‹ Notre compagne (provinciales et Parisiennes)Chapitre 17 sur 23 · MONSIEUR P O 1 V F E · texte numérisé non relu

MONSIEUR P O 1 V F E

les yeux déjà révulsés dans l'orbite, que je t'aime! Si tu savais comme ça m'a paru long depuis hier!... Viens, viens vite... » Elle l'attirait vers le canapé. Lui balbutiait encore : « Madame!. . madame la sous... la sous-di... » Elle ne le laissa pas achever...

Le lendemain était un dimanche. Poivre, ce jour-là, ne sortit pas de chez lui, s'y fit même porter son déjeuner delà pension. Il barricada sa porte, obsédé par la peur de voir M""^ Vavin tomber chez lui à l'improviste et le prendre de force une troisième fois. Ses heures de solitude furent consacrées à rédiger, puis à copier sur du papier de format réglementaire une lettre au directeur général, ainsi conçue :

« Monsieur le Directeur général,

« J'ai l'honneur de solliciter de votre haute bienveillance mon changement prochain de résidence. Le climat d'Ingrandes est contraire à ma santé et les médecins m'ordonnent de ne pas y

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rester. J'accepterais tout poste analogue au mien, pourvu que ce fût dans un département autre que la Vienne.

c( Je suis avec respect, c( Monsieur le Directeur général,

ce Votre très humble et très obéissant serviteur.

« Poivre (Louis-Auguste). »

L'employé, au prix d'une nuit d'insomnie, n'avait pas trouvé d'autre moyen que celui-là d'échapper à sa redoutable patronne. Il joignit à la lettre un mot d'envoi adressé à M, Vavin,etfit porter le tout à la sous-direction par la vieille femme qui soignait son ménage. Quand la vieille revint, sa commission faite. Poivre se sentit plus tranquille et plus léger. Le soir baissait, c'était l'heure du dîner; il s'enhardit jusqu'à sortir, mangea de bon appétit à la pension, fit sa manille habituelle, gagna, se paya coup sur coup trois verres de cacao et, un peu gris, rentra chez lui en chantant dans la rue.

Toute sa gaieté s'était évaporée quand il arriva

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