuniques en mton, de leurs éohorpes, de leurs bracelets, de leurs rhevelurea tombantes sur un sein nu. Très nobles lames d'un peuple à cinq mille guerriers chevelus, Ifouclés, vainqueurs, mattres du Ouaio, de la contrée

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même entourant l'île Saint- Louis. Leurs doigts rougis par le henné, un La Courbe, un André Brûe les baisait galamment à la mode de Versailles, après avoir ôté le feutre à plumes. Ils ne gratifiaient pas de moindres politesses les filles à trois pagnes en traîne, les filles aux tresses fines du Brack, prince des Ouolofs, quand il se trouvait, précairement installé, sur la rive nord, après le départ des Sémites, ou durant leur faiblesse provisoire.

Une fois le camp établi, et les tentes noires debout sur leurs piquets, tout ce monde étrange se poussait à la porte de Tenceinte pour vendre. Il se querellait. Il s'écrasait. L'interprète empêchait toute transaction avant d'obtenir la promesse d'un huitième sur les profits français. On négociait dans la bagarre, parmi les menaces, les hurlements. Il fallait subir les injures des Maures, leurs gestes armés de glaives et d'arcs, de flèches, de piques. On leur tenait tête derrière les pierriers du bord, quand ils étaient admis à embarquer leur gomme. On les y recevait le boute-feu, l'espingole au poing. Ils versaient le contenu de leurs outres dans un entonnoir en bois, de capacité connue, dans lekantar. Quand il était rempli, le fond mobile glissait. La gomme, par une manche de toile, s'épanchait dans là cale.

Le quintal se payait quatre pataquès, monnaie d'Allemagne, soit cinq francs soixante, ou une chaudière en cuivre jaune, ou une once de corail, ou deux aunes de drap rouge, ou vingt mains de papier.

D'année en année, les commis modifièrent secrètement la géométrie du kântar. Ainsi, pour le même prix, ils recevaient sept cents livres de gomme au lieu de quatre cents, d'abord à leur bénéfice clandestin, plus tard, quand la fraude fut découverte, au bénéfice des patrons.

D'ailleurs l'interprète du Marne, l'agent du Brack, les commis, les traitants mulâtres, leslaptots, c'étaient larrons en foire. A chaque Français le Brack envoyait une gracieuse ouolove experte en voluptés, sachant aussi peigner, laver les pieds, blanchir le linge, etc. Le harem du Brack rendait visite au « général », le plus galamment, pour goûter à son vin des Canaries. De même les mères et les épouses des princes Maures. Celles-ci arrivaient assises, à* deux, sur un seul chameau, età l'ombre d'un parasol, entre des gens armés, devant une escorte de cavalerie. Le soir il y avait folgar, ou ballet, musique, agréments de toutes sortes. Enfin Ton se quittait fort contents, malgré tout, les uns des -autres. Les barques pleines de gomme assuraient, parfois, un bénéfice de cent mille livres.

Michel Jajolet de La Courbe poussaitj en 1685, jusqu'au Lac Cayar, dans la région de la rive nord qui fait lace à Dagana, et par le chemin du marigot reliant ce lac au Sénégal. Pour cent livres, le gouverneur remplit de mil et de fèves une embarcation de vin,^^ ' aeaux, tant la fertilité des bords, après la d ' liguait de récoltes aux nombreux culti\ ( seigneurs basanés » aux longues m

Mt NOTRE CARTHAGF,.

chweuxtr*si««8urUii«qne,<irapé«(l*fl<rffe8noir«»,ï | Mnnradaieât alors. « Ils étaient de fort bonne miBe, « lonrt Msalftres tort polies. « Cinq cents naretiands dv oMmIm vinrent à bord, et si empressés qoe pluttmrs lonbiir«at dans l'eau. On leur acheta, de plas, HU iwi d'ambre gris et des plumes d'autruche, Lesj ImnwM'Uonii f«r««t interrompaes par la mort d'uo in<ttjt^n<< que tontes les fMBmes pleurèrent à grandi tr«tM« «in n'arracësBl tes chevenx, que les naraboats l«v>^Nlt, parèrent de ses Deillears habits et de ses «rm*v». «{«e ii^t parents qaestioBnère&t ponr la dec; Hi^rv KU», q»e W te— es et les ^ifants hooorftrenl <•» lH*»l W tKmf* dn r«pas fUB^raîre, et en échan- Siv^ul K>wr» ifiSïUx-es coatre reaa-de-vie des libations, qw Wsikus l.«s taabourteaires et les marabout» »w»aniïiin?«i A Ia s^fHiIttire parmi les cris des épouses, iIm itïK-s, »W uA-w. q« «■ pw« wné de ses armes ...... »-,. ^^^ ^ passant, qu'un

■3^5 ioMtres et belles,

ÙM» révocation de vH >.-apifeù»e €radit.

»^e««ax du la^e fleuve Ttekruwr oahiTé, entri 1 I*» tevne tertiles di * ^rb^ns. des S^nite trw *BsOinrtirfs. Ceux *P*îs^»« s«r la riv.

