‹ Notre-Dame de ChartresChapitre 18 sur 92 · Gallia Christiana. T. VII, p · texte numérisé non relu

Gallia Christiana. T. VII, p

2. Les frontons des trois portiques furent édifiés au commencement

du XIVe siècle, ainsi que quelques parties décoratives.

SPLENDEUR DE L’ART GOTHIQUE AU XIIIe SIECLE

« Au weul aspect de ceste église tous les Polyclètes du jadis ietteroient là leur ciseau et tous les Vitruves du passé vouldroient prendre ce chefd’œuvre pour le modelle de leur architecture. »

Construite en pierres sorties des carrières de Berchèresy Eve que et presque aussi dures que le fer, la cathédrale de Chartres ,a des soubassements dont la hardiesse et la puissance excitent l’admiration des architectes. Le génie des géants qui jetèrent les fondements.de cette basilique se révèle, avec le même éclat, dans les constructions supérieures. Murs, contreforts, tours et Voûtes, tout offre le rare mélange de la force et de la majesté. Trente contreforts à ressauts contournent l’édifice et renforcent les voûtes en servant d’appui à ces gracieux arc-boutants. Six tours surmontées de clochers, distribuées aux deux bouts du transept et à la courbure de l’abside, devaient accompagner les tours et les clochers de la façade royale. Les massifs de ces tours, percés de baies ogivales et ornés de colonnettes, arrivent à la hauteur de la corniche de la grande nef, mais les flèches qui devaient les terminer n’ont pas été construites. Les deux clochers, qui dominent la façade se dressent seuls majestueux à une hauteur prodigieuse, et méritent la célébrité qu’ils ont acquise 'dans tout l’univers, surtout le vieux clocher dont la mâle et sévère beauté étonne les plus habiles architectes1.

1. Histoire de Chartres par de Lépinois T. I. 133. La hauteur du vieux clocher est de 106 m. 50 c., et celle du clocher neuf 115 m. 17 c. La longueur de l’église dans l’œuvre est de 130 rn. 85 c.

Au-dessous de ces gigantesques et merveilleuses pyramides apparaît la façade principale, ou façade occidentale qui se compose d’un perron de six marches, d’un porche à triple baie historié de sculptures, d’un triplet ogival et vitré, d’une rose aux élégants compartiments, d’une balustrade avec trottoir, d’une galerie des rois et d’un pignon terminé par une statue 1.

Le porche élevé au douzième siècle, par ces corporations ambulantes qui se plaisaient surtout à séjourner à Chartres, est entièrement consacré à Yattente, à Yavenement et à la glorification de Jésus-Christ. Les artistes ont choisi l’Occident pour un sujet si splendide, parce que l’Occident est le côté de l’ombre et du sommeil vers lequel doit luire le flambeau de l’Evangile pour l’éclairer de sa divine lumière2. Sur les six parois latérales des trois baies qui s’ouvrent aux regards du spectateur, se dressent de grandes statues représentant cette majestueuse succession de patriarches, de prophètes, de rois et de reines qui ont e'u l’honneur de transmettre, d’âge en âge, l’espérance d’engendrer le Sauveur du monde. Ces statues et celles plus colossales de la porte centrale, figurant sans doute les ancêtres les plus illustres du Messie1, contemplaient autrefois leur Sauveur qui a disparu avec le trumeau du milieu de l’entrée principale3.

Au tympan de la porte latérale de droite, les artistes ont

1. Description de la cathédrale de Chartres, par l’abbé Bul'eau.

2. Mélanges d’ Archéologie par les RR. PP. Cahier et Martin, p. 81,

3. La galerie des rois qui forme le septième membre du frontispice occidental relie d’une manière heureuse les deux clochers par une suite de seize niches plates. Chaque niche contient une statue de roi. Longtemps on a cru que ces statues représentaient les chefs du peuple de Dieu, les rois de Juda composant le cortège généalogique du Sauveur. Mais on admet aujourd’hui, qu’elles représentent les rois de France, comme on l’a remarqué à Strasbourg et à Notre-Dame de Paris. Et en effet, l’évêque et le chapitre de Notre-Dame de Chartres ne devaient pas oublier ceux qui avaient surtout contribué par leurs dons à la construction de leur cathédrale, et leur accorder une place même sur la porte principale comme aux bienfaiteurs les plus généreux.

