VERS I
cieusement. Les î délai ses et marse bazars de Paris.
et les liqueurs de rie, toute la ph de toile coufectioi les chaussures, voiles pour les di peut iaire là toul
elle a coutume au uuuvio uu i^ucs ruuu. ucb luauica
y viennent acheter les petits pains de sucre, les plateaux, les théières et les tasses de style marocain, les miroirs. Les chefs somonos se payent des parasols
tricolores. Les dames peules choisissent leurs eaux de Cologne, leurs savons, leurs pommades, leurs pagnes rayés, leurs cotonnades bleues, des bijoux orlévrésà Bordeaux, selon les traditions des empires ouolof, toucouleur et maures. Modèles de musées ethnographiques, de jeunes Bambaras, en costume plus luxueux, y Qânent, amies onéreuses, paraît-il, d'Européens. Il a fallu, d'ailleurs, recueillir, en une pension, les marmots, oubliés par certaines de ces mères Irivoles, par leurs époux provisoires, et préparer une vie à ces enfants métis. Ils hahitent une agréable maison, des classes meuhlées selon la bonne règle. Une Française les instruit, les baigne, les douche, les éduque, s'inquiète de leur avenir. Les filles, encore, séduiront dés chefs maures et les épouseront, si elles veulent ; mais les gardons raillés par les blancs, évincés par les aoirB souffriront-
818 KOTRE CARTBAGE:
Dacs l'incandescence de l'air, les femmes indigènes offrent, pour peu de sous, sur une place dn marché, la feuille de tabac sec, un long clou qui servira de démêloir ou d'épingle à cheveux, un petit morceau d'antimoine pour farder les yeux, ce beurre de karilé en mottes enveloppées de leuilles fraîches, ce bleu en boulespour la blanchisseuse, cesclous de girofle pour les colliers, ces œufs de savon composé avec des cendres et la graisse végétale du karité, ces sandales antiques en peau de bœuf, ces piments verts et rouges. Le tout étalé sur le sol, eu très petits tas, devant les vendeuses à genoux, vieilles ou jeunes, décharuéeson mamelues, artistement coiffées, mitrées,«nturbannées, serrées dans les rayures de leurs pagDeségyptieDs;ou nues, les uaes comme des nymphes mythologiques, les autres comme les sorcières du cauchemar médiéval. Debout parmi ses plis blancs, un gaillard calcule, en son froat bosselé, le prix de cette hache. C'est un manche de bois cru, pareil à un humérus. Vertical, il enclave un fer horizontal, que marchande un Maure chevelu. Cet Alexis virgilien en tunique d'azur s'appuie, d'une main, surunefinelance d'acier, et, de l'autre, sur un Corydon impassible, de beauté sicilienne. Le touriste aussitôt se récite les vers illustres que scanda le Cygne de Mantoue.