''-' statttws de hronzi

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cheveux tressés sur ia aaque, drapés d'étoÉes noires, y commaudaietit alors. « Ils étaient de fort bo&ae mme, ^ teurs flsauières fort polies. » Cinq eents marchands de eéréai^ vinrent à bord, et si empressés que plusieurs tombèr^t dans l'eau. On leur acheta, de plus, un peu d'ambre gris et des plumes d'autruche. Les transactions furent interrompues par la mort d'un indigène que toutes les femmes pleurèrent à grand fracas en s'aiTachant les cheveux^ que les marabouts lavèrent, parèrent 8e ses meilleurs habits et de ses armes, que les parents questionnèrent poui' la dernière iois, que les femmes et les enfants honorèrent en tuant les b<Bufs du repas funéraire, et en échangeant leurs esclaves contre i'e^u-de-vie des libations, que les griots, les tambourinaires et les marabouts con<)uisirent h la sépulture parmi les cris des épouses, des filles, des nièces, qu'un pieu orné de ses armes désigna, pour l'avenir, au respect du passant, qu'un joyeux banquet, suivi de danses folâtres et belles, ne ressuscita point.

Le touriste d'aujourd'hui aime l'évocation de ce passé lue sur le bateau par un capitaine érudit.

Le vapeur bat, de ses aubes, les eaux du large fleuve entre la Mauritanie aride et le Tekrour cultivé, entre les dunes stériles du nord et les terres fertiles du

centre, entre le Sahel, pays des Berbères, des S^niies méditerranéens, etleOualo, patriedesOuolofs. Ceu^ ci, depuis notre pacification, repassèrent sut la riv maure pour y cultiver. Mille statues de brou/

CARTHAGB StTK LE SÉλfÉGAL. 405

piochent le limon du fleuve, aussitôt qu'il décroît. Convaincus par cette activité de tous les temps, les gouverneurs de 1819 à 1830 tentèrent, mais en vain, la cultuie rationnelle en plusieurs points de ces rives ^' selon un plan très ample. L'horticulteur de la colonie, Richard, planta ie premier jardin d'essai au lieu nommé, depuis, Richard-ToU. A Dagana, l'expérience fut, de même, ébauchée. Les Maures Trarza prétendirent que ces terrains du Oualo ressortissaient à leur suzeraineté. Leurs attaques découragèrent les initiateurs. Aujourd'hui le poste de Dagana, ses constructions grises surgissent, devant les cubes de ses maisons indigènes ; souvenir de ce mécompte passager. On y rencontre le paquebot allant de Kayes à Saint- Louis. Il est flanqué de chalands où bivouaquent d'allègres tirailleurs en partance pour les aventures du Maroc. Il y a des palmiers obliques sur les berges roses. Les théories de femmes trottinent entre leurs ailes de cotonnade bleue, le long, de la rive, sous les calebasses chargeant leurs nattes mêlées aux pièces d'argent, aux aùneaûx d'ivoire, aux grains de corail. Voici, dans l'or des sables, les beaux arbres de Podqr, et leurs verdures^n dômes inclinés vers le scintillement du fleuve, vers les bateaux combles. Ici fut la capitale antique du Tekrour, la ville de Tekrour elle-même, celle des vieux Sérères, aujourd'hui repou«»és dans le Sud, derrière Dakar et Rufisque. Au vm* siècle, le souverain de ce pays accueillit le chef des Peuls fugitif arrivant de la Mauritanie Saha-

Tienne, de TAoukar, de la région où persiste Oualata, où fut situé par les historiens de eet empire Ghana.

Qu'étaient ces gens innombrables, cette avant-garde de tout un peuple insinuant^ adroit, riche en troupeaux magnifiques, avec des femmes gracieuses serrées dans leurs pagnes, telle Cléopâtre, coiffées en forme de pschent, telles les égyptiennes d'Alexandrie, ornées de boules d'ambres flottant contre les joues, telles les dames de Garthage ? Un peuple au nez droit, aux cheveux tressés en cadenettes, au langage doucereux, aux chefs très nobles d'apparence, et suivis de cortèges fastueux?

Ils se racontèrent quand ils eurent traversé . le fleuve, quand ils eurent parqué leurs immenses troupeaux, érigé leurs tentes noires, déployé leurs orchestres et leurs farandoles de ballerines devant les Sérères aïeux, attentifs en leurs visages de fer.

Et les interprètes, sans doute, expliquèrent longuement aux princes du Tekrour, maîtres sur les deux rives du Sénégal, ce que les Peuls du Sahel expliquent de nos jours, encore. Ils donnent le nota de Dya-Ukka à leur première dynastie. Ils la font originaire du cap Carmel, au-dessous de Tyr, sur la côte syrienne, en la ville maritime et phénicienne d'Ukka, cette Acco que la Bible cite, que les Grecs baptisèrent Ptolémaïs, que les Byzantins appelèrent Saint- Jean d'Acre, mais à qui les Sarrazins restituèrent le vocable d'Akka.

