‹ Notre CarthageChapitre 38 sur 47 · TRES LARGE, LE · texte numérisé non relu

TRES LARGE, LE

teil, retient les lacets. Il jauDe, les quartiers écarlal la selle qui habille son pet mutin, une mèche dans l'o trépieds de caïlcédrat, les basses contemplent la dit sont innombrables et tassé Leurs cimiers de cheveux i se relèvent avec les babilU ces faces ooires, avec les gi et les soubresauts des go gamines malicieuses. Il est poids de leurs casques, d( calots d'ambre et de leurs

iaune, bondit pour fuir le maléfice de l'oculaire photographique. Elle provoque un brouhahaparml les vilageoises arrivant, droites sous leurs charges de coton. ^^ frisson passe dans les échines ridées affreusement les vieilles. Elles ramassent précipitamment leurs oëles d'argile où pétillent les beignets de mil. Les do lescentes resserrent leur pagne à damiers autour de !urs hanches trop sèches. Et les mille tètes du martié se tendent, anxieuses pour voir le pourchas de la Ile superstitieuse par le photographe acharné. Les res éclatent de partout. La joie de l'Afrique retentit. esbrasQns gesticulent avec leurs anneaux. Les rôtisurs oublient leurs brochettes d'aloyaux qui flambent ir les trois pans de murs. Eux-mêmes, les Maures se Srldent au milieu de leurs tignasses. Ia marmaille

se fuit, se poursuit autour des boîtes en oourgeg découpées, . garnies de peau que vendent, par tas, des mères imiiiobiLes allaitant leurs bébés noirs. Le8 ebangeurs protègent leurs cauries en masse, leurs pièces d'argent contre Timpudeifce des mioehes. E tout ce tumulte va finir au pied des longs bâtiment crénelés que font construire les exportateurs. Un dizaine d'économistes casqués, vêtus de toile beige s'y plaignent, là comme ailleurs, du Syrien détaillan et colporteur de camelote que ne décourage pas leprb de sa patente : trente francs par mois. Ces compé tences indéniables promettent à notre empire toute 1 richesse, si le Transafricain emporte, un jour, le cotoj du Soudan jusqu'aux portes de l'Algérie. Cependant accusé de faire peu en faveur du Commerce, l'admi nistrateur rappelle que le cercle de Ségou rapport six cent mille francs à la Colonie qui lui en laiis seulement vingt mille pour les dépenses.

Quinze joura ont suffi pour aller de Dakar à Sai sanding. et pour saluer, sur la berge du Niger, « 1 FamaMademba », célèbre dans tous les livres d( voyageurs, pour sa grande intelligence et sa Ûdéli à la France. Fils de chef, élevé à l'école de Faidherb il servit d'abord comme télégraphiste, puis como diplomate en négociations difficiles, avec les Touce leu]:s, ensuite comme soldat valeureux grièveme blessé aux côtés du colonel Bonnier, enfin com organisateur remarquable delà province o&.il plani avec science, des cotonniers. Mademba s'exprime p

TllÈS LARGE, LE NIGER S'ÉTEND- 2*1

laitement. Beaucoup de nos gens d'esprit discuteraient, sans victoire, avec cet Ouolof de 64 ans. En dalmatique de drap vert, ilressemble fort aux sultans fixés sur nos gravures et nos estampes du xviii' siècle. Politique, économiste, agriculteur et tacticien, ethaographeaussi.saconversstionestséâuisanteàl'extrême, pleine de souvenirs. U fut à Paris.- Pourtant le voilà sur l'esplanade en pente qui s'élève vers lafaçade égyptiaquc de son palais ; le voilà en turban et eu robes blanches, sous un manteau vert comme un vizir des Mille etuneNuits.Ases eûtes, quelques-uns de ses fils, ses lieutenants, les chefs de ses provinces, forment une cour d'Orient qu'eût peinte volontiers tel vieux maître de Venise. Entrons avec lui et sa suite dans la cour de son palais. Une autruche de taille prodigieuse s'y promène, effroyable vraiment par la hauteur dominante de sa tète si féroce au bout du cou droit et pelé. On se rappelle les oiseaux fabuleux des contes arabes, ce i< roc » qui s'envolait emportant le héros agriffé aux laines d'une proie bêlante. Néanmoins un marmot houspille ce volatile géant avec une baguette, des poignées de sable. Et le colosse empenné de fuir, en gloussant, cet amour de trumeau qui cabriole, joufflu, potelé, ventru, habillé d'un fil de perles.

A fréquenter lemondeeuropéen,leFamadc Sansanjiaggsgnalaconnaissance desmets savoureux, des vins illustres. On dîne auprès de lui avec les plaisirs que aous réservent àParis les habiles maîtres de maison. A ces plaisirs s'ajoute celui d'entendre la griote qui

aut, loFS de la période héroïque, ripélet bymneB de guerre, au milieu de cent larure, assises sur leurs talons dsnsie 1 longue salle. Lorsque le poème déclare [ui furent blessés à la guerre ont, seuls, lanter ainsi, l'émotion parcourt FaBEisles vives d'un pagne, l'aile d'un boubou leau d'arçent sur une cheville fine qui 3 le pied en sandale, les boucles d'or au lies, les tiares de cheveux pesammeol it dans l'obscur, par moment, ici, li.

■X ressuscitent. Cependant la voix de nt aux plus hautes notes, crie Is la victoire. Cette épouse du Pâma, que

surnommèrent la « Jeanne d'Arc du emble maintenant âgée. Mais tonte sa lilie la forceet l'énergie militante. Malgré l'est pas tenue à l'écart des conseils. ElU le Fama partout, ainsi que les ministres le. On^ssure qu'elle lui fut une Égéiie

Le respect unanime se manifeste lorsurl, avec le cortège du Fama, les rues|

de Sansanding. A son passage, les.

i cheval sur leurs petits bœufs trotteur*, m de leurs montures. Entre le fez écaricheur du boubou, les francs visages ient, en luisant, sur le seuil des porteii 3B dans le banco des murs aveugles fi

A Sàûsanding il y a, dand la nuit d'une étroite mosquée, un mausolée, revêtu en cretonne pourpre à grandes arabesques, celui d'un cheik. Il y a les vertes coupoles des arbres au bord du fleuve qui étincelle. II y a, dans les environs, soixante hectares de coton* niers avec égreneuses, presses à balles, et tout le néceS' saire ^ la tentative d'une exploitation modèle. Il y a surtout le curieux esprit de cette élite soudanaise. Ce sont les fils du Fama qui dirigent les travaux, conduisant eux-mêmes la charrue spéciale, dressant, chose difû cile, les boeufs dés attelages agricoles. L'un des fîls^ sorti premier de notre école deNogent, est en mission au Caire pour étudier les cotons du Nil. Hier encore lycéen d'Alger, l'autre converse en la pure langue classique du xvm" siècle. Il écrit. Il s'intétesse beaucoup aux tentatives de nos poètes nouveaux. Noire comme l'encre, sous un front proéminent aux bosses lumineuses, cette face dénote l'intelligence la plus vive. « Je bafouille encore le bambara natal; mais j'en oublie... ))Confesse-t-il en s'inclinant parmi les ailes ie son vêtement. Et il étend les mains avec une moue ipirituellement penaude. Il conserve un autographe l'Edmond Rostand. Il a lu les livres algériens de Louis Bertrand, le Sang des races, la Cina, qu'il idmire comme il sied. Abd-el-Kader a décrit son royage de Sansanding à Alger. Amoureux de sa couine, il obtint que son père allât présenter, selon Tubage, ux parents de la jeune fille, quarante noix de kola, a une première visite, puis qu'une seconde fûtfaite,

i a T73i5ièîne. mranx 'auntiie- £ ranssc-i-t:!

t lar .a aier?. Le» riantes :» sî ••îftn.t 3iBï V^'-

f^^a i lu. romiuir^. iiiûr«. la ntïse -h.^ if ;t .1iiz. -mi lurx 't?r5« a îliï & *s brani-piv;^

mts-. im'ii ra. i -^îîî ie ftiuraniB i Sou^aBillz^. l-^ oc* >rr^2iijûiirs K ^îp-i'-errinL StiœiiistrsiLi;^- ™. ;*:s iamirï 3t^ jt^nr»!!! pins ^iinuis 'fe It- Lrt'irv îi.aïuziii'r liais -^iles poomiit ?«eT:.irKr; 5, EU--^ 3.*e naaii'-nm pas ievam 'ears mh:. lî" L i iis i'i Fima ^tr'jQE :enas iie aiafliwr à aial-^ .« ?i T"--;. L la -i'-'ii rait iii •liasse à ses ^a^v.; xis ic It:* iriiiT^s parl'iiic fnm-Ais loaîoars en;:^ ■. aiaii Ii^* ilics ■îitv'îes x Soiat-Lows. oe cc-am-inz ri-^r; p-e i.'jii.;iûi. â ■fUes faven; l^rs la.'. :;; .:4^n::t< -ie T-ill'jc i La ■:oaïujr^, à La kssive, à !s .^ra'ic-a -i-i f~<:--i<: Br^f iia.-» viemiite perp^iuia^ ïraii"iocâ d-is ?tt:' "■'< afrLi:aiiKS et y mêlant 1- [irïir d-T la TÎe ear-.'Çrr^GC^ semble se développer

La iT'.trrr at veai-. Ezît^ simple brmillcar. pvut

mplt ^l* 'i-intâiieai, .ib-i-el-SiJ^r Uuieinba, blessé en-' ':at. cinq f .1= ■•■.lé. a *.:.n.quis •□ fen s*b irions de ci]H

d tofïnt«rie rol.'nisk <*. reaoïi'^nl «a harem africaïa.' i:'\i\é dp J* cr°*r une f-niile ea France. Ses frérts — kti, mort i[l'.,ri-:iiSf-m';Dt lie^ant S.iiî.'oos, et Racine, ac im'îfll ini{iini?nr «gronome au Soudan — firent leur de-

Kiiminn lieutenants, pendant la grande goerre.

autonr du Fama. Légitimement il est fier de son effort. II montre volontiers les dédicaces amicales des gênéraHx, des officiers qui lui adressèrent leurs livres en souvenirs d'anciennes et loyales amitiés.

Louable manière de vivre dans un palais d'argile aux merlons angulaires, aux larges escaliers de banco que les gardiens éclairent, le soir, par des torches de bois résineux ou de paille. On se rappelle la description de l'Odyssée évoquantle palais d'Ulysseenlthaque. Ulysse est là, en effet, au retour des guerres lointaines, avec ses dix Télémaques éloquents et sages, ses Pénélopes attentives. Il vit, en regardant des danses des plus agiles, en écoutant la mélopée des chœurs, enressuscitant les souvenirs de gloire, en murmurant les noms des grands chefs qui surent triompher d'oppresseurs féroces.

Après Sansanding, les oiseaux de marais se multiplient sur les rives. Ils pèchent entre les roseaux verts du bourgou. Les villages apparaissent fréquemment, juchés sur les berges, tout en murs de banco rectangulaires sous les feuillages, avec la pyramide conique de la mosquée. Bleues et blanches, les populations acclament le yacht par tous les cris de leur marmaille gambadante et de leurs lavandières à l'ouvrage. Des troupeaux de chevaux galopent échevelés sur les caps sablonneux. Peut-être les ascendants de ces bêtes furent-ils amenés d'Egypte, au x' siècle avant J-C, par les Hiksos et d'autres peuples fuyant des revanches, des persécutions victorieuses au bord du Nil.

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'U, 'If.iniin k» '»rif;ifi*s, dominç U eaâte de pkii£u- /'//>'•, '>'ilui<!» i;! o[iiriiAtr«f . portant la sa^ew e I u- /^rit-M'À: UHtnri-M-, k l'une des pins Tkiîks isces ;- 'Atiirfi-. fDj:\'U:uU\t. Pîl'jtfcs et UptbU soinoix. L^ 'trrlkoi a Ift navifr'iiU'fd jour et Huit, presqae suf^ji'j», «v/î iiiift ci(iw;it-rice inponniie des Enropê^iii ■i li; fj;tt/-iiij t'i-Mvim,'-- 'lans iiûe partie du fleoTecocr-^ jo'if iuvwniiMi;, |(r pil',t« s'eQdort «ae heure oo d^;:! MJf \i: ("irit à cAl/; dt; la roue timomère, nn snbord': ■:iL- :i iii:.fi'/:ij vrt- ; iiiiiih à la moindre apparence de difi.- i :ijlU':, (:t;l<ji-<:i r4vi:illt: ïûn cbet. Dix joure et phu, ce: !<{iii{i>i({(; de nix ti'irrjiiii:ii maigres en cnlotte de coUn ; \>\>-n 1:1 ';H vi:»U'b wjurtes. cts homipes dévisage cnje; | ut i'i\irui"!t\i: ai: primeront qu'à leur devoir, se relayaoi ! iwtir, «XJicliliid», lie reposant très peu. goaventmème ' Hm jifi<»tt:roiil le lempË de leur laieir, près du pilote, à I \'lwiiu\i:v dire kcb inipresylong Dautiquee, ses euseigae- ' iih^ijLm. I,ui-uir:nii: étudiera la langue fraoçaisa dans i'ifhp'jir ij'ui''iu(:i'jr tsen Ijrevets, aux très rares endroits . m la HurvitilluHce Juk fonds mobiles peut se relâcber. i Qiji:l(iu<;)> noix de kola, bien épluchées, coupées en LruiJclius et mâchées longuement, soutiandront cette éaei'tjie extraordinaire.

