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LES RIVÇ3 SANGLANTES DU NIGER

Ces mille Touareg de Niafunké I Leur éternel sourire ur leurs faces d'ambre, ne fut-il pas sculpté par un dmirateur des poètes bucoliques grecs et latins P Ces larbares 1 Car ils le sont ; les uns par leurs facos masuées de loques sous les yeux iroutquus.tltts autres

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par Tapparat de leurs vigueurs nues entre les plis des tuniques et des braies, tous par Teminêlement de leurs tigiiasses, par les cabrures de leurs étalons chevelus et sanglants, par la fragilité de leurs javelots, de leurs épées trop flexibles, par Tarrangement confus de leur vêture envolée. Hommes de proie, ils multiplièrent, de Carthageà Djenné, pendant des siècles, en ravageaut. Les voici tels qu'ils apparurent, sans doute, dès les origines, devant les Phéniciens de Tyr, devant la reine Didon, devant les mercenaires d'Annibal, et tels qu'ils combattaient au xv" siècle, sous Ali-Ber, le Sonai du Nord, l'organisateur, pour la victoire, du peuple songaî. lueurs pères ne différaient pas, qui résistèrent aux talibés et aux sofas du peuple peul, de Sékou-Hamadou, dans le début du xix® siècle, avant de lui reprendre Tombouctou. Leurs aînés furent pareils, que rencontra le lieutenant de vaisseau Caron en reconnaissance, sur sa canonnière, après l'occupation de Bammako par le colonel Borgnis-Desbordes, après les victoires pénibles du commandant Combes, des colonels Frev et Gallieni, remportées sur les Sofas de Samori et de Mahmadou-Lamine. Leurs vieillards sont là, que battit le commandant Joffre allant venger, au delà de Tombouctou, le massacre de la colonne Bonnier, il y a vingt ans.

Que de batailles ont foulé ces rives, celle de droite, la Gpurnla, celle de gauche, laHaoussa ! Elles s'écartent à mesure qu'on avance vers cette capitale mystérieuse des vieux récits marocains, algériens et tri-

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politaint. Les vtef^wi et leus herbes gmsia à droite, les dunes el leon arbostes rabougris à gandie, supportèrent le galop des caTalîeis, les luttes cruelles des fantassins, et burent le sang de toutes les races soudanaises, numides, arabes, de nos soldats français. Peu de villages bordent le fleuTe. La peur des carnages a chassé, loin dans les terres, les riverains somonos. bosos, sorkos. U n'en est point là pour contempler la sphère terne et rosée du soleil descendre dans les vapeurs du soir, ni pour lancer leurs filets dans les ffloîrures jaunes, violettes et roses du fleuve. Pour-' tant Todeur est suave qui se dégage des terres chaudes , qui se répand parmi le crépuscule orangé.

Les Peuls du Fouta-Djallon qui fuirent l'islamisme des conquérants toucouleurs, et vinrent ici, vers 1730, ne sont pas visibles, ni leurs troupeaux célèbres. Trop [pin du fleuve, sans doute près des nombreux lacs (pii ibreuvent leurs animaux, dans TEst, les Maures de jourma tiennent leurs cours d'amour, et composent les poésies, sous le sceptre de la beauté, en buvant e thé dans leurs tentes de paillassons. On n'aperçoit Lul des survivants qui,, naguère blâmés en vers avec surs compagnons, pour leur nonchalance abandon» aut aux Français l'empire du Niger, et négligeant do onquérir les bijoux, les étoffes, les parures nécesaires à leurs amies, prirent aussitôt les armes, puis ixirent se [faire décimer par nos .feux (de salve, une xophe de femme aux lèvres.

A droite et à gauche, c'était ici, pourtant, rijmpire

peul du Massina, sous l'autorité de Sékou-Hamadou qui acheva de convertir à rislamisme ceux d'ici. Il avait, en 1827, installé ses fidèles à Tombouctou, après avoir pris Djenné, conquis les vallées du Niger et du Bani, tout le delta.

Le vieux prophète accueillit, près de Sofara, El-Hadj-Omar. Celui-ci revenait alors de la Mecque avec l'investiture du Khalifa, pour le pays du Soudan. Peut-être espérait-il déjà, par le bonheur de victoires constantes, étendre, jusqu'ici, la puissance de l'em pire toucouleur, qu'il allait fonder sur le Sénégal Triomphe promis à cet enfant de Podor, par la pro phétie de l'iman Youssouf lui ayant annoncé la demi nation sur les gens de leur pays. Pendant qu'il rece vait ce bon accueil de Sékou-Hamadou, El-Hadj-Omar souhaita de régner sur la région du Niger. Les honneurs que prodiguaient aux pèlerins de la Mecque les musulmans très pieux l'induisirent à se croire digne de toutes les ambitions. Car il commença presque aussitôt à rassembler des armes et de la poudre. S'imaginait-il, ayant, à cinquante ans, acquis par la persuasion une armée de fanatiques, vaincre sans combattre ^ Se voyait-il dans la suite utilisant sa force comme on sait, brûlant les villages de ses contradicteurs bambaras, peuls et malinkés, tuant les adultes, asser vissant les femmes et les petits, envahissant les vallées du Bafing et de la Falémé d'abord, puis celles du Haut-Sénégal et du Baoulé, choisissant Nioro pour capitale, et le Kaarta pour domaine de