L'ancêtre le plus lointain des Peuls, Yacouba, fils d'Issi-raîla, filsd'Issihaka, fils d'lbrahima(évidex0inenl

Jacob, fils d'Israël, fils d'Isaac, fils d'AbrahaiQ), partit de rUkka pour se rendre en Tôr, pays du Slnaï, et de Tôr, jfut vers l'Egypte rejoindre avec toute sa tribu, son fils Youssoufou (Joseph) qui dominait sur le Nil. Ils y parvinrent. Ils y prospérèrent tant que leur richesse et leur puissance excitèrent la jalousie du peuple Fuiiah contre ces Bannissiraïla. Persécutés, les fils des Bannissiraïla décidèrent de retourner en leurs terres natales, TUkka et le Kenana (la Syrie et Chanaan). Mais Firaouna (Pharaon) et les Égyptiens les poursuivirent (1570 avant J.-GOi les dispersèrent. Des fugitifs (Foudhs), les uns regagnèrent* Chanaan sous la conduite de Moussa (Moïse). D'autres, passant le Nil, atteignirent le Soritou (la Cyrénaïque).

Ils y furent reçus par les Sémites des colonies phéniciennes, comme, plus tard, le furent ceux venus de Tyr en Carthage, avec Élissar-Didon, au ix® siècle avant J.-C. ; comme le furent ceux de la Palestine que Ptoiémée Sôter persécuta, 320 avant J.-C, pour leurs révoltes. Ces sortes de réf ractaires faisaient voile vers l'Afrique méditerranéenne et demandaient asile aux ancêtres des Hannon et des Barca.

Dès 146 avant J.-C. ces Judéo-Syriens de la Cyrénaïque, et les Sémites Tyriens de Carthage échappés aux massacres de l'invasion romaine, à la rude sévérité des proconsuls, à l'inexorable autorité des prêteurs, tout ce peuple de Moïses, de Didons, de Sp^^'" Eubôs, d'Annibals et d'Hamilcars prit c^chercher en pays saharien, le feu et Ter

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avaient {m emporter leurs trésors, pousser leurs troupeaux, ou battre en retraite avec armes et bagages fondèrent des bourgs parmi les douars des Berbères, et le^ camps des Soninkè attirés du Niger jusque dans la région de Ousdata par l'espoir de rançonner les Numides qui rapporiaiéni du nord les captifs et les trophées conquis par ces auxiliaires de Baal ou de Vesta. Il se forma, sans doute, une fédération déf oisive qui reçut mal les éclaireurs des légions. A i'abn du désert d'ailleurs parsemé d'oasis, alors, un État nouveau s'ébauchait.

(Je fut un centre de civilisation sémite qui se développa sur les emplacements des Nema, des Ghana^ des Oualata futures. L'esprit commercial des méditerranéens persévéra, reliant Garthage au Sénégal et au Niger. Les guerres puniques valurent d'immenses aubaines à ces marchands qui, des Numides revenus en. leurs oasis voisines, achetaient aussi les butins et les esclaves conquis au service de Rome ou de Carthage alternativement. Les camps s'aboutèreat, devinrent cités. Leur ensemble s'organisait en patrie.

Au premier siècle aboutit en ces lieux, un autre exode sémite parti jadis de la Tripolitaine, et sédentaire au Touât durant une époque.

Quand saint Marc, juif lui-même de la Cyr^&aîqiie. commença de prêcher vers l'an 40, son apostolat offensif rassembla les faibles, les déshérités, les pauvres, les idéalistes fervents pour une justice meilleure. Ce qui détermina la yive opposition des Juifs puxLiq[ues

GABTàAOE SUR Lï SÉffÉGAL. IM

et des mardiands. Ut se coalisèreot. Ils se révohèreDl contre l'indifférence de. tous les Pouce-Pilate qui se lavaient les mains dans Carthage comme en Palestine, (pti soarîai^it avee an scepticisme triste de cette agitatioD. Duremeut châtiés, h la Tm, par les soldats des centurions, ces Juifs émigrèreat, de 60 à 117, au sud tant vers l'Aoakar que vers l'Air, et ils augmentèreni sensibtemeat la population, la richesse de Ghana. L'enrpereur Hadrien décréta des mesures de force contre ce qsi restait alors, en Cyrénaïque, de communautés judéo- syriennes luttant contre les fonctionnaires. Plagieure milliers de réfractaires durent ei abandonner la place, et marcher vers le Touât, l'Aoukar ou l'Atlas.

D'autres pénétrèrent dans l'Aîr, puis dans le Diaga, le Maesina du Niger, oil les Soninkë, la plus curieuse des races noires, les admirent, abandonnant même, "l'avantage de ces métèques, la suprématie. Sous leur influence, peut-être, les Soninkè envoyèrenl des expéditions vers le Nord saharien, ea Aoukar, dans la r^ion de Oualata, et y fondèrent parmi les Berbères épars, des centres, des camps, des bourgs, pour commercer avec les Sémites méditerranéens, leurs premiers explorateurs devenus là citadins.

