‹ Notre-Dame de ChartresChapitre 16 sur 92 · Commune et arrondissement de Pilhiviers (Loiret · texte numérisé non relu

Commune et arrondissement de Pilhiviers (Loiret

bientôt entendus et sa fille revient saine et sauve, protégée par la

Dame de Chartres glorieuse x.

Touchés de ce prodige, les habitants de Batilly emmenèrent la jeune fille avec eux et viennent offrir leurs dons à Chartres, racontant à tous les fidèles cette merveilleuse protection de la Reine des Cieux.

Tous ces miracles, vus par les pèlerins et racontés par les habitants de la cité, sont bientôt connus des contrées voisines et des provinces les plus éloignées. La renommée de l’église de Chartres s’étendit dans les royaumes, au delà même des mers. Dans la Beauce, chaque bourg voulut fournir quelque chose. Ceux qui ne possédaient aucune carrière de pierre, aucune pièce de bois, s’empressèrent de charger des voitures de froment; ceux dont les moissons n’étaient pas abondantes amenèrent de la chaux ou offrirent quelques deniers. Il y avait plaisir à voir cette ardeur avec laquelle chacun voulait contribuer à la reconstruction de la basilique. Sur les routes, on ne rencontrait que charrettes traînées par d’humbles serviteurs de Marie ; à l’entrée des villages, sur le passage des pèlerins, stationnaient des malades, des aveugles, des muets et des paralytiques qui ne demandaient pour toute faveur que d’aller

A la seinte chasse touchier.

S’il y avait des gens qui n’avaient eu d’abord nulle envie de partir, en entendant le récit des prodiges opérés par l’intercession de la bonne Dame de Chartres, ils chargeaient bien yite leurs charrettes et suivaient les convois. Riches et pauvres, tous accouraient avec leurs présents, de sorte qu’il semblait, dit un chroniqueur, « que l’argent vînt aux ouvriers plutôt par main divine que de bourse humaine ».

1. Le Livre des Miracles, p. 33. Eam absque dilatione vel difficultate aliqua cum exultatione et piis lacrymis extrahentes quasi resurgentem a mortuis susceperunt. Bibl., p. 522.

Des Bretons, qui s’étaient établis à Chartres, se rassemblent et promettent de transporter quelques chariots de pierre. Ils sortent donc de la ville et se mettent en route pour accomplir leur tâche. Mais le soleil disparaissant bientôt de l’horizon, des ténèbres si épaisses couvrent la terre que nos pauvres pèlerins, perdant tout sentier, s’égarent dans les vastes plaines de la Beauce. La frayeur s’emparait déjà des Bretons, lorsque Dieu fit luire devant eux « trois brandons de feu pour les éclairer. » Joyeux et émerveillés, ces serviteurs de Marie regagnent la route de Chartres dont ils aperçoivent Y église et la tor et viennent déposer leurs offrandes en publiant le prodige dont, ils ont été les témoins 1.

Il paraît, dit le même chroniqueur, que le premier miracle qui réveilla le zèle des populations fut la guérison d’un jeune enfant du Perche. Ce pauvre enfant avait surpris quelques intrigues dans un château de la contrée et avait été mutilé par le Seigneur qui redoutait cet innocent témoin. L’infortuné, dénué de tout, s’enfuit et vint à Chartres mendier son pain. Le mercredi de Pâques, il s’agenouille devant l’autel de Notre- Dame, verse d’abondantes larmes et recouvre la parole, quoique privé de sa langue. Tout le peuple accourt, veut le voir et l’entendre. Mais la Vierge,

Qui voloit la chose parfures

le jour de la Pentecôte, obtint que cet enfant recouvrit la langue2.

Témoins de ce prodige éclatant, des gens accoururent de toutes parts, apportant des vivres, des matériaux, offrant leurs joyaux et beaucoup d’objets précieux. Il en vint tant

1. Yiso miraculo omnes de turba ilia sacerdoles et clerici Je Deuvi laudcimus altis vocibus decantare ceperunt, p. 523. On sait que le vieux clocher n’avait pas été atteint par l’incendie de 1194 et que son élévation permet de l’apercevoir à une assez grande distance.

2. Loquendi 'usum quem ex lingue mutilât ione perdiderat, ei contra naturam restituit... — lu die Pentecostes linguum pueri... nove carriis immisione supplevit et ad enarrandum Dei et genitricis ipsius potentiam mirabililer reparando restituit. P. 572.

N.-D. de Chartres. \

Et par voies et par chemins Que c’estoit une grande merveille,

Chacune nuit f e soient veille Et en avoit tant en liglise Que li clerc qui à matines De nuit à liglise venoient

Entrer ou cloître ne poaient h

Une pauvre paralytique de Prunai 2 avait perdu tout espoir de guérison, lorsqu’elle supplia son mari de la conduire à Chartres. Un samedi des gens la portent

Droit devant E autel Notre-Dame.

Cette femme implore avec tant de ferveur la Vierge céleste qu’elle obtient sa guérison. Ce miracle et beaucoup d’autres, ajoute le chroniqueur, attirèrent tant de pèlerins que s’élevèrent comme par enchantement les piliers, les autels et les voûtes de la cathédrale.

Le Chapitre, pour subvenir aux frais de cette mestre meson de la Reine des Cieux, avait envoyé des prêtres dans beaucoup de contrées pour recueillir les offrandes des fidèles3.

Un jeune Anglais, sortant des écoles de Paris, suivait la route de Soissons pour se rendre dans sa ville natale. Arrivé dans la première cité qu’il rencontre, il entre par hasard dans une église. Un prêtre de Chartres, monté dans la chaire, racontait en pleurant les malheurs de son église et touchait tellement le peuple par son éloquence que chacun dénouait

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