En oetobre-novembre, les hautes eaux du Niger s'étalent encore très loin. Elles immergeât la contrée, sur cent cinquante kilomètres carrés. Elles forment des marais inûnis peuplés d'oiseaux. Les villages paraissent bâtis sur des feuilles. On ne rencontre que des pirogues faites de planches cousues ensemble au moyen de cordelettes de chanvre, et sur lesquelles les Bozos godillent, rament, manient la perche tour à tour. A perte de vue le pays semble inondé sous les essors fréquents des blanches aigrettes. Et au milieu de ces plaines noyées, tantôt couvertes de rizières, tantôt fertiles en hautes herbes de borjou, nourriture d'un bétail considérable, maintes touffies de feuillages épais signalent les demeures des pêcheurs bozos et des pasteurs peuls. On voit des silhouettes humaines glisser entre les roseaux avec une barque invisible, soumise au jeu de» grandes perches manœuvrées comme au temp? des Pharaons, plongées, appuyées sur la vase, puis repoussées par les hommes adroits dont les pieds, en marche sur le bordage, et les corps, en mouvements périodiques, créent une propulsion rapide. L'esquif et ses Bozos Glent dans les paysages de verdures infinies et de lacs luisants jusqu'aux horizons. 11 file avec son dôme de natte qui protège les denrées bragiles ou le poisson de pêche prompt à se gâter dans la chaleur du midi. Ces gondoliers rustiques font la vie de la contrée fluviale, une vie de gestes nobles et actifs, de statures athlétiques en effort, tout le sujet l'une 9tèle égyptienne aux traits nets, au [passage

>OTKE CâKTH\;E,

t B'ia pas rw*. Ad cooflneaî ix N^-j; ^t (l'attord Charlotrilk. k fo^n^ ti iil M'^urot qui *e Gt colon. D fryiZ^Tliifo rwraté, une quinzaine d>aiii-it Vaille donna sod nom an d-iKii:^- % re^lan^u taire, à façade nette, xp- •roD, de fenêtre* en «dre, d'an t:r. ti a'l<;m<; ré;ïulier, labala5liadec»Er>:cii e royaume d'eaux. La demeoresmikhesses acquises dans la cnlinre i:

du mil el des pommes de terre, p^ '^ rettes, par l'élève des bœofs Zebn. fô: iliis plumes d'auliDche. Un peu pi-; :;n(s mètres de là, les palais de iWdni'

Jïcoles, du Secrétariat, reflètent leî-ii;ades lisses, également couronnées d^ il f1ott<;nt, à bout de mât, les trois oie ques (lu Niger et du Bani, s'entassent ïurs cargaisons le long de la ville clair« le loule joyeuse en ailes blanches, ^a 1 bron/cs corporels. L'enfance j^ue

ks nénuphars. Gilles et Pierrots éléopé<;iis attendent le courrier possibk échines lumineuses, les lavandière; étolfes mouillées. Sur la terrasse d«J

Surion, la célèbre lionne de Mopti.

le un chien par un collier de cuir et une

chaîne, se dresse. Elle s'étire, formidable, les griffes dehors. Elle bâille. EUe.rugit.

Tout de suit&, en débarquant, le touriste s'engage ' dans une cité de charme, au milieu d'architectures neuves et avenantes, que les plus beaux arbres ombragent. Des gazelles apprivoisées trottinent par les rues de sable fin. Assis le long des murs, beaucoup de Peuls au nez droit, venus de leurs campagnes, attendent ou se reposent dans leurs manteaux, en des attitudes esthétiques.

Entourée de galeries à balustrades, munie d'escaliers spacieux, flanquée d'un donjon carré, la résidence a fort bon air. On dirait un castel savoyard, comme il en est dans le Val d' Aoste. Une dizaine de bâtiments analogues, abritent l'Instruction publique, la Poste, divers secrétariats. Dans cette île principale, dévolue aux Français, les importateurs ont fondé plusieurs maisons larges, confortables, accrues de magasins et de docks, de quais pour leurs flottilles, d'ateliers pour les machines à vapeur. Chambres à coucher,' salles à manger contiennent tout le confort habituel dans nos villes de province. Des breuvages variés couvrent les guéridons de leurs bouteilles aux marques notoires. La pankha fait courir l'air autour des visages, soulève les cheveux, pendant la causerie. Les charpentiers adroits, les maçons soigneux, les prestateurs dociles qui composèrent cette ville européenne furent payés cinq francs, trois francs et vingt sous, par jour, selon leurs capacités.

Notre cauthage.

habitants s'arraugeut sur les digui^s )ts lie Mopti. Ils envoient dans rêiUti^:- ;ole cent élèves, dont vingt Biielte U lus. Ca petit monde s'éduque passabt';- Ira. dans quel([ues années, parmi k; 3lés. les Lrente-cinq mille Peids et leiliaras du cercle, nos idées, nos priasèment mariés à leurs conceptions -l j ailleurs point si diftérentes des nûir-:

;e sont des sentiments de coque tt-ri'' à ceux de nos jeunes femmes qui •x^apetite peule si filtâe entre des caJo-

dreut se dessiner mieux le noir liei f r une bague d'argent à sonpi^d droit torme de mitre, le »ouci de faire jra- )ir des épaules étroites et frïssonnantci

soyeux, des jambes très fines à petli!

JUS les genoux par [e pagne, ne s£>n; ies étrangères à nos modes. Et la Bil- DO qui arbore no chapeaa biscornu.

maison de Paris, une robe àcarreau^ i rouges, des souliers bUocs, perdrait- . se tresser quatre cadenettea, sur ki autres derrière les oreilles, plutôt que I boucles 3 l'anglaise P Une spirale de t la cloison nasale et eocbâssanl uc ose, n'est pas pour déparer un sombre itrê d'étoffe noire, et qoi a deux petites

TRÈS LARGE, l*E NIGER S'ÉTEND... 25<

crou bleues gravées sur les pommettes. Surtout s'il contient le regard le plus langoureux et le sourire le plus éblouissant, ^"urtout s'il se balance sur un cou fragile jailli de l'échancrure du boubou, entre deux grosses boules d'ambre. Les démarches souples de ces peuples ne sont alourdies <iu'à peine par les énormes anneaux de cuivre pesant autour des plus fines chevilles. Quatre bracelets cliquettent à chaque poignet, soulevant les pointes des ailes blanches ou bleues que semble l'étoffe agitée par la marche des femmes entre ces bâtiments officiels, par ces avenues très propres, vers la place que rend merveilleuse le feuillage en voûte d'un colosse végétal. Oblique au sol il est un centre familier pour les philosophes de la ville, assis autour du tronc, et qui là dissertent, non sans évoqner Socrate et ses disciples dans les jardins d'Aca^ démos.

Les trois tles de Mopti, celle des Français et celles des indigènes, sont jointes par une digue. Elle s'effondra, comme le pont, et Ton franchit l'endroit de a rupture en traversant une pirogue amarrée là. Une mtre digue s'allonge sur dix kilomètres avec deux 'angées d'arbres vers un centre voisin. £Ue a coûté rente mille francs, mais simplifie les transactions. )ept maisons françaises accumulent les ri;; de la région ^vant de les expédier aux consommateurs de Bam^ nako et de la Guinée. Ce sont les ri;s flottant à pellitule rouge&tre, que l'on cultive dans les terrains égulièr^meut i»t longuement immergés. L'expédition

Wï NOTRE CARTHAGE.

ver» Saint-Louis et l'Europcsera bénéficiaire quacd le paddy aura été nettoyé, dépaiUé. brossé et blsLchi aux moulins à vapeur de M. Simon, qui l'ofire alori »ijr le quai de Saint-Louis pour cent ciaqnanle-ciiiq francs la tonne. Le résidu nourrit et engraisse le bé tuil. En bien des cases de banco, on tresse des sac; iiidis|)ensables à ce négoce. Le» importateurs dislri Ijuent aux alentours trois à quatre mille tonnes de sel gemme roumain. Ils vendent aux indigènes des tissu; hollandais que l'on fabrique exprès dans les usinelialavcs selon le goût observé des Bozôs et des Peul; Néanmoins les tisserands sont nombreux à Moptl. De leur fil, ils entourent, pour le tendre, les murs des maisons, ceux des quartiers; puis l'amènent sur lem métier suspendu. Graves, orgueilleuses de leurs bracelets en cuivre martelé, en perles, de leurs petites ïuenouilles égyptiennes, les mères, au seuil despor îhes, filent le coton par-dessus leur enfant à la ma meile. Le spectacle de ces vies rend incomparables es mille surprises d'une flânerie dans le quartier indi- ;ène. Squelelliques et parcheminées, des vieilles carient. Le travail semble incessant partout, dans ces ruelles tortueuses, sablonneuses, percées d'ouver- ;ures. Elles révèlent parfois déjeunes forgerons qu ont, à genoux, enfler, dégorger les outres de leur; ioufflets devant les charbons de bois en flammes, andis que, attentif, entre ses tresses recroquevillées iur l'oreille, un bel éphèbe noir martelle la (aucills ■ougie sur l'enclume, ou le gros clou à tête large, le:

des brodeurs vautrés piquent, découpent et cousent. Ailleurs des ânes amènent leurs coufles pleines de fer recueilli dans les hauts fourneaux coniques de Tin^érieur où le minerai se transforma.

Sur le quai, en retour, une théorie de forçats haillonneux, étiques, sujets pour Tart cruel et très précis d'un autre Hokousaï, emportent sur leurs crânes les moellons débarqués. Un vétéran garde de cercle les surveille, le fusil au poing.

Le port intérieur reçoit toute une collection de motocyclettes à l'adresse des missionnaires, cent bidons à pétrole en pyramides, quelques machines aratoires peintes de vermillon, les dents neuves, un troupeau d'ânes patients que Ton charge.

De la digue, on accède au marché par une large voie que d'autres forçats balayent, arrosent. Au pied de ses arbres touffus le marché se déploie en une incomparable mise en scène que M. Marzen, l'administrateur, explique avec une science calme profondément amoureuse de cette belle Afrique.

La tour carrée, les cintres des baies dans les murs de la résidence forment le décor du fond. De là, nennent, sous les calebasses et les jarres que leurs têtes supportent, maintes gens aux plis bleus, aux siiles blanches, maintes femmes habillées en losange lepuis le cimier de la coiffure, vers les ampleurs du t)oubou sur les hanches, jusqu'à la finesse des jambes, 'une devant l'autre. Sous les coupoles de verdure lense, les marchandes qui ont aux oreilles des ellipses

NOTRE CABTHAGE.

les. loatennet par un fil caché, êtalenl de couleur, leurs poteries roses. Des lias montrent, pour échantillons, ks ît que les établissements Simon translire végétal, en corozo. D'autres expo- U kapok que livre le fruit du fromagerlile limpide en jarres, et ses tourteaux n peau de mouton, parfaitement trasont présentés pur des artisans peuis.

tttes aux dessins très sobres, dëlicats. airs et violets sur fond jaune, sont désable éblouissant. Les brodeurs oitrecl : boubou à trente-sept francs, historié ëles de leurs dessins qu'ils exposent.