Comme celle de Moïse et des Israélites au milieu des Égyptiens, la suprén des Soûinkfe se fit op familles durent s'éloigi plus leur nom de Poudh:

égyptien, fout exprime le sens de fuir. Ces Juifs errants allèrent dans les colonies du Nord, celle de TAoukar. D'autres fractipns les rejoignirent successivement, pour des motifs semblables. Leur présence attira en pays saharien de plus en plus, les exilés (Je Carthage.

De 303 à 311, les persécutions de Dioclétien et de Maxence contre les chrétiens puniques achevèrent de compléter la nation des réfugiés sahariens. L'empire de Ghana était constitué, avant même qu'il ne recueillit les victimes innombrables de la furie Donatisteet des sévices exercés, dans les campagnes de Carthage et d'Hippone, par les bandes rurales des Circoncellions, sous prétexte de dissentiments religieux- Ce furent des sujets pour la dynastie Israélite.

Elle compte quarante-quatre empereurs de Ghana, selon Saadi, l'historien du Soudan. Elle construisit des villes en pierre, chose unique dans le Sahara, et en bois de gommier. Elle centralisa, dans ses comptoirs, le commerce de l'or extrait, au Bambouk, de laFalémé. L'art de Ghana entoura le palais impérial de bocages mystérieux et sacrés pleins d'idoles, avec leurs hiérodules, d'après la tradition carthaginoise. Il y eut une garde aux boucliers d'or pur. Le peuple enterra s monarques sous des coupoles. Il développa le co merce du cuivre, des cauries, des tissus, des laines,' des cotons, des figues, des dattes, du sel. L'élite facî lita les transactions aux Berbères de l'Atlas appor les objets manufacturés des ports, comme aux ^

danais apportaat le métal des régions aurifères. L'armée protégea les caravanes méditerranéennes allant jusqu'au Sénégal, jusqu'à Kayes même, troquer leurs cargaisons contre l'ivoire. Les ravages des conquérants Vandales (430), le christianisme militant des Byzantins, après la victoire de Bélisaire, entretinrent la coutume d'une immigration sémite permanente de Cartha. ginois en Aoukar. Toujours plus nombreux, ces Méditerranéens, réunis à leurs frères Judéo-Syriens issus autrefois d'Egypte, fortifièrent l'empire de Ghana avec le concours des vieilles tribus de colons. Soninkè. L'invasion de l'Islam, au début du vu* siècle, leur valut une multitude encore de réfugiés qu'épouvantait la cruauté fanatique des Arabes. Ces malheureux renforcèrent la puissance et la richesse de Ghana; mais en immergeant les familles Soninkè dans la multitude punique.

Les Soninkè du Niger appelés par leurs compa^ triotes en souffrance qui tuèrent leur dernier tyran, avaient donc envahi l'empire, exproprié les Foudhs, les Foudhs de Garthage, comme ceux de Memphis, et pris leur place. Ce fût un autre exode encore de ces Juifs errants. Foudhs, Fouths, Pouths, Pouls, Fouis, PouUs, Peulau singulier, Foulbé au pluriel, leurs familles divergèrent dans tous les sens, sauf quelquesmes, les Massins, qui vivent encon^ aux environs leNémaet de Oualata.Cepeupleà douMc rivilisatîon t son chef Ismaïl étaient venus, 'l-^rri^iv Umifs irnuleaux de bœufs à bosse, (!<■' nf 1 1 Ar rUv\ !•■-

li2 NOTtlË GAUTHAGfi. |

Wf% a k Fleure » des écrivains arabes, daaç le pays du GofgoL

Voilà ce que signifie^ pou noos^ le discoiH'ft d'ismaîl parBii les Sérères TDukorors qui réeaataie&t, certain soir de Tan 800, au bord du Séàégal, sous les arbres de Podor. L'allocution certaiBemeut ne lut qu'analogue & ce récit; naais elle eu relata, sous des formes plus lyriques^ les principaux ^isodes.

Le souverain du Tekrour esàmesa. Ismaîl dans sa capitale deGuédé, tout près de Podor, sur le marigot de Doué. Les deux princes s'allièrent. Ismail épousa Dioma Sal, la filk desoa hôte ; lequel mourut à potni Ismall devint alors empereur du Tekrour. Ses sujets semblent avoir été les aïeux des Sérères, aujourd'bfli dans le Sine, au sud du Cayor, oii ils parlent un' langue imprégnée de nuances tpucouleures. Peuls s'y marièrent avec des filles indigènes, dont ili modifièrent le type. Ils apprirent la langue du paysj oublièrent la leur, se rangèrent dans ies clana d Toukorors, s'introduisirent dans leurs castes, sel les professions et métiers. Carthage s'avrangea d risle à Morfil. Les Judéo- Syriens appelèreat 1 nouvelle patrie Futa-Toro, en souveuir du patriardj juif qui, pour l'Egypte, avait quitté le Tôr, la r^i du Sinaï.