Aillears, un Boso à barbiche, à lèvres craquelées, acquiert d'un géant ouolol, trop grave, une scie qui est un triangle de fer emmanché par la base, dentelé sur les bords. Avec un instrument pareil, l'adolescent,
an torse luisant, partage les barres de sel saharien, venues jusqu'ici depuis Tombouctou dans lespirogues, malgré la concurrence du sel roumain arrivé, du Sénégal,sur le dos patient desànes.Voici,nchéedanslesol par sa tige pointue.la lampe même des Homains, la lampe faite d'une coupe en 1er où plongera, dans l'huile d'arachide, une mèche de coton que recevra le bec creux de cette petite vasque. En quel temps, la Carthage latine envoyait-elle ici, déjà, ce luminaire de Salluste relatant les guerres de Numidie ? Depuis quelle date cette veilleuse delà Méditerranée éclaire- t-elle, au bord du Niger, ces Mandingues qui, de notre temps, portent, sur chaque joue, une croix bleue, signe de leur servitude récente chez les Peuls. Depuis quand reçurent-elles cette possibilité dévie nocturueet intérieure, les aïeules de cette petite captive songaï ? L'entaille du glaive qui lui balafra' horizontalement la face et le nez, accrut encore le caractère barbare de cette figure si dédaigneuse sous les trois houppes du crâne. Elle semble fondue dans un métal noir qui luit aux bosses du front, au-dessus des narines sensuelles, aux sailhes des pommettes dures, des lèvres gercées, aux rondeurs des épaules lisses, aux lignes des bras fins, aux contours de la gorge dure, et aux mouvements l'échiné longue. Cette beauté garde un tas minusci de riz indigène gris et rose. D'autres vendeuses i cortes proposent leur farine de baobab, leur gros i à dix sons les quatre mesures, leur tapioca-manii leurs patates sous forme de racinesépaisses,leurpet
VERS LES DAXSES DE n
coiffent. Elle reste patiemment h sable balayé de la case très propre on quatre appartements pareils réi cule palissade enclosent la cour qi sins et leur mère. Ils picorent. Ils de l'air. Le poulain mange à l'atte de branches. Orgueilleuse d'un co mèches grisonnantes, une dame i cheminée, égrène le coton. Des po fermenta demi les baiesdes cases, sans dissimuler entièrement l'intérieur. Le lit esfde rondins superposés. Une natte, des coussins en peau de mouton, un cuir de bœuf pour couverture le garnissent. Telle jeune p&tissiëre, ailleurs, transforme, dans son plat de fer, la farine de mil en crêpes et en galettes. C'est unevie complète de villageois fort habiles, en des maisons point très différentes de nos moulins h vent si habitables pour nos meuniers de romance, ni de nos chaumières cénevolea et auvei^nates construites, ici, selon les clémences d'une atmosphère rarement pRivieuse.J Que manque-t-il à cette civilisation .> Dès 1879, Paul Soleillet, l'explorateur, témoignait que le campagnard bambara ne semble pas inférieur à la majorité de nos paysans. Peut-être se raontre-t-il plus indolent. Le climat l'y engage en lui facilitaotlea choses. L'on peut constater toutefois, en octobre et en novembre, sur les berges limoneuses des ileuves, le travail opiniâtre de toutes ces populations, la toucouleure, la bambara et la songBï, courbées en deux sur le sol fertile, et qui le
voTTtE CAHTHAiJE.
K "Ottire iitMie. Fort péaibie-. la ii^H-jnomi ■ •îa urar^s .reaa ^le- â-^xalliTJn is îa laasaae 'la. bBteaa. La ouze e 'le -lotre rosErç, aa Ja '■onstatE. ■£-.. Vu Afu li'iiii aaJti [jBBiaion. fai!: i- ■C'iaus, ja lien li'dne '•'este crasa-iii^
'là-que "t 'ie cabota ijfnieux. L'-ïii:-^iin .1 Qoiai itfs [mblea- tloit^m^ncs i^ ie --^a .iniDie •?! br^rs culotte, piiii il es iimiie*, -■t;iJL introït iioimet 'lu piu^ tait.aucres -ie lUi. i|aei€piii zmtesif;-;.
■la ei l-'raiiKaii, iarçeSi courts- -jt '■-nattes -n. ies ■■osEamear inventés pour lires i iiauiea- jambe*. On nH i:ijQ>;"i'. ! .'uimuuiiraLÎoa ai g^ amni :-^ ' me emiepius laiteuse aimiiieii ici [emc-ai it-.-oraûl. Mhmid !& tailleur de if-v.ini .aiaciorpiie, piqne. i Ui.ui.«:[i:ii- ■^s- ie Ji-Tjiifries sor Ifi notcuLii'tniniaE- 015. çiDiir pit-laier. un. vêtement Hé'ri. "imme '■n idonrent nos fliCTTi-^rs diisTie. i~rt Bamiiara, du oui Je têgi? rem-; at ;g rtriiid». «^tiiiiiime. lin te li^np»? ver* la .3 tmL-i •'.ii-iicrkeï nadoaafes, a, pimr w.h^ a^iiv.^. •i-^i baboai:bes en cuir .lÂi^ fi'.iribr'^Ti'^s, un bouboa saii; an'.i, nr.ii.i pourriooîlair^ l'iDsp^ctiMn < sttt-lii-.n avant ri y rencontrer un bru- ■ni-ux il'-, sa firopreté, de son élégance
Cependant, chez nous, on ignore ces manières de nos Africains. On les nie. Nos officiers, de retour, injustement les plaisantent. Or, dans les faubourgs, où Ton s'engage inopinément, on ne rencontre que bacchanales de vases hellènes, que ribambelles de faunesses et de satyres en liesse, que cortèges de saturnales, que files de canéphores en marche portant sur la tête les fruits de Gybèle, que groupes de sacrificateurs entourant un bœuf à bosse sous la lyre haute de ses cornes. C'est l'Antique.
