‹ Notre-Dame de ChartresChapitre 19 sur 92 · Archéologie chrétienne, par l’abbé Bourassé, p · texte numérisé non relu

Archéologie chrétienne, par l’abbé Bourassé, p

2. Description de la cathédrale de Chartres, par l’abbé Bulteau, p. 66.

3. Plus souvent les donateurs paraissent agenouillés à côté de leur saint patron comme on peut le voir sur les verrières du XIVe siècle et du XVe.

La façade méridionale se compose d’un large perron de dix-sept marches, d’un porche en saillie et à triple baie, d’une rose aux délicats compartiments et de plusieurs galeries avec balustrades. Le porche de cette façade, tout entier consacré à Jésus-Christ et aux Saints , surpasse en beauté celui du nord et déploie, sous les regards étonnés, toute la magnificence de l’art gothique. On sent que l’architecte a voulu faire, de ce porche, le chef-d’œuvre de son art.

Sur le trumeau de la porte centrale s’élève la statue colossale de Jésus-Christ vainqueur, écrasant sous ses pieds le lion et le dragon. Au-dessous, apparaissent les bienfaiteurs Pierre de Mauclerc, comte de Dreux et duc de Bretagne et son épouse Alix. Sur les parois, les apôtres assistent au triomphe de celui qu’ils ont annoncé et foulent aux pieds leurs persécuteurs. Au tympan, Jésus, assis sur un trône, juge les vivants et les morts. Les âmes sont pesées et séparées, en présence des bienheureux. Malheur aux avares qui ont entassé des trésors, aux religieux qui ont violé leurs veux? Des anges les chassent à coups de glaive et de bouclier et les démons les entraînent à coups de fourche. A droite et à gauche du Souverain Juge les morts sortent de la tombe, au son de la trompette, et jettent un regard suppliant vers leur Sauveur.

Sur les parois, sur les voussures et sur les piliers des trois baies de ce splendide porche sont représentés les anges, les vierges, les confesseurs, les prophètes, les vieillards et les saints martyrs, ces élus de Dieu, dont le monde a quelquefois outragé les reliques et dont les corps glorieux brillent au grand jour. Tous y sont, depuis saint Etienne, premier martyr, jusqu’à saint Thomas de Cantorbéry, que deux infâmes guerriers assassinent au pied de l’autel principal de sa cathédrale, et qui vint plusieurs fois dans son exil puiser des forces devant la dame de Chartres 1. Les vertus et les vices y sont meme re-

1. Jean de Salisbary, disciple de saint Thomas et plus tard évêque de Chartres, fit don à son église du sang de l’illustre martyr et du poignard dont il fut frappé. Le livre des Miracles, p. 173.

présentés, parce qu’au jour du jugement la manifestation de la justice divine doit éclater dans la récompense des vertus et dans le châtiment des vices.

Au-dessus du porche, dans une riche galerie, dix huit statues colossales sont destinées à représenter les rois de J.uda, ces vénérables ancêtres de Jésus-Christ, qui doivent assister au triomphe de celui qu’ils attendaient. Ainsi se complète cette admirable histoire du Christianisme, commençant à la création du monde et finissant ici-bas au grand jour du jugement; histoire merveilleuse qu’il est facile de lire sur les portails des belles cathédrales de Reims, d’Amiens et de Bourges, parce que les imagiers du XIIIe siècle, suivant alors l’ordre exigé par la symbolique chrétienne, ne plaçaient point leurs statues suivant leur caprice ou celui des donateurs1.

Entrons dans cette admirable basilique. Quel splendide coup d’œil que ces colonnes s’épanouissant en nervures sur la voûte qu’elles supportent à une hauteur prodigieuse, que ces murailles si légères et si transparentes ! Cinquante-deux piliers isolés et quarante autres engagés dans les murs soutiennent 1 ’immense édifice. Les voûtes de la nef et du chœur, formées de voûtes partielles ogivales, excitent surtout l’admiration par leur largeur et par l’habileté de ceux qui les ont élevées 2.

Le pavé, composé de grandes dalles en pierres de Berchères, présente une pente sensible, attestant le nombre prodigieux de pèlerins qui encombraient autrefois l’église et permettait à l’eau de s’écouler, lorsqu’on nettoyait les nefs après le départ des fidèles3.

1. D’après le plan primitif, la cathédrale de Chartres devait avoir neuf flèches aériennes, savoir deux à la façade occidentale, quatre aux extrémités du transept, une au centre de ce même transept, et deux à la courbure absidale. Elles auraient eu des proportions si grandioses, si élancées qu’elles auraient produite un spectacle unique au monde. Monographie de la cathédrale de Chartres, par l’abbé Bulleau, t. I, in-8, 1807, p. 133.

2. La hauteur de la voûte de la nef centrale prise au centre du transept est de 34 m. 35 et celle des voûtes latérales 13 m. 85.

3. Jusqu’au XIVe siècle, l’église était presque le vrai domicile du peuple

Au milieu de la grande nef est incrusté dans le pave un labyrinthe ou chemin de Jérusalem, appelé vulgairement la lieue, non parce qu’il a une lieiiie de développement, mais parce qu’en suivant la ligne de pierres blanches et en récitant les prières indiquées, nos pères mettaient une heure pour terminer ce pèlerinage de Jérusalem en miniature. La pierre centrale portait une grande plaque, dont les tessons existent encore et dont, la silhouette indique d’un côté un quadrupède et de l’autre plusieurs personnages debout. On croyait qu’au centre du labyrinthe le moyen âge faisait enterrer l’architecte comme à Reims et à Amiens ; mais à Chartres, les évêques même les plus illustres ne furent point inhumés dans leur cathédrale et; malgré de récentes fouilles on ignore quels étaient les personnages représentés sur la plaque de cuivre.

Le chœur, selon l’usage antique, était fermé par un admirable jubé construit ,âu XIIIe siècle* 1* cette barrière mystérieuse a disparu en 1769 sous le marteau, non point des vandales modernes, comme on l’a dit, mais parce qu’elle menaçait ruine2. Ses débris ont servi de gravier pour niveler le

les nefs étaient souvent occupées par des vendeurs de cierges et par des marchands de victuailles. Histoire de Chartres par de Lépinois. T. I, p. 181. Pour cacher la simplicité du pavé, aux jours solennels on jetait des fleurs et des plantes odoriférantes qui étaient remplacées par de la paille aux époques des grands pèlerinages. Le nettoyage du pavé se faisait surtout deux fois l’an, vers le 15 août et le 8 septembre, car de nombreux fldèles accouraient à Chartres et beaucoup couchaient dans la cathédrale et y laissaient alors des traces de leur séjour. Chartres , sa cathédrale , ses monuments , par l’abbé Clerval, p. 71.

1. