‹ Notre compagne (provinciales et Parisiennes)Chapitre 15 sur 23 · MONSIEUR POIVRE 20I · texte numérisé non relu

MONSIEUR POIVRE 20I

La dernière : « Toivre (Louis-oiugusre) aime le gigoî-», d'une encre toute fraîche, luisait, tirait l'œil. M'"^ Vavin se mie à rire, et regardant le commis dans les yeux :

« C'est vous, monsieur, fit-elle, qui avez écrit cela? C'est vous qui aimez le gigot? »

Rouge jusqu'aux cheveux, Poivre fit un signe de tête affirmatif.

ce Eh bien! monsieur, vous avez une écriture superbe... tout à fait ce que je veux. Voici!... M. Vavin donne un dîner après-demain; nous aurons toutes les autorités, le maire, le sous-préfet et les collègues de mon mari. Il nous faut des menus. J'ai réussi à trouver chez un papetier d'ici des cartons qui ne sont pas trop mal. Je vais vous prier de transcrire dessus, avec le nom de chacun des invités, la liste des services et des vins. ..Tenez, approchez-vous. »

Il s'approcha. Elle lui mit les cartons sous le nez, de petits rectangles teintés, avec des figurines noires et rouges dans les coins. Elle lui expUqua la disposition qu'il fallait donner à chaque ligne. Elle lui montra deux listes, l'une donnantles noms des invités, l'autre le programme du repas. Elle

avançait sa tête tout près de la tête de l'employé, elle lui faisait respirer une atmosphère capiteuse où les odeurs de ses cheveux et de sa chair se mêlaient à un très léger parfum d'héliotrope blanc. Chaque fois que Poivre, inquiété par ce voisinage, faisait mine de se reculer respectueusement, elle lui disait avec impatience :

(( Mais approchez- vous donc, monsieur... » Comme l'explication s'achevait, le premier commis entra dans le bureau. Il salua M'^^Vavin, l'air surpris. Celle-ci se leva et, s'adressant à Poivre :

« C'est compris, n'est-ce pas? Aurez- vous fini demain soir?

— Mais... oui... assurément .. madame l^^sousdirectrice.

— Eh bien! demain, vers cinq heures, montez vous-même me porter votre ouvrage. Je vous attendrai. »

Elle sortit, lançant au jeune homme un regard qui eût enflammé l'amadou. Quand on n'entendit plus le bruit de ses pas, Mourland interrogea Poivre :

« Qu'est-ce qu'elle vous veut, la patronne? »

Page 1