En plein jour même, des théories harmonieuses descendent vers le fleuve, derrière les lianes pendillantes des dioubalés, par l'avenue du sol rougeâtre. Il y a des grandes filles sveltes aux cheveux courts, comme ceux des garçons, et qui s'engagent dans les rues latérales pleines de vie plaisante. Il y a de jeunes négresses à tignasses rousses ; phénomène, étrange mais incontestable.
Était-elle ainsi, cette sœur de Soundiata, le fondateur du Mali, cette Diégué-Maniaba-Souko qui séduisit l'ennemi de son frère, et le meurtrier des onze aînés, e souverain du Sosso ? Elle le tenta jusqu'à se faire îpouser en dépit de la reine-mère. Et quand Soumanjourou voulut obtenir de sa nouvelle femme les com- )laisances, elle se refusa : « Je ne me donnerai que si u me révèles ce que tu crains et ce que tu ne crains )as ». Le tyran finit par céder : « Je ne crains rien ni )er sonne au monde, si ce n'est un ergot de coq blanc : 'est là mon tana et qui me ferait mourir s'il me per-
221 NOTBE CARTHAGE.
çait Jamais. » Diégué-Maniaba-Souko cessa de s« dé rober à la passion du Sossé. Après qn'il se fui endormi, las de voluplé, la jeune lemme s'enfuit à cheval Elle gagna le pays mandé. Elle rejoignît son Irère Elle lui livra le secret de Soumangourou. Une llècbe fnt armée de l'ergot fatal. Il devait, à Koulikoro, terminf r les jours du monarque sossé, outre l'hégémoait (i'un empire tout puissant (1076-1235), depuis le Bakoy jusqu'aux frontières orientales de l'aatique Ghana, el dont les élites s'enfuirent au Tekronr, pour IoD<ier ensuite, dans le Fouta, un royaume, conquête luliire des Ouolots. ^
Non moins sûres de soi, d'antres Di^né-Maniaba vont BU rivage, pour déposer, dans le fond d'une pirogue, les chargea qu'elles portent sur l'occiput, digir ment, très droites. Telles des statues de basalte an; mécs au souflle de quelque Pygmaliou. Car le traniit, par les eaux, rC'munfre amplement. Len^ocene chômi point entre Bammako et la Guinée, entre cetti> vil! et Sansanding, Mopti, cités populeuses du Ni jardin botanique soigné par des mains fraoçai; lile en légumes, en fruits, comme en types de '. talion tropicale, les primeurs partent sur les t lemmes qui les embarqueront pour les po l'amont ou de l'aval. D'un quartier en banco toils de chaumes, par telle porte surmontée i Ions- et pourvue de contreforts obliques à I ancienne des Pharaons, sortent les marcti vendables en d'autres cités fluviales. Les sepi mi:
habitants de Bammako, le$ paysans du cercle s'intéressent à ces exportations qui garantissent le pays contre les disettes possibles, au cas ou la récolte serait en un point tardive. Dans ces moments pénibles, le campagnard vient à la factorerie offrir son or eu anneaux. On les lui achète trois francs le gramme.
En cet admirable Bammako, sur le plateau de Koulouba, nous assistâmes à un ballet comme notre Acaiémie nationale de musique et de danse fut toujours ncapable d'en présenter. Pour scène, la terrasse ana« ogue à celle de Saint-Germain. Pour loge, le palais mauresque du Gouvernement. Pour décor lointain, a courbe du Niger reflétant les astres du soir et les )Iaus d'un borizoa montueux découpé sur la magni* içence stellaire du ciel. Évoque:; maintenant ce spec* acle.
Une foule debout, bleue, blanche, derrière les lusiciens assis parmi leurs tabalas ovales, leurs aIafon$, leurs instruments h cordes grands comme Bs contrebasses, ou menus comme des mandolines, urs flageolets, leurs olifants de eorne et d'ivoire. Au mtre de cette foule, tandis qu'une chanteuse colosle, mitrée de perles, lance au ciel un hymne de terre, toute une farandole d'admirables adolesceutes colletées jusqu'à la ceinture, secoue des calebasses ranges, et pleines de gravier, selon le rythme d'une isique s^trideate. Du haut de leurs mâts, les lunes €triques $e reflèteut sur ces coiffures oruées, sur
cabophoas de ces diadèmes, sur les ivoires des
lu
les pendeloques à boales d'ambre, m i colliers, sur l'argent des bracelets, sif is chevilles. Mille joyaux cliqaètent et rdes visages graves, des corps jeiine>.
les bigarrures des pagnes étroits, h !s, plusieurs corybaates, le torse w, les beautés de leurs musculatures pat:
TDonieux et scandés, un sceptre cheveli ng. Plusieurs ballerines ont des volaulsj tutour de leurs flancs, de leurs genou;: avec ensemble, sans faute. C'est n»
orie de Salammbôs et de Matbos. Elis an dessin arrêté depuis des siècles pou Einit qui va sui^ir, lune radieuse, devaul issant déjà. La vie probable de Carthaff iëre.aucœur de l'Afrique voluptueusetl
son peuple bronzé qu'anime l'espoir M lant, là-bas, ses cornes de lumière bleu necime qui la masque encore. Un peupi 1, possédé, rigide, frappe en mesure se is. Il répète, par les voix de ses incai mitres noires, une complainte évoquai primitive de la Fatalité, i pénètre à demi le mystère d« l'an litive, peu séparée encore des forci
constante métamorphose dans la terr t les eaux. C'eet une sorte de ballet pb t r^igieux. 11 se termine par un élo( ne, tiop évident peut-être, de la féco
dite universelle. Cependant la cantalrice-grioie jette aux astres, de sa voix de tête, un extraordinaire cri d'amour, de triomphe et d'imploratioD.
TRÈS LAROE, LE NIGER s'ÉTEND...
Dès que Bammako eut été conquis par la colonne 6orgnîs-Desb*rdes, une canonnière démontable, expédiée de Paris, en octobre 1883, parvenue" en ivril, saison des pluies, après vingt transbordements JifGciles et un voyage à dos de mulets depuis Badoumié, fut mise à l'eau en septembre 1884 au moment le la crue maxima. Les rapides, Sotuba et Keiné, [ui se succèdent de Bammako à Koulikom embarras sèent le départ. Des pièces indispensables à la machine ivaient été perdues ou dérobées. Bref la chaloupe ne 'Ut quitter Kdulikoro, avant septembre iSSS, pour xplorer ces rives, d'abord si européennes d'appaîQce sous leur végétation dense et embue de vapeurs, lais bientôt plus africaines, sablonneuses, couvertes une brousse rousseâtreet de roseaux jaunis, animées ar les innombrables oiseaux de marécages, par les ils blancs des fausses aigrettes, et les essors lents de Irons aux pattes pendantes.
Les Bambaras de la rive gauche voulaient alors se ostraireau joug du sanguinaire Ahmadou, contilateurde l'œuvre sînisti^ assumée par Ël-Hedj-Omar.
TRÈS LARGE, LE NIGER S'ÉTEND.., ïa9
plane eUtredeas ciels identiquement lumineux : un Qrmament d'astree suspendus dans les bleus de l'espacê, et un reflet de ce scintillement dans le fleuve ; reflet de profondeur égale à celle du zénith; reflet d'étoiles distantes parmi les étendues incommensurables; en telle sorte que la surface de l'eau semble n'exister plus; et que la nef devient l'illusion d'un aérostat qui vote loin de la terre effacée, à travers les régioni sidérales infinies vers tous les horizoùs.
Art anoien de la danse à Eignifications panthéistes et que nous avions perdu , nous ie retrouverons Ik sur les rives du fleuveafricain, les soirs de Tanit radieuse. Comme le disait le cardinal Lavigerie : » Quand la lune brille, toute l'Afrique danse. » Rien de plus impressionnant, si, de nuit-, le bateau descend le Niger, que je voir, d'escale en escale, ces danses, et leurs aspects lifférents d'après l'importance des villages côtoyés, ci c'est un sabbat de sorcières thessaliennes qui sur- ;it au milieu des flammes immenses dévorant les spaces de la brousse. Les silhouettes des folles se émèneot devant le rideau d'incendie, au son lugubre es tambours. L<à c'est une manière de chœur grec ; rophe et antistrophe, répondant au protagoniste qui iveloppe, au milieu du cercle, sa pyrrhique de guerer combattant, blessé, saigneux, puis ressurgit vainleur avec, en maia,)e chef de l'ennemi décapité qu'il outre. Ailleurs, de prétentieuses dames esquis- Qt un pas cérémonieux. Elles font des révérences; un serviteur ironique secoue la touffe d'une queua
ir battre la mesure. Pins loin, 8 sautent en l'air, volent, retombentet tient leurs jambes au cou, comme pour
ballerine en ses voiles qui prend les luses peintes sur les stucs noirs d'Her- Pompéi. Vraiment la Méditerranée a rers les sables du Sabara, toute !
lique. ^
s troupes occupèrent en 1893, et où fut timadou, est une fort jolie ville alloneuve entre les allées de beaux arbres liantes, aux ombrages continus. Cent euses paraissent au milieu de jardins !uri8. L'activité des constructeurs est ivre. Au marcbé prodigieux par le pes africains qui s'y rencontrent, s j délurés concentrent la vie commeroù cent cinquante mille villageois ëlè-
cultivent leurs lougans, éduqueut les ront acbetés de trois à six cents francs i et les émirs de la Gold Coast. Au 7res esclavagistes un bel étalon valait
captifs.
listricts agricoles on tente la culture do e des prix imposés par le moaopoli
compagnie française se constitua son:
tociation coloniale aQn dérégler un pei rès une tentative pour acclimater, sui nais, les plants d'Amérique, des expéri
TRËS LARGE. LE NEGEB S'ÉTEND... 331
meotateurs ont recoimu que d'appréciables résultats semblaient facilement exigibles de l'arbuste indigène. Munis de bonnes graines, conseillés par un jeune savant de haute valeur intellectuelle, et comme il nous en manque trop dans les autres entreprises de l'industrie Dationale, M. Level, les chefs d'agglomérations s'évertuent maintenant à développer l'adresse de leurs compatriotes bambaras et soninkès dans cette sorte de besogne rurale. Dès l'an 1910, le commerce intérieur achetait et colportait cent quatre-vingts tonnes de coton non égrené, payées vingt-cinq centimes, l'unité, à Segou, dix-Sept à San, quinze à Koutiala où ta tentative réussit fort bien grâce à M. l'Administrateur Colléaux, et trente-quatre à Kayes. En 1912, le poids du coton égrené, donc réduit au quart, est vendu en France soixante-quinze ou quatre-vingts francs les cinquimte kilos, alors que l'envoi d'Amérique coûte quatre-vingt-quinze francs. Or la France acquiert, du Nouveau