‹ Notre compagne (provinciales et Parisiennes)Chapitre 22 sur 23 · LA DEMOISELLE AU CHAT D OR 25"J · texte numérisé non relu

LA DEMOISELLE AU CHAT D OR 25"J

idée absurde, une idée folle, que la raison et la volonté repoussent, comme les globules du sang refusent de s'assimiler un virus, mais qui s'infiltre néanmoins dans la pensée, s'y fixe, s'y développe? J'éprouvai cela cruellement, les jours qui suivirent mon étrange aventure. Aucun fait nouveau ne se produisait; ce qui s'était passé la première fois recommençait, à cela près seulement que j'étais attendu chez ma voisine au lieu d'y entrer à l'improviste. Je quittais Linda au petit jour. A peine rentré chez moi, la chatte d'or apparaissait, sautait sur mon lit, s'y installait et y demeurait jusqu'au matin. Je savais maintenant à qui appartenait cette bête. Linda m'avait dit, une fois que j'en parlais: « Ah! oui! ma chatte... n'est-ce pas « qu'elle a l'air d'être toute en or? » Non; rien de nouveau ne se passait, et pourtant une terreur obscure faisait peu à peu ma conquête, et le chancre de l'idée folle s'élargissait, d'abord un point minuscule, maintenant une tache, une lèpre de mon esprit, que je ne pouvais pas ne pas voir... — C'est bien simple, interrompit la jeune femme qui avait parlé au début de l'histoire : Linda et la chatte étaient la même chose. »

2f4 NOTRE COMPAGNE

Tribourdeaux sourit.

« Je n'aurais pas été, même alors, aussi afiîrmatif... mais je ne puis pas nier que cette imagination insensée ne m'ait hanté aux heures troubles où j'essayais de disputer un peu de repos à l'insomnie. Oui, il y avait des moments où ces deux êtres, aux yeux verts, aux gestes souples, aux toisons dorées, aux allures mystérieuses, se confondaient pour moi et me semblaient n'être que la forme double d'une âme unique. Notez que, malgré mes demandes à Linda et mes efforts pour la surprendre, jamais je n'avais pu les voir en même temps. J'essayais de me raisonner, de me convaincre qu'en somme il n'y avait rien d'absolument inexplicable à ce qui m'arrivait; je me raillais d'avoir peur d'une femme, et peur d'une bête caressante... Et puis, au bout de mes raisonnements, je trouvais qu'en réalité je n'avais peur ni de la bête, ni de la femme, mais d'une dualité symbolique qui était dans mon rêve, peur de quelque chose qui n'avait pas de corps, peur d'une forme de mon esprit... peur d'une idée : la pire des peurs.

« Je souffrais. Après des nuits enivrées, j'avais

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