Imirable, digne d'être récompensé pat Bs françaises. Pour deux cents francs ne nappe à thé sans égale, contre pour la première fois les femmes X Songaïs qui, encadrés par les Berchrétiens peut-être et chassés du nord idèrent l'empire de Gao au vui* siècle. de cheveux en ligne sur le front. Tôtque dominent le cr&ne que, sous uo ^rles, le rasoir illustra de dessins hordans la mousse orëpue. Souvent le; oints par une ligne peinte. Des yeuï l'indigo. Ces petits hommes, à l'air es de lourdes toiles jaun&tres, coiffés )Diques, on couronnés de jdiadèmes en

perles, et le sabre pendu à l'épaule par des ficelles, ce sont les terribles Habbés. Ils repoussèrent longtemps notre influence dans les falaises voisines de Bandiagara. lis nous tuèrent le premier administrateur envoyé chez eux pour ouvrir l'accès de leur pays aux juges de brigandages trop fréquents. Il fallut envoyer du canon et bombarder un village, ses greniers déterre collés dans les parois d'énormes roches. Maintenant, les voilà qui viennent d'assez loin, apprendre les avantages de la civilisation. Vont-ils acheter de ce mil que les fermières présentent en des calebasses larges comme des cuvelles au courtier des exportateurs assis contre le porche épais des bâtiments à merlons coniques P Par la [baie de l'étage se penchent trois dames peules, gentilles et curieuses. De leurs lèvres bleuies, de leurs yeux malins, elles sourient à l'animation du marché, à ces paysannes anxieuses de savoir le prix qu'elles vont recevoir. Le mil est versé sur une natte, ramassé dans une écorce de fruit, qui le mesure, puis répandu sur une autre natte où le monticuleaugmente.il y a là quatre nattes qui sont quatre comptoirs pour l'astuce attentive de l'acheteur à genoux. Des calculs se poursuivent dans cette tête prognathe, barbare, moussue de crins, et ïu'un cordon serre autour des tempes. La méfiance, [a cupidité émeuvent cette poitrine cachée par la tunique de guinée bleue qui découvre les manches }lanches d'un vêtement intérieur. Son commis compte e franc, les sous, les cauries aux paysannes. Elles

se NOTICE CABTHAGE. 1

.'en TODl, commentaDl leur déception, saascBleB^ , TJer le mdme qDi lenr pèse sur féchine daas Té- 1 faarpe nouée contre la gorge. Pour cinquante elle gamine peole, vètoe de boucles d' loazaiaes sur les deux ourlets de chair, a Tends a lanard ronge et brnn, saigné au con et qui gll ft. {avi de ranbaine, nn petit frère à la lion[^te gakift levant. La brise soulève le boubou qui déconvr* linsi 1^ galbe des jambes frénétiques. La nnqn^ e^t lélicate, le crâne ovoïde est garni de sa houppe oaliolale, la frimousse est hilare. Bientôt il s'arrête avec la sœur devant les bibelots de enivre roogeàtre travaillé dans la r^ion. Statuettes qui fixent, l'one. ie -etour d'un chasseur avec uue gazelle sur la tête; ;ette antre, la descente vers le fleuve d'une lavao- Jière droite et nue, sous la calebasse à linge ; cette iroisième, une ferme entière avec son mur de claies, les ruches à hommes, son bétail. En ces personna^M in peu rigides s'exprime un art primitif, pas trèsdil-j érent de nos teotalives médiévales.

xvni

nJENNÉ, LA PASStOR DU SOUDAN

Passé l'agréable Mopti, le touriste doit obligatoir>J nent se rendre à Djenné. Le vapeur s'engage sur ÎBDÎ, affluent d'aspect fluvial et qui règle par l'abc lance de ses eaux, les crues du Moyen Niger. Les ni

^rtfit -e l'ie i-tr.f ■ i. ofi:-i3i aianaïi'

^r.-^TTi io julien la ^lef. J ; -^ * 3)1115 -aiL-'iv —.- •E.%cir.:ï3ijii5. -r.-i^rî. .otite bit^nae. îoisii i-5 >:

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\!i miriiiKit ir* ib!r» muiiiimaiies. an peuziir :mariciii.T -a ^uar^ biam-hes y iait le Soiam ;■ l' r^m^-r-L-rr .t-laii; les irbpra pruiiaieai abrli-f^: -^ !iiais->ns t'irsiic n Its ■■hèvr'^ içoi cabrioteat la:.-.-'

T'.tis [ts linn'rnénnis aine n m g. wm t«ii'is :■ l'-mcir'^ -aiiarii^Q. le Ghana, iit^as t»hhis 'ie ['■àSL'^oràa^al 'ie Gao, m-^miiLtf^Miirofîaiiis arrivés de Nl"^ k'-f.ii -t ii>^ T'imb-jHi-roii. « dispacèreiit passivesm-at [*î pii\i. Et ils tiir^at aonibreiLi. da n* 3*:;- ; nos jonr?- ^ijin^ieuï, ti^ar â tour, d»? posséder Di-itz.-. CfS amtata f'^rwra s'emparèrent, W nas après [■; atif.r-s. i'^î liriis <,à îoiara ie -iresse, lieux qui 'X-C-- ETififi't^rit ie chftmin ■!■; t-;rre et la voie des eauï- E- Ha'Jj-Omar y vint, en l'"3Jï, au retour de la Mei'q'-" p'.Df riicevoif la prédiotioa dn prophète peal Sêko'-- Uuttififltia qui Ini anQoQ<:a h la gloire d'un empereur t: la mort d'un mendiant n, ctlle que notre œuvn' ^■liti^atf.urî lui destioa.

IDJE.VNÉ, LA PASSION DU SOUDAN. 2!i9

Aa-delà, le vapeur n'avance qu'en trouant un véritable voile d'oiseaux aquatiques. C'est une sorte de prodige que l'abondance de cette faune dans le marigot de Djenné, le marigot de Kouakourou. A quatre ou ànq cents, des espèces de culs blancs, bec écarlate, aiies roussâtres, s'assemblent. Sans une faute, ils fflanœuvrent daas l'air ; et mieux qu'un grand batailloti prussien du grand Frédéric. C'est, entre les rives, ïD carré vertical de petites vies tantôt roussâtres par >i>us les dos que sa fuite montre, tantôt blancs, après inevoite lace, par tous les ventres qu'un vol oblique ïvaace, tantôt rouge par tous les becs qui, devant lui, percent le vent. Des milliers d'aigrettes communes, de pique-bœuis, agitent aussi dans la lumière, les flocons i^ leurs ailes battantes. A travers ces manœuvres ^ts, fiait par transparaître une ville mauve à pinacles. Ceux de ta mosquée, ceux de la Medersa s'érigent tout dorés dans le soleil universel. Bientôt se ptoGlent une île de légende, lus murs et leurs ombrages que borde une cbauseée battue par la marche d'un peuple h longs plis blancs ou bleus, d'une enfance lioricaude et dansante, d'une cavalcade multicolore, fc musieiens énergiques, d'élégantes bien mitrées, fBrées, allègres, souples et rieuses.

Ce sont les filles indubitables* des antiques Sonin- *^, originaires du Diaga voisin, si l'on en croit les locuments nouveaux elles études infiniment scrupuwses de M. Maurice Delafosse qui a comparé Loutesles wpothèseB. Au Diaga, derrière leurs troupeaux, à une

2«0 NOTRE GARTHAGE.

date encore imprécise, il se peut que soient parvenus des Sémites exilés de Carthage par une révolution politique. Ces Judéo-Peuls auraient été, dit leur histoire, des Israélites ayant autrefois envahi, derrière le? Hiksos, rÉgypte des Rams^s, puis, dès la chute de leui empereur Joseph, fui vers la Cyrénaïque, tandis qu( Tautre partie de leur nation poursuivie par le Pharaoi regagnait le Chanaan, à travers les déserts. En Cyré naïque, les fugitifs avaient retrouvé des Hiksos qui lors de la conquête, avaient dépasçé Touest memphi tique. Ensemble ils avaient, avec d'autres Sémites vécu sous Tautorité des oligarchies puniques.

Vers Tannée 210 avant Jésus-Christ, la plupart de Soninkè abandonnèrent la région, convaincus de leui forces expansiv^, renseignés par les histoires de émigrants et attirés par l'espoir de butins nouveau^ Us envahirent en effet le Sahel des Berbères, di Numides, dans le temps même où ces alliés alternat^ de Rome demeuraient aux prises avec les mercenair et renvoyaient leurs prises dans les oasis saharieni^ sous une garde insuffisante. Rudes cultivateurs et chi seurs, les Soninkè s'emparèrent facilement de i biens pour eux magnifique^. Ils allèrent ainsi jusq dans la contrée de la cruelle Oualata dans l'ouest- ne de Tombouctou. Contents de leur aventure, ils y ca| pèrent, s'installèrent. Un de ces bivouacs deviuli capitale. On l'a nommé Ghana. L'empire de.Ghi désormais s'accrut, tandis que les Syphax et les sinissa. entre eux, les Jugurtha et les Juba contre Kq

luttaient, recrutant tous leurs congénères de l'Akouar» et restaient incapables de revenir en maîtres dans la Mauritanie, avant la naissance du Christ.

D'autre part, les Carthaginois poursuivis par les soldats de la Louve, se réfugiaient dans le désert, l'exemple donné jadis par une partie d'entre eux, ceux que les ethnographes appellent les Judéo-Syriens de la Cyrénaîque, et qui étaient parvenus jusque dans la Nigeria en instruisant les Soninkè de leur histoire et de leur exode. Après la destruction de Carthage, en 146 avantJ.-C, et sous la domination sévère des Romains, les hommes des dernières résistances et des suprêmes rébellions prirent à leur tour* le chemin de Ghana ; pend£^nt trois siècles. Ils s'y retrouvèrent en telle multitude, encore augmentée par les Sémites du Touat échappant à une persécution religieuse, que ces Soninkè durent leur céder la place vers l'année 300. A Ghana, le premier empire peul, le proto-peul était donc fondé. Or, les Soninkè n'émigrent point sans leur bagage de civilisation sémite, sans quelques-unes des adresses transmises avec le sang judéo-phénicien par les métissages de cinq siècles.

Ainsi, pour peu que Ton admette un instant cette hypothèse vraisemblable, et guère en contradiction avec les travaux, partout admirés, de l'administrateur en chef M. Delafosse, il semblerait que cette race étrange de notre Afrique, les Peuls au nez droit, aux cheveux lisses, à l'intelligence vive, à la réputation de malice et de fourberie, à l'étonnante science

esclaves, surtout le bétail et le mil qu'ils savaient pouvoir vendre avec bénéGce aux gens du Sabel alors fréquenté par les vaincus de Tlslam; les Arabes ravageant le Nord de l'Afrique. Ceux-ci menaient leurs caravanes à Tirakka, port du Niger, non loin de Tombouctou encore inexistante. Ce fut là sans doute que les Soninkë rencontrèrent les Songaîs. Ce peuple de l'Est, né sinon en Egypte, du moins sur le bas Niger, avait, depuis un siècle ou deux, remonté le cours, conquis les bourgs des pêcheurs SorkOj puis accepté, en 690, la direction des Berbères-Lemta de leur Dia-Aliamen, qui fuyaient, eux aussi, l'invasion mahométane saccageant leur Tripolitaine,

Des relations d'affaires furent concertées entre les deux grands peuples noirs. Relations si étroites que les Soninkè substitueront à leur langage celui des Songaîs. L'érudit M. Maurice Delafosse l'assure, en adversaire de la théorie qui désigne l'Égypté pour patrie ancienne de ces Africains, et l'Yémen arabique pour lieu natal du premier Dia entraîneur de ce peuple . Cependant l'écrivian Sàdi déclare que le Dia-Aliamen 5tait parti du Yémen, et qu'il arriva sur le Niger ï épuisé par les fatigues d'un voyage très long ». M. Félix Dubois s'appuie sur ce texte pour en déduire K)n raisonnement qui transmue les Songaîs en exilés igyptiens conduits par un Arabe du Yémen. D'autre )art les étalons du Niger ont, parfois, les caractères les chevaux memphitiques et thébains, de ceux amelés au Nil, par l'invasion des Hiksos.

Osl le problème de Djeiu4. Problème si captivn; wur lous les amis de notre Alriqoe. Car, tfeoln, il ■xpliquera les causes de la civilisalion très compBi le. S.,iiJannis relalivemenl il la barbarie des aoir. Itlaotiques, des ejcIaTe» Américains, elpourgn» lous avons trouvé dans eette ville, Carthage et Mea ilii», au lieu d'une bourgade en paiUottes. habit? lar des primitifs indolents.

En 890. Oao est au pouvoir des Songals. Il y a là 'eux villes, l'une musulmane, l'autre païenne, cell^ et Imporlaleurs du Nord, celle des eiportaleuts dn ud. On y achète les objets médilerranéenj ellesil rc^cieux du désert. On y vend l'or, le bétaU. les airs, le mil et le riz. Nul doute que les gens de 11 iicnué encore future n'y seront des pourvoyeuri irecls ou indirects, Bieutjt. Tomboucton naîtra sar ■ parcours de leurs barques. Escale nouveUe pour s besoins des Touareg ravitaillant le Sahara peuplé »r les exodes berbères depuis le triomphe de Ils m. et depuis l'attirante prospérité de Ghana. A la veur de cette vitaUlé. les apôtres mahométans s'i». irèrenl; en 1009, le quinzième roi des Songals. le ia-Kossal, se convertit an dogme du Coran. Gao ivient la capitale de l'empire de l'Est, achalandée, l'avenir, par tous les musulmans dn Nord, quoique peuple Songal ne doive pas adopter la foi du Pro. lète avant le xvi» siècle.