Monde, en automne, deux cent cinquante mille tonnes de cette matière, et beaucoup aussi de ■Egypte, pour le compte de trois cents filatures, six xnt cinquante tissages salariant deux cent cinquante nille ouvriers. On peut en déduire l'extrême imporance des efforts assidus poursuivis par M. Level au kiudaa. Chaque fois que ce sportsman, là-bas él^ant tomme un cavalier du Bois, accomplit au trot de sa ument bai-clair, sur les pistes de la brousse, une ranionnée vers les centres d'expérience très distants, il prépare aux foules laborieuses de nos usines la possi-
bilité d'une amélioration prochaine dans les règlement^ du travail. Amélioration consécutive aux bénéfice^ meilleurs des patrons, des commanditaires ou des ac^ tionnaires. Au rebours de ce que déclament les sim plistes du socialisme^ l'expansion coloniale est utile avant tout, au prolétariat industriel qui en retire de avantages directs, indiscutables et logiques. Quand u agronome, coiffé du casque à larges bords sous \ housse de piqué beige, affronte^ botté de cuir jaun( vêtu de blanc, les rayons d'un soleil torride, pendai] de longues chevauchées, devant son boy emportait l'indispensable dans le porte-manteau attaché à la 8el{ soudanaise, c'est pour les syndicalistes des filatur( qu'il risque la fièvre pernicieuse^ c'est pour les mil dt mille familles entassées dans lés galetas de ii< villes flamandes^ sans air, avec le parfum de l'alco comme unique plaisir* Nos gazettes françaises l'exp] quent insuffisamment au peuple.
L'ingénieur Level habite une maison basse en bani crépi, protégée par un péristyle massif. Trois pied badigeonnées se suivent sur la longueur. Elles cc^ tiennent des meubles rustiques fabriqués là. Sixép^ d'assaut pour entretenir, avec les officiers amis, v^ vigueur indispensable; une étagère de bois cru clx^ gée de livres littéraires et scientifiques; un lit de t^ quelques tasseâ; de la vaisselle indigène; voilât qu'il faut à un dandy français pour vivre conte épris de sa tâche^ tout près de l'usine. Un ino^< Onôme y engendre la force^ et la transmet a
machines qui égrèneat, qui peigaeat les échantillons, qui les pressent en balles. L'achat, le voyage et l'iastallation du moteur n'ont coûté que sept mille francs. Les nuchines sont parfaitement ingénieuses. Elles éprouvent le coton indigène amené sur les pirogues du fleuve-, ou bien transporté sur l'échiné des boeufs à la file. Ce coton échappe mieux à la voracité dusphénoplère, espèce de petite bète à bon Dien implacable pour les arbustes d'origine américaine. Au total, les échecs inévitables subis pendant les recherches du début, ne se reproduiront plus si l'on s'attache à bien choisir les semences, à les utiliser en des régions arrosées par des pluies régulières. De ces régions il en est de fort connues au Soudan. Il convient encore d'instruire, avec soin, le paysan de sa besogne et de ses gains probables. 11 faut développer parallèlement les cotons d'Amérique et ceua d'Afrique, et songer même à introduire ceux d'Egypte dans le delta central du Niger. La réussite déhnitive semble immanquable aux plus compétents, dans un avenir rapproché.
Depuis très longtemps , Segou expédie , vers Bammako et Tombouclou, des bandes tissées, des pagnes, des boubous, œuvres de ses flleuses. Elles fixent le coton sur de légères quenouilles dont la boule supérieure peinte en noir, ornée de cercles blancs et ocreux, atteste l'indéniable survivance, ici, d'une expansion memphitique etthébaine.dans les siècles anciens ; ne fût-ce que par l'entremise des négociants. Sur le marché on trouve, en grand nombre, ces instruments du travail au foy«r.
