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LES RIVES SANGLANTES DU NIGER

Marocains, et que, malgré la nouvelle de notre navigation en avant, transmise par une barque de Saraféré, les Touareg-Tenguèrerifs, campant au cœur de la ville, n'obtenaient pas du maire Tarmement réel de la population. L'officier pensa que franchir les quelques kilomètres du canal réunissant Korioumé à Day, ne modiûerait guère les conditions de la reconnaissance. Là, peut-être, les bateliers venus de l'est par le marigot de Day, pourraient fournir des indications. L'aspecttranquilledecetteescale, lesrappqrtsentendus décidèrent le lieutenant de vaisseau à explorer les abords de Kabara. En un chaland, avec quelques ♦ laptots qui le poussèrent de la perche sur le canal creusé, dit-on, par Ali-Ber au xV siècle, Boiteux releva le dessin des rives. Il sonda la profondeur des eaux. Il nota l'étendue approximative des plaines marécageuses où l'on voit des juments et leurs poulains galoper dans les mares, en faisant lever, par myriade^, les oiseaux blancs tachetés de noir. Bientôt se précisèrent les feuillages en coupoles des beaux arbres ombrageant le quai et son marché, puis les nattes en voûtes sur nombre de longues pirogues à Tamarre; enfin les confies de riz en piles, et, derrière cela toute une foule debout, immobile, grands hommes bleus masqués, cavaliers à lance et à javelots, Arabes à fusil. Sans croire à l'attaque, l'officier cependant fit lâcher les perches, et armer des carabines. Aux pre- ' ^fll

miers gestes douteux de cette foule, il fit coucher ses laptots dans la profondeur de l'embarcation immédia-

316 NOTHE CAHTHAGE.

tement heurtée par le choc des javelots et des lances, par les balles éraflant les bois, crevant la chair d'un noir, qui cria. Aussitôt commandé, le feu de salve riposta, « très efficace à cefte petite distance ».Et l'on vit s'abattre des blessés, se crisper un agonisant, galoper au loin les cavaliers bleus, fuir la cohue blanche des hurleurs et des lâches.

Ce drame bref s'accomplit sur la charmante esplanade que, d'ordinaire, occupent, chaque matiii, les vendeuses de corbeilles fines, de karité enmottes, de branches à brûler, d'antimoine en morceaux, de sel gemme, de piment vert. Là, s'émouchent, de la queue, les baudets en troupes grises, les « farcas », prêts à recevoir, sans fléchir l'échiné, des fardeaux considérables. De leurs masses gibbeuses les dromadaires encombrent le cou allongé dans le sable. Ou bien, ils lèvent au bout d'un col recourbé, leur tele lippue, prétentieuse et insolente, tandis que leurs gros yeux méfiants épient sous des cils rudes. Le boucher des moutons, qui, du jour au lendemain, alterne avec le boucher des bœufs, débite sa viande devant une branche fourchue plantée en terre, potence de la victime. Coutelas en main, le sacrificateur, assis par terre, découpe une dentelle de graisse et de peau sur le thorax ouvert de l'animal. Pas une goutte de sang ne macule lachlamyde bleue, ni la robe de dessous en coton blanc, ni le litham de guinée, ni le turban qui coiffe ce grand Berbère noirci mâtiné de Songaï. Saisies d'admiration pour la délicatesse d'un

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