Bien que l'empire Soninkè de Ghana eût oominué

grandir innnimenl sur le Sahara, et qu'as

DJtNXÉ. LA PASblON Dl* SOUDAN. 265

X* siècle il eût rassemblé, sous la protection de ses deux cent mille guerriers, les populations de l'ouest africain, au nord du Sénégal et du Niger, ceux de Galam, ceux du Bambouk et ceux installés à l'Est juscfu'à la ligne Oualata-Tombouctou ; celte puissance formidable ne put résister aux Almoravides du réformateur Abdallah, de son successeur Ahoubekr. Ghanafut pris en 1076. En 1065 les Soninkè de Galam avaient dû céder à l'apostolat musulman des Toucouleurs, néophites chaleureux. Et tout se désagrégea de l'immense organisation. Cependant des tributaires de Ghana, les Soninkè-Sosso, reprirent la ville en 1203. ils s'y maintinrent, par une tyrannie féroce qui dépeu pla la capitale, jusqu'à la grande invasion de Soundiata, l'empereur mandingue. 11 rasa la cité en 1240.

A la suite de ces désastres successifs, les Soninkè- Sosso revinrent une fois encore sur les berges du Niger. L'an 1250, le chef du clan de Mawa les conduisit auprès de leurs parents, sur le Bani et jusque dans l'Ile de Djenné au village de Diaboro. On offrit aux exilés, pour résidence, le plateau central. Ils y fondèrent la cité, en murant toute vive, dans l'argile, selon l'oracle, à la porte de Karafa, une vierge Boso. Elle les adjura de se rappeler la dette ainsi contractée envers ses compatriotes pour démentir de fâcheux présages.

La ville du centre était créée entre les grands empires de l'Est et de l'Ouest.

Ce peuple de Soninkè migrateurs qui a partout

'ssaimé, qui, dans ses colonies, eng<;ndre des élites :oinnie celles des Dioolas, ne manquait d'aï ntelligence. Polyglottes et diplomates, ils dévelop' ïèrent le commerce entre le Soudan et le Saba»,! jntre Djenné et Tombouctou, entre le Niger et la Mii- j literraaée. Les pirogues couvertes dé Djenné ont '. larcouru, de bonne heure, toutes les rives du fleuve < ;t recueilli, pour la vente, les ivoires, l'or, le bêlail. es esclaves, les plumes, les peaux, le mil et le riz outes choses bonnes à troquer contre le sel en barre lu désert de Taodéni, les objets manufacturés an tlaroc et, plus tard, les armes à feu, les munitions ' Vrlisans fort habiles, les Soninkfe fabriquèrent à nerveille les tissus, la sellerie. Ils surent teindre. Les nstruments de fer et les ornements de cuivre sorlient agréables de leurs mains. Industrieux dans leur: légoees, amis des voyages, curieux de tout, enclins I gagner, par la richesse, de la considération et du jouvoir, propagandistes opiniâtres de leurs idées. Is possédèrent LouLes les qualités spirituelles utiles à a vie la plus active. Ce sont eux qui donnèrent, par e commerce, beaucoup de cette vie à Tombouctou Is transformèrent le pays des Touareg et la cil* randiose du royaume Mali.

C'est le résultat de ces vertus que l'on admire en larcourant les rues de Djenné, en s'étonnant de ses uaisons bâties selon un art et un goût des plus sûrs, don le principe d'une tradition jamais omise. Daoi oute l'Afrique occidentale, l'architecture de Djeno^

DJENNÉ. LA PASSION DU SOUDAN. Ml

semble, dod pas unique, car ailleurs des mosquées, des forteresses, des palais, ressemblent plus ou moins iœnz d'ici; mais elle apparaît en une sorte de per- Bction. Il est des carrefours où l'on éprouve les émoions de pensée qui assaillent en quelque Vérone, en ^elque Padoue, parce que la spéciale beauté de l'ennable ressuscite en nos cervaux tout ce que nous bues, tout ce que nous apprîmes, ce que nous suppo- Imes de vies écoulées derrière ces murailles, pendant I époques signiOcatives de leur histoire. Oq a beaucoup disserté sur l'origine de cette archU dure. Est-elle d'Egypte ou d'ailleurs? M. Delafosse, li a comparé judicieusement les diverses théories, le l'importation directe de Mempbis et de Tbëbes, blgré l'avis documenté de M. Félix Dubois, auteur e Tombouctou la Myiténeute, ouvrage précieux. L Delafosse croit à l'inlroductioa par les Berbères, è ces lignes et de ces plans. Eu effet, il se peut l'Égyptiens ou Arabes, certains architectes venus 'Alexandrie, aient implanté dans la GyrénaTque, DTsgoftts, et que, de là, tels ou tels cheiks allés rec les caravanes, par le désert, jusqu'aux monts igérieos, se soient fait construire à Djenné. dès le n' siècle, des demeures selon leurs coutumes. Une Dîsième hypothèse se présente aussi. Les Judéo-Syeus, ou Carthaginois, qui, dans la région de Oualata, \ mêlèrent sept ou huit siècles avec les Soninkè de liaaa, ont pu leur apporter de la Patrie punique, * plans conçus selon les modèles alexandrins. Plus

tard, en allant sur Djenné, les Soninkè de Ghana y auraient introduit cet art. Quoi qu'il en soit et même si Ton nie absolument le possible d'une immigration de Fellahs, que M. Félix Dubois apparente aux Songaïs de Gao, par le Darfour, le Ouadaï, le Tchad, ou par tout autre chemin oriental, ceux fidèles aux souvenirs de leur voyage en Egypte ne peuvent admettre une dissemblance rédhibitoire entre Tarchitecture du Nil et celle du Niger.

A Medinet-Abou dans la vallée des Rois, en vingt autres places thébaïques, les petites portes des mas tabas comme celles des temples, sont identiques aui huis des maisons construites sur l'île de Djenné. De môme pour les pentes obliques des murailles et l'or nementation en forme de pylônes réduits qui décore nombre de porches. Certes il est des fenêtres, en ces murs aveugles, qu'une menuiserie indéniablemeni marocaine encadre; mais c'est en surcroît et saiï rapport aucun avec l'ensemble de la façade. Certe l'identité de matériaux, cette argile façonnée ou non en briques, ce crépi de pisé, cet arrondissement, pa les intempéries, des arêtes murales, ces nécessité analogues de la vie sous un même climat et qui cono mandent le dispositif général des intérieurs, mill signes apparentent la demeure marocaine et la demeui soninkà. Ils apparentent aussi bien celle-ci et 1 demeure du fellah. L'obliquité du porche est bie plus fréquente en Egypte qu'au Maroc. Elle est cens tante à Djenné. Même les montants de banco qi

s'élèvent en saillie qoadrangulaire, avec rinclinaison de la muraille extérieure, et qui se terminent en pointe, évoquent immédiatement le jet des obéliscpies ; mais d'obélisques en réduction, d'obélisques artificiels pour ainsi dire, d'obéliscpies à bon marché, incapables de se tenir debout, et qpi'on dut appuyer contre la paroi.

Bien d'autres signes corroborent la thèse de l'inluence ^yptienne directe ou indirecte. D'ailleurs Carthage avait, peut-être, emprunté à l'art d'Alexanorie les plans de telles de ses maisons. { Relief extérieur sur le temple de Dendérah, Ciéopâtre i porte le pagne même des Mauresques, des Sénégalaises et des Nigériennes, noué de pareille façon. La coiffure en cimier de celles-ci et surtout des Fouibées de Timbo, diffère peu de la coiffure en pschent. Une [jeaiie Glle peule, photographiée dans le livre de [M. Delafosse, arbore une coiffure tressée, partagée en arrière, telle qu'en montrent les implorants sur les stèles de Kom-Ombo. Enfin, maints et maints villages [à maisons rectangulaires, apparus sur les rives du pîiger, seraient transposables sur les berges du Nil [sans rioa modifier du paysage égyptien. Par ailleurs, en 1352, le voyageur Ibn-Batouta, allant de Gao vers lAïr, note que la ville touareg de Takedda recevait |ia visite de marchands égyptiens. <( Les marchands de TÉgypte, dit aussi Marmol, vont à Tombât chercher lor en poudre. »

Méditant sur la solution du problème, le touriste ^neont^e mille émotions spirituelles et plaisantes

dans la ville de Djeuaé. Les promeneuses Bosos sont fardées de rouge. Les femmes Songals s'étonuent sous leurs trois houppes de cr&ae. Les Somal(è rieni entre leurs pendeloques de grosses boules d'ambre La toute petite fille en datmatique de soie rouge el roide à ramages d'or, chaînée de bijoux moaumeotaux semble, une nièce de protonotaire byzantin, un joui de couronnement. Les aveugles à bâton s'écrasen contre les murs au passage ouï de cavaliers adroits e impétueux. La corne d'antilope porte bonhejir ai seuil des maisons beiges dorées par le soleil, couron néesaufatteduporcheoblique, par une dizaine de mer Ions soudanais. Tout cela compose .une harmonie di couleurs agitées, de maçonneries obliques, hautes « pointues, d'épais feuillages en coupoles, de nudilés l'antique, de foules déployées sur les places, resserrée dans les rues tortueuses, allantes et ballantes, richa par les costumes; de plus c'est la joie perpétuelle d l'Afrique.

Très semblable à nos vieilles cheminées de châ teaux dites « en hotte », une sorte d'auvent protëg curieuses sur leurs portes, et qui filent le coton d ir minuscule quenouille memphitique. Tout le Ion la rue tortueuse, blonde et dorée, elles paradeu ;ardent. Parfois, timides, elles s'enfoncent dans I it du porche égyptien, laissant au dehors quelqu rent bienveillant, obèse, enturbanné. La marmaili les jeux. Sur les divans d'argile, moulés au bas de irs, les gamines de bronze assises jasent, et i

des vieilles sans pudeur, encore gaillardes. Noblement drapés, la haute canne entre les jambes, des gentilshommes lippus fument. Aux angles obliques des rues, les baudets gris patiemment attendent sous le poids k sel roumain, en chassant les mouches de leur peue.

Les gargouilles en ligne et les rangs de solives qui iépassent la surlace des murs les rayent d'ombres transversales annonçant l'heure aux gardes de cercle. Rers de leurs médailles, de leur uniforme khaki, de feup chéchia, ils entretiennent des relations avec les négociants affables qui possèdent de larges façades inclinées, entre deux reliefs d'obélisques, sous le Mrissement de merlons pointus. Volontiers, le propriétaire vous introduit dans sa maison. Un mur infeieur ferme l'étroit vestibule et ne permet aux gens iifilarue nul regard inutile dans les appartements. in flancs d'une petite cour quadrangulaire, ils sont Krigus, et de niveaux différents que des marches missent. Un escalier mène à la terrasse. Dans la cour, ly a une presse à vis pour serrer le linge mouillé |De Ton rend ainsi très souple. Les habitants reposent [terre en regardant les gestes heureux de la jeune llle qui pile le mil et que couronne un chapelet de fosses boules d'ambre. Les murs d'argile n'ont pas I ornements. Des coffres marocains cloutés gardent ks choses précieuses.

'A naviguer sur les affluents et les marigots du Rer, à descendre vers Tombouctou et Gao, pour

accroître les chances de leur négoce, les Soninkè ont, de bonne heure, appris la langue songaï. Bien qu'ils ne présentent aucun des caractères physiques de leurs voisins orientaux, bien qu'ils n'en pratiquent guère les coutumes, les Djennéens usent de cette langue. Ce qui fit croire, un certain temps, à la parenté de ces deux peuples. Il n'en est rien, Djenné n'abrite à l'ordi n^ire qu'une centaine de Spngaïs ; et ils n'y compten que trois familles authentiques de leur race.

En langue songaï, les Djennéens content leurs curieuses et belles légendes. Elles abondent, relatives presque toutes aux longues errance^des Sonin kè entre le Diaga, le Massina et le Ghana. Facile ment, elles constitueraient une littérature. Histoire poétiques de génies et de magiciens, d'hommes-ser pents, d'oiseaux et de poissons qui rendent les oracles^ de sabres animés par une volonté intérieure, de ber gers devenus empereurs, de mariages prédestinés d'enfants prodiges capables, comme Hercule au heu ceau, d'étouffer les serpents. Et que de maléfice étranges. Il y a de quoi joindre mille nuits de réc tante aux mille et une nuits de la Méditerranée byzai tine et sarrazine. C'est une littérature de prends ordre, égale à de plus célèbres.