234 NOTRE CARTHAGK.
Il fait la richesse de cette ville pimpante, agréable aux flâneries de jeunes bambaras et somonos, de celles, amies d'Européens, ^i vont entourées de voiles comme nos premières communiantes, et suivies de servantes robustes, très noires, que le pagne moule.
Les noix de kola, propices à l'énergie, objet d'un commerce énorme depuis la Côte d'Ivoire jusqu'au centre dh l'Afrique, remplissent les corbillons en vannerie très fine de souples vendeuses. Ces jeunes filles s'embarrassent les pieds en deux bandes longues et bleues, pendues à la ceinture l'une devant, l'autre der< rière, signes distinctifs de l'état virginal. De la terrassa atteinte par un escalier à doilble révolution,^ les fami liers de la résidence peuvent se plaire à voir, par deli les palmes et les parterres du jardin, le déûlé de ce! personnes aimables, de cavaliers trottant sous leur chapeaux coniques, la lance au poing, et le bouboi gonflé. Le toit de la véranda abrite le vieil intei prête en burnous et en turban, chevalier de la Légio d'honneur, parmi les gardes de cercle, vétéran presque tous, et qui portent, sur la vareuse, les m» dailles de leurs rudes campagnes en Mauritanie, ¥ Soudan, au Ouadaï, ces médailles que la fâcheu paresse des bureaucrates ministériels expédie si tar Cependant, pour cette récompense surtout, les tira leurs combattent, se font blesser ou tuer avec bonne dans l'Afrique entière et, quand il faut, en Europe. Dans la prison voisine, faite de cabanons entonr s une cour sablonneuse, le condamné à mort, très n[ia.ig
THËi» LARGE. LE MGER S'ÉTEND... 335
balanee, an bout d'im eoa décharné, noe t£te d'oiseaa Fipace. |] attend la pendaison, k geaonx dans son manteau brun, sor un divan de banco. Le soleil qui «nlre dans la cellule, avec les inspecteurs en visite, éblouit l'œil pourtant vif et perçant de l'assassin. Le tribunal indigène l'ayant voué à la peine capitale, ce bandit à mine d'ascèle se demande si du temps lui reste avant l'applicatioD de la sentence retenue an Gou vemement pour les vérifications officielles. Lui semble soucieux de se montrer impassible. Toutefois le désir de vengeance lui serre évidemment les mâchoires. On lui devine la rage de ne pouvoir meurtrir ses gardiens. Ce n'est pas la mortqu'oD lui annonce; mais son couscous. La femme adultère le lui présente. Superbe bambara, nue jusqu'à la ceinture; et, joviale, elle montre un ventre tatoué de cinquante cicatrices sous la plus belle poitrine de bronze. Elle-même, a pilé les deux BOUS de mil dans le mortier de la prison. Six mois, cette Vénus noire y doit expier sa peccadille, sur la requête du mari, car il n'a point reçu de l'amant toute l'indemnité d'usage. Non sans convoiter les charmes de la détenue, l'homme de meurtre, gravement, méthodiquement, roule en boulettes grasses l'unique mets de son repas, puis les envoie dans sa bouche béante. La porte refermée, verrouillée, l'adultère se reprend à piler le mil pour le soir à deux sous la ration. Parfaitement esthétique, le geste de cette beauté forte lève, abaisse le petit arbre qui sert de pilon.