Résumons cela qui est une notion capitale. .

Des Sémites, peut-être Juifs et Syriens, émigrèr( d'Egypte eu Gyr^naique, au temps de.Mâ3se,.api leur dispersion, vers l'Ouest africain conmneTers l'I

asiatique, par le Pharaon noyé dans la mer Rouge; 1570 av. J.-C. D'autres naviguèrent de Tyr en Garthage avec Didon; 840 av. J.-C. D'autres encore arrivèrent exilés de Syrie en Tripolitaine par les Ptolémées lors des rébellions ; 320 av. J.-C. Chassés (lu nord par l'invasion romaine, 146 av. J.-C, les fils de ces Puniques trouvèrent asile, parmi les noirs Soninkè du Niger peut-être en Aoukar, montés pour s'approprier le ftutia des Berbères rentrant aux villages du Sahara, après avoir suivi les Jugurtha, les Massinissa durant les guerres du nord. Au même pays de Ghana, se réfugièrent, parmi ces mêmes SoQinkè, les Sémites échappés à la sévérité de l'empereur Hadrien, 117. Survinrent ensuite les Judéo-Syriens exclus du Massina par les Nigériens. Les persécutions de Dîoclétien et de Maxence, 303-311, la furie des catéchumènes Donatistes et de leurs Girconcellions, 360, les ravages des envahisseurs Vandales, 430, le christianisme militant des Byzantins, l'islamisme 'anatique des Arabes, envoyèrent d'autres Carthaginois en cette région saharienne. Du n' siècle av. J.-C. lu vu' ap. J.-C, ces divers Sémites fondèrent au oeur de la Mauritanie, chez leurs hi^tcs, l'enipiri! dit ihana. Attiré du sud nigérien par la pmnpérité, par i ricliesse de cette patrie, un s<Mond iiflhi\ ite Nigt'-ens Sonin!

Lii durent, y mâlèrei , si bien

hérita de- la souveraineté du Tekrour à Podor. Ses compatriotes la gardèrent jusqu'au xi® siècle. Finesse intellectuelle, science pastorale et civilisation méditerranéennede cette race punique, talents agricoles et commerciaux, noblesse orgueilleuse des autochtones; cela forme Tâme toucouleure des temps modernes.

Au XVII® siècle les éléphants très nombreux les enrichissaient de leur ivoire que les Maures portaient è la côte. Les Toucouleurs détenaient la fameuse Isle à Morfil, qui s'étend de Podor à Saldé, ceinte par les cours du Sénégal et du marigot de Doué.

Hypothèses justifiées pour la plupart, et conduites vers l'exactitude grâce aux admirables travaux de M. Maurice Delafossequi, collaborant avec M. Hondas rérudit philologue, et le commandant Gaden, a s reconstituer cet ensemble de probabilités historiques dans ses livres sur la civilisation du Haut-SénégJ Niger, dans son recueil, Chroniques du Fouta Sénl galaity dans sa traduction et ses commentaires d Tarikh-el-Fettach. Œuvres singulièrement et pui samment révélatrices.

A cet ensemble si curieux de traditions en acco avec les faits de Thistoire méditerranéenne» que r sembla M. Tadministrateur en chef Maurice De «iMte^ ^ur son cours à l'École des langues ori .'toie», il put ajouter, récemnjient, un apport de lia valeur.

C'est une allégation formelle due à un génâ^log de grande famille né à Dyaba, dans le cercle mai

CAHTHAGE SUR Lfe SÉNÉGAL. 115

taniea de Saldé. Parmi ses alenx, il compte Sadi, le frère de celui qui fonda, sur le Niger, au début du IV* siècle, le royaume peut du Massiaa. Parenté que confirme, d'ailleurs, le livre capital du Tarikh-es-Sontlan. Deux manuscrits deceSire-Abba» furent remis en 1911 au capitaine Gaden, et communiqués k M. Maurice Delafosse. Inspiré par la lecture de manuscriU iTËs rares, jalousemeut occultes, inaccessibles à des Européens, ce texte corroborait l'hypothèse de remisent philologue et historien.

