LISLE A MORFIL. 1Ï
donné, dans tes montagnes kabyles, la preuve de ses talents et de son courage. Tout s'agitait. El-Hadj-Omar s'emparait du Bambouk. H convertissait de force à l'Islamisme tous les Saracolés-Soninkè, Mandingues et Kassonkés ahuris par ses fusées tombant du ciel et enflammant les chaumiftres. L'agitation se propageait jusqu'à Saint-Louis.
A Podor, un enseigne de vaisseau lut enlevé par les coureurs d'un village voisin. La guerre contre les Maures commença pour délivrer l'imprudent. Les quatre compagnies d'infanterie de marine, la compagnie d'affranchis, les volontaires noirs de Saint- Louis, l'escadron de spahis, les artilleurs et les sapeurs, les équipages des avisos et des canonnières se mirent à manœuvrer entre Saint-Louis et Podor, transportant leurs chevaux en deux bateaux écuries, débarquant à droite et à gauche, châtiant les insulteurs de nos drapeaux et les ravisseurs de nos baripies commerciales. De Podor, cinquante soldats étaient partis les premiers pour Dekter où les Maures sabrés par les spahis apprirent les humiliations de la fuite, de la défaite et-de la razzia.
Inutilement, EI-Hadj-Omar avertit les Enfants de N'dax qu'il ferait la guerre sainte désormais aux chrétiens et aux infidèles. Rien ne réconforta suffisamment nos ennemis, uniforme, impossible s douze biscuits chacun, c de bétail avr pied, les si
s'enfoncèreat, sans bagages, daas les sables, dans la brousse, dans la forêt du Oualo. Les Français battirent les Maures et leurs sujets noirs, s'emparèrent de la capitale N'dar , en chassèrent la reine avec ses « tiédos » vainement porteurs de cordes pour garrotter les blancs, traversèrent deux fois le pays, le pacifièrent, le purgèrent de tous les Trarza, puis le rendirent à ses agriculteuï*8 ouolofs et à leurs chefs les plus sages.
La prospérité de ces gens attira bientôt les Maures, Incorrigibles esclavagistes et pillards, ils Qrent des incursions fructueuses, après le départ de nos troupes. D'ailleurs ceux d'El-Hadj-Omar bloquèrent Podor. Trarza et Brakna s'enhardirent. Ils s'allièrent. Ils attaquèrent Richard-ToU. Même ils s'avancèrent, en un raid habile, jusqu'à la tour flanquant le pont de Laybar devant Saint- Louis. La garnison opérait au loin. Onze soldats et deux canonniers repoussèrent mille agresseurs, les mirent en fuite grâce aux projectiles de leur unique obusier.
Ensuite les colonnes s'emparèrent progressivement des troupeaux maures. Elles capturèrent les caravaaes du Cayo'ry apportantressentiel. Elles réduisirent leurs adversaires à ronger le cuir. Elles les délogèrent du lac Cayar, de toute la rive droite. Ce fut au commandant de Podor qu'en mars 1858, notre ennemi Mohamed el Habib demanda la paix. Il nous reconnut les protecteurs du Oualo et du Cayor, de la navigation sur le Sénégal, des gués interdits aux Maures en armes, de son commerce désormais sans interruption, malgré les
douanes, «ctrois et coutumes. Nos cinq compagaies et notre escadron, secondéa par les affranchis, avaient, en trois ans, vaincu et soumis six mille guerriers cruels.
Quelques mois, le tir sur les éléphants qui venaient boire en lace du -poste Richard-Toll, l'aHiit aux lions qui, partout, dévoraient les bœufs des pasteurs peuls, et qui rôdaient en' troupes, la nuit, dans les ruelles des villages ouolofs, même dans celles de Podor, la chasse aux sangliers- phacochères, d'autres exercices sportifs exercèrent seuls l'adresse des capitaines pendant l'organisation de la colonie.
Cependant, les guerriers de l'Àdrar devaient nous offrir encore le combat, et bien souvent. En novembre 1812, même, l'ancienne factorerie de « l'Isle à MorQl 1) logeait un de leurs descendaiïts capturé par nos tirailleurs après une rude campagne contre ces Ouled-Delim qui prennent les armes dès l'âge de douze ans.
LB PBINCE DE l'aDRAR
Fauve, le soleil qui déclinait, parmi les poussières brûfàntes, derrière les branches déjà noires d'énormes arbres, n'éclairait plus 1 saluer Ould-Aïda. Quai:
]>!. Dat. l'administrateur tré le personnage entre
rftmes une sorte d'Àntinoûs couché. Malaisément il se leya; car la balle ayant percé le dromadaire en fuite avait aussi brisé la cheville du jeune homme, le livrant de plus à nos tirailleurs. Debout en sa robe ample et bleue, il sourit gracieusement. Il nous tendit sa main très fine. Boucles sur le front, mèches au long des joues brunes et duveteuses, la chevelure embellit fort ce visage d'un ovale pur. Du guerrier rien ne persiste qu'un feu sournois entre les paupières de bistre. Le prince s'appuyait sur l'épaule du confident qui avait obtenu la faveur de partager cette! existence de captif, en renonçant à sa propre in déJ pendance. Et ces' deux amis, droits sous les ample^ plis de leurs toges bleues, nous parurent tels que lej bergers dé l'églogue antique, dans le poème de Virgile
Prisonnier de nos capitaines, Ould-Aïda vivait don sur un tapis dans ce coin de la cour sablonneuse jadi réservée, par les traitants, aux vendeurs d'esclave et du butin. Ses familiers aux grandes chevelures i aux façons de bergers virgiliens, lé veillaient.
Afin de refroidir notre enthousiasme devant u tableau si bucolique et littéraire, le colonel Mour nous conta que cet agréable jeune homme avait, moins de vingt ans, fusillé, par surprise, son frèr compétiteur intempestif. Trente mois avant notre pa sage sur les rives du Sénégal, Ould-Aïda commande la tribu des Ouled-Delim, et les chefs de ces terribl (( Hommes Bleus », venus du sud marocain, pour rassembler, à l'aise, sur le territoire espagnol et trj
LE PRINCE DE L'ADRAH. lî»
hospitalier du Rio-del-Oro, pour, de !à, se précipiter vers les campements des tribus pastorales, pour les piller, pour saccager les oasis que protège uolrc drapeau, et pour massacrer, d'aventure, nos pelotons de œéharistes en tournée. A la Tiu de janvier 1913, au jiuits de Liboïrat, devaient ainsi périr le lieutenant .Martin, les sous-officiers Bain. Pelatan, Tixier, accourus là pour affermir, après tant d'autres héros, la force libératrice de la République sur le plus large empire dont jamais la France ait pu se glorifier pendant l'évolution de son histoire.
Au soleil disparu pendant ce soir d'octobre, la (une succédait. Elle argents les eaux du Sénégal qui commençait à luire entre les ieuillages aigus des cnauguiers bordant la rive, et ombrageant le porche juvert sur cette cour sablonneuse où, Dieppois et ïouennais, les premiers traitants de Podor. attirèrent, lès le dix-septième siècle, les Maures bataillant sur es berges du Sénégal. Ces éternels pillards des deux ives, vendaient l'or du Bambouk rançonné, les ;onimes prises aux caravanes du Sabel, les plumes l'autruche enlevées aux chasseurs 'les omis, les loutons razziés ici et là, l'écaillé ili-- loplu" ■ -diihrait tiax •ois us laîc irei
i30 NOTRE CARTHAGB.
auoêtres de ce bel Ould-Aïda qui, debout, appuyait, contre son mollet gauche, la plante du. pied droit, afin d'éviter à cette jambe boiteuse la fatigue de supporter aussr un corps flexible et nerveux. Groupe à souhait pouc une illustration de Salammbô.
Tanit reflétée, là-bas, dans la pâleur du fleuve, était une colonne de clarté frémissante derrière Tes sil* bouettes gibbeuses de quelques dipomadaires allaïit boire, en file solennelle.
Enorgueillis trop évidemment, et depuis l'ère de Carthage, par la coutume de vaincre toutes les tribus agricoles, les compatriotes d'Ould-Aïda n'oublieront pas si tôt les joies cruelles de ^attaque, du pillage^ de la capture. Le jour où les trois couleurs de la libellé française commencèrent à se déployer plus largement sur les racesv noires du Sénégal, jadis déci^ mées, rançonnées, asservies, ces Maures ont perdiJ l'essentiel de leurs ressources. Leur appétit ne peul plus se promettre les céréales rapidement cultivéej dans le liiûdn fertile des rives, après la baisse dej eaux, par cette population robuste et soigneuse q[p l'on voit nue manier la houe, à la fin d'octobfe, to\ le long du fleuve. Il ne suffit plus de l'effrayer ^ coupante l'improviste quelques têtes de moissonaewi en flambant quelques villages de briques crues et i roseaux secs, en poussant quelques fillettes ^plor^ vers les harems du désert, et quelques solides g^ çons vers les mines de sel sahariennes. Il ne s^i, plus de se ruer vers la caravane pour en recevoir
prix du passage, ou pour emmener les chameau^c et leurs chaînes. Avant de mourir en Lorraine héroïquement S0U3 le feu prussien, le colonel Mouret laoça longtemps contre eux ses pelotons de méharistes à travers les sables de l'Adrar; et « les fils des races délivréees )>, prouvant leur reconnaissance par un héroïsme sans égal, chassaient, avec leur chef blanc, la turme des ravisseurs, l'atteignaient, la punissaient, ou bien mouraient au combat pour la justice et la paix françaises.
Partout, de Podor à Kayes, sur le Sénégal, comme ie Koulikoro à Tombouctou et à Gao, sur le Niger, :ette œuvre de protection est généreusement réalisée. ~)es peuples erttiers recouvrent la satisfaction d'enseaencer et de récoller pour soi, de dormir sans peur, l'aimer les êtres chers sans trembler pour leurs vies, le construire la maison sans craindi-e l'incendie, d'éleer le bétail sans redouter rien, pour lui, quelavoraité nocturne de la panthère ou du lion.
Ould-Aïda s'est-il rendu compte de cette allégresse t du plaisir intense qu'elle vaut maintenant à nos imiuislrateurs, h nos officiers émus par cette récomînsemagnifuiue de leurs travaux, de leurs combats, } leurs blessures, de leurs maladies, de leurs deuils ? ï colonel Mouret nous l'assura quand il nous lit ion ois ino tle
traverser toute la Mauritanie paciflée, ou presque, grâce à Tinfluence ^u jeune prince..
Séduit entièrement par les soins de nos docteurs et révidence de sa guérison à Thôpital de Saint-Louis, convaincu par la douceur vraie de nos mœurs, Ould- Aïda, depuis, est retourné, libre, dans TAdrar. Il y seconde la propagande civilisatrice de nos idées. On achevait de l'instruire alors. Très courtois, Ould-Aïda semblait lui-même nous promettre sa fidélité par Tentremise de l'interprète toucouleur qui s'exprimail en notre langue délicatemetit, et, qui, haut, dans soi manteau blanc, avec la face massive et puissante di Mathô ressuscité par Flaubert, traduisait les qiies tions du colonel, les réponses du Maure. j
Cependant les exploits de nos guerres libératrice nous furent contés par ceux qui, bravement, y ga gnèrent leur croix. L'administrateur Dat, long et fiii la mémoire évocatrice, nous disait la marche sur F^ choda où il parvint avec Marchand. Nous recevioil les enseignements du colonel Mouret, trapu, solid savant, plein d'entrain, l'une des figures historiqu de notre épopée africaine.
Ce soir d'octobre 1912 dans cette hôtellerie Podor, vieille maison des traitants, nous avo arrosé de Champagne un phacochère parfaitetaç rôti, en écoutant ces nobles soldats nous décrire 1 phases de la pénétration française au Sénégal | exploits des officiers choisis par les ministres Charles X et de Louis-Philippe, l'œuvre commexii
par le génie de Faidherbe, terminée bientôt par les talents de la phalange très active qu'inspire la puissante intelligence du Gouverneur Général. Nous apprenions du capitaine Duboc comment on dresse un peloton rnébariste, comment on vit, pieds nus, à la cime d'un dromadaire, pour diriger, de l'orteil, les foulées de l'animal, dans le cercle de Boutilimit.
Depuis, le colonel Mouret sut, avec une troupe d'importance, châtier Ould-Sidi-Lekhal l'ancien lieutenant d'Ould-Aïda, ce Mohammed Mahmoud Ould Sidi Lekbal qui n'avait pas craint d'attaquer nos pelotons du puits Liboïrat bien qu'il eût été par nos troupes pourchassé dans la région de Oualata.
La croix d'honneur sur ces dolmans blancs semblait plus brillante qu'ailleurs. Nous savions ce qu'elle témoignait de bravoure, d'intelligence patiente, de jénie organisateur'.
Quand, après dîner, nous redescendîmes, par le large tscnlier de bois, vers la cour sablonneuse, l'Antinous te l'Adrar était encore couché sur sa natte, entre ses ompagnons bleuâtres accroupis dans la poudre, et si oystérieux à l'ombre de leurs chevelures bouclées. Au elà des murs, les sons frénétiques du tambour retenissaient. Parce que Tanit se montrait superbe au ciel, 3tte nuit-là, Podor
1. Devsnt LunËTÎIle, E colonel Monret succc illet 1914, chez le géa . vi«ite pour septembn
ancienne de Carthage. Nous sortîmes, précédés par Zanzibar, clairon des tirailleurs. En l'honneur de notre visite, le colonel lui avait permis de licher une bouteille de liqueur, malheureusement à peu près vide. Fier de ce privilège succulent, le brave nous guida par la ville, entre les murs de terre blonde, sur les chaussées de sable qu'illuminait, du fond du Ormament, la déesse de Salammbô. Dans les perspectives étroite des ruelles, les femmes toucouleures allaient sur leur chevilles minces et cliquetantes, en balançant le larges pans de coton qui flottaient sur les bras, qu voilaient, de leurs blancheurs en pointe, les dos creu et les reins lourds. Avec leurs bébés à cheval s leurs reins, et serrés dans le lange qu'elles noueri devant leurs poitrines, de jeunes mères paradaient orgueilleuses de leurs coiffures en mitres, de leui cadenettes sur les joues, d'un petit anneau d'or bril lant à la cloison des narines. On se hâtait vers le lié de fête. |
Là, nous nous introduisîmes dans une foule chaud!
blanche et bleue, à figures sombres, vêtue de ces bo bous élégants qui sont d'amples carrés de cotouna ouverts, au centre, pour le passage du cou, tandis qj les quatre angles pendent très bas : l'un devant. Tau derrière, et deux sur les bras. Affables, avec le sourires éblouissants, ces personnes aux gestes ai s'effacèrent pour nous ouvrir le premier rang des sp| tateurs, près de. leurs tambourinaires accroupis. D^ adolescents nus luttaient, comme sur le stade grec,
LE PRINCE DE L'ADRAR. iSÎ
cette esplanade bordée d'amateurs attentifs et joyeux. Leurs lazzis, leurs quolibtti,leursacclamatioustémoignërent de la belle humeur unanime. Au clair de la lune, c'était la résurrection d'une antique société méditerranéenne assistant à des jeux sacrés tels que nous les dépeignirent les Homère et les Virgile.
Plus loin que les têtes de cette loule, se dressait, limite de la place, une manière de castel à créneaux dont les mer Ions coniques encadraient d'autres curieux assis, les Jambes pendantes. Et tout ce monde de se trémousser, dé rire, d'applaudir ou de railler à l'envi quand l'un des lutteurs touchait le sol de la main ; Involontaire aveu de sa défaillance. Puis les tambours oblongs furent battus avec furie. Des danseuses s'élancèrent, trépignèrent par couple en esquissant des essors, avec les ailes de leurs boubous. Et de la joie fervente remuait toutes ces épaules bleues ou blanches, toutes ces mains brunes frappant la cadence, toutes ces faces camuses ou délicates enivrées par le plus innocent des plaisirs.
Au milieu de la cité blonde, de sombres athlètes luttaient, au clair de lune, ainsi pour la foule circulaire, blanche et bleue, qui les encourageait de ses tambours grondants, de ses flûtes sonores, do rpe mains b( obscurs.
Tanit ca
Ainsi que les Ouolofs, les Toucouleurs rapatriés, grâce à la protection de notre drapeau, sur la rive nord du Sénégal, profitent, en novembre, du limon qu'abandonne la décrue des eaux pour y planter, tout nus, bêches en main, le tabac, le riz, les légumes. Les voyageurs du xvn« siècle, remarquaient déjà Textrême habileté des villageois, au Sénégal conmie au Soudan. « Au sud de la rivière d'Ivoire, le pays est uni, fertile, . bien cultivé, rempli d'arbres, et divisé par des prairiesd'une grande étendue. Il nourrit quantité d'éléphants qu'on y voit paître tranquillement en troupeaux de quarante ou cinquante. » De ceux-ci il ne reste que tels objets d'ivoire ancien dans nos familles européennes. Les sillons, les semis des « lougans » sont faits avec une méthode que beaucoup de nos cultivateurs imiteraient avec profit. Beaucoup, sinon tous. Pour ce qui concerne le tabac, par exemple, jamais en France, sauf dans les jardins d'agronomie officielle, cette solanée ne fut l'objet de soins aussi méticuleux, intelligents, efficaces. Dans les villages du Niger même, sur une levée de terre ceinte de quatre rigoles que la calebasse du paysan arrose à des heures précises, chaque tige adulte ferait figure dans nos concours agricoles. Le mil atteint, au Sénégal, et fréquem'' — ut.
LES BAI.LEBCNKS DL' TERBOUR. 131
une hauteur de trois mètres, parfois quatre. On en a mesuré de cinq mètres, dit-on. Vers le poste de Bf^hé, sur la rive nord du Sénégal, le Toucouleur cultive, pour cette graine à couscous, une zone large de vingt kilomètres, jusqu'aux sables mêmes de la -lluurjtanie. Kirhesse nourricière que notre action de libérateurs assure à ces races laborieuses, auparavant razziées sur les deux rives, tous les quatre ou cinq aas . .\prës cette pbase de répit, les Maures Brakna jugeaient le moment opportun pour trouver les silos et les greniers remplis à nouveau, les enfants devenus filles et adolescents, donc vendables, le troupeau reconstitué, les étoffes retissées, l'ivoire recueilli depuis la dernière incursion, le dernier massacre, le dernier incendie, Je dernier pillage, les derniers rapts. Ils recommençaient.
Sur la rive nord c'était jadis l'escale du Terrier Ruiige. Les Maures y vendaient la gomme, depuis 1638, aux Français de Saint- Louis.