Néanmoins il est peu de fripons à Segou. Solidaire à l'extrême de ses compatriotes, celui qui a besoin de dérober Tindispensable, méfait dans le cercle voisin, mais épargne les propriétés de sa province. Joli sentiment de fraternité régionale. Le travail manuel rapporte cinquante et soixanle-dix centimes, outre la nourriture. Ce qui permet, à Segou, bien des achats. En ramassant les larges carapaces de mollusques en foiiis dans les sables, en les broyant et en les transpor tant jusque dans les côneé en banco des fours à chaux, en y superposant les couches de éols et les couches de coquillages, en surveillant la cuisson vingt-quatn heures, en mouillant et en tamisant à la sortie^ beau coup de gcQS gagnent le prix de leur couscous, de leu boubou, de leur tabac. D'autres travaillent dans 1 briqueterie édifiée sur des plans memphitiques, et dessèchent, six jours, au feu de bois, les argiles. Le bâtisseurs trouvent l'emploi de leurs talents partou sur les sept kilométras de cette ville allongée dans le ombrages au bord du fleuve. La richesse apparaît con stamment. Au milieu de la place Ponty, l'onreucontr telle femme dont les cadenettes enfilent chacune troi anneaux d'or creux. Six ou huit petites boucles du m^ tal solaire percent les ourlets de chaque oreille par^ encore d'un lourd anneau dans le lobe. Ayant vend cent francs la tonne de ses arachides aux courtiers qi la vendront cent quatre- vingt à Dakar, le paysan baijj bara aime indiquer sa chance par le luxe carthagiiio| de son épouse.
Cependant le fils de ce rural ne désire pas continuer la même tâche. Dans les huit bâtiments du groupe scolaire, où ils reçoivent l'éducation et l'instruction dispensées aux trente élèves de la classe par des loattres excellents, ces garçons bien attablés dans le grand réfectoire, ou couchés dans le dortoir clair et propre, ne rêvent qu'à vivre dans une place de scribe, d'interprète, d'arpenteur. Leurs trente condisciples aussi. Très vite la jeunesse un peu studieuse a pris le goût de nos adolescents pour les fonctions d'État, sûres et rémunérées, prestigieuses. Les cinq francs quotidiens du constructeur municipal, un peu géomètre et arpenteur, la tentent. L'amusant est bien de voir s'exprimer ce vœu de Paris, de Quimper, de Nancy ou de Perpignan, par cas grosses lèvres sombres et craquelées, sous un crâne violâtre, que surmonte une chenille de crins. Ces mêmes petits bonshommes, un peu haletants derrière leurs bras croisés contre leur tunique de coton bleu, et qui viennent de situer tant bien que mal, sur la carte muette, les ports méditerranéens, la route de Marseille à Colomb-Béchar et à Tombouctou, la route du Transafricain si nécessaire, ces même petits moricauds écarquillent leurs yeux marrons, leurs sourires de porcelaine pure, à l'espoir d'être le rond-de-cuir ou l'homme h casquette d'uniforme. Comme cela doit nous donner confiance dans leur transformation prochaine en véritables et indiscutables Français I
Bientôt ils sauront, dans la « Bibliothèque de
Segou », très copieuse, lire les morceaux choisis de aos encyclopédistes, de nos classiques. Molière leur enseignera l'individualisme. Rien ne leur manqnera pour devenir les électeurs de parlementaires factieui Pour l'heure, nous pouvons compter sur cinquante ans de fidélité docile et prête à tout comprendre de nos besoins communs. La mosquée de terre louge, sa pyramide hérissée de poutrelles dépassantes et qu'ornent, à la pointe, trois œufs d'autruche, couvriront, encore longtemps, des prières naïves et des salams sans commentaires intérieurs.
Les gens qui vendent sous les palmes, dans le grauc
marché établi en la place du tata d'Abmadou ï»si
disparu, ne respirent que la gaîté, l'action, la viemul
tlple. Même les sorcières parcheminées qui présenten
leurs poissons secs, analogues à la sole, leurs tomate
vertes, leurs arachides grillées. Ces aïeules rient ave
les fillettes et les nymphes plastiques offrant l'indigi
les mottes de karité dans leurs feuilles, le sel e
plaques. Ce gentilhomme campagnard n'abandonr
:ude noble. Le poing sur la garde du sabi
gulaire et historiée, il discute la valei
nds hœuls à bosse, de ces magnifiqu
/es à longue laine. 11 gesticule et
son boubou délicatement brodé. Il reje'
m chapeau de vannerie pour décottvrii
et frissonnante dans la jugulaire à glan
vance, vers le contradicteur, un pied
ïque dont le bouton de maroquin, sur l'i