Déjà l'avaient averti des contes, légendes, traditions sénégalaises et soudanaises, autrefois, pendant qu'il administrait lui-mâme telles ou telles régions de l'Afrique occidentale. Tous ces apports démontrent que les Peuls répandus du Bas-Sénégal, [et du Fouta- Djallon jusqu'au Tchad et jusqu'au Nil, partirent de l'ouest entre Sénégal et Niger, mais, en outre, que ces Tibus elles-mêmes avaient aîitrefois habité le nord uéditerranéen, le pays de Carthage, après avoir émi- ;râ de la Syrie phénicienne, Sam ou Cham, de là ïi Tdr ou Siual, puis de T6r eu Egypte. Une partie tes tribus aurait voyagé d'Egypte en Cyrénaïque, et lEus tard, en Massina nigérien. Les deux chrouigues le leur généalogiste, Sire-Abbas-Sob, rafi omplètemeiit aussi la légende en honneuj Qusins du Sahel : celle qui leur attribue p( iDt le plus lointain Yacouba, (fils jd'ls ^re du Joseph eu Egypte. Voilà donc dévoilée l'origine judéo-syriei

Peuls mystérieux, épars dans toute l'Afrique centrale, dala Guinée au Darfour, et qui, forgerons, pasteurs sans pareils, maîtres indubitables, ont initié proba-. blement les races soudanaises à la civilisation de Memphis et de Carthage, ont mis, sur Tes reins des femmes, les pagnes d'Alexandrie, et sur leur tête, le pschent, et, contre leurs joues, les boucles d'ambre apportées du septentrion par les bateliers du Rhin et du Rhône, avec Tétain, jusqu'aux ports celles, pour les cargaisons des ûavires phéniciens, grecs et puniques.

De leurs amours avec les femmes Sérères du Tekrout, les Toucouleurs actuels sont la descendance métisse. Primitivement ceux-ci régnèrent sur les Ouolofs du Cayor, et sur ceux qui tenaient la Mauritanie avan l'invasion des Sémites méditerranéens, les Trarza, les Berbères Brakna. Le chroniqueur peul Sire- Abbas-Soli raconte que le clan Dya'Ucca s'empara, en 850, di Tekrour entier, s'y implanta, et que, près de Matam dans la cité d'Ogo, il établit ses forges et sa capital*

Les Toukorors du xi® siècle se révoltèrent à \n tour, contre cette dynastie punico-sémite, après 1 meurtre de leurs flls nobles gardés en otage par Mal moud, le souverain, qui soupçonnait leurs.parents « complots musulmans. Et les Peuls durent se remett en route. Beaucoup traversèrent, au sud, la brous déserte du Ferlo. D'aucuns remontèrent la rive gauc jusqu'au Galam de Bakel et de Kayes, à l'embouchu delà Falémé, où ils élurent unSiratigui, le « siratiqu

du Père Labat. Les autres gagnèrent directement la Fouta-DjalloQ.

C'est doue un peuple directement civilisé par rinfluence de Cartbage que nous voyons piocher le limon dn Sénégal, en amont de Podor, aux premiers jours de la décrue. Ni bous la dynastie Manna, venue de l'est, probablement Soninkè d'origine (clan Niakhate), qui, succédant aux Dya, gouverna de 1000 à 1300; ni sous la dynastie Tondyor, mandiiigue probablement et mandataire des empereurs nigériens de Mali (Bamako), celte qui eut pour ancêtre illustre ce cbasseur peureux cacbé dans le ventre d'un éléphant mort où le découvrirent, apparition miraculeuse patmi les entrailles, quelques passants dévorateurs de la bête; ni sous les dynasties peule^ Lam-Termès, Lam-Taga, ces Toucouleurs ne perdirent leurs qualités rustiqiies et guerrières. Tels, en 1520, les retrouva le peul Koli Galadio, fds de Tengella, quand, dépouillé de ses biens orientaux par le premier askya nigérien de Gao, ilrevintavec une armée de MandingueE, au nom de l'empereur du Mali, chercher lortune dans le Fouta-Toro. Il prit la résidence impériale de Guédé. Ily prépara l'avenir de sa descendance, grâce à l'alliance des Sérères, battit les Ouolofs, soumit le Cayor. L'empire du Tekrour s'étendit à n les deux rives du Sénégal. L'Atlantique sf lans l'ouest. Il en fut ainsi jusqu'à la d Berbères Zenaga, des Maures Ouled-Delin }rakna qui, dans la fin du xvi» siècle, s'

148 NOTRE GARTHAGE.

des territoires, au irord du fleuve, puis imposèrent aux Soninkè, Sérères, Ouolofs et Toucouleurs, leur suzeraineté de barons esclavagistes, pillards, marchands de gomme.

De ces Ouled-Delim, nous combattons encore les descendants. Jusqu'à hier, ils demeuraient maîtres de la Mauritanie, de l'Âdrar, Dans un récit beaucoup plus beau que ceux de Kipling, Le» Explorateurs, M. Randau, un colonial» écrivain de grand mérite, a relaté la tragédie de cette lutte, tantôt diplomatique et tantôt militaire, et la mort de Coppolani, run des pionniers les plus glorieux de la civilisation latine, à travers la Numidie profonde.

