I. ORGANISATION POLITIQUE
Au point de vue politique, le pays est divisé en territoires protégés et en territoires d'action politique. Les premiers situés dans le Bas- Dahomey, ceux-là forment le Haut-Dahomey.
Les territoires annexés comprennent nos établissements de Cotonou, Ouidah, Grand-Popo, Abomey-Calavi et le royaume d'Abomey depuis l'internement au Gabon d'Ago li Agbo, successeur que nous avions nous-mêmes intronisé au lieu et place de Béhanzin.
Les territoires protégés sont : les royaumes de Porto-Novo et d'Allada, la république des Ouatchis et celle de Ouéré Kétou.
Les territoires d'action politique sont les établissements <x s'étendant au nord de nos possessions du Dahomey au Niger ».
Cette distinction a aujourd'hui perdu son importance. La
seule division réelle est celle qui répartit toutes ces régions en cercles (1). La différenciation entre Bas-Dahomey et Haut- Dahomey subsiste néanmoins à divers titres et bien que la fonction de résident supérieur du Haut-Dahomey ait été supprimée en 1901. La facilité des communications télégraphiques avec le chef-lieu rendait ce poste pour le moins inutile.
Le Bas-Dahomey comprend les cercles de Porto-Novo, Cotonou, Ouidah, Mono (Grand-Popo), Allada, Zagnanado, Abomey, Savalou.
Sont rattachés au Haut-Dahomey ceux de Borgou (résidence à Parakou), de Djougou, Kouandé, du Moyen-Niger (Kandi) de S;iy et du Gourma (Fada-N'Gourma).
A la tétc de chaque cercle est placé un fonctionnaire du cadre des administrateurs coloniaux investi de fonctions politiques, administratives et judiciaires. Le rùle qui lui est dévolu est donc des plus complexes. Il n'entre pas dans le cadre de cette étude de l'étudier dans tous ses détails.
En matière politique, l'administrateur doit surveiller de très près les diverses autorités indigènes, que partout nous avons conservées, de façon à ce qu'elles ne commctlent pas d'exactions, ne pressurent pas leurs administrés, car le noir revêtu d'une parcelle môme minime de l'autorité est toujours enclin à en abuser. L'administrateur ne doit pas oublier que là où il se trouve il représente la France, qu'il doit la faire aimer et respecter, et qu'au bon plaisir des roitelets a succédé un régime de bonté, de justice et d'humanité.
Dans l'ordre administratif, les obligations de l'administra-
(1) Bien que les villes de Porto-Novo et Ouidah soient, au point de vue de la population, assez importantes, il n'est pas possible de leur donner même un semblant d'organisation nunicipale.
teup de cercle sont multiples : la plus importante est rétablissement des rôles de l'impôt personnel et sa perception. Les rôles nominatifs ou collectifs établis après recensement en double expédition doivent être adressés au gouverneur qui les approuve en Conseil d'administration et les renvoie pour exécution à l'administrateur du cercle en vertu d'un arrêté du
Gouvernement de Porlo-Norvo.
28 juin 1899. La taxe de capitation est due par tout indigène (homme, femme et enfant âgé de plus de dix ans). Son taux est de 2 fr. 25 par tête pour les habitants des villes de Cotonou, Ouidah, Orand-Popo, Porto-Novo et sa banlieue et de t fr. 25 pour les autres localités de la colonie. Partout les chefs touchent une remise, plus ou moins forte suivant leur
importance, sur les produits de l'impôt. La légitimité de cette taxe n'est plus à démontrer ; elle est d'ailleurs maintenant admise par les indigènes. Cette imposition est peu élevée en ce qui concerne Cotonou, Ouidah, Grand-Popo et surtout Porto-Novo et sa banlieue. Elle est en effet bien inférieure aux facultés contributives des indigènes qui n'acquittent aucun autre impôt direct. Les dégrèvements sont peu importants et le produit rentre sans difficulté. 11 ne parait pas possible cependant d'élever dès maintenant le chiffre de cette taxe, car il est nécessaire que les indigènes se rendent compte des débouchés que donnera au commerce l'ouverture à l'exploitation du tramway Porto-Noro à Saketé et du chemin de fer de Cotoiiou à Paouignan. C'est seulement lorsqu'ils auront reconnu la possibilité pour eux d'étendre leur trafic qu'il y aura lieu de leur demander un nouvel effort ; ils consentiront plus volontiers un supplément d'impôt quand ces facilités seront devenues pour eux des réalités tangibles. L'impôt produit à l'heure actuelle sans difficulté 525.000 francs dans le Bas-Dahomey. Dans le Haut-Dahomey par contre, où d'ailleurs elle est payée en nature, cette taxe constitue une assez lourde charge pour les habitants et dans cette partie de la colonie où le commerce est nul, où l'indigène ne produit que pour sa consommation, les dégrèvements doivent intervenir dans des proportions énormes en comparaison du total des rôles exigibles en droit. Néanmoins, il n'est pas mauvais que l'impôt personnel soit maintenu tel qu'il existe actuellement de façon h ce que son principe demeure entier. Le supprimer pour le rétablir dans un temps qui ne peut être éloigné serait aller au-devant de graves difficultés, car les indigènes l'accepteraient plus difficilement. L'administration d'ailleurs dans ses
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prévisions de recettes ft ce titre s'est toujours montrée, eu égard au chiffre de la population, extrêmement modérée.
