‹ Notre compagne (provinciales et Parisiennes)Chapitre 11 sur 23 · ROBE NOIRE · texte numérisé non relu

ROBE NOIRE

Je vous aime à en oublier les promesses que j'ai faites. Du jour où je vous ai rencontrée ici, c'a été fini, voyez-vous. A la chapelle, au réfectoire... et surtout la nuit, au dortoir, je ne pense qu'à vous. Je n'ai plus de ferveur. Il vaut mieux être un simple chrétien, avec la chasteté de son état, qu'un prêtre indigne. Saint Paul l'a dit : « zMelius c( est nuhere quam uri, — il vaut mieux prendre « femme que de brûler, » Voulez-vous me suivre, mon enfant? »

Mariette souriait d'un sourire contraint. Les paroles qu'elle venait d'entendre, moitié amour, moitié sermon, lui avaient donné une sensation louche, comme d'écouter de la musique fausse ou de toucher certaines étoffes qui accrochent les ongles... Tout de même, elle trouvait que l'abbé était beau garçon et parlait d'une façon distinguée. Il répéta, tout pâle, tout tremblant :

(c Eh bien?... Dites!... Voulez- vous me suivre?»

Elle dégagea doucement son poignet et recula un peu.

ce Vous suivre, m'sieu l'abbé? Mais je ne peux pas. Mon père, qu'est-ce qu'y dirait? »

Ec avec un regard en dessous, elle ajouta :

« On peut bien continuer à se voir ici, — pendant qu'y n'est pas là. Personne ne le saura ! »

L'abbé ne comprit pas bien ce qu'elle voulait dire. Il insista :

c( Mariette... Je vous en prie... Puisque vous m'aimez un peu, venez avec moi. Je veux que vous soyez à moi. Vous quitterez votre père, et nous nous marierons dans mon pays. »

A ces mors : « Nous nous marierons » , la jeune fille, qui regardait le plancher, redressa la tête. Elle crut avoir mal entendu.

« Nous nous marierons, vous dites?

— Mais... oui... Vous ne voulez pas être ma femme? »

Mariette se mit à rire.

« Oh! m'sieu l'abbé! vous vous moquez. On ne peut pas être la femme d'un curé, voyons! »

Le cri d'une pie grinça dans les arbres; un peu de vent chaud joua avec les feuilles. L'abbé s'écria :

« Mais je ne suis pas un curé... Je ne suis pas prêtre. Je suis minoré; je suis lecteur... lecror... c'est-à-dire que je n'ai prononcé aucun vœu, —

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