L'ne partie de la nation toucouleure, islamisée par :es Maures esclavagistes, et partageant leur furie, apposa de superbes résistances aux officiers de Fai- Iherbe. II faut voir ces cavaliers solides, trapus, accouir sur leurs petits chevaux à longues queues, à longues rinières , bondir avec eux dans les brou ssailles iant tes fusils etles lances de lafanlasià. Parmi eries de leur échine, danse le grand chapeau i erie Que, gloire indéniable de leurs artisans, end âu cou par une large jugulaire de cuir
de glands Successifs. Au galop, les étoffes blanches, bleues, brunes se gonflent, claquent sur le dos, sur les flancs du centaure. Les guerriers montrent des visages sombres, légèrement barbus, et très noirs avec des yeux ardents, un nez presque droit. Les poignets comme les chevilles sont fins. Ces mc^nifiques sol dats, fanatisés par El-Hadj-Omar, et craignant pour leurs profits de négriers, attaqpièrent tous nos postes du haut Sénégal en 1854, puis convièrent nos Ouolofs de Saint-Louis à la révolte. Signal d'une guerre qui dura jusqu'en 1860, horriblemeiit cruelle
A l'arrivée de notre vapeur, l'escadron, fils de nos anciens ennemis, caracole maintenant, fusille l'air, simule l'attaque, bondit, fuit et revient dans un cha* toiement de couleurs romantiques pour un futur Delacroix. C'est une des merveilleuses images que la pro menade fluviale peut déployer aux yeux des Euro péens en cette Afrique blonde et bleue, dunes et ciel
Dès ce point, Boghé, on apprécie l'intelligence d( notre organisation. La résidence et la poste, deu] édifices roses en banco, limitent l'esplanade sablon neuse oïl l'on débarque. Ils ont très bon air en leu architecture simple, purs rectangles que des arcade ajourent au rez-de-chaussée comme à l'étage. Df nattes protègent, à la porte, l'intérieur des salk blanches éventées par la pankha. A Boghé, M. Pa^ Cherny, commandant du cercle, reçut, d'un chef peu le manuscrit du généalogiste Sire-Abbas qui coj firme l'origine syrienne, sémite et punique de I
LES BALLERINES DU TEKROl'R, 13!)
grande race civilisatrice du Soudan, les PeuU. Leur élite s'intéresse à l'histoire et à l'ethnographie. L'administrateur est un homme jeune, modeste autant qu'instruit. 11 semble connaître à tond son petit empire. DeB sous-officiers le secondent qui n'ont rien perdu ici de leur allure militaire forvcorrecte, malgré les habitudes imposées par les chaleurs, demars àseptembre. Vêtus de blanc, ils se hAtent autant que les Toucou leurs simulant les aventures de la guerre.
Les femmes de ces guerriers regardent immobiles, prestigieuses en Jeurs plis bleus, la têtechargéed'étoffes, le visage sous la voilette, et les tempes ornées de grosses boules d'ambre qui pendent, par trois, contre chaque joue de bistre. Au col, de lourds bijoux en or filigrane fixent les draperies. Ils resplendissent sous les lèvres épaisses, sous les regards orgueilleux. Pendant le ballet, ces dames, en cadence, frappent leurs mains longues, tandis que la protagoniste trépigne et piétine, selon les rythmes de l'orchestre accroupi derrière ses tambours en forme de tonnelets, derrière ses calebasses sonores, ses balafons. Très artiste, la danseuse vole entre ses ailes d'azur. Elle se penche, entre ses boules d'ambre -et ses tresses. Elle imite l'oiseau effleurant la surface du fleuve. Elle tourbillonne comme le sable dans le simoui de grelots et de lanières, un i parchemin tendu sur l'orifice d De les regards dardés, cet ciller même, les yeux œagnét
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active sa furieuse musique afin que la femme trépigne avec plus de frénésie. Spectacle très étrange, angoissant, que réiiiulation de ces deux êtres face à face, Tun contre Tautre. Par instants, accroupis tous deux, ils se pénètrent de leurs volontés, comme pour décupler les forces de Tune en tes mariant aux forces de l'autre.
Leur « transe », comme on disait jadis, se perpétue ainsi dans la poussière soulevée du sable qui brille au soleil. Cependant le cercle des dames bleues, ornées par les bijoux, de Carthage, frappe:, dans ses mains brunes aux ongles rougis de henné. Une vision de Tantique à Tombre de saules martancema.
Cette population atteste là, par l'un, des siens, le loyalisme de sa gratitude. Son chef a, sous le fez, un profil de satyre ardent. Au fond de ces yeux caves, Tintelligence veille. Soudain elle s'élance, se manifeste avec la parole française la plus claire, la plus courtoise. Maintes fois, ce guerrier de haute taille combattit dans nos rangs. A Rhasserent, où un homme de grande valeur, le commandant Bablon, fut tué, Baiha-Biram sauva le détachement. Il dispersa l'ennemi après vingt-quatre heures de lutte. Lui, avait, depuis le début de l'engagement, une main blessée, en lambeaux. Sur son manteau sombre brille la croix fort méritée de notre Légion d'honneur. Ce chevalier administre la moitié du cercle de Boghé, selon nos méthodes civilisatrices. Il rassemble des documents nécessaires à l'histoire de son pays. Jamais plus
lëjs ballerines du TERROUK. Itt
vivante ni plus franche Rgure ne désigna une âme aussi droite et valeureuse.
Par delà le territoire de Boghé, dans le nord, les Maures Brakna campent, ceux qui instruisirent de leur langue, de leurs mœurs, en 1825, René Caillé soucieux de préparer son héroïque voyage à Tombouctou.
Si, pour une heure de chasse, le bateau s'arrête un peu plus en amont, à Cascas, toute une ville de chaumières tassées se présente à la flânerie. Ici se tient un marché de l'indigo cultivé dans les environs, échangé contre la bimbeloterie européenne, les perles de verre, les miroirs de poche, le pétrole, les toges de coton. Les noirs Ouolofs de Saint-Louis apportent cela dans leurs pirogues. Ils parlent notre langue. Sur le caractère avide et grinchu de leurs femmes, ils prodiguent aisément les plaisanteries mêmes de nos vaudevillistes. Puis, craignant d'avoir offensé la voyageuse, ces gens bien élevés courent derrière elle, la rattrapent très loin, lui offrent, eu excuse, un ûeuf d'autruche, ou toute autre bagatelle. Trait d'une galanterie vraiment délicate.
Le télégraphiste, noir aussi commelefer, habite une case confortable avec son appareil, son Ht à moustiquaire de gaze, son fauteuil, sa table ' ■■---— "'--■ en toge d'azur, un gros monsieur obligeant. Ailleurs, dans sa faclorerii Société coloniale a ses chevaux, ses n de photophores, de marmites, de
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machines à coudre fonctionnent. par les doigts et les pieds de jeunes Toucouleures qui piquent des boubous sur commande. Familiers, de très petits oiseaux rouges entrent et sortent gentiment. Us sautillent sur les ballots, sur les sacs de riz et de mil. Et cela est une cité purement indigène. Les vapeurs n'y font pas escale d'ordinaire. A Tintérieur, des claies entourent les quatre chaumières d'une même ferme. Des adolescentes nues sous leurs cimiers de cheveux, pilent les graines du couscous. Elles lèventauciel^pui^ lancent, aufonddu mortier, le tronc de baliveau qui sert de pilon. Les sculpteurs de la Renaissance n'ont pas imaginé des formes plussveltes, ni plus rondes, ni plus bai' monieusement pures que celles de ces bronzes vivants, aux souriresdeGlarté,àla joiebrusqueetgentille. Pourtant la fillette rencontrée, vers le détour d'une ruelle, s'épouvanterad'apercevoir unEuropéen. EUes'eniuira en criant : « Voilà l'ennemi ! » Et toute la marmaille de fuir, éperdue, sous les rires des villageois surgissant au bruit.
Plus loin, on peut atterrir en des anses où toute l'école barbote. Dans les fermes, des moutons de race ladoum à poil ras, haut comme des ânes, se réfugient derrière les haies. Les tomates pendillent^ des fleurs jaunes s'épanouissent, autour de cent cases pointues et enguirlandées joliment de feuilles calebassières. Sur la berge du fleuve les lavandières sont des statues qiû luisent au soleil. Elles se courbent. Elles savonnent, tordent le linge. Elles étalent pagnes et boubous sur
LES BALLBRINES DU TKEBOUR. 113
le sable chaud. La marmaille se débarbouille. La fille, pieusement, lait, sur les reins de sa mère à geaoux, mousser le tampon de foin mucilaginetjx qui nettoie lapeau tendue. Que l'on jette du bateau une bouteille vide ! Une charmante eufance se précipite, nage, rivalise, plonge, pour s'emparer de l'aubaine. Comme nos innombrables peintres gâchent, en France, leur temps, bien que les éléphants à gué n'interrompent plus, de leur Ole, commejadis, la marche des bateaux, bieuque les crocodiles apparaissent plui rarement, SUT les récifs.
Ces jours de navigation entre la Mauritanie et le foiila-ToTO sont, en octobre, assez chauds; mais l'air déplacé par la vitesse du petit vapeur rafratchit le (ouriste. Néanmoins il doit garder le casque, même sous la tente du pont, même durant la sieste allongée •has le rocking-chair ; et cela sous peine d'insolation dangereuse. Cette brise suscitée par la marche dimiaue fort l'impression de canicule assez constante depuis onze heures du matin jusqu'à trois heures, routefois. en automne, le malaise est bien moindre [ne celui dont nous souffrons à Paris pendant les irdeurs de certains juillets, de certains aoCits. Après ualre fleures, la température du Sénégal devient igréable. On peut marcher dans le sable des berges, n hisil sous le bras. I^s oiseaux de marais valent 'li'on les poursuive. La fatigue n'excède pas celle de os chasses en plaine, lors du septembre français. La lace de Saint-Louis dure, si elle est à l'ahri dans
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une caisse fréquemment arrosée. Du-jeste, toute boisson exposée au courant d'air, dans un seau de toile suspendu et plein d'eau, profite du froid relatif que révaporation détermine. Avec les quelques gouttes exprimées d'un petit citron vert, le liquide perd toute fadeur. 11 désaltère parfaitement.