(( L'ISLE a MORFIL ))

A Podor, nous sommes dans Tlsle à MorfiL Ce uom poétique de Tivoire brut, signifia « richesse de l'éléphant. » Podor, dès les premières incursions des Eui'o* péens ou de leurs émissaires ouolofs, devint un lieu d'échange important. D'abord, à Tescale dcCock, village voisin, en aval, s'arrêtaient les chaloupes et cam paient les traitants. Ils étalaient leurs barres de fer étalon de monnaie coûtant quarante-huit soûa l'une e valant, au Sénégal, quatre livres seize deniers. La frac tion la moindre, le dialot, correspondait au fragmen Utile pour forger une^ bêche, un îler. Les vendeur

L'ISLE A UÛRPIL. 119

rJGlamaieDt aussi de la guinéa d'Inde et non de l'autre. -Ils les discernaient par l'odeur de la teinture, en flairant l'indigo des échantillons oQerts. Le payement s'effectuait en une somme de marohandises diverses, Eeloo les besoins variés de l'indigène : sifflets, cornets d'argent, pièces de quatre sous, de vingt-huit sous, manilles, grelots, bonnets rouges, casaques d'écarlate, tafia. On donnait di^-huit pagnes pour un captif amené du Galam, un Man> dingue solide et obéissant, bien que larron, un Bambara, passif et laborieux.

On acquit jusqu'à huit cent milliers, par an, de gomme. Ce fut à coup sûr le principal objet de transaction mesuré au kantar sur le pont des barques, tant h l'escale du Désert qu'à l'escale de Cock. Les Compagnies revendaient, en France, cette dearée dix ou vingt fois le prix d'achat. Ce qui ne les empêcha guère de péricliter, vu la mauvaise administration des commis. Successivement les aflaires passent de la Compagnie Normande (ll)26-1664) à la Compagnie des Indes Occidentales (1664-1672), de celle-ci à la Compagnie d'Afrique (1672-1681). Laquelle, ruinée, cède à la Compagnie du Sénégal et Guinée (16S1- 1694), dont les charges sont reprises r" pagaie Royale (1696-1709). Dettes et {"^ gent à passer la main. C'est la nouvelW du Sénégal; mais elle vend ses privilèges riel à la Compagnie des Indes, en 171 directeur In fameux André Urïie. rios

construisent, vers 1745, les magasins fortifiés, de Podor. A la suite des guerres les Anglais occupent ce poste de 1758 à 1783. Ensuite la Compagnie de la Gomme y trafique jusqu'en 1809. A cette date les Anglais sont maîtres de Saint-Louis et du Sénégal. Us y demeurèrent jusqu'en 1817. On le voit: après huit ou dix ans d'exercice, chacune de ces Sociétés renonce, malgré la vente considérable de la gomme et de l'ivoire en France, des esclaves demandés à cor et à cri par T Amérique latine. Travailleurs que les Compagnies du xvn* siècle ne purent jamais fournir en nombre voulu, par la faute et l'avidité des intermédiaires.

Indociles, rebelles, émeutiers, ils résistèrent toujours aux représentants des Compagnies, qu'ils portassent leurs vestes blanches et leurs justaucorps bleus de marquis-philosophes, leurs habits à revers de patriotes à cocarde ou d'officiers de l'Empereur. Ceux-ci présidaient vainement aux échanges périlleux avec les Maures bouclés, les Ouolofs crépus, les Foîih (Peuls) coiffés en cadenettes, les Toukorors (ToUcou leurs) arrogants sous la vannerie fine de leurs cba peaux coniques. Tous ont retiré leurs mains de l'ea brûlante que le. soleil échauffe trop sur ce point d globe, à la fin de sa course. Tous ont salué cette lui pleine qui se lève dans les vapeurs éclatantes du c΀ qui peut éclairer la marche lente des haleurs tira le bateau et sa voilure à la surface déjà scintillante < fleuve.

\f«VÇ '•

LISLE A MORFIL. lîl

Comme il dut la contempler aussi cette lune si pure et si claire, maintes fois comparée, par les conteurs musulmans, au visage des houris, le jeune El-Hadj- Omar, né dans Aloar, près de Podot, l'an 1Î97 ! Enfant, il surprenait Timan Youssouf par son intelligence robuste.

Lorsque ce saint homme du Fouta vint trancher le différend, entre le père du futurprophète et les marabouts, il prédit à l'écolier : « Tu seras le chef, un jour, des peuples du Fouta. » Omar le crut quand il eut vu Timan réconcilier son père avec les gens qu'ils méprisaient trop pour leur tiédeur religieuse. Refusant de les coudoyer dans la mosquée d' Aloar, le vieux saint bâtissait une mosalla, ou lieu d'oraisons, à son usage particulier.

