‹ Notre colonie du DahomeyChapitre 25 sur 34 · Oïl · texte numérisé non relu

Oïl

{Conditions des Yus^es j C'est déjà là — on le voit sans qu'il soit besoin d'insister — une constatation pleine de promesse pour le coton du Dahomey. Mais les documents de la maison Aneel-Seitz sur le tissage des filés permettent de concevoir pour ce nouveau produit de la colonie un avenir plus brillant encore. Pour justifier cet optimisme, nous n'avons qu'à reproduire les passages marquants du "deuxième rapport de M. Ancel.

à Autant nous avons été circonspects lors de la rédaction de notre premier rapport, émettant prudemment l'opinion que le filé obtenu semblait ne devoir prétendre qu'au titre modeste de résultat supérieur du laboratoire, autant aujourd'hui lui reconnaissant d'éminentes qualités pratiques, après observation de la marche du tissage et du tissu lui-même, pouvons-nous affirmer hautement que le coton du Dahomey

est éminemment propre à servir à la confection des tissus courants dans les Vosges et que, sauf sous le rapport de la couleur, il peut, en composition dans un tissu, soutenir la comparaison avec le coton d'Amérique.

C'est là un résultat dont on peut à bon droit se montrer satisfait et qui a sa valeur en présence de l'inquiétant problème qui se pose actuellement dans le monde cotonnier ».

Du rapport relatif au tissage, « il résulte que le fil fabriqué avec le coton du Dahomey se comporte d'une façon presque identique à celui fait en coton d'Amérique ; il y a lieu d'excepter de cette remarque générale les numéros de trame dépassant 30. La faible longueur des fibres, la torsion exagérée donnée au fil aux métiers «Self-acting », sa tendance à vriller ne permettent pas en effet d'obtenir pratiquement ces hauts numéros.

Cette réserve faite, si l'on songe que le coton employé dans la filature où les essais ont eu lieu est couramment du « Fully good middling » 28/29 m , on est en droit de se féliciter du rapprochement que Ton peut faire entre les tissus fabriqués avec la matière première des deux provenances. Si, à la filature, le coton du Dahomey est plus difficile à travailler que le coton d'Amérique ; en revanche, au tissage, il donne toute satisfaction et l'expérience nous a montré qu'il peut entrer en composition dans toutes les sortes courantes tissées habituellement dans les Vosges.

En résumé, le coton du Dahomey a donné au point de vue technique de son traitement en filature et au tissage des résultats excellents ; on peut même dire que, pour un coton de brousse, il est de qualité parfaite. Tout porte à espérer que, lorsque, par un ensemble de moyens convenables, on sera

parvenu à améliorer sa qualité, réalisant ainsi la création aux colonies françaises d'un coton qui n'aura plus rien à envier à

Types de Kroumiens.

celui du nouveau continent, la filature s'approvisionnera largement et sans arrière-pensée d'une matière première désormais française dont l'appoint pourra, dans un avenir qu'il

i6fi NOTRE COLONIE DU DAHOMEY

faut souhaiter rapproché, exercer une influence marquée sur le marché cotonnier du monde ».

Le coton traité par MM. Ancel-Scitz provenait de la région du cercle de Savalou a voisinant la frontière du Togo et dont le village de Djallakou est le centre. Dans ce petit coin, les noirs soignent avec goût des « glétas » immenses couverts de cotonniers et qui s'étendent à perte de vue. M. Homassel, administrateur des colonies, qui s'occupa avec beaucoup d'activité et d'intelligence de cette question, a les meilleures raisons de penser que, comme le souhaite M. P. Ancel, la qualité du coton actuellement cultivé pourra être assez rapidement améliorée. Les cultivateurs de Djallakou et environs accepteront avec empressement les graines sélectionnées de l'espèce indigène (1) qui leur seront distribuées. C'est en elfet sur ce point que doivent porter les efforts, car les graines américaines introduites au Dahomey n'ont pas donné de résultat satisfaisant. Il serait désirable que fût créée une espèce dahoméenne nettement déterminée et homogène. Bien conseillés, les noirs apprendront sans peine à donner aux arbustes des soins moins rudimentaires. Mais il ne faudra pas ménager les encouragements et nos enseignements auront à être maintes fois répétés. Nul doute cependant qu'à la vue du profit qu'ils pourront tirer de leurs plantations et du débouché otfert h ce produit, les indigènes ne suivent la voie tracée par nos fonctionnaires.

C'est aux indigènes, en effet, que nous devrons nous adresser pour améliorer d'abord, étendre ensuite la culture du cotonnier. Eux seuls peuvent mener à. bien ces tentatives,

(\) Nous disons tic l'espèce indigène, car les essais d'acclimatement au Dahomey du coton de Géorgie n'ont pas donné de bons résultats.

car seuls ils peuvent se contenter d'un bénéfice modeste ; en outre, ils travailleront mieux s'ils savent produire pour euxmêmes. Certes, les immenses étendues qui forment le Haut- Dahomey permettent de donner des concessions afFectées à la culture du cotonnier, mais nous ne pensons pas qu'olles puissent réussir. De deux choses l'une : ou la concession sera voisine des cultures indigènes de même nature et Ton aura la plus grande difficulté à trouver de la main-d'œuvre, car ce ne seront pas les noirs cultivant pour eux-mêmes qui s'engageront ; ou bien la concession sera située en un endroit où cette culture n'existe pas et alors un long apprentissage sera nécessaire aux travailleurs indigènes. En outre, dans l'un et l'autre cas, la production sera beaucoup plus coûteuse. Quant à faire cultiver par des étrangers au pays, c'est un système dangereux et qui peut aboutir aux pires mécomptes. S'il est exact que ce soil là le mode employé par les Allemands au Togo, on peut être assuré que leurs essais sont voués à un indubitable échec, f/est donc k notre avis — et nous ne saurions trop le répéter — l'indigène qui doit au Dahomey être le producteur de coton.