Et la vie d'indolence, à bord du petit navire, procure le délice du repos. Si fréquemment les spectacles pittoresques des rives incitent à l'éloquence un capi taine, un administrateur, érudits ! Les maladresses du boy bambara, les astuces du cuisinier dahoméen, la naïveté de leurs remarques, de leuf bonne humeur, amusent. L'équipage boso accomplit sa tâche avec ponctualité. Ces Ulysses en pantalon turc, en turban et en babouches montrent quels excellents pilotes 'é sont en effet, quels mécaniciens adroits. Point de panne. Les réparations s'exécutent pendant les escales Couchés à l'avant, contre la roue de timonerie, ceux qui sont de loisir examinent attentivement les cou leurs de l'eau. Quand ils devinent le banc de sabk déplacé, ils avertissent leur chef qui s'inquiète en son chapeau conique de paille fine. Pour leur soif. la gargoulette de terre poreuse oscille au bout de si ficelle dans le courant d'air. A l'arrière les palette^ de la roue battent l'eau de jade, d'or et de feu. Eilâ lancent de la fraîcheur avec mille gouttes brillante retombées dans le fleuve majestueux et courbe, entr ses berges blondes, ses villages fleuris, ses paysans a travail.
iilpteurs de la Kenaissaace n'ont pa9 jii plus sveltes... •• — pago liï.
LES BALLERINES DU TBKROUIt. 145
Si Doug ne veTEons plus aux « Fouis », aux Peuls, la coulume de Saldé, cinq livres argent par unité de marchandises, ou trois mille francs pour une cargai- .^na moyenne, lea Toucouleurs payent sans difficulté trois francs d'impôt dans le cercle de Podor, quatre ilansle cercle de Gorgol, sur la rive droite. Le fisc encaisse cent mille francs de contribution pour douze u/fe habitants. Et encore certains Peuls nomades se lérobent-ils aux percepteurs en changeant de terrioires derrière leurp magnifiques troupeaux. Quelque jeu de ce bétail, des céréales rassemblées puis iportées par un seul commerçant noir déterminent ulre seB maint, un mouvement annuel de d4'ux cent laquante mille à trois cent mille francs ; et cela dans ne petite cité comme ce Kaëdi, opulente déjà lors Il passage d'André Briie ou du gouverneur La lurbe. Ed 1697, on y achetait l'ivoire à raison de six Is [lour dix livres. Le cuir de bœuf valait quarante Is, un mouton trois sols, un bœuf trente sols. On y >'ait des chevaux superbes, des anus gras, des lh'.s adroitement tissées, un peuple de bonne mine. JemëmG aujourd'hui, la foule qui vous accueille, rière son griot à perruque rouge, présente les iges de la prospérité, il peut s'agiter avec les soutes- de sa ceinture encuirécarlate ornée t* ' —
:ut trépigner en brandissant une queue lis que retentissent les anneaux enfilé ;s de métal qui pendent à ses jarret es de plaisir traduisent la gaité norm.
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NOTRE QARTHAGE.
compatriotes. Car, en ce pays de cocagne, les filles ont joint à leurs tresses, des pièces d'argent, celles de cinq francs à la racine, celles de quarante et de vingt sous, au milieu, celles de dix à l'extrémité de la natif ou de la cadenette. Il y a des musiciens qui gratten la corde de leur guitare. 11 y a des poètes pour décla mer vos exploits en tournant autour de vous . 11 y | des cavaliers. Ils savent, après un galop furieu arrêté d'un coup de mors cruel qui ensanglante 1 bouche de l'animal, l'agenouiller en votre honneur. y a, dans la ville de banco, aux toits de chaume, d ruelles blondes. Les portes basses ouvrent sur Toi cur. On y aperçoit le forgeron accreupi entre s deux outres-soufflets qu'il presse afin d'activer le i de bois. Là s*amollit le fer que va battre, sur \i petite enclume plantée dans le sable, un Adonis nd telant. Ici les tisserands, sous leurs hangars, mami vrent, avec les orteils, le cadre vertical du met cependant que les mains composent les bandes b zon taies de l'étoffe. Un travailleur peut achever t mètres en un jour. Ces bandes larges de quinze timètres seront cousues ensemble pour faire un pa Il coûtera vingt francs à l'élégante qui, vautrée ce terre, et patiente, laisse deux parentes natter i ses cheveux, préparer la coiffure d'un mois .
Jusqu'ici l'influence alexandrine a pénétré . Le che d'un notable ressemble à celui des toml pharaoniques. Même obliquité des murailles , de la nudité vivace des enfants noirs. Même épa
LES BAUEBINES DU TERROUR. (47
propice à l'ombre que l'angle de soleil vieDt couper durement sur l'épaule d'une Vénus, sur le torse d'ébène. Elle verse le mil d'une calebasse en l'autre. fardes portes que l'on Iranchit courbé^ on s'introduit dans les chambres de nuit fraîche. La gargoulelte, lellt de rondins et sa nattede jonc, les coussins en cuir de mouton, rouges et jaunes, avec leurs effilés Aruns, meublent la retraite d'argile.
Pour les cinq dames aux grosses lèvres, aux poitrioes volumineuses, pour la nouvelle épouse adolescente de quatorze ans, s'étale, sur la terre battue et soigneusement balayée, une fourrure d'agneau mortiif. comme de peluche brune. Chez ces Tourouleurs musulmans, la f emme trône entre mille égards, le visage 'stoué de signes bleus. La somme di-s bénéfices la jare, sous forme de joyaux puniques et arabes, de larfums français, d'étofles sénégalaises, de sachets aarocains. Tels anneaux de chevilles, en argent, Mmt vingt-cinq louis. Cependant une poire à pou- ;e ménagée dans une corne de taureau montre V simples et belles incrustations d'argent; et il sible qu'un artiste de la Renaissance italienne ait nné ses leçons à l'ouvrier de ce luxe militaire. Le efeur est dehors, fier, drapé dans ses voiles bleus. Ma la lèvre, d'abord méprisante, le l'iwiBvinnt r.nr. 1. Une paire de babouches jaunes, s( arante, les semelles de cuir vert, uniques sobres et brunes, mérit ià ia pointe, leur place dans une
lOTRE CARTHAOE.
royeur échange son œuvre contn fouis dons la toge d'une bUncheu:
i pyramide blonde en banco hêrî) li dépassent la surface, oomine li ûUie hors de l'églUe gothique, t ;ulaires l'entoure. Bien qu'ils la Ii rite tidjaniste, bien qu'ils y réc'iVe e qui vaut la certitude d'obtenir
ces Toucouleurs et ces Sonin] is Q&gres musulmans, observent riptions coraniques. La foi en le ians les BachetB de cuir à tran^ indres de peau, dans les scapula iitrementforteen leur esprit. Que mmes subissent la revue précéd ne, l'officier doit réduire à cinq o s de ces sauvegardes, tant ils i il est peu de soldats pour eut I tout autre signe de l'Islam.
int pu craindre, un moment, louts inspirés par les fanatit^ut
docteurs enseignant au Caire, zar. L'appréhension n'a gu%,r& ig la guerre, nos ennemis de ' quelques apôtres sur les i-We^
Niger. Le résultat fut à pei î d'un Islam enrôlant nos oonl croissant s« dissipe dans la lu.
chaque jour plus francbe, d'un loyalisme sénégalais^ <f'uae gratitude soudanaise, prêts à fournir, on l'a vu, cinquante mille soldats, et plus, pour la défense de notre drapeau commun, celui qui flotte maintenaDl de Dunkercpie au Congo et jusqu'au bout de l'Ouadal, wmme il flotte h la hampe fixée sur le poste de iiaëdi.
Avec la colline de l'Ouest, oet étroit palais domine, ^esesarcades roses, au sud, l'ample scintillement du Deuve, les esplanades sablonneuses, et la cité d'argile, lais, au nord, l'espace de dunes blondes et du =itl bleu, la brousse d'épineux roussis. Campagne 'iirore dangereuse. Le capitaine qui commande ne W jamais delà place sans une escorte de tirailleurs, ^us la chéchia ils ont l'aspectmartial, la (ace sévère.- 'J^Dls, sveltes, ils vont, rigides un peu dans leur veslc <Ieiir culotte de khaki serrée à la cheville, sur de >/$e£ pieds DUS. Les sergents français qui les encarent leur ont tous montré l'exemple du plus sûr 'Urage. Ëtc'est vraiment le meilleur entre les attraits a voyage, celai de converser avec de jeunes héros, Qs défaillances, de goûter, avec eux, à la coupe du a natal, à l'essence pétillante de la patrie qu'ils randissent.
) ^aëdi, on peut taquiner un anthropopb lable. Ce nègre de la Côte d'Ivoire coi et. là-bas, pour avoir, avec ses compagi ï et massacré quelques poseurs de rail Ke de la pankba, ohei le commandant i
Se souvient-il d'avoir mangé le boy d'un blanc, ce gaillard joufflu au teint d'encre violâtre, etqui se can^ dans un amplepantalonturc, dans une vieille vareus^ d'infanterie coloniale P D'apparence bonasse, il arborj sur ses cheveux crépus, un gibus orné d'une étoile ei papier de plomb. Déporté au Sénégal dès la commut tion de sa peine, il y gagne son couscous en éventan de ta pankhe, la table du capitaine. Malgré la diffi rence de régime, le cannibale engraisse. Chose pour b très appréciable; car il arriva malade, émacié, épui par de longues nuits dans la brousse infertile, ap le forfait. Maintenant il soigne aussi les potagers. ^ faîte des murs arrêtant le simoun qui dessèche, ménage des refuges indispensables pour les précie destructeurs d'insectes, les lézards jaunes. Le c beau les dévorerait, s'ils n'avaient d'abri où se ta]^ Grâce à cela, tomates, persil, aubergines, salad radis et choux poussent à souhait ; honneur du in:^ quotidien.