Voici la plastique aussi. Trente femmes tout« ornées dansent lentement, dans la caserne des garde au son du tambour ovale que tape la frénésie du griq Sachlamydeécarlate vole sur la fobe blanche. La sue^ ruisselle du turban qui ceint le fez. Au fond, le ban^

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rose des arcades se change en piliers d'or aous le soleil oblique. Des mitres violettes coiffeat deux cory- I)hées toutes cliquetantes. Plusieurs Françaises en fraîches toilettes d'été applaudissent.

hesjofii GilletqnBsoBl les fonctionnaires et les officiers en uniformes blancs, veillent jalousement au maiatieu des traditions indigènes. LesédiOces reconstitués on nouvellemeatbfttis le furent selon les modèles de jadis. Telle la mosquée construite sur le lieu de la plus ancienne. Quand on débouche de l'esplanade précédant le sanctuaire d'Allah, son parvis surélevé, entouré de murs bas, rempart décoratif de ce monument grandiose, on ne peut que louer le génie de la France qui sut, ici, respecter l'effort des races et du temps, avec un souci d'art si parfaitement estimable.

Trois pyldnes conformes au style général de la ville ouvrent le quadrilatère contenu, sur toutes ses faces, par les obélisques dépassant, de leurs pointes, l'altitude de la constructtoo ainsi crénelée. A l'intérieur, les nefs s'allongent entre plusieurs rangs de piliers nombreux et massifs. Dans le clair-obscur, les pas des fidèles en blanc sont étouQés par la douce épaisseur du sable. Prosternés dans cette ombre fauve que l'or des rayons parfois tranche, les Musulmans prient, déchaux. Ils se relèvent et demeurent les mains à la hauteur des tempes, la face vers ta Mecque. C'est une impression de calme, de profondeur et de repos, au seuil du paradis mahométan. C'est là comme un essai

27 i NOTRE GARTHAGE.

du tombeau propice, avant la sortie dans la gloire éblouissante qui pénètre le lieu par le cintre Gnal,([ui fond, dans son or volatil et diffus, les lignes des piliers extrêmes.

Cinquante ans après la fondation effective de Djenné, son vingt-sixième prince, Komboro-MaDa. voulant éviter la dangereuse hostilité des musulmans fanatiques, partout maîtres, adopta les formules du Prophète. £n 1300, un Marocain, Maloun-ldris, donna les plans de Tédifîce sacré, dans le moment même où Es-Sahéli construisait celui de Tombouctou. Cent soixante-treize ans, l'État de Djenné, grâce à Ténergle de son islamisme, conserva son indépendance, résistant aux incursions des voisins, même aux quatrevingts assauts des empereurs band)aras du Mali qui s'emparèrent cependant de Gao, de tout cet empire. Les Soninkè surent étendre leurs territoires, vers le Nord jusqu'au lac Debo, vers l'Est jusqu'aux falaises de Bandiagara, vers l'Ouest jusqu'à Diaf arabe.

Or, les flls du Dia-Assibaî, l'empereur dépossédé de Gao, devenus vassaux de leur conquérant mandingue, le souverain du Mali, réussirent à se libérer par la révolte, du joug étranger en 1335. Leur descendant Ali-Ber, voyant le peuple songaî parfaitement reconstitué en 1465, résolut de conquérir les deux villes les plus riches (iu Soudan : Tombouctou qui appartenait aux Touareg venant y recouvrer l'impôt tous les ans, et Djenné. En 1466, Ali-Ber investit l'île des riches Soninkè, la Carthage du Soudan*

DJENNÉ, LA PASSIOX DU SOUDAN. 275

Le siège dura sept ans, sept mois et sept jours, dit la tradition. Il suffît de gravir un escalier de la mosquée, d'atteindre la terrasse couronnée de merlons coniques pour, de là, comprendre la difficulté de réduire sans artillerie une ville ainsi défendue par des eaux à niveau variable. Dès la crue, l'armée du Sonni Ali-Ber devait battre en retraite devant les eaux et se réfugier sur une colline où les soldats cultivaient le mil et le riz. La ville alors ^e ravitaillait sans peine. La septième année, pourtant, elle avait épuisé toutes ses ressources et perdu ses relations au dehors. Un traître avertit de cette phase critique Ali-Ber qui renonçait, qui même se préparait au départ, malgré sa confiance en ses talents militaires. Car il s'était, dans l'intervalle, en 1468,. emparé de Tombouctou, l'avait saccagé, poursuivant et tuant les lettrés de rislam, immolant les vierges nobles, persécutant avec furie les adversaires de son pouvoir. Cet exemple épouvanta les principaux de Djenné. Quand ils virent Ali-Ber ne pas lever le siège, manœuvrer plus étroitement autour de la place, ils craignirent la famine, le sac delà ville et le massacre des notables. Ils envoyèrent leur jeune prince au camp des Songaïs. \li-Ber lui offrit une place sur sa natte, signifiant linsî que les États de Gao et de Djenné étaient unis raternellemént désormais comme les deux peuples. !:t par le fait,- après la mort d'Ali-Ber, un Soninkè, ►lohammed-Touré, populaire dans les armées songa! [u'il avait conduites à la victoire bien des fois, lui

succéda en évinçant l'héritier légitime. L'nsurpatenr prit le titre d'AsJtia, parce qu'en apprenant son élévation les sœurs du malheureux dépossédé s'étaient toutes écriées : a A Si Ky ia ! — Ce ne sera pas ! »

La dynastie des^^Soninkè-Askia fut à l'empire de Gao sa plus glorieuse histoire.

Djenné, comme on l'aime contempler du haut de sa sainte terrasse aux merlons coniques : îles et rivières, quartiers massifs de maisons crénelées, esplanades larges où se meut une poussière de peuple en couleurs, pinacles de mosquées, d'écoles, de palais au milieu des jardins en palmes ; conciliabules et marchés sous les dômes touffus des arbres; rizières de la banlieue; pâturages pour les familles illustres de chevaux galopants ; marigots où les gondoliers nus glissent avec leurs sombres esquifs à travers les mille espèces d'oiseaux lumineux. On s'explique alors les convoitises passionnées des empereurs noirs pour cette gracieuse ville, blonde et verdoyante, après avoir été mauve tout d'abord, dès qu'elle surgit aux regards du batelier anxieux de Taimer plus. On se représente les avidités successives des armées venues du Maroc avec les quatre mille arquebuses terriûastes de 1590 qui jetèrent à bas l'empire de Gao, châtièrent les vices de son élite aux bracelets d'or, enrôlèrent tous les Peuls et tous les Bambaras du pays voisin qui se ruèrent sur le territoire de Djenné pour saccager la plaine ravir les femmes aux beaux cimiers, massacrer les vaillants et asservir l'État aux pachas de Tombouctou

DJENNÈ, LA PASSION DU SOUDAN, an

contents de dominer uaempireoil, en certaines villes, l'or était pluâ commuii que le sel et ofi une jeune escJave de quinze ans valait moins qu'une aune de drap vénitien.

Ûjenné se soumit, Elje versa soixante mille pièces d'or au caïd Mami. Toutefois les brutalités constantes des Marocains déterminèrent les sourdes rébellions des citoyens qui virent supplicier leurs chefs, et durent payer les lourdes amendes de 1609. Enfin les caïds, choisis par les Marocains dans l'aristocratie Berbère des Songals, se rendirent à peu près indépendants à la faveur des ridicules désordres, des émeutes, des compétitions, des massacres que suscitaient les pachas en rivalité dans Tombouctou.

Il faut lire avec attention les annales que. selon les . traditions arabes et les écrits des Arabes, M. Maurice Delafosse, si nettement, à grands traits, rédigea dans la partie historique des études sur le Haut-Sénégal- Niger que M. le gouverneur Clozet a judicieusement rassemblée. On y voit évoluer la vie ardente de tous ces peuples hier encore insoupçonnés. On admire les luttes entreprises par les Songaïs du sud, ceux du Dendi et les victoires remportées par leurs Askias sur les troupes marocaines, et comment les Peuls du Uassina secouèrent, dès 1670, le même joug de Fez. [^eux-ci même étendirent leur action en tous sens, lis }bligèrent les Djennéens à contribuer, par l'impôt, à eur développement commun.

L'islamisme et ses croyances s'enracinèrent profon-

ilf^mi^nt dans les reireaux <ie T^îte soviamôse. Il fournissait les raisons des mouvements politifpifis. Aussi le cheik Hamadoa lormart-ii de nomteoi disciples dans les villages pénis, autour de Dîenné. vfTs 1801. Il proclama lagiserre smnte pour résister H ceux cpii voulaient se délair& de soil inflofflu^ Quoiqu'il eût, dans Djenné. des partisans* il dut assiéger, aeni mois. les Armas qni commaudment la ixarnison comme successeurs des G^ûds mazocams. Djenné devint alors le croître militaire cbi Massina. Dp^ là partirent les apôtres mafaométsms qui forent convertir les Peuls animistes aneore, et leur donnèrent ainsi une cohésion religieuse.

Cinquante ans plus tard. Lorsque EI-QaïQ-Omar. entrs^nant les armées de son aoapire Tooeouieiir. eut conquis Nioro et Segou, contraint lès Tamens à se raser le crâne, à s'abstenir de boissons fermentécs. à ne plus manger d'animant morts demalacMe, àgarder qpiatre épouses seulement, et à remplir leurs devoirs de piété, ce furent les armées peuks du Massina, non moins férues de leur doctrine propre, qui s'opposèrent fanatiquement à l'invasion, derrière leur chef Hamadou, Lequel, grièvement blessé dans la bataille suprême, et n'ayant plus qu'un bras valide, se rua sur les vainqueurs, planta trois javelots au cœur de trois chefs, en criant : « Pour mon grand-père. Pour mon père. Pour moi I » Il traversa les rangs de rennemi et s'enfuit, avant d'avoir la tête coupée, quelques jours plus tard. Djenné, aussitôt, futoccupée par les troupes

d'El-Hadj-Omar. Mais l'année suivante, les Peuls du Massina reprirent les armes sous les murs de la ville, saisirent un convoi de poudre toucouleur, furent bloquer Omar dans Hamdallahi sur le Bani et le poursuivirent jusqu'aux falaises de Bandiagara, jusqu'à la caverne où ils l'enfumèrent.

Djenné demeura pourtant le cœur de l'islamisme. Derrière ses murs, les partisans d'Alfa Moussa refusèrent, en 1893, le passage au général Archinard qui venait de réduire à rien les esclavagistes de l'empire Toucouleur et poursuivait leurs alliés dans la région entre Niger et Bani. L'assaut fut donné. Là, M. Merlaud-Ponty , alors secrétaire du général Archinard, fut blessé, tandis que le capitaine Lesplace, le lieutenant Dugast succombaient. Avant le second assaut, M. Merlaud-Ponty sut persuader les défenseurs de nos intentions purement libératrices. Ils approuvèrent notre dessein de remettre le pouvoir au fils d'EI-Hadj-Omar, Aguibou. Alors la place fut ouverte à nos troupes.

Soucieux de conserver son âme propre à la ville qui avait recueilli les leçons de maîtres illustres dans l'islam africain, Mori-Maga le Kananké au xv® siècle, Fodié Mohammed Sânou le Ouangari au xvi® siècle, le cadi Ahmed Torfo, nous y avons organisé l'enseignement coranique. Monument spacieux, une médersa construite selon le style général de la cité abrite les étudiants trois années. La première, on leur apprend le droit rituel selon le Livre du Prophète. Les leçons de la deuxième et de la troisième année expliquent le

280 NOTKE CARTHAGE.

droit civil musulman, la géographie et l'histoire de TAfrique. Les professeurs sont des musulmans algériens, très européanisés. Ils instruisent leurs élèves âgés de douze à vingt ans afin de les transformer en de jeunes marabouts acquis à nos idées civilisatrices^ convaincus aussi de la possibilité de développer rislam avec notre aide, sans nous combattre, sans même se défier. Soigneusement, le gouverneur général, M. Ponty» lait choisir les sujets admis dans la médersa.

C'était au moment où beaucoup de bons esprits redoutaient, pour notre influence, celle de l'islamisme qui convertissait de plus en plus les fétichistes. Dans le cercle des Djennéens, les cinq mille Soninkè de la ville, les trente-neuf mille neuf cents Peuls paissant le bétail du Massina, les douze mille Bosos qui pèchent et naviguent, les quatorze mille Soninkè ruraux qui cultivent les terres du Sehira, sont tous musulmans. 0 n'y a que dix-huit mille animistes. Depuis les événements du Maroc, l'échec absolu des imans et des apôtres envoyés de Marrakech pour prêcher la guerre sainte au Soudan, rassure nos administrateurs. La conversion des noirs est, en général, toute superficielle. La plupart n'observent que peu les prescriptions du Coran. Les fétiches, les gris-gris, gardent tous leurs prestiges sur les âmes des Ouolofs, des Toucouleurs, des Bambaras, des Soninkè, des Peuls mêmes.