représenté Jésus descendu sur la terre après cette longue attente de plus de quatre mille ans. La Vierge Marie apparaît à la place d’honneur, parce qu’elle accomplit un rôle éminent dans l’œuvre de l’Incarnation. Mais Jésus est celui dont la vie douloureuse est racontée sur ce livre de pierre, depuis sa naissance jusqu’à son ascension. Sa glorification commence au tympan de la baie centrale. Environné d’une auréole glorieuse, le Sauveur assis sur son trône délicatement sculpté, voit à ses pieds cette terre qu’il a arrosée de son sang et bénit le genre humain qu’il a racheté. Au-dessous, rangés trois par trois, sur le devant du linteau, apparaissent les douze apôtres qui participent à son triomphe dans le ciel, après avoir partagé ses travaux sur la terre. A leur suite, viennent les anges, les vieillards de l’apocalypse et des légions de martyrs et de saints1.

Rien de plus délicat sans doute, malgré les ravages du temps, que les sept cents statues dont se compose ce merveilleux porche, surtout les statuettes qui représentent les arts et les sciences, et que des artistes distingués placent au-dessus des statues du XIIIe siècle, comme si le siècle de saint Louis avait été le commencement de la décadence de l’art gothique. Mais quel regret qu’elles ne soient plus toutes fraîches, sortant du ciseau des imagiers du XIIIe siècle, et, surtout, rehaussées par la dorure et par l’éclat des couleurs les plus vives, dont il est facile de découvrir quelques vestiges, sur les sculptures du tympan de la porte centrale.

La façade septentrionale qui termine le transept vers l’évêché et qui appartient au XIIIe et au XIVe siècle se compose d’un perron de neuf marches, d’un porche en saillie, d’une balustrade, d’une galerie vitrée, d’une belle rose, d’une galerie couverte d’une balustrade découpée et d’un pignon. Le porche, percé de trois baies principales, d’une magnificence

1. Sur un pilastre de gauche, au-dessus de la tète d’un boucher assommant un bœuf on lit : Rogervus. Est-ce le nom d’un boucher, donateur dé quelques statues, ou celai d’un imagier?

incroyable1, est dédié à la Vierge Marie et raconte en pierre la généalogie charnelle et spirituelle de cette auguste Vierge, ses prérogatives, ses vertus, ses occupations, sa vie, sa mort, son assomption et son couronnement dans le ciel 2. Les artistes ont placé cette bonne Mère de la miséricorde au nord, parce que le nord est la région des frimas et des orages et que là surtout doit éclater la puissance de la Reine des cieux.

Sur le trumeau de la porte centrale s’élève la statue colossale de sainte Anne tenant la Vierge à laquelle est dédié le portail. Sur les parois de cette porte apparaissent les nobles personnages de l’Ancien Testament qui ont figuré ou prophétisé T avènement du Messie, Melchisédech, Abraham, Moïse, Samuel, David, Isaïe, Jérémie, Siméon, saint Jean-Baptiste et même saint Pierre.

Sur les parois de la porte latérale de droite, se dressent les statues colossales de Samson, de la reine de Saba, de Salomon, de Jésus, l’auteur de l’Ecclésias tique, de Judith, de Gédéon, tandis que sur les parois de la porte latérale de gauche sont représentées T Annonciation et la Visitation figurées par six statues colossales.

Sur le tympan et sur les voussures, l’histoire die Marie se déroule, depuis la création du monde jusqu’aux pèlerins venus à. Chartres, pour aider de leurs deniers à la construction de son église. Rien de plus ingénieux que l’arbre de Jessé, sculpté aux cordons de la voussure de la porte centrale, de plus délicat et de plus pur, que les dix vierges, les douze. fruits de l’Esprit-Saint, les vertus et les vices et les béatitudes célestes. Contre les piliers de la baie centrale et de la baie, latérale de droite, se dressent les princes et les princesse^ qui ont contribué à la décoration du porche et de l’église. Ces bienfaiteurs sont accompagnés des prophètes 3.

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