L'absence de sa femme, de ses enfants qui deii^ rent en France, attriste le* commandant de la régi Sans un tel chagrin, cet homme sec et hardi, sérii ne connaîtrait ici que dubonheur. Il organise de 1^ neuve, féconde. Il pacifie les tribus. Il protège les blés. Drend la justice en dernier ressort, si les j deurs contestent les sentences émises par leurs J de village, par les tribunaux indigènes. 11 oir^i routes, les pistes, les marchés avec leurs xii riales. 11 enseigne des cultures faciles. 11 io.\xl
LES BALLERINES DU TEEHOUR. 15t
cdle de l'iadigo. Il combat les épidémies etles épizoofe.Rienn'échappe à sa vigilance de soldat, de prête t. tlç médecin, de diplomate, d'ingénieur, de juge, dans ;on petit royaume du Gorgol, terminus antique pour les caravanes peules de Ghana, après le voyage de 'ingl jours, par Imbara et Kouga, le Neboul actuel, marché d'or eu ce temps, place frontière entre le Tetrour des Sérères, et le Ghana des Peuls.
'^es figures de Français organisateurs parussent luutes ici fort captivantes. Jamais missions plus èompkxes ne furent parachevées avec plus de talent, ^assiduité, de génie synthétique. L'agent desaffaires 'ndigèaes, tout à fait remarquable, est un ancien i^laeteur de l'Illttstratton et du l>tit Journal. L'oblialion de savoir beaucoup de choses diverses prépare 'liceilement un journaliste actif à ces œuvres d'admiistration.
Ji i commence le pays des chasses aux fauves. Dès ueles eaux baissent et que les m ares tari s sent àl'intéfur. iioas, panthères, phacochères, girafes viennent jire au fleuve. Dès novembre et décembre, les spor- Een de France trouvent, pour cinq mille francs de aii environ, les plaisirs que lesAnglais payent vingtiq, trente mille et plus, dans les régions de la Haute yple, des Grands Lacs. A soixante ki' — *■--- > i^ili, du Sénégal, dans laMauritanie, les é fent les plantations du poste de Mbout îr cliaque jour. Aux alentours des pa entend le lion rugir au lever du soleî
152 NOTRE GARTHAGE.
thère miauler au crépuscule. L'une avait pécemineiit| saisi un bébé sur le dos de la mèi:e qui revenait d fleuve, la lessive en tête, et qui allait atteindre le cases. Une autre panthère, bondissant par dessus \' gardien de nuit, sans l'éveiller, prit, sur la table d poste, le chien endormi. Les histoires de fauves abo dent, contées par de solides jeunes hommes casqué en tenue blanche, et fort épris de leurs périls, apparaît que nos contemporains sont absolume dignes des initiatives et témérités propres aux Jajol de La Courbe comme aux André Brûe.
Ceux-ci trouvèrent, près deKaëdi,unpeu phis loil en amont, à Guiorel, et enOn à Gumnel, dans Yin rieur, derrière l'affluent du Sénégal, le Gorgol, par une riche moisson de riz, et une multitude compa de bestiaux, le meilleur accueil auprès d'uu chef pe à turban et à tuniquenoire, Siré-Sawa-Lamu, le Si tik. Ils obtinrent l'autorisation d'installer un for un comptoir à Guiorel. Moyennant un droit de qui cents livres ils eurent l'autorisation de faire la \t en Galam. Accueil fastueux. Magnifiques défilée cavalerie aux trompettes d'ivoire, aux cymba\e cuivre recouvertes de parchemin. Réceptions che « princesses » donatrices de pipes à têtes d'or. Bal ou folgws, réglés par une hiérarchie démons trati seigneurs. Tout un apparat vraiment prof us; et t gnage de civilisation respectable. Les coUsLbora' d'André Briie notèrent l'activité de cesPuniqfu.es nés seulement, plus laborieux que les nègi^es
LBS BALLERINES DU TERROLB. ISJ
tructeurs et architectes de véritables édifices, appréciateurs de musiijue française, de cuirs espagnols, exportateurs habiles de l'or extrait en pays de Galam, et de l'ivoire recueilli, après des chasses méthodiques à l'éléphaat, malgré la présence dangereuse d'innombrables lions et autres fauves. L'empire reconnu, aux XVII' et xvDi* siècles, entre les mains de ces hommes aux traits lins, poiat noirs comme l'Ouolof, hommes qui avaient su résister aux Maures du Sahara comme aux nègres duSoudan, cet empireétonna beaucoup nos ancêtres. Ils ne purent cependantimaginer les origines sémites de ces Peuls recueillis par les Soninkë de Ghana, puis m^tresde cet empire. Car, ayant adopté [epoulat, langue des Toucouleurs, les Puniques ne se révélaient plus. Nul ne savait, alors, qu'au début du XI' siècle ils étaient venus de Podor après la révolte de ces Toucouleurs contre leur prince judéo-syrien Madmoud II ?
La Courbe remarquait déjà l'adresse des femmes Foulbê pour exploiter la faiblesse de leurs amoureux, et tes ruiner en se parant. Aujourd'hui les Célimènes de la même race ont conservé cette adresse. Tels de nos jeunes administrateurs et ofhciers en firent l'épreuve.
Les bouviers peuls n'ont pas moins conservé leurs talents d'éleveurs. Nu) ne sait, comme :roupeaux, les parquer, les défendre 'éroces. On prétend même que ces pa lu bâton, les lions surpris dans lea
154 NOTRE CARTHAOE.
dire dans les enceintes d'épineux secs où Ton renferme le bétail afin de le soustraire aux appétits du fauve ; mais on ajoute que ces vachers sont des bâtonistes émérites, qu'ils choisissent leurs adversaires, et se gardent surtout de les blesser. Si le lion saignant se venge, il évite la lutte avec les hommes tant que la colère et les réflexes instinctifs de la défense ne l'emportent pas sur le conseil de la raison instruite par mille expériences ances traies.
Ces bouviers peuls enchantèrent d'ailleurs le fils du financier impérial Mollien. Échappé au naufrage de La Méduse, pour explorer le Fouta-Djallon et s'étonner de la civihsation punique en pleine vie chez les Foulbès de Timbo, le jeune Mollien longea le Sénégal, par la rive gauche, avec son maraboutinterprète et son âne unique portant tout le bagage, traversa le bocage du Ferlo presque désert, reconnut le Fouta tout le long du marigot de Doué, et atteignit Matam, au printemps de 1819, avant de parcourir le Bondou jusqu'à la vallée de la Gambie et tout le Fouta-Djallôn.
Un ancien chroniqueur du Gaulois gouverne, aujourd'hui, le cercle de Matam, soixante-dix mille habitants, Toucouleurs qui cultivent les bords du Sénégal Peuls nomades dans le désert du Ferlo où les girafes et les éléphants pâturent. L'élégance parisienne installée dans l'édifice du poste est une agréable surprise pour le visiteur enchanté de voir comment leFrançais 'adapte. Là, madame de Lignères vit avec son mari six
mois de l'année sénégalaise aussi bien qu'en une villa de Chantilly.
' Ce n'empêche point l'administrateur d'en imposer à ces redoutables bergers du Ferlo; et si bien que, nomades et maîtres des distances allongées dans ces régions désertiques, ils payent l'impôt régulièrement. Maintenant, la population ne connaît plus les temps des disettes anciennes, quand les femmes égrenaient. dans leurscalebasses, les herbes de la brousse pour en faire du couscous, à moins qu'elles ne Dssent cuire des racines de nénuphars, ou qu'elles ne préparassent les feuilles d'arbres macérées, en guise de salade, ou qu'elles en vinssent même h recueillir les bribes engrangées dans les termitières par la prévoyance des
Et voilà : six ou sept jours de paquebot atlantique, un jour de wagon dans le Cayor, quatre jours de monoroue BUT le Sénégal, soit douze jours, au maximum, suffisent pour amener un chasseur des Ardennes, des Flandres, un veneur du Poitou, quelques maîtres d'équipage tourangeaux et angevins, quelques bons tireurs deLorraine, jusqu'à Matam, contrée giboyeuse Fabuleusement. Les Nemrods inscriront là, sur le carlet de leurs exploits, la mort du phacochère, di shant, de la panthère, du lion. Joignez à cela c crocodiles puUulentauxbasseseaux, et que, du V >n peut, au passage, activer la destructio nonstres antédiluviens. Indûment survéc rainent, écailleux, lourds, dans les limon
186 NOTRE CARTHAOE.
qu'ils ne sommeillent sur les rocs brûlants. Ici encore les nègres rapportent que le chien, voulant passer le fleuve à la nage sans crainte, aboie en un point de la rive, de manière à rapidement attirer vers ce point les crocodiles friands de sa chair. Ensuite le malin court à t9ute vitesse, et, silencieusement, plus loin, en amont. Il traverse alors sans danger, pendant que l'escadrille d'amphibies guette, opiniâtre, l'endroit où les cris la trompèrent.
Devant Matam, les bancs de sable rendent le fleuve guéable à la première décrue. Autrefois les Maures profitaient de cette disposition pour franchir le Sénégal, pour se répandre, le fer et la torche en mains, dans ce riche pays de troupeaux nombreux et de mit abondant. Afin de les arrêter, Faidherbe construisit, dès 1857, le fort qui domine encore, sur une falaise éboulée à demi, l'ancien passage des envahisseurs. Dans ce petit édifice trapu, carré, blindé, percé de meurtrières, entouré d'un mur défensif qui s'écroule, avec le sol, vers les eaux, il n'est plus qu'une garnison de chauves-souris éventant la nuit à la lueur de U lune, autour des arbres colossaux. L'oeuvre libératrice est accomplie. L'armure peut s'effriter.