Aussi les jeunes étudiants de la médersa refusent? ils de se faire marabouts et de retourner dans lenil

DJENNÉ, LA PASSIQN DU SOUDAN. 281

villages exercer un sacerdoce mahométan dépourvu d'action réelle. Interrogés, ils avouent leur espoir de remplir tel emploi de scribe ou d'interprète, au service de Tadministration civile et militaire. Il n'est que le fils du chef commandant jadis la population songaï de TilJabéry pour souhaiter le retour à l'est là-bas, parmi les siens, par-delà le tombeau d'Askia-le-Grand. Noir comme la nuit, le crâne ovoïde et ras, la bouche large et sans lèvres, cet athlète semble triste en son boubou qui lui tient aux épaules comme une draperie de pierre tombale. Sévère pour lui-même, il voulait apprendre, et ne partir que muni des connaissances promises. Tous ces hauts garçons intelligents ne cachent, derrière leurs faces de fer, rien de fanatique, à l'âge pourtant des pensées flamboyantes. L'œuvre des Latins leur plaît, en somme, telle qu'ils la voient se développer, en maintes et maintes contrées, pour le bien public et pour la paix jusqu'alors inconnue.

De même en est-il dans les cervelles des charmants gamins assis derrière les pupitres confortables de l'École française. Agréable palais de banco divisé en salles très amplei?, ombreuses, fraîches, arrosées. Un jeune breton, opiniâtre sous sa chevelure de blé, enseigne, en moins de trois mois, notre langue à de petits Soudanais de bon vouloir. Dans le clair obscur de ces grandes salles, les rangs de nos disciples en plis blancs s'émeuvent comme il faut, si nous leur parlons de la France libératrice et courageuse ; leurs crânes violâtres se redressent avec le cuir plissé des fronts.

Leurs narines épanouies aspirent Tair de nos paroles. Leurs sourires de clarté fendent le sombre bronze de ces minois prognathes. Notre breton et sa gracieuse femme qui dorlote un bébé mafflu, né sous les palmes de cette ville, ont bien mérité de leur patrie lointaine. Au reste, dans le Palais de Justice, qui ressemble, par ses colonnes, à la maison de Ponce-Pilate telle que la reconstituèrent les peintres compétents, c'est la pleine, l'évidente confiance des plaideurs venus en appel pour discuter encore la restitution ou le complément de la dot, après divorce, et des cadeaux accessoires. Sujet universel et sempiternel de litiges dans le Soudan. Qu'il eût payé quatre-vingts ou mille francs à l'heureux père d'une jolie fille afin de la conduire jusqu'à la case nuptiale, le mari, plu§ tard, fâché, trompé, abandonné, revendique, après le jugement séparatif, obstinément, la restitution d'une dot souvent disparue pendant la durée du mariage. Les bœufs ont été mangés, les vaches cédées, les pagnes usés par des beaux-parents sans opulence. Comment leur faire rendre gorge? Et si le mari ne s'est pas totalement acquitté de sa dette de fiançailles, malgré lé contrat des versements à termes, avec quel juste courroux, la divorcée, à son avantage, et sa famille, exigent la remise immédiate des valeurs échues, de celles à échoir! Si l'arbitre français prononce la sentence en consolant lestiéboutés, accroupis dans leurs blancheurs, aucune récrimination ne s'élève vers le plafond oirculaii^e. Les hexagones de poutres superposés et en retraits suc-

c«ssifsqui forment la coupolt! ne rcQVoi cune malédiction contre le verdict d curieux et lort intéressant de la cou Presque partout, l'indigène préfère à V' de ses pairs les conclusions de l'a Mieux que toute autre remarque, cel induire en sécurité.

Non. La France ne remercie pas suf qui lui font là-bas un tel empire, ceui nient l'aflection loyale, sans cesse ép combats, de quinze millions d'âmes.

On ne dira jamais trop la miraculé tous sens de ces administrateurs, de ces savants, que stimule le génie latin d'un Faidlierbe, d'un Gallieiii d'un Merlaud-Ponty , d'un Clozel. A proconsuls romains, ils ont coordi mAnde.

Et avec quelle pénurie de moyii même, le dispensaire qui doit tiiii)|iiti dies graves, les souHruiici-s i|ue si'ii peut abolir, ce dispensaire ne n'^tilt i médecin, de passage la plupart du lei Soudanais, cent Européens n'ont p»ui les opérer qu'un mulAlre de Sainl-I.< certes, mais tout de mCine iniiullliiaiit tant simple de créer sur le NlMfr. iti principales rivières, un voyiiK^ •.oriHl hôpital à vapfur, muni d'ntiii itrillii il

284 NOYrE CARTHAGE.

monté par un personnel de thérapeutes incontestables. La télégraphie sans fil, bientôt, facilitera les appels urgents. Ce n'est là qu'un espoir/ hélas!

£n dépit de pareils manquements déterminés par l'ignorance et l'avarice de la métropole, nos civilisateurs, à l'admiration des coloniaux voisins, allemands, belges, anglais, créent un monde nouveau. Débrouillard! Oui, le Français peut dire qu'il Test, devant l'œuvre accomplie là.

Au confluent du Niger et du marigot de Kouakourou, un Français a, près d'un bocage tentant, élevé sa demeure, établi des rizières, tondu ses moutons, transformé le fruit du rônier en cet ivoire végétal, matière utile à l'industrie des boutons européens. Cette volonté a donné un exemple. La vie lui sembla digne d'être vécue au bord de cet ample fleuve qui se courbe entre les plaines rousses .et les boqueteaux aimables.

Dans cette même ville de'Djenné, si l'on va sur le chemin de la résidence, vers un portique du plus élégant effet, si l'on côtoie les murailles légères, ajourées toutes les quatre briques, ornés de pots à fleurSt si l'on pénètre dans le jardin identique aux plus soignés de nos Saint-Cloud ou de nos Chantilly, si l'on monte le perron de six marches arrondies, si l'on parcourt la galerie enveloppante, si l'on gravit le très large escalier, soudain on trouve, près d'une table servie comme dans notre Passy ou notre Parc-Monceau, l'accueil de Françaises, affables, pr^ètes à tous

les tournois de l'esprit. Entre ces murs de banco soigneusement crépis, entre ces belles tentures du Soudan, entre ces trophées de guerre et de chasse également périlleuses, entre ces divans d'argile comblés de coussins moelleux, le couvert brille, limpide, sur la nappe de broderies, avec des verres à longues tiges fragiles, des coupes de Champagne, des guirlandes fraîches, les nickels lumineux des lampes jolimant voilées. Paris luit au cœur du Soudan, comme il luit au fond du Sénégal, grâce à la sublime coquetterie de la Française. Et aussitôt les conversations s'animent» fortifiées par les copieuses lectures de la sieste, pai' les souvenirs des explorations et des combats, par l'imminence des travaux à parachever, dos iMudes À poursuivre, économiques, ethnographiques, diploum^ tiques, stratégiques, thérapeutiques. Ainsi ot tout spirituellement Mme Ponty règne à Daliur» Mwo Tor à Saint-Louis, Mme Tellier à Kayos, Mmo do S>ùnt Martà Koulouba, Mme de Robert^ à Siguiri. Nhuo Mi chel Angeli à Kouroussa.

Une atmosphère intellectuelle exlrt^momout Im iU.ua*^ s'est formée autour de ces vaillautos (ouuuox. I^IK^v peuvent ne rien envier aux graudt^s diUUo> do t^{^\ is qui réunissent facilement, les plus lllustroNdoN tio.idomies, des ambassadeurs, des iMats uu^ors. ot do> j^civ. lements. Celles-ci entendent parloin do iiu^^u^ii^uos causeries. Celles-là n'en connaissont pus do moindres. Peut-être le résultat éminont ilo uotiH^ oul^vprisr c€dne semblera-t-il, dans ravoniv, lo (.ut \\\\\i

cité la vie de cette élite française, toute neuve, et que je voudrais, pour la gloire de mon pays, toute puissante.

t LES TROUPEAUX DU MASSINA

En quittant Djenné, on se croit étrangement vieilli. Tant vous assaillit la multiplicité des joies, des idées, des évocations, des controverses, des prévisions ! Une somme d*idées, dans le temps et dans Tespace, comme nous en absorbons d'ordinaire bien moins durant le môme nombre de jours. On éprouve, à la fois, de l'accablement et de l'orgueil à sentir peser dans sa mémoire cette richesse neuve, tandis que le vapeur s'éloigne sur le marigot de Kouakouro^u, parmi les milliers d'essors, et les cris des aigles.

On remarque alors la direction du courant qui vient du Niger pour déverser le trop plein de la crue dans le Bani, entre novembre et février. De juillet à novembre le contraire se produira. Le Bani déversera le surplus de ses eaux dans le Niger, par le canal du marigot.^ Double cause de métaphores poétiques dans les conversations des Bosos comparant le don alternatif et inverse de ces forces liquides, etparallèfes aux joies d'un couple amoureux qui réaliserait le vœu antique de Junon curieuse, si l'on en croit la fable, d'éprouver les émois du mari après ceux de l'épouse.

LES THOUHEAUX DU MASSINA. ;

De Djenné à Mopti et au-delà, dans la région mêi ou l'on compte, aujourd'hui encore, une famille lionspar deux kilomètres carrés, danschaquehamea des bergers évoquent eu un épisode l'histoire du géi commercial évolué depuis le xin' siècle jusqu'à n jours, sans guère d'interruption, grâceà l'énergie d SoninkÈ, des Bosos, et des Songaïs. Les grand pirogues apparaissent sous leurs voûtes de nattes i s'entassent les marchandises, le métal, les poteries les cuirs, les sacs de riz et de mil, au-dessus les pi sagers étendus au sommet de la cargaison. Deux fran cinquante payent le voyage de vingt jours, et tr( francs ietransport de cent kilos, jusqu'à Tombouclo Avec les gestes mêmes de la vieille Egypte les équip de pagayeurs lèvent ensemble leurs longues percht les fichent ensemble dans la vase, et poussent arcbo tés ensemble sur le fond, tandis que la nef glisse pan les roseaux du borkou; on dirait encore des modèl jadis gravés sur les stèles de Tbèbes, de Kom-Oml ou d'Edtou, le long du Nil. Ici, dans la pureté de l'ai les hommes et les plantes, le paysage et les objets stylisent comme dans l'atmosphère de Philœ. To devient silhouettes et lignes. Les eflorts des batelie se marquent en schémas de mécanismes. On comprei l'art et la pensée de ceux qui tracèrent, dans stuc, et sans 'donner l'illusion de l'épaisseur et de perspective, mille actions des peuples command aar le pharaon des premières dynasties. Au reste, er ival de Mopti le paysage se fait identique aux rive

288 NOTRE GARTHAGE.

du Nil pendant la crue. C'est une quantité de lacs, réunis par des marigots et des flaques, traversée par des courants du Niger et de ges affluents nombreux. Ce réseau liquide couvre d'immenses étendues jusqu'aux plus lointains horizons. Cela coule indéfiniment entre les. plaines de roseaux verts sous la pureté du ciel.

De là, par moments, surgit entre les feuillages des colosses végétaux, les pyramides en banco d'une mosquée, ses merlons coniques, les demeures rectangulaires et aveugles d'un quartier populeux. Le village s'étend au ras des eaux, tout rose parfois au soleil Non loin de là, sur un promontoire de sable, un galop de chevaux nus s'élance. Les oiseaux-trompettes entre leurs ailes d'archanges, gagnent le zénith, ou bien traversent l'espace au-dessus de pâturages verts comme ceux de la Normandie en juin. Cet aspect delà campagne nigérienne se perpétue assez longtemps. U faut qu'un rônier solitaire dresse là-bas sa colonne et son chapiteau de trois feuilles dentues pour que le touriste reprenne conscience de l'Afrique. De sveltes hérons en habits gris et en bas rouges, l'épée en bec, font des pas de menuet dans les marécages. Les vautours épluchent leurs redingotes- brunes, s'ils planent, confondus avec l'or éblouissant du soleil. Tout à coup, l'un s'abat sur une bête morte et flottante. La serre, arrache un lambeau que le rapace entreprend de becqueter, en planant là-haut, ses ailes immobiles. Doit-il les agiter un peu afin de rétablir l'équilibre, il inter

LES TROUPEAUX DU MASSINA. it9

rompt sa ripaille ; il s'élëv«; et, plus haut, Il plane OKon, dêchi([uetant la viande qu'étretnt la serre ctispé«. Cependant, par vingtaine, les blanches ai- ^lles passent, semant leur vol de neige sur la clarté de l'étendue.

L'odenr des herbes chaudes parfume. Autre bourg it banco modelé dans un chaos déroches, à l'ombre tescoopoles vertes que lui font trois bombax géants. ^1 rftniers règlent la perspective. Jusqu'au garot ^^talons et les juments plongent aux environs dans Il prairie noyée. Sur la bei^e les petits ânes et les Ireods moutons piétinent. I^s très belles feuilles du Hl^bsssier, leurs tiges souples enguirlandent les mai- >(«s qui dégorgent de la marmaille, les hommes à Paàs plis, les femmes en pagne et en cimier, puis Qe théorie de danseuses battant des mains derrière Elambour ovale. Très loin les étangs renvoient au >||fildn tropique plus de rayonsqu'ilsn'en repoivenl.