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chasse ? Se promettait-il d'assiéger un jour les Français de Faidherbe dans Médine, après s'être dit adroitement leur allié ? Se représentait-il sa retraite parmi les rochers du Félou, avec les rages de la défaite, en juillet 1857, et sa hâte de chercher reluge à Koundian, au Sud, derrière le Bafîng ? Ëxerçait-il déjà son habileté strat^ique, grâce à quoi, en 1860, il devait, évitant toute rencontre avec nos troupes, ressaisir son royaume épars, rassembler quarante mille âmes autour de ses bannières et les conduire- au Niger en triomphateur ? Voyait-il, en rêve, les armées soninkè de Segou, et les armées peules de Sansanding se disperser alors devant lui, les Arabes Kountas de Tombouctou envoyer, par Tripoli, des ambassadeurs à la reine Victoria pour implorer les secours de l'Angleterre contre la force du saint ? Causant avec Sékou- Hamadou, il convoitait le Massina de son hôte, et il souhaitait la prise de Tombouctou : chose qui d(».vait trois fois, avanit 1864, advenir.

Date où, vaincu â son tour, par les Arabes Kountas et les Peuls du Gourma, le conquérant toucoulour oaourut fugitif, dans les falaises de Bandiagara, laissant à Ahmadou l'empire sur les peuples que le oolo« [lel Archinard délivra en 1894, et à son neveu Tidiaui [e Massina. *

« Je suis un porteur d'outrés. Mes outres sont Djenné et Tombouctou; si tu les veux, saisis le 3orteur avant, » répondait celui-ei ll^^oment au ieutenant de vaisseau Caron qui lui demandait un

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appui d'allié pour atteindre, avec ses trois mauvais bateaux, les ports de la ville mystérieuse. La chose pourtant s'accomplit.

Car nous sommes ici au pays de l'héroïsme latin. Ni l'histoire de Rome, ni l'histoire de la Grèce, ne donnèrent, peut-être, des exemples d'honneur aussi purs que ceux prodigués peu* les Paul Holle, les Tautain, les Archinard, les Boiteux, les Bonnier, les Ponty, les Clozel, les Marchand, les Baratier, les Mangin, les Cornet, les Guignard, les de Chevigné, les Le Lorrain, les Rossi, les Mouret, leurs camarades, prédécesseurs et successeurs. Les épopées les plus fabuleuses relatent des exploits moindres q[ue celui d'un lieutenant de Chevigné se brûlant la cervelle, pour contraindre à la retfaite ses spahis noirs, rebelles à l'idée d'abandonner, devant l'ennemi, leur chef immobilisé par sa blessure. Roland à Roncevaux fut-il plus noble P Ses compagnons furent-ils plus dévoués P

Comment ferions-nous croire qu'une ville grande comme Amboise, avec l'importance Gnaucière et commerciale du Havre par rapport au pays, avec une tradition historique de valeur égale, capitale au port du Sahara, terminus des caravanes marocaines et tripolitaines depuis les temps inconnus, terminus de toute la navigation soudanaise depuis l'origine des transactions africaines ; comment ferions-nous croire que cette ville disputée, depuis l'anmil, par les empereurs del'est, de l'ouest, du nord et du sud, au prix

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' de batailles effroyable» où des peoplKt a épuisèrent, camment faire croire que cettA viUft fat priinr par les douze hommea ds lienbiiiaiit Ebiitenx, <!t qu'elle demeure sons notre drap^^an. rlftpiiia dit-bnit an>, malgré tom Ie« dforta de* KlvRrsiurea Tmiareg et marocains, grâce as géai^ lie um fitfu^ii>n;> Maîtres à présent du âabara. Us sk d^lareat prëu k réuolr Dotre domaine d'.\lgérie k notre: «empire rJii Soudan, et prêts à défendre detAateattaqnelavriiKterri'iK que, d'oasis en oasis, l'on trace, f^nW'- Coloioti-fl'ti^barel Tosaye, ce point de l'i^t, veri (iao, où in terrain rocheux étreiot le cours du fl*;nve.

Voilà pourquoi il fallait parvenir k T'imliouctoii. Demain, la locomotîre rf^odra vr^Uinc» les iniis du la Méditerranée et celles dn ,\i*(Bf, «t ««lli;* du (Joiifî"i celles-ci malhenreosenKRt soumiM;!*, pur la plu» lâche et la pins inutile rie?i capitiitnti'irii, niix iinrluviiH des terres genaaniqu»;». fx^uairi, Tiini» i^t Al>i^i'li<^f, Alger et Brazzsrill';, Oranf^t Ifaknr, ni-roHl lu» " tures d'un seul empire cob'^sil, A vUitiliiMuinn tants. Vingt millions de cf,riiA'jin(rtfttKiinipiiiii 1" tries'denoBouvriers.VingtmilIiiifiMd'iiiiiiHltiyu le renforcement de umi ami':*:». Viiif(ttiiilliuiiii( vateurs et de pasteurs p''ur IViirifitilMNi'iiKnil i du monde.