Gros autant qu'un merle, propre, net, gris sur 1^ Iles, blanc au ventre, noir à la tête et au collet,
LA CIVILISATION PABMl LES SONINKft pE BAKEL. 181
gracieux oiseau anime, de la prestesse, les berges du Sénégal et du Niger. Sur deux pattes fines, il semble peint selon cette roideur linéaire des fresques aux cou. leurs toutes frcdobes, aux traite stricts, décorant les murs de l'Egypte antique. Symbole alerte de l'hiératisme pharaonique parvenu sans doute jusqu'ici, aux époques reculées, avec la mode évidente du pagne étroit noué sur le ventre des femmes comme sur le ventre de la Cléopâtre qui fut b&tie avec le temple de Deadérah, ce petit oiseau piëte, volëte, se pose. Il incline les roseaux qu'il surmonte, il égayé la solitude parfois aride et sablonneuse divisée par la courbe large du fleuve.
Ses eaux arrosent ici le Gadiaga, l'ancien pays de Galam, oélèbre par son or, que les caravanes de la Méditerranée vinrent chercher de tout temps, même aux époques primitives où l'on devait, pour ne pas effaroucher les mineurs indigènes, prompts à disparaître dan6 leurs souterrains, étaler, sur le sable du neuve, ses marchandises, s'en aller, revenir quand iiles étaient remplacées par de petits tas d'or en poudre. Ua «percevait alors de loin ces noirs qu'habilaient les peaux des léopards, qu'armaient des masr iues, qu'abritaient des maisons d'argile et de chaume. V ces sauvages se substituèrent les Soninkè. Ce jeuple, noue l'avons vu passer du Massina, a ligérien, jusqu'au Sahara méridional de Gha e II" siècle avant J.-C, au temps des guer rues, puis de l'action romaine contre les
afin de piller le butin que rapportaient, dans leurs oasis, les chameliers des légionnaires, des Carthaginois, des Jugurtha. Maîtres des oasis délaissées par leurs défenseurs en guerre lointaine, et bientôt réunies, les envahisseurs constituèrent le premier royaume Soninkè de Néma (près de Tactuel Oualata\ où se réfugièrent, avant de l'élargir, les réfractaires puniques, après les persécutions romaines, byzantines, arabes, comme nous l'avons dit.
Tandis que leurs frères dominaient ainsi ^n Ghana, d'autres Soninkè arrivèrent, au viii* siècle, de l'Est, du Ouagadou. Leurs ancêtres nigériens y avaient suivi une sorte d'Ésati dépossédé par la malice d'un Jacob travesti, avec une peau de bouc, en chasseur velu^de vant le vieux roi, leur père, qui testait. Les deui légendes, l'hébraïque et la soninkè, se ressfeniblent étrangement. Celle-ci, très littéraire dans l'ouvrage de M. Maurice Delafosse, mérite notre attention. Une sécheresse de sept ans découragea le clan du Ouagadou; châtiment de son magicien qui avait décapité un serpent sacré dév orateur de belles vierges. Ces immigrants partirent et s'arrêtèrent à l'ouït de Ba kel, et fondèrent Silla.
Construite en double, sur les deux rives du fleuve, la cité prospéra. Les caravanes de la Méditerranée après un séjour à Ghana, unissaient leur voyage en c marché de l'or, du mil, des esclaves, de boeufs, d pagnes en coton tissés dans le Fouta-Toro, de cui d'hippopotames alors nombreux dans le Sénégal, el
chassés, comme maintenant, au Niger, avec des javelots de fer entraînant une longue corde. On y écorchait vifs les adultères. Le volé vendait son voleur. La ville était à la limite de Tinfluence exercée par les souverains de Ghana et de celle imposée par les princes du Tekrour. Chassés de ce pays au xi« siècle quand Ouâr Diabi eut tué leur sultan Mahmoud, les Peuls trouvèrent un refuge à Silla parmi les Soninkè que le même Ouâr Diabi convertit à Tlslamisme. De leur union avec les filles des Soninkè, des.Khagoro et des Malinké riverains, ces peuples engendrèrent la race métisse des Khàssonké, nonchalants et malicieux. Voilà donc Tendroit situé entre ce Guildé en aval, première place du Galam et ce Guian d'amont, où allaient tous les vœux des Dieppois remontant le « Zenega w, sur deux barques, vers 1550, tous les espoirs irréalisés du gouverneur Chambonneau en 1686, tous les espoirs des traitants depuis le xvi^siède. Le 27 août 1698, lors de son deuxième voyage, André Brûe y parvenait, avec sa chaloupe et ses canots, après avoir chassé les singes dans Tîle de Bilbas, et leurs femelles qui emportaient, comme les négresses, leurs petits à cheval sur Téchine maternelle, après avoir déjoué, au-dessus de Kaëdi, à Guiorel, la concurrence des Hollandais tentant le Siratik Fouli par deux bracelets d'or et une courte-pointe de satin aune, après avoir tué un lion terrible, goûté les /olailles succulentes de Bitel, « plus grasses que les ^hapons d'Europe », et qui valaient, chacune, une
leo NOTRE CARTHAGE.
feuille de papier, après avoir vu le soleil obscurci par un passage de sauterelles géantes, après avoir combattu les singes écarlates de Tuabo qui descendaient de branche en branche pour admirer la flottille marchande, qui s'entretenaient de ce cortège nouveau, puis jetaient soudain de grosses branches à la tête des Français tireurs immédiats sous Tattaque des irondeurs.
Qu'importaient les peines, même les ampoules causées aux mains par les chenilles rouges tombées des épineux à superbes fleurs jaunes, même les cou tûmes si chères payables au Siràtik et à ses ipiitateurs, même les ronciers des rives si épais entre Embrakané et Tuabo que les haleurs ne peuvent prendre pied sur la berge. On marchait au pays de Tor et des esclaves, à la source des richesses, parmi le joyeux tumulte de la foule Soninkè de ses belles filles nues Les Maures en rassemblaient de captives, pour le> vendre aux traitants mulâtres de Saint-Louis, et plus tard aux fournisseurs des Compagnies assurant la main-d'œuvre sur nos plantations des Antilles.
En son Histoire du Sénégal, M. Cultru a consacré un chapitre bien curieux à ces transactions des négriers. Le Roi, vers 1675, attribuait une gratificatioD de treize livres à chaque tête d'esclave transporté aui Iles par la Compagnie du Sénégal, par la Compagnie de Guinée qui lui succéda, par VAssiente espagnole, à d'autres sociétés successives. Elles ne purent, du reste. remplir leurs engagements. Néanmoins on achetait
après minutieux examen des gencives, des membres, des sexes, les Foui dociles mais rebelles au dressage, bons pasteurs, des Màndingues solides, fidèles, et larrons; detf B^mbaras travailleurs, doux et musculeux, les séttls qu'il n'était pas utile de mettre aux fers dans les ergastules, et qu'on pouvait même employer bientôt à garder les autres, si on les babih lait, si on leur prouvait de là confiance. Au contraire, les Soninkè devaient subir les fers que l'on rivait, que Ton visitait, soir et matin, et qui les attachaient deux à deux, par un pied, par le «cou. Trente cinq mille noirs allaient, par an, d'Afrique en Amérique. Beaucoup mouraient, tant sur les barques du Sénégal que sur les mauvais navires de l'Atlanti<iue ; dans les horribles conditions d'hygiène et parmi les tortures que Ton sait. Une barque sénégalaise ramenant à Saint-Louis., du Galam, une centaine d'esclaves, coûtait à la Compagnie douze mille livres. Les Français ne ferraient pas les femmes, pourtant ellesj semblaient à d'autres plus vindicatives, moins résignées que les hommes, plus dangereuses. Les captifs des -Maures ét4ient galerux ou ulcérés par le ver de Guinée, Les filles «à seinfr debotltw, les adolescents imberbes représentaient la valeur suprême, « la pièce d* Inde », au prix de deux cent quatre-vingt-treize livres, la pièce. Le déchet par décès, ré vol te, maladies; détel^inaii^parfois^ la hausse de « la pièce » jusqu'à ciif^^^<5^ttt^^cit^lianté livres. On la payait, aux AnUllés; huit cent dnqùante livres, vêts 1780; mais en sucre*
162 NOTRE CAHTHAGE.
Toutefois, pour vingt-sept mille livres de marchaudises françaises, la Compagnie achetait souvent, nègres et ivoire, une valeur de cent mille livres.
Les lavandières Soninkè sont toujours de magnifiques créatures qui s'agitent, vifs et sombres cuivres, parmi les ballots de « gaze » (fil do coton) que Ton embarque, et qui parfois, en quinze jours, rapportent soixante mille francs aux exportateurs, dans ce port de terre, où le commandant de Meslay planta notre drapeau en 1818. Depuis, il y flotte de façon permanente et maîtresse. Les vapeurs de quelque tonnage s'arrêtent, aux premiers jours des basses eaux. Leur quille talonnerait aussitôt, s'ils poursuivaient, en octobre, leur course vers Kayes, dté rivale, triomphante maintenant, tête de rails vers le Niger, et terme de la navigation, par hautes eaux, sur le Sénégal.
Bakel, cependant, a grand air encore. Depuisies dunes bordant le fleuve, la ville incline, montueuse, vers rintérieur, avec ses quartiers massifs et ses rues étranglées, son marché plein de vendeuses et d'acheteurs.