On s'estengagé dansla partie du fleuve qu'on nomme Siga Pt qui coule vers le lac Debo. De plus en plus raihreux, les étangs et les rivières apparaissent. DeAloiedes courbes de horgou. On double des caps (verdure. On s'insinue dans un chena). On entre Bs un goHe; on ressort par un ruisseau. Sur les ■ts, des crocodiles pataugent tels que les tarasques fables et géantes de nos imaginations proven- *es. Les herbes du borgou couvrent tout ce que > submergent pas les eaux; fourrage excellent *.' les bœufs, pour les chevaux libreà. L'indi-

gène y choisit les éléments d'une boisson appréciée.

Sur ces rives, les Mandes septentrionaux, pense M. Delalosse, connurent leur premier développement. Leurs familles s'y firent hordes et tribus. Celles-ci se rapprochèrent, s'assemblèrent. Elles admirent des lois communes. Elles se répartirent les travaux, la caste des pêcheurs se forma dans ces parages; et. tandis que les agriculteurs, les pasteurs se déplaçaient, guerroyaient, se mêlaient aux races des vainqueurs, des alliés, comme à leurs esclaves de guerre, seuls, les bateliers Bosos, fidèles au fleuve, gardaient lear sang pur, ce qui finit par les différencier de leurs compatriotes. Ils demeurèrent les maîtres de la navigation, s'opposèrent longtemps à l'invasion de ces rives et du lac Debo par les pêcheurs songaîs, les Sorkos, que la force du Dia-Allanem poussait vers l'ouest jusqu'à la fin du xin* siècle. A cette époque! la caste songaï des chasseurs, les Goros, jointe à h caste des pêcheurs, triompha des Bosos. Elle subsisli néanmoins, maîtresse des courants, puissante parsj science de la crue et de la décrue, des obstackl variables créés par le déplacement des sables. 0 sont eux qui mènent le vapeur vers le lac Debo, (pi l'introduisent dans les canaux herbeux, lui évild l'échouement dans les sargasses, et qui l'amènent^ coin d'où l'on découvre ces deux montagnes roses \ violettes retenant les eaux du lac. i

11 est beau de l'atteindre au déclin du jour, q les oiseaux deviennent noirs contre le ciel

»ttr, quai . Labil

LES TROUPEAUX DU MASSINA. S!>l

alors se lève. l,a région des herbes frissonne i-omuu' k-i uaux assombries des étangs. Autour dubateau, les his blonds se foncent, verdissent, se dorent et s'argenteot tour à tour. Par troupes qui s'enfuiwnt, par couples qui se bâtent, puis un par un, les oiseaux gagnent leur gtte de nuit. Ils ont disparu. I.e dernier plonge.

Le silence devient sublime dans cet univers df marécages doucement éventés, ^udain une grande douleur s'exbale. Elle s'exprime, là-bas, dans quel fond ? Hurlée rauque, baletante. Elle cesse. On l'attend. Elle se répète. Elle s'apaise en un gémissi'nient affreux. Elle Qnit en un grognement de monstre blessé.

La faim du lion a rugi, là-bas, quelque part ot un promontoire invisible se profile derrière îles herlios et les eaux ; tout s'est tu. On croirait que lu viu arrëtf^ les battements de ses cœurs innombrables. Elle se terre. SUe se blottit. Les crocodiles cessent de remuer sourloisement dans la vase proche. Seul un petit niselet '6 réveille. Il pépie. Plus près, la fuim du lion loiine. <es mâchoires évidemment soufln'iit 'le ne pas saisir, le ne pas broyer. Ses entrailles souHrenl de nu pas ngloutir, de ne pas absorber. Une torture sans nom si proclamée, immense comme la peine de l'animalité out entière et de ses élites humaines. Le touriste luiaême, à l'abri sur le pont du yacht, et qui encastre bi hargeur à trois balles dans son mousipielon ; Iti touiste lui-même retient son baleine trop bruyuritu,

292 NOTRE CAHTHAGE.

révélatrice de ton émoi religieux, et il s'étonne qu'il n'y ait pas un signe dans le ciel, pour compatira cette formidable plainte, symbole évident de la force planétaire en souffrance. Avant qu'on ait pu arrêter le moteur, la stridence de la machine et la respiration de la vapeur poussive ont inquiété le fauve. De beaucoup plus loin, il crie sa détresse affaiblie, et ce n'est plus qu'un roulement d'orage envolé vers la nuit qui, là bas, commence à ceindre la terre. Une dernière fois, les vagues blondes du Niger se dorçnt sous l'étrave du vapeur. Bientôt elles se foncent. Elles vont bleuir. Pour une seule étoile apparue, elles s'argentent. La proue double un cap d'herbages. D'un coup, la surface grise .et brillante du lac s'étale aux yeux, tandis que les vapeurs du soir grandissent. Elles s'élèvent; peuple de fantômes indéOnis. Bientôt IL^ rétrécissent l'espace dans leur embrassement variable. Ils montent jusqu'au ciel et s'inclinent en voûte que perce le rayon intense de Vénus.

En une même fluidité toute irréelle, le pays d'eam et la profondeur voilée du firmament se confondent. 11 n'est plus de distinction visible. Peut-être le navire plane-t-il au sein de nuées lumineuses, il vogue psr un gris clarteux et diffus ; car les vapeurs ondulent aussi contre la plaine liquide, la cachent de leurs méandres. Et Vénus, rayon aigu, tout à l'heure, ^ transmue en une sphère éclairante à peu près conune la pleine lune. Vénus- Astarté brille autant que Tanit ici dans la sphère de la nuit grise et blanche. Tel 1^

glaive flamboyant de l'Archange, le rayon de la déesse plonge et s'enfonce dans les abîmes du lao, il s'y allonge, il y brâle dans nne éclatante agitation.

De Jupiter- Bélus la lumière aussi pénètre et flamboie mais elle semble moindre parmi les vapeurs du ciel, du lac ^i le mirç. Le spectacle semble de féerie. Au clair ilr Vénus, la navigation dure. 11 manque seulemeat les musiciens et les cortèges d'un grand opéra, eùt-OQ remarqué jadis i* Manqiieot-ils vraiment ?

A l'aube, les pointes des villages sont dégagées de leur brouillard par le vent. Frileux, tes Sorkos se promËuent sur leurs plages en d'épais manteaux de laine blanche, drapés le plus noblement, rejetés sur l'épaule, historiés de motifs bruns et rougeâtres selon une harmonie parfaite. Sans rien perdre de leur indiSniabk' majesté, ils vendent leurs poulets, leurs œuls, luuri poissons, aux Bosos de l'équipage qui les méprisent orgueilleusement ; l'un deces laptots arbore le chapeau le Que paille soudanaise sui* un turban bleu. Une 'areuse d'infanterie coloniale, déteinte par les lavn- ,'es, couvre l'écbine maigre, une ample culotte k la urque mais de cotonnade européenne boulle jusque ur les mollets de bronze nerveux nus; des babouches aunes chaussent les pieds aplatis.

Au sortir du lac Debo, la navigation se poursuit lar rissa-Ber, ce qui signifie, en langue songBl : k In ;rancl fleuve ». L'aspect lacustre du pays ne changn ;uère. Monsieur Delalossi^ calcule que la crue n^ou- 'Te eu son maximum une largeur Je aeot olaquaul«

à deux cents kilomètres. Ce que les Anglo-Égyptiens ont obtenu du Nil et de ses inondsttions, nos financiers peuvent l'obtenir du Niger entre Sansanding etTombouctou, très certainement. Les rizières, si on les pro tège contre la voracité des poissons, par des clayonnages simples, donnent d'extraordinaires rendements. 11 en serait de même pour le maïs et le blé. Ce sera le grenier de l'Afrique, entouré par six ou huit millions de consommateurs indigènes, et que desserviront, outre le réseau fluvial, les voies ferrées Koulikoro-Bammako-Kayes-Thiès-Dakar, en toute saison. trois ans après le vote du parlement, sur l'emprunt convenu, vote de pure formalité, en retard d'un an. au mois de juin 1913.

À Niafunké, des arbres encore ombragent heureusement l'esplanade qui monte jusqu'aux piliers roses du poste oîi siège le tribunal indigène. Plaideurs et marchands attendent. Étendus en cercle, vautrés, accroupis, ils échangent leurs admirables couvertures de laine fine aux dessins harmonieux, leurs plumes de marabout, leurs coussins en peau de mouton, rouges et jaunes. Un escadron de hauts Touareg, sous leurs tignasses volumineuses comme, la perruque de Louis XIV et en pantalons de lustrine bleue, galope, le visage voilé par le litham, sur des coursiei^ à longues crinières, à longues queues. D'autres gaillards juchés sur la bosse de gigantesques dromadaires presque blancs dominent. Ces hommes ont des faces sémites aux barbes légères et frisées. Carthage survil

LES TaoUPEAUX DU MASSINA. 3911

ea eux. Leurs tuniques bleues ouvertes sur leurs beaux flancs luisent comme du métal, à cause tli> « l'apprêt » qu'ils aiment. Ainsi que les soldats <l'l lamilcar, les guerriers manient et lancent deux javelots sans trop d'adresse contre le poteau visé au (^alop do leurs gracieuses bêtes que le cavalier arrOte net d'un coup de bride. Le mors cruel ensanglante les langues et les bouches; mais le cheval s'agenouille dans Ut sable aux pieds de la voyageuse indl^nén qui^lquu peu.

Un lionceau roux, apprivoisé, très gros tli'^Jii, miaule dans les bras du Français qui le p()ss^ll(' ; et lui grimpe sur lesépaules. Elles plient. Naturrllcninit ce pays d'élevée nourrit les fauves par surrrotl . l.o boi^ou du Niger offre en abondance le fourrage, l]i>ut cinquante mille bœufs paissent dans lu rt^gion. On no peut faire le recensementparce que. lu niattiv du troupeau craint qu'il ne diminue si on di^nonibrc Ich MMon, C'est une grosse difficulté à résoudre uvnnl d'iUdlillr l'impôt du bétail, qui serait commode pour lou». <'l rémunérateur. Cela vous est intell igcintin^nl npitris par les officiers, les agents des affalri'N itiillgi'^iii>!«, l'administrateur s'elforçant de (■r'''i'r ivî iiiii> l'Njmrln tion des espèces bovines. Kn trois moiii ti^d nnliiiniix gagneraient sans fatigue Dakar, xi If voy'ig<MMimnii>il- ;ait dès la saison des pluies. Ainsi li<ii iioiiiiidi'n conduisent leurs troupeaux !i de lri'<ii Iiiii^iii>n distances en poussant la murrlic cinc| journ. l'il contin- ;Tant au repos le sixitmc <:iiac|ii>' liiM<' vniit rjiiq

296 NOTRE GARTHAGE.

francs par année d'âge; cependant les génisses en coûtent trente ou quarante à treize mois ! Pour l'heure les troupeaux vendables se rendent à la colonie de la Gold- Coast, en suivant les berges du Niger, car la mouche tsé-tsé empêche la vie des animaux là-bas et le prh d'un bœuf atteint cent et cent vingt-cinq sheliings. Malheureusement le changeur mulâtre ou dioula exige sept sheliings en échange d'une pièce de cinq francs. et, puisque la monnaie française seule a cours, dans nos possessions, il faut (pie nos Africains acceptent ce taux d'usure. On se demande si le gouvernement général n'aurait pas d'avantage à recueillir, lui-même, dans les caisses de cercle l'argent britannique, et à enrichir mieux ainsi les pasteurs du Niger. D'autre part, la dépréciation progressive de l'argent ne doit pas rendre absolument facile l'applicati^on d'une sem^ blable mesure : qui nous échangerait ensuite cet amas de sheliings à valeur fiduciaire contre de Tor} En attendant nos bergers payent, en Oold-Coast, huit francs soixante-quinze la pièce de cinq francs. C'est bien le seul endroit du monde où notre modeste écu jouisse de ce cours honoriûque.

L'administrateur du cercle et ses collaborateurs ont installé une sorte de bergerie modèle à quelque diS' tance du poste. On s'y rend d'agréable manière, dans ces maisonnettes flottantes & persiennes qu'on appelle ici un chaland, et qui glissent selon l'effort des bateliers aux longues perches. Des champs de nénuphars magnifiquement épanouis, butinés par de fragiles et

curieux insectes ralentissent un peu la course, mais :\

la promenade s'accomplit à travers un véritable jardin de fleurs aquatiques.