Sans doute s'espliqunicnt. ih iwn AvIdfiilKS | lités, à Mopti,' le iieuUtiiant ik vnlNNrmi llollci sept Français qui de lu, ni'liiii les unJri'H du Archiuard, aiiuraieut, avnr iciirs laplols,

navigation, vers l'est, des longues pirogues djennéennes. Cette doctrine, ils la tenaient pour certaine, quand ils conduisirent, jusqu'à Saraféré, leurs chaloupes, afin de suivre deux émissaires de Tombouctou, qui réclamaient une protection pour les marabouts et les marchands, contre la cruauté quotidienne des Touareg accourant des alentours, pillant la ville même ' après la perception des impôts à eux consentis, dépouillant les femmes songaï dans les rues, égorgeant l'audacieux capable de riposter à leurs insolences ou de protester contre leurs vols sur le marché, envahissant les maisons, s'y rassasiant et y dérobant, la lance haute, ou bien enlevant les écoliers accroupis sur une place, autour de leur maître,» avec leurs planchettes d'écriture, et les offrant plus tard contre rançon aux mères en peine. De ces récits, on pouvait conclure qu'un parti attendait, dans la ville, des libérateurs. On pouvait craindre aussi que les barbares missent à sac les barques dé commerce que nous devions sauvegarder et ne s'emparassent des cargaisons à l'heure du débarquement.

Aussi le lieutenant Boiteux résolut-il de mener ses canonnières jusqu'au port de Korioumé. Le lieutenant Caron, avait bien, en août 1887, séjourné, dans cet endroit, avec sa vedette, son chaland et sa péniche, sans commettre l'imprudence de s'aventurer, sans avoir rien subi d'offensif. Pour renseigner le colonel Bonnier qui s'avançait avec une colonne, sur la rive droite, il était nécessaire de réprendre la tentative

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jadis avortée, d'écrire aux chefs des partis en rivalité dans la ville, puis d'entrer en relations avec eux par le moyen de messagers. Les canonnières suivirent donc, sur le Niger, le vol de ces oiseaux blancs et mouchetés de noir qui les guidèrent le long des berges sablonneuses. Les ibis les regardèrent de coin, en penchant la tête, un ver dans le bec. Les geais de marécage, droits sur leurs pattes noires, se cambraient en manteau havane et se rengorgeaient sous leur rabat blanc, au passage de la flottille. A Korioumé, cette multitude d'oiseaux augmente? dans les étangs riverains. Multitude sans peur, étonnée seulement par le bruit de la machine.

Que recelait l'avenir du lendemain caché derrière ces dunes et ces herbages, après ces mailles de ruisseaux, de canaux et de rivières entrelacés qui séparent Korioumé deKabara, le port intérieur .^^ Certainement nos marins ne doutaient pas du prestige acquis, au Soudan, par notre drapeau, depuis les défaites successives des empereurs esclavagistes El-Hadj-Omar, Ahmadou, Mahmadou-Lamine, Samori, depuis l'entrée du colonel Archinard au Massina, et l'investiture de notre protégé, le prince Aguibou, qui refusait à ceux de Tombouctou les grains de ses plaines, qui menaçait d'une famine partielle cette capitale de déserts infertiles. Certainement nos avant-coureurs savaient que les marchands, avides avant tout de rétablir les relations commerciales avec le Massina des pasteurs, n'épargneraient rien pour obtenir de notre

force la protection de leurs intérêts. Mais, d'aut part, les Marocains appuyés sur les Touareg m démontraient, depuis 1893, par des légats, lespouvoi de leur sultan sur Tombbuctou. Pouvoir authentic dès le XVI* siècle. Une harka maghzen allait partir Marrakech, disai,t-on. Aussi la prudence étaitel prescrite par le colonel Bonnier, docile aux recoi mandations du colonel Archinard. D'ailleurs, l€ deux colonnes, selon le plan de ce chef admirabl alors en France, ne devaient pas cueillir le fruit Tombouctou avant qu'il fût mûr indubitablemei Ces deux colonnes arrivaient seulement du Nige L'une, celle du commandant Joffre, venait du Haut Sénégal et de Nioro où elle avait paciGé la capitale ei | le pays d'Ahmadou. L'autre, celle du colonel Bonnier, i rentrait à Segou après une rude expédition sur les frontières de la Guinée où Samori avait dû lui abandonner toute une foule de malheureux captils. aussitôt réintégrés dans leurs villages en ruines, et parmi les ossements de'^leurs familles, de leurs défenseurs. Aussi le lieutenant Boiteux avait-il pour mission exclusive de convoyer, avec ses canonnières, les pirogues commerciales, de s'arrêter à l'escale de Korioumé, de ne pas avancer davantage, d'attendre, i bord, les renseignements politiques de Tombouctou. Ces renseignements se succédèrent contradictoire et incomplets. Selon leurs espoirs, les lettres àt négociants assuraient que les Touareg ne détenaieo plus le pouvoir sur les Kountas, ni les partisans de

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