Cette ville bien ombragée a le charme des choses au déclin. Malgré les palmes et les feuilles vernies de ses arbres tropicaux, elle montre l'apparence d'une cité vieillotte, qui s'écroule un peu, de-ci, de-là. Telles maisons abandonnées bâillent à tous les veats. Derrière les étalages à terre de leurs minuscules deurées, s'alignent des sorcières, à genoux, osseuses» flasques et chauves, épiées par les vautours du ciel. Pourtant de
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LA CIVILISATION PARMI LES SONïNRÈ DE BAREL. 463
superbes filles aussi, couleur d'ambre, et presque nues offrent languissamment, sur le marché, leurs petits tas de piments, leurs petites calebasses de lait caillé, leurs petits fragments d'antimoine, leurs petites portions d'indigo, leurs petits monceaux de manioc, de riz. Voisines belles et misérables du Syrien qui, vêtu, casqué à la façon des Latins, tient, sous l'arcade en banco, son bazar de bimbeloterie, de verroterie, de maroquinerie, 4© parfumerie. Moyennant un louis par mois, location de la place, il se fait le concurrent, au détail, de nos importateurs. Ceux-ci l'aiment peu. Le Syrien, en effet, vend, au plus bas prix, la pire camelote allemande ; et il dénigre, auprès de l'indigène, les marchandises de nos factoreries.
Cinq mille habitants centralisent le mil, les fils de coton, l'indigo, le riz, les arachides, les céréales, les autres produits du cercle cultiyés par trente mille de ces Soninkè opiniâtres et laborieux. Ce sont les dignes fils de la nation qui fonda ce royaume saharien de Ghana, et qui sut, au vm* siècle, le reconquérir sur les Sémites do Carthage et du Diaga, qui sut les contraindre à la retraite dans le pays des ToucouJeurs.
Une esplanade profonde, spacieuse, garnie d'arbres splendides sert aussi de parc au bétail offert. Turbulent, agile, bavard, le peuple soninkè, là, se déxnfene en ses toges blanches ou bleues. 11 se souvient d'avoir vendu l'or des Bambouk, par les mains de ses aïeux, à tant de Berbères et de Maures, aux plus bardis de nos Dieppois venus ici d'abord, quand ils
m NOTRE CARTHAGÉ.
eurent pris pied sur ,les îlots de Saint-Louis, et pénétré l'embouchure du Sénégal. L'or et les esclaves de Qalam, c'était le but de toutes les espérances réalisées, en ce lieu , par ce peuple adroit et nombreux, chatoyant. De hauts miliciens sévères sous la chéchia parlent à des femmes ornéeâ de cadenette&, demi-nues , ceintes de pagnes I et à leur marmaille de diablotins saupoudrés du sable où ils se roulèrent. Vers le nord de cette esplanade, il y a, pour mosquée^ une sorte d'enceinte faite d'un mur très bas, d'un tombeau, d'une stèle arrondie. Là prie le marabout, au milieu des fidèles à croppetons. Ainsi peut-on surveiller léclan de fanatiques maures et pourognes qui se réunissaient en trop grand nombre, derrière les murs de l'ancienne mosquée maintenant découverte, et en plein air. Le terrain remonte ensuite vers la forteresse qu'ébaucha le commandant de Meslay en 1820, dès la reprise de possession consentie aux Français de Louis XYIll par les traités de Vienne, afin de protéger les transactions des négociants. Renfi Caillé s'y réfugia, poursuivi par les Toucouleurs, en revenant de sa première exploration au Bondou.
Ici, Ël-Hadj-Omar, en août 184'7, tenta de séduire le chef du poste, l'héroïquç mulâtre Paul Holl, traitant de Saint-Louis^ le gouverneur du Sénégal, M. Caillet, et le directeur des Affaires extérieures, M. die Grrammont. Ils le laissèrent repartir avec des politesses. Lui fut alors soulever le Bondou et le Eouta-Djallon.
A l'ombre des murs crénelés que le lieutenant de Faidherbe, M. Borgoue, garnissait de sentinelles guettant les avant-coureurs d'El-Hadj-Omar, quelques chèvres se reposent. Les cabris bondissent avec des bambins hilares au galop, arrière-petits- fils de ceux que nous dûmes canonner au temps de cet esclavagiste saint. Plusieurs lignes de défenses maçonnées subsistent. Vers le nord-est, trois tours se lézardent. Leurs feux se croisaient avec ceux du fort pour commander les pentes de la rive, le pont jeté sur un agféable ravin de broussailles et d'arbustes cachant le cours du ruisseau qui va se jeter au fleuve sous les calebasses des blanchisseuses actives. Des femmes savonnent leurs mioches, puis les rincent, d'une plongée, la tête en bas, un pied dans la poigne maternelle.
Au bord du ravin, un quartier rustique de cases rondes et pointues, tout enguirlandées, s'accroche, dans la plus idyllique des postures. Sous leurs longues cornes effilées en forme de lyres, les bœufs rentrent devant les javelines du pasteur en tunique bleue, par une rue de murailles roses. La factorerie du mulâtre est béante. La ferblanterie pendille au plafond. Les pièces de cotonnades s'empilent dans les casiers. Illustrés de chromos, les litres de liqueurs paradent sur les rayons. Le marchand adipeux présente les fioles d'odeurs aux dames attentives sous leurs cimiers de cheveux et de cauries. Elles penchent leur échine luisante, nue, contre quoi dort le marmot joufflu emmailloté avec la taille de l'acheteuse. Plus loin le'
épouses des tisserands^ actives, tendent, au long des murailles, les fils que le métier assemble dans le fond de la cour où se dresse le hangar de Tartisan blotti.
Voici l'école peu différente des nôtres. Derrière les pupitres se tassent des minois d'ambre, des nciinois de bronze, des minois de fer. Les grands yeux s'y effarent quand le visiteur interroge. Des petits boubous bleus, les bras potelés sortent et se croisent réglementairement .
Monsieur barbu, corpulent, l'instituteur offre la mine de ces financiers que nos Daumier, nos Forain immortalisèrent. Cependant il a le teint du jais. £n sa toge bleue il cause avec l'aisance et le savoir d'un inspecteur d'académie métropolitaine. Sans optimisme, ni pessimisme, son intelligence, éprouvée par vingt ans de leçons, précise les faits, leurs résultats, les conséquences évidentes. Il reçut, à l'École normale de Saint-Louis, une éducation surprenante à constater dan^ Bakel. Ce monsieur noir, obèse, semble très sûr de sa valeur spirituelle, d'ailleurs estimable. Il évoque le fantôme de nos pédants syndicàlià^s. Terribles, simplistes, demi-instruits, ses pareils, un jour, donne* ront de la tablature à l'administration déjà fort en peine de s'accorder avec les électeurs municipaux de Dakar et de Saint-Louis, quand ils réclament <c L«
Sénégal au Sénégalais », selon la courbe fatale des, évolutions humaines. Par malheur, les exemples comiques et tragiques à la fois d'Haïti, de Libéria, font redouter l'accession générale de telles persoix«
LA CIVILISATION HABMI LES SONINKÈ UE BAKKL, 18:
nalités au pouvoir. Tout bien pesé, ie mieux ne seraitil pas de ne méconnaître, pour l'instant, aucune de ces forces individuelles, aucun de ces caractères païticuiiers. Ces gens ne semblent pas trop nombreux. Les juger selon leurs mérites ; les investir de fonctions qui les satisfassent, et dans lesquelles ils rendront de très réels services; inventer, pour eux, des avantages,des titrCE, déshonneurs; admettre les principaux dans les conseils, et pronter de leurs avis : ce serait apparemment le seul moyen d'éviter qu'ils ne devinssent des réfractaires. Au Sénégal et au Soudan, leur élite se montre sensible à la justice. Quand ils se verront appréciés comme les guerriers, comme les chefs que nous décorons, que nous plaçons à la tête de leurs compatriotes, ces intellectuels du Sénégal et du Soudan, peut-être, ne cesseront pas de nous comprendre, ni de collaborer, en toute franchise.
D'ailleurs celui-ci dirige parfaitement ses trois classes. Il guide les maltresauxiliairesea état d'enseigner les principes de notre civilisationaux cent élèves que les cinq mille Soninkë de Bakel envoient dans cette maison fraîche et propre, tapissée de cartes murales, munie d'une cour spacieuse pour les récréations. Cent élèves, pour dnq mille habitants du territoire communal, c'estune proportion acceptable. A cette heure, il n'est pas besoin que plus d'enfants s'initient à nos idées infMtures. Trop de ces leçons nécessairement incomplètes rendraient moins chère à la multitude sa nobIecandeur.il lui naîtrait mille aspi-
rations vers les plaisirs avilissants, vers les luxes de camelote. Ces aspiraticms pourraient faire des imes inquiètes, mallieureuses. La joie de l'Afrique par tout éclatante se muerait en la tristesse hargneuse de nos faubourgs. Protégés par nos armes, ces villageois que parent les nobles plis de leurs étoffes vivent eo beauté dans une quiétude et dans une félicité inconnues, ailleurs, sur le monde. Faut-il, en les modifiant par la lecture des gazettes à crimes, leur faire déaircr l'alcool de taverne, les vêtements de confection, les pendules de bazar ? Dans les ports, déjà, l'on rencontre •de ces noirs, qui voulant égaler l'Européen, s'aSnblefit d'un casque troué, d'un pantalon fripé, d'un veatop maculé, de bottines éculées. Commis de quelque bureau, ces grotesques rudoient un chef magnifip^ sous le grand chapeau de paille fine, le boubou flottant et ample, la brève culotte favorable aux lignes fennes du mollet nu. Devons-nous accroît|*e le nombre des arsouilles et diminuer celui de ces gentilsbommea? Pour ma part, je blÂme sans hésitation les fonoiiosnaires qui permettent aux indi/gènes d'échanger leoi vèture si noble, si plastique contre le hideux oostoiDe du Latin moderne. Qui donc autorisa les Pe de la Guinée à s'avilir la figure sous une casquette carreaux.^ L'habit fait le moine. A peine travesti cette ignoble façon, le nègre adopte les manières cabaret et le langage de notre crapule. Affreuse sition. Il faut l'éviter à tout prix. Ne dispensons D trésors intellectuels qu'à la seule jeunesse dont no
pourrons doter les cerveaux jusqu'à la connaissanoe entière de nos idées supérieures, A la vérité renseignement primaire élève peu. C'est renseignement secondaire seul qui dote les peuples d'élites indispensables à la vertu et à l'intelligence nationales.