Il n'est prévu que pour 130.000 francs au dernier budget, alors qu'en 1903 il figurait aux recettes pour 150.000 francs. Cette diminution est la meilleure preuve de la justesse de l'appréciation que nous venons de formuler. Ajoutons que la plus grande bienveillance a constamment présidé à la perception. Lorsque des débouchés auront été ouverts aux produits du haut pays, les indigènes pourront l'acquitter sans trop d'efforts.
C'est à l'administrateur qu'il appartient d'apprécier les dégrèvements à accorder et d'adresser les propositions en ce sens. Il connait, en effet, mieux que personne, la situation du cercle qui lui est confié et la capacité de ses administrés.
Enfin, ce sont les fonctions judiciaires de l'administrateur qui paraissent les plus délicates. Officier de police judiciaire au regard de la justice française, ce fonctionnaire est appelé à présider le tribunal indigène du cercle. Or, c'est A ce tribunal que viennent aboutir toutes les affaires de la compétence des juridictions indigènes, puisque les sentences du tribunal de village ne lient pas les parties, puisque le tribunal de province ne connaît aucune affaire en dernier ressort. Ktla compétence du tribunal du cercle s'étend non seulement aux contraventions, aux délits, mais encore aux crimes. Comme la justice indigène applique en toute matière la coutume locale en tout ce qu'elle n'est pas contraire aux principes de la civilisation française, l'administrateur est tenu de connaître à fond les populations de son cercle.
Ce rapide aperçu indique qu'il n'est peut-être pas de fonction plus difficile à remplir que celle de commandant de
cercle qui est appelé à se montrer tour à tour magistrat politique, agent administratif, jurisconsulte en matière indigène, doit veiller à la sécurité des biens et des personnes et à l'application des lois, décrets et règlements.
Pour l'aider dans sa tâche, le commandant de cercle a sous ses ordres un ou plusieurs administrateurs de grade inférieur au sien ou encore des agents du cadre des affaires indigènes de l'Afrique occidentale française (adjoints principaux, adjoints ou commis) qui servent au chef-lieu ou sont répartis dans les différents postes du cercle.
A chaque poste est attaché un interprète (interprète en chef, interprèle principal ou ordinaire) qui occupe en même temps l'emploi de secrétaire.
Tous les cercles sont munis dune « agence spéciale ». Le trésorier payeur de la colonie n'ayant que trois préposés, les mandats ne peuvent être payés qu'à Porto-Novo, Colonou et Ouidah et tiraiid-Popo. Il élait cependant indispensable de fournir aux administrateurs des postes de l'intérieur, lesquels sont situés souvent fort loin du chef-lieu du gouvernement, le moyen de faire face h des dépenses urgentes, ou imprévues (paiement des porteurs ou des hamacaires) et aussi d'encaisser les recettes provenant de l'impôt indigène. C'est à ce double besoin que répondent les agences spéciales.
Les agents spéciaux sont généralement le receveur des postes, ou un adjoint du commandant du cercle, car on a tenu, autant que possible, à ne pas donner ces fonctions aux administrateurs chargés de la constatation des services faits et de la liquidation des sommes à payer. Les agents spéciaux reçoivent du Trésor une avance avec laquelle ils paient les dépenses urgentes sur états visés par l'administrateur, et
qu'ils doivent appuyer des pièces comptables réglementaires, quoique leur comptabilité ne soit tenue que d'une façon sommaire sous la double rubrique : recettes, dépenses et sans distinction de la nature des opérations effectuées. Il ne leur est consenti une nouvelle avance qu'autant qu'ils ont entière-
Administrateur faisant sa tournée en hamac.
ment justifié de remploi de la somme primitivement mise à leur disposition. Ils reçoivent une indemnité de responsabilité proportionnelle à la valeur de leur caisse.
Nous avons dit que sauf dans le cercle du Moyen-Niger, aucune troupe ne tient garnison au Dahomey. Pour assurer
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la sécurité dans leur cercle, les administrateurs ont à leur disposition une force de police essentiellement civile qui s'ap. pelait autrefois la garde indigène et qui se nomme maintenant le corps de « gardes de cercle ». Ils ne comprennent plus en principe de gradés européens qui ont été versés dans le cadre des affaires indigènes et se composent d'inspecteurs et gardes principaux indigènes et de gardes indigènes, brigadiers, sous-brigadiers et gardes de 2 e classe. Les gardes ont une grande tenue (veste, gilet, pantalon, chéchia du modèle des zouaves où les tresses et les soutaches sont remplacées par des tresses et des soutaches vertes) et une petite tenue! (paletot de molleton du modèle de l'infanterie coloniale, pantalon h la turque en coutil gris et chéchia) ; enfin ils sont armés de la baïonnette et du fusil modèle 1874.
Ces gardes de cercle sont chargés de la surveillance des résidences, postes de douane, prisons, des édifices publics; du service des courriers officiels, de celui des renseigne* ments politiques, de la poursuite et de l'arrestation des malfaiteurs, du service des escortes, des convois par terre et par eau. Ce sont des auxiliaires dévoués qui, à l'époque des missions du Haut-Dahomey, nous ont été très utiles.
Telle est dans ses grandes lignes l'organisation schématique d'un cercle du Dahomey. Les 13 cercles de la colonie sont gérés avec un personnel de 29 administrateurs, 25 adjoints et 30 commis, et la police est faite à l'aide de 2 inspecteurs, 2 gardes principaux et 942 hommes.