Importante à tous les points de vue, la question cotonnière présente pour la colonie un intérêt tout particulier. Qu'on veuille bien jeter un coup d'œil sur la carte et Ton verra que l'habitât actuel ou possible du coton au Dahomey commence vers le 8° degré do latitude Nord, et c'est précisément k cette latitude que le palmier devient rare. Ceci complétera heureusement cela.

Or, comme l'a indiqué M. le capitaine Cambier, le coton pousse partout dans le Haut-Dahomey. Les indigènes connaissent cette culture et la soignent tout spécialement. Le

climat s'y prête admirablement par l'alternance des saisons sèche et pluvieuse, et la population est placée dans la nécessité, pour se vêtir, de ne point négliger ce produit. Ce coton n'est pas l'objet d'une culture spéciale, du moins jusqu'à Kandi, et on le trouve généralement dans les lougans d'ignames. Mais au Nord de Kandi et dans la vallée du Niger, il existe des champs de coton. Aussitôt que les premières pluies ont ameubli la terre, alors que l'igname élève déjà sa tige, les graines de coton (3 à 4 par trou), choisies parmi les plus sèches et les plus fermes, sont semées presque à fleur de terre sur les versants des cônes débarrassés de toutes les herbes. Dans les champs, les graines sont semées sur deux rangs parallèles dans chaque sillon. La plante est buttée dès qu'elle atteint 15 à 20 centimètres, puis elle est abandonnée à elle-même jusqu'à la récolte, l'indigène se bornant à arracher les mauvaises herbes. La récolte se fait lorsqu'elle est abondante et lorsque tout est mûr.

Les gousses séchées au soleil pendant cinq ou six jours, sont ensuite égrenées à la main par les femmes et les enfants, procédé qui occasionne beaucoup de pertes (1). Le cardage est pratiqué par les femmes. Le coton est d'abord étiré à la main, et ce premier travail est complété par le cardage à l'arc. Une tige passe entre la corde et l'arc et sert à maintenir le tout dans la main gauche ; avec la droite, la cardeuse fait glisser la corde sur la tige et la fait vibrer au milieu d'une petite masse de coton étiré ; elle obtient ainsi un coton bien divisé. Aplati en bandelettes très fines il est ensuite roulé sur des bâtonnets qui serviront de quenouilles. Le fuseau est

(4) L'Association cotonnière coloniale a envoyé des égrencuses dans la région de Djallakou.

constitué par une tige de 15 à 20 centimètres qui porte à une de ses extrémités une toupie en argile. La quenouille est maintenue de la main gauche, un vif mouvement de rotation est imprimé au fuseau qui tourne dans une calebasse plate et les fils s'y enroulent après avoir été tordus et enduits au passage avec une espèce de poudre blanche obtenue par la calcination d'os. Le fil enroulé enfin sur quatre bAtonnets assemblés est livré au tisserand.

Les métiers indigènes, généralement placés sous des paillottes par groupes de trois ou quatre et plus, sont analogues à ceux qui existent encore dans nos campagnes, mais les dimensions en sont très réduites. Le mécanisme do propulsion de la navette n'existe pas, -c'est l'indigène qui la lance d'une main à l'autre avec une grande rapidité. 11 obtient des bandes de 9 à 10 centimètres de largeur. Le fil est tendu en avant du métier à l'aide d'un petit traîneau chargé de pierres. Le métier est actionné par des pédales fixées aux doigts de pied du tisserand. Souvent de nombreuses ruptures se produisent en raison de l'insuffisance de torsion des fils; aussi les ouvriers ne dépassent guère la longueur de 2 mètres dans un jour. Les tissus sont obtenus en cousant toutes ces bandes côte à côte : leurs mailles souples donnent des vêtements qui conviennent bien au climat et se prêtent facilement à tous les mouvements.

En résumé, c'est dans le Haut-Dahomey qu'on trouve la région propice à la culture du coton, c'est là qu'elle deviendra des plus intéressantes. Il y a là une culture existant déjà et plus développée que celle de la région de Savalou. Les produits sont d'une valeur sinon supérieure mais au moins égale à ceux de cette zone. Ils sont traités de

la môme façon, aussi se présentent-ils sous le môme aspect, c'est-à-dire que le coton est de couleur jaunâtre, de soie assez fine au toucher et peu brillante, variant de 25 à 30 millimètres ; il est donc de qualité fort convenable.

Les principaux centres de production sont : Parakou, Sirarou, Tamarou, Ouénou, Bori, Sontou, Péréré, N'Daly, Tébo, Ouararou, Bouay, etc. Tous les villages de la vallée du Niger possèdent de grands champs de coton. Et il n'y a pas seulement apparence de production cotonnière, mais la culture et l'industrie même existent réellement dans tous les villages du Haut-Dahomey.

Au point de vue commercial — et c'est là notre conclusion — le Haut-Dahomey par ses productions, au premier rang desquelles le coton et le bétail, peut être appelé à im brillant développement économique. Cette région, qui jusqu'ici constitue un poids mort pour les finances de la colonie, se développera dès que le chemin de fer lui permettra d'exporter les produits. Le pays est riche, sa population est dense. Après ce qui vient d'être dit, nous pouvons donc envisager l'avenir avec confiance.

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