Et, tout d'abord, il ne faut pas laisser, comme en Algérie, l'indigène s'abaisser jusqu'au niveau moral du mercanti, ou, comme au Tonkin, le soumettre aux vices et à l'avidité monstrueuse des petits colons. Un livre récent, de MM. Jérôme et Jean Tharaud, a montré l'abominable, la criminelle aventure de nos aigrefîns^se substituant à la noblesse des Berbères, apportant, sur le même sol, l'ensemble de leurhideurs, de leurs cupidités, de leurs traîtrises infâmes. Dieu garde l'Afrique occidentale de ce « petit colon » qui, peut-être, déterminera, en Algérie, la juste rébellion des autochtones. N'o6e4-il pas nous menacer de séparatisme, avec le concours des populaces maltaises, italiennes, espagnoles, échouées dans les villes latines de la Numidie» si on ne le laisse point affamer à sa guise les andens possesseurs du sol P La leçon doit profiter. Depuis vingt ans, tous les écrivains de l'Algérie nous en avertirent; et en plus de cent volumes.
11 convient surtout de développer l'éducation et riustruction, en quelque sorte, supérieures, parmi les sujets d'élite. Et cela non dans le sens européen ; mais dans le sens indigène, selon les mœurs et les traditions indigènes qui témoignent d'une très sufQ. saate éthique. Le seul péché de nos administrateurs
est sans doute l'ironie que certains affectent à l'égard de la mentalité africaine, devant l'Africain lui-même. Pas h Bakel, certes; mais ailleurs, il advient parfois que cet Africain ne semble pas inférieur le moins du monde, ni par ses façons, ni par l'esthétique de son costume, ni même par les qualités de son esprit, aux Français qui le rabrouent. Ce gentilhomme devrait être traité en égal, courtoisement. Il faut craindre les rancunes nées de contacts trop brusques. Pour de telles raisons, les Allemands n'ont guère réussi au Cameroun, ni dans le Congo qu'ils nous ravirent, et que les indigènes désertèrent afin de repasser en terre française. Encore moins chez les Herreros.
Le dispensaire de Bakel, autant dire l'hôpital, couronne un tertre de ses constructions en banco. Trois ou quatre pièces abritent la pharmacie très pauvre, la table d'opération, humble bâti de bois cru, le cabinet du docteur. C'est un aide-major, savant et fin. D'abord, il exerça, deux ans, son ministère en Guinée. Quarante Soninkè environ viennent, chaque jour, le consulter de très loin, pendant la bonne saison qui permet lès déplacements faciles. Beaucoup suivent le traitement avec scrupule. Ils guérissent. D'autres, ne voyant pas l'amélioration s'effectuer aussi vite qu'ils^ le souhaitent, c'est-à-dire instantanément, retournent' près du marabout, du griot et de leur sorcellerie. Souvent aussi le patient que l'on opère ne se résout point à l'immobilité d'une semaine. Les siens le forcent à se lever : cette immobilité effraye la famille qui la consi-
LA CIVILISATrON PARMI LES SONINRÈ DE BAREL. ni
1ère comme un signe d'aggravation. Quelquefois 11mirudeot paye, de sa vie, cette, erreur. Au total, le espect du médecin blanc, celle de ses prescriptions ommence h banter les esprits. Par là notre influence randirait vite si l'administration pouvait retenir plus e malades à l'hôpital, et les y soumettre k des traiîments surveillés, donc efficaces. Un budget trop liaime ne permet pas cette méthode. Mécompte absoiment déplorable. Le provisoire des iastallations, la énurie des médicaments, l'absence d'appareils et 'arsenal chirurgical stupéfient le touriste. Ce malheuiux docteur a beau s'exténuer. Desascienceetdeson évouement héroïque il n'obtient pas le minimum des îsultats possibles ; faute de l'indispensable. Au point de vue sanitaire, si tout n'est point à créer, l'intérieur de l'Afrique occidentale, il s'en faut de ;u. D'abord les docteurs manquent. Le parlement îvrait, certes,légiférer sur ce problème. Nos étudiants ! la métropole pourraient n'accomplir qu'après le >ctorat, comme aides-majors très généreusement pointés, leur service militaire réduit aux deux années séjour obligatoire sous les tropiques. Un corps îdical [îour l'Afrique serait ainsi constitué. Chose, tre toutes, urgente. 11 importe de remédiera la morité infantile des indigènes, à celle des jeunes mères. ivenir l'exige.
Du haut de la terrasse qui relie les deux bâtiments ÎQcipaux de la forteresse assaillie, de 1820 à 1890, r tant d'armées esclavagistes, le regard admire,
d'un côté, le fleuve courbe eutre ses dunes verdoyantes et les chaumières des pêcheurs. De l'autre côté se groupent les quartiers de la ville moùtueuse, sousltf palmes, les feuillages des caïlcédrats, des manguiers, des jujubiers. On aperçoit la foule blanche et bleue à marché grouillant. Majestueuse, une file de droQH' daires apporte ses charges de maïs à travers respii> nade où des sorcières mendient, où des chefs palabrent, où les musiciens et les ballerines prépareol leur danse pour le clair de lune.
Délicieux vieillard à l'expérience instructive, Tadm nistrateur atteste, par la santé de son apparence, giM vingt- huit ans de séjour au Sénégal n'entament pas constitution d'un sage à barbe blanche. Ses trois frèi suivirent la même carrière. Lui se félicite d'aimer, costume de Pierrot, le crépuscule sur cette terr que, de son vol, un peuple de martinets encercle. C tout en surveillant Tallègre Ouolof assassin d' estafette, et condamné à mort, puis dévolu, mom< tanément, à l'entretien de l'écurie, de la basse-cour.
LA GRACIEUSE VIE DE KATES ET l'eNFER DU FELOQ
Au-dessus de Bakel, le vapeur .côtoie la portion la rive nord où, vers la fin du vm* siècle» des ninkè, venus aussi du Ouagadou, fondèrent la de Galambou,
i.A GRACIBL'SE VIE DE KAVES. 17)
Pins en amont débouche au Guian de Briie, sur la ve sud, le,principal affluent du Sénégal. Issue de la ^ iinée, des montagnes qui re3>errent le cours du tut-Niger, la Palémé trace, de son cours sinueux, < confins du Sénégal et du Soudan, h quelques ter> «ires près, en roulant de l'or sur 65 kilomètres, ins la vallée de cette rivière poissonneuse, riche lippopotames et de caïmans, les explorateurs, les gociants et les officiers ont, depuis trois siècles, erché les gisements du métal que les orpailleurs irs amenaient en pirogue jusqu'au Galam de Bakel. A Guian, Ibn Batouta, le voyageur berbère de 52, parti de Oualata, notait déjà l'abondance et la alilé du mî^, en se rendant an Mali, par ce chemin. Le directeur Chambonneau en 1S86, l'agent Bazy,
1687, le gouverneur La Courbe en 1690 furent les îmiers Européens qui parvinrent ici malgré la mauise volonté des Peuls et de leurs Siratiks.En 1697, àré Brûe ne put qu'envoyer un « facteur » à t'emuchure de la Falémé ; mais en 1698 le général y icontrait lui-même le roi des Abeilles qu'elles vaieni par millions a comme les moutons suivent berger », et qu'elles revêtaient de leur multitude.
avait là quelques terribles serpents de neuf pieds, tiques affreux crocodiles de vingt-cinq pieds. La tille d'André firiie dut ancrer au milieu de la ri-, re; car denx prétendants, Maka et Bûukari, qui se putaieot un trône dn voisinage, se disputaient ;si le péage du voyageur. Leurs partîsani le mena-
çaient alternativement de leurs flèches s'il cédait à l'un ou à l'autre des compétiteurs. Le vainqueur, le Tonka-Boukari, prince soninkè du Galam, à cheval, entouré de femmes chantant ses* louanges reçut à découvert, .Pérère, le facteur de Briie, qui n'avait pas consenti à lui parler, sans le voir, à travers une ten ture de coton. Une écharpe cramoisie, ses franges d'ar gent, causa du plaisir à ce triomphateur.
Ensuite les chaloupes d'André Briie voguèrent jusqu'à la résidence du prétendant défait, qui récla ma, sous menaces, le paiement des coutumes indu ment perçues par son rival. Briie le rabroua, puii retourna vers Dramané (vers Ambidedi, terminus ae tuel du rail Sénégal-Niger). Les Khassonké qui Toc cupaient, musulmans, avaient des relations commer ciales avec Tambuto (Tombouctou) : « C'est un grande région fort peuplée quoique stérile, et pe connue des géograjphes ». Les Français achetèrei là 180 captifs, en six jours, beaucoup d'or, pt d'ivoire. L'esclave coûtait vingt livres de France, t marchandises, l'once d'or douze francs, la Um d'ivoire quatre sols. Sur la rive nord, très l>oisée, 1 Maures du Maroc pillaient et saccageaient. BienI Maka, le prétendant malheureux, vint asseoir & camp en vue de Dramané pour obtenir des voyagei les droits de sa coutume ; mais devant l'artillerie eu péenne et le déploiement des Khassonké en armes se retira dignement. Cette alliance franche et sp^ tanée convainquit Briie de fonder, là, des établis