LA VISITE AU CIMETIÈRE I
de l'atelier, l'intimidait, et aussi la présence de la jeune fille. Et, tout naturellement, comme dans la salle des audiences d'Evreux, son intimidation lui suggérait des phrases officielles.
Marie Grave avait tiré son mouchoir et sanglotait doucement, ce qui acheva de déconcerter Dautricourt. Il se tut, promena son regard autour de lui. Les perchoirs étaient à leur place, surmontés de capotes diverses. Mais, sur le canapé, une grande couronne mortuaire fixa son regard. Elle était en perles noires et blanches, avec une partie vitrée au centre, une sorte de bonbonnière funèbre qui ne contenait rien, et sur laquelle on voyait en exergue ce mot : « Regrets! »
La jeune fille avait cessé de pleurer.
oc Vous regardez la couronne? Je l'ai achetée hier soir! Elle est bien, n'est-ce pas?... Elle coûte vingt-deux francs.
Dautricourt se leva, alla considérer la couronne de près, avec attention, comme s'il se fût agi d'un objet dont l'estimation lui était familière. Puis il se rassit et dit :
« Elle les vaut bien. Elle est très bien. »
Marie avait essuyé ses yeux et s'était mouchée.
IfÔ NOTRE COMPAGNE
Elle aussi regardait la couronne avec satisfaction. Alors le jeune homme eut une idée :
c( Voulez-vous me permettre, mademoiselle, d'offrir cette couronne à... (il s'embrouilla)... à la mémoire de... enfin, de la payer? »
Marie réfléchit, puis répondit :
« Non. Je veux y mettre quelque chose, vous comprenez. Si vous voulez, nous partagerons. »
Ce fut conclu; et cette transaction les ayant rapprochés, ils se mirent à causer plus simplement. Marie raconta les événements des derniers jours : la dépêche apportée par exprès à la ferme, disant de venir tout de suite, parce que Marthe était très malade; puis le voyage dans la nuit, avec la grande sœur, l'arrivée, Marthe trouvée morte, veillée par un curé et par la concierge.
« Et puis l'enterrement, et puis les ennuis après! ajoutait la jeune fille de sa voix futée, drôle dans sa bouche aux plis obstinés... Ma grande sœur a dû repartir tout de suite : alors, c'est moi qui vois le notaire pour la succession. Il y a aussi l'affaire de savoir ce qu'on fera de l'ateHer. La première veut bien reprendre le fonds, mais elle n'offre presque rien. Et je me demande