Aux bonds des panthères fréquentes et dévoratriées, une zériba d'épines s'oppose autour du parc à moutons. Il occupe une éminence sur la dune, avec des hangars et des abris qui protègent un millier de têtes bêlantes. Trois catégories sont formées. La première comprend la progéniture des brebis soudanaises et< de béliers algériens. Parmi ces demi-sang, les brebis sont triées, unies encore à des algériens. Les produits femelles de cette seconde alliance sont également mariés à des algériens. Ainsi la laine de la descwidance, pense-t-on, doit acquérir les qualités de souplesse et de poids, la chair celles du volume et de la saveur. En cinq ans le troupeau modèle, après les sélections méticuleuses, a passé de trois cent cinquante à douze cents têtes.

Lauréat de nos écoles agronomiques, à Montpellier et à Nogent, Monsieur Keisser dirige cet élevage avec bonne humeur. Il sait faire bondir le troupeau entier en se déployant au galop vers les auges creusés dans les arbres. D'eux-mêmes, les moutons se répartissent, au signe des bergers peuls, fort adroitement, le long de la provende. Le mil parfois manque à Niafunké, tandis qu'au Mossi, vu sa profusion, il ne possède pas ^^hIé

de valeur marchande. Avec les moyens de communication que l'avenir complétera, les cultivateurs du Mossi pourront vendre à Niafunké leurs céréa'

ifuatre ou cinq francs la tonne, prix rémunérateur dans tout le Soudan.

L'éleveur s'est fait construire un ermitage en banco très intéressant; Tarchitecture, par son archaïsme amusant, évoque un cloître contemporain de Tévêque Prétextât et de Frédégonde. Les petites fenêtres ogivales, leurs volets, les piliers intérieurs forment un décor suggestif et d'un art certain. La France mérovingienne ressuscite dans le pays de Niafunké, au milieu des villages que se partagent les bergers peuls et leurs moissonneurs bambaras.

Amener jusqu'au pacage des étalons les brebis des centrer voisins, c'est une affaire. Méfiant à la suite des exactions que leur imposèrent pendant des siècles tant de conquérants esclavagistes et pillards, les fhaîtres des troupeaux redoutent toujours une perte de bétail ou d'argent. D'ailleurs, sauf en la mauvaise saison des pluies, les bergers mènent une existence nomade. Ils imitent en cela les Touareg, qui viennent, lorsque les herbes se dessèchent dans leurs terres arides, pousser leur bétail sur les territoires de nos cercles. Afin de protéger les autochtones contre les intrusions de l'étranger, un droit de deux sous par moutons, quinze sous par bœuf, cinq sous par chameau, et trente sous par cheval devrait être reçu. Mais souvent, les nomades avertis par leurs émissaires ont décampé ayant l'apparition des inspecteurs, percepteurs et encaisseurs. Dans ces conditions, il est encore peu facile d'exercer un contrôle ou une influ-

ence sur les détenteurs de l'espèce ovine. Ces améliorations par croisement qu'on leur propose, laine meilleure, viande plus savoureuse, etc.. ne les persuaderont qu'à la longue. L'éleveur ne souhaite guère trafiquer de ses bêtes. Peu Carnivore, il se nourrit de lait, qui, du reste, engraisse trop les femmes et les enfants. Leur orgueil a pour motif le nombre de têtes possédées ; non l'argent que cela représente. Vendre aux bouchers, ce leur semble une diminution évidente du bien que ne compensent pas les vingt sous, prix ordinaire d'un mouton. Pourtant certaines familles vont déjà consentir à marier avec les étalons algériens quelques-unes de leurs brebis, parce que le fait de tondre et de livrer la laine seule n'entame pas le total du cheptel.

On voit quelles susceptibilités il convient de ménager constamment. L'appât du lucre détermine assez mal des gens qui, très volontiers, pour quatre sous, livrent à l'Européen trois kilos de poisson, et pour cinq sous une poularde. Les valets indigènes de la bergerie modèle n'y restent pas. Dès qu'ils ont touché une petite somme de salaires, ils partent. Gela leur suffit pour renouveler leur garde-robe, acheter un peu de bétail, et vivre indépendants. Or, les salaires quotidiens sont de cinq à dix sous. Le berger capable, bon vétérinaire, reçoit un franc; mais il est responsable, à peu près, des rapts et des massacres commis par la panthère, s'il ne veille pas la nuit très assidûment sur la zériba.

En dépit de ces mécomptes actuels, le jeune directeur de la bergerie ne doute pas du succès, ni l'sd* ministrateur, ni personne. Tous estiment c[ue, dans un avenir proche, le cercle de Niafunké sera réputé par Texcellence des races ovines qui vont y évoluer. Laborieux, le chef du troupeau modèle se Mt aussi mécanicien, horloger, agriculteur, bien entendu. Dans la fraîcheur de son moustier mérovingien, il répare les montres, et construit pour ses collègues des machines à glace. Uaccumuledes clichés photographiques, révélateurs de la vie nigérienne, de paysages aquatiques aux beaux nénuphars, de types ethniques j)arfaitement significatifs et d'un pittoresque sans égal. La conversation évoque les mœurs des Péruviens, parmi lesquels il s'occupa de fabriquer la cocaïne, et toute Tantique civilisation des Incas, avec leur architecture étonnante résultant de blocs ajustés en queue d'aronde. Ce Français blond, trapu, râblé, campé sur des jambes solides en molletières, donne une idée réconfortante de notre élite active. La solitude intellectuelle sur cette dune brûlante, au milieu de bergers antiques, ne semble pas déprimer le moins du monde la vigueur de cet esprit.

Au reste, ici comme ailleurs, nos fonctionnaires sont des exemples de courage et de noblesse. Malgré la douloureuse ophtalmie qu'il a contractée en s'exposant trop à l'intense lumière des midis tropicaux, l'administrateur de Niafunké cache, derrière ses lunettes noires, une âme robuste et attentive de penseur. Un

d6 ses agents, M. Chéradame, agréablç parisien aux manières fort él^antes, laisse imaginer, en l'écoutant, qpi'on se trouve simplement à l'Opéra, devant un décor bien conçu de l'Africaine, et qu'il joue à vous abuser sur le réel de ces grands Touareg mascpiés, crispés contre leurs chevaux écumeux et sanglants, coiffés de prodigieuses tignasses, bleuis par l'apprêt instable de leurs tuniques, de leurs braies miroitantes, redoutables par leurs glaives et leurs javelots de Numides prêts à rejoindre les escadrons d'un Jugurtha ennemi de Rome et de ses légions.

Ces proconsuls de notre force libératrice, on ne dira jamais trop leur valeur. Certes, ils critiquent parfois avec un peu d'amertume les détails de leur œuvre colossale. Cela surprend, mais, de sa verve frondeuse, le Français attendra toujours les prestiges qui le distingueront. Entre ces remarques, il en est de judicieuses. Ainsi les tarifs des transports africains par voie ferrée, par voie fluviale, majorent et de beaucoup le prix des denrées européennes expédiées à un dostinataire que sa mission immobilise très loin de la côte Atlantique. En certains cas, cent quatre-vingts francs de marchandises paient six cent trente*trois francs pour franchir la distance de Kayes à Bammako, paraît-il. A cela l'administration centrale répond que ces tarifs sont indispensables à la prospérité financière de la colonie, que les traitements sont calculés en raison de ces dépenses, et qu'à tout prendre mieux vaudrait que le fonctionnaire achetât moins er

France, et plus au Soudan. Cette dernière considération a son importance. Le coût excessif de l'objet européen forcera progressivement l'officier, Tadministrateur et le colon à se pourvoir sur le lieu même dé leur résidence. Ainsi naîtront autour d'eux les négoces, les petites industries nécessaires è l'évolution du monde indigène qui sait produire bien des choses. Enfin la cherté relative des transports empêche les nations étrangères de répandre à profusion leurs camelotes, leurs pacotilles, et de tromper les Africains en les irritant contre nous. Seuls, les denrées de valeur saine peuvent supporter cette majoration. Par là nous garantissons la simplicité de l'acheteur contre les astuces des marchands étrangers. Encore les Syriens colporteurs introduisent-ils partout trop de hideux produits allemands et autrichiens à bon marché, qui se détériorent aussitôt. Fâcheuses expériences pour le renom des blancs, et de leur loyauté. L'indigène comprend mal pourquoi le gouvernement permet ces leurres et ces dois. Il juge le français complice de toute la fourberie du négoce européen. Politiquement il semble donc indispensable de modérer par le moyen de fret onéreux l'afflux des conserves qui se décomposent, des odeurs puantes, des pommades rances, des calepins qui se décoUept, des outils qui se cassent, des bijoux faux, des soies qui s'éraillént, des amorces qui ratent, des fusils qui éclatent, des montres qui se détraquent, des couteaux qui se plient, etc... etc... La notion de justice est trop développée dans les

LES TROLPEAUX DL MASSINA. SOS

inteltigences au SoudaD* pour qu'elles admettent, avec notre scepticisme ricaneur, ces méfaits constants du négoce. Il suffit de regarder, sous le péristyle du poste, à Niafunké, les plaideurs entourant leur cadi et ses assesseurs dignement assis au milieu de leurs nnttes. Chacun des arguments est pesé, commenté. Le vieux juge de bronze a du mal à débrouiller le litige... Tous s'intéressent; même les conscrits recrutés pour les compagnies de tirailleurs rassemblés ici, beaux garçons qui, d'abord, utilisèrent leur prime d'engagement pour l'achat des vestes en lustrine, de leggins, de chéchias, pour se donner tout de suite une apparence militaire, et à leurs frais. Ils écoutent un veuf sec, calme, opiniâtre en ses plis bleus, réclamer un bœuf que sa femme a donné au fils du défendeur certain jour de tendresse. L'animal appartenait au mari, non à la défunte. Qu'on le rende ; car ce ne pouvait être là qu'un prêt gracieiix. Le pÈre du jeune homme proteste. Les veines enflent sur ce front noir. Les yeux se brident. Autour du nez camard, le visagn se contracte nerveusement, la grosse lèvre tremble, cunsive sur l'émail de la denture. Ovoïde, vlolâtrc et r. le cr&ne branle au bout du cou maigre que d<'^ l'échancrure du boubou. Lentement le cndi nak arabe l'essentiel des plaidoyers. Des guerriers p( se passionnent appuyés sur lelirs longues épées dm pareilles à celles de nos croisés. Les Toiiarog ont leur danse pyrrhique, et de heurter leurs lances brandir leurs javelots, de choquer leurs glaives.

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dessus le litham d'étoffe bleue, leurs regards luisent. Négresse blonde, une jeune personne de treize ans, vêtue d'un pagne en toile d'emballage, fait la grimace au soleil qui l'empêche de bien voir. Il lui brûle les globes parfaits de la poitrine ; il lui dore la denture de lait, illumine le nez qui se fronce. L'enfant noire et blonde ne quitte pas la place bien que le garde l'ait chassée de l'ombre et du portique. La curieuse attend la sentence de l'équité propre à la logique nette de sa race.

Cette justice, cet esprit d'ordre venu peut-être de cette Carthage punique et romaine avec les exilés sémites et peuls, l'eau du Niger en a transporté les apôtres vers l'Orient de Tombouctou et de 6ao, où Askia le Soninkè put établir la magnificence de son équité djennéenne.

Un siècle à peu près, elle enrichit la destinée du peuple songaï. La pyramide élevée dans Gao, selon le vieux rite égyptien, sur le sépulcre d' Askia le Grand et. à la gloire de sa nation, recouvre des os djennéens. C'est beaucoup plus loin, au bord du Niger, après sa courbe vers le sud. C^est dans une lande sablonneuse, dorée, tout le jour* Les ruches de la race laborieuse y sont enfoncées, blondes et fauves : et de grands hommes noirs y pullulent. Leurs femmes vont par théories, droites sous les fardeaux de leurs tètes, jusqu'aux scintillements du fleuve. D'autres en viennent avec les rires et les jeux de leur descendance heureuse. £t, au sommet de cette lande, enclose dans son mur dd pro-

LES RIVES SAMGLAXTEà DU NIGER. 305

tectioa, la pyramide du héros se dresse dans l'éblouissement universel, leçon de fierté pour cette enfance. Quand vient le soir, les troupeaux de grands bœufs gnn émei^ent de l'horizon, au retour des pâturages. Ils descendent pour boire, sous la conduite de leurs pasteurs armés chacun de deux lances étincelantes. Alors, de toutes les lagunes herbeuses, les hérons s'élèvent au-dessus des eaux. Leurs ailes déchiquetées, leurs pattes pendantes, s'agitent en silhouettes contre l'Orient vert du ciel. Us y planent. En poussant mille cris rauques, ils semblent pleurer la mort de l'empereur et la gloire de l'empire qui gisent depuis cinq siècles sous la pyramide blonde empourprée par Ii déclin sanglant du soleil, Kt, tout à coup, ces oiseaux s'abattent par centaines sur le bombax colossal qu fait face au monument- ï>ans l'air roux, ilssepenchen et s'endorment à côté de l'empereur enseveli don; leurs aïeux en*essor connurent les étendards orgueil leux et les clameurs de triomphe.

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