Parmi cette ferveur islamique si farouche, l'étudiant dut voir, avec répugnance, les infidèles français, atterrir, en 1819, après le départ des Anglais, s'établir dans le vieux fort ruiné de Podor, en chasser les troupeaux des chefs, y camper, chasser dans les alentours. Le flls de Seydou-Tal pouvait-il coudoyer, sans horreur^ ces enseignes de vaisseau en pantalon de nankin, et en courte veste bleue, qui feuilletaient, non le Coran, mais les tomes, un peu moisis en cale, de Chateaubriand, la Cofnnnede Mme Staël, l'Adolphe de Benjamin Const:!nt ? Loin de leurs fiancées, de leurs « an^e'.- .,'•, • • (|iii (iriaif^nt, pour eux,

dans une ctaAmlii'iî ..IkhIi •• France, ces

122 NOTRE CAHTHA6Ë.

aval de Podor, ils allèrent occuper le hameau de Dagana. Malgré les Maures Trarza, les Brakna et les Peuls ou Fouis, nos vaisseaux de Saint-Louis nous permettaient alors Tabolition de l'esclavage, et d'offrir une protection plus réelle aux tribus faibles. Un fort armé fut construit à Dagana. Des planteurs romantiques en veste, en ample pantalon blanc surveillèrent, sous leurs chapeaux à larges ailes, de nombreux Ouolofs cultivant un million de cotonniers dans les trois cantons de Dagana, Richard-ToU et Faf . L'on essaya la culture aussi de végétaux et de textiles, comme le nopal, arrivés des Antilles sur le brick royal (( Le Curieux ». Omar souffrit beaucoup d'assister à cette installation définitive des infidèles. Il pensa qu'il fallait, contre les intrus, chercher des alliances à La Mecque. Pour cela il se rendit chez les plus riches musulmans de Saint-Louis. 11 en obtint les ressources indispensables à son voyage par le travers de l'Afrique centrale jusqu'en Egypte et au Caire, avant de gagner les villes sacrées.

Cependant les horticulteurs opiniâtres de Charles X soignèrent, sur l'avis de Thénard et de G^^Lussac, l'indigo, le mûrier. La somme des frais certains dépassa le total des recettes possibles malheureusement. Ces rêves de cultures industrielles s'évanouirent, au désespoir des colons saint-simoniens, quand on cessa de leur verser les primes et les allocations du premier jour. De plus les plantations furent ravagées ou abandonnées durant laguerrede 1833 qu'il fallut xnenei

L'ISLE A M0R7IL ItS

contre les Trarza désireux de a'unir aux Ouolofs, en lormant, à notrepluBgraQd dommage, ua seul empire sur les deux rives. Aijssi les pépinières de Richard - ToU furent- elles abattues par les Français défenseurs du poste pour démasquer les vues. En 1840, l'aventure ruina bien dès gens à Saint-Louis, malmenés déjà par la suppression de la traite négrière, Podor et les autres escales connurent le kracb de la guinée bleue. Progressivement l'astuce des Maures, d'ailleurs impérieux, haussa le cours de la gomme. Par concurrence, les traitants mulâtres ofirirent leur étoffe sans ménagements. Elle perdit cinquante pour cent de sa valeur première. Néanmoins d'autres transactions se multiplièrent à l'envi. Dès 1844, gouverneurs et exportateurs commencèrent à prévoir le développement général du négoce, si on le délivrait des entraves imposées par les Maures et les Ouolofs. Leurs rois,' bracks et damets réclamaient toujours des coutumes dispendieuses (cinquante-deux mille francs). Ils obligeaient les traitants à n'acheter ou vendre qu'aux escales fixes. Ils cernaient les lies mêmes de Saint- Louis, percevaient sur la langue de Barbarie, au Guet N'Dar, faubourg actuel de la ville, un impôt de retour dû par les caravanes de nos compagnies. Cela sans compter les mille vexai remontant le Sénégal.

Ël-Hadj-Omar reparu!

près de Podor, à l'escale i reçu l'investiture qui le

portante confrérie Tidj^îa pour le Soudan. Derrière lui, marchait une troupe de disciples, de « talibés » en armes. 11 promit au gouverneur du Sénégal, M. Caille, de protéger la liberté commerciale sur le fleuve. Reconnaissants, les exportateurs français le comblèrent d'attentions et de cadeaux. Sa renommée de saint, son influence étaient déjà connues, au point de lui attirer ces faveurs, avant que son prestige lui valût des armées conquérantes, et, pour nous, très redoutables.

Comme il se négociait alors vingt-trois millious d'affaires par an, les intéressés adressèrent au gouvernement de Lamartine plusieurs pétitions demandant qu'on reconstruisît la forteresse de Podor, et que, de là, une action fût dirigée contre les Maures et les.Fouls. On voulait obtenir, en tout temps, et partout, la liberté du commerce sur les deux bords du fleuve. Elle était, jusqu'alors, permise en certains mois, sur quelques points, exclusivement, et interdite sur la rive gauche. L'émancipation définitive des captifs en 1848, avait aussi déterminé des troubles persévérants. Les Maures esclavagistes visèrent à prendre Saint-Louis, et à nous expulser.

Ce furent nos officiers d'Algérie qui reconstru isirent, en 18S4, les anciennes redoutes de Podor, au nom de l'empereur Napoléon III. Ils souhaitèrent de prolonger, en Afrique Occidentale, nos conquêtes de l'Afrique méditerranéenne. Faidherbe était, parmi ces capitaines, un sous-directeur du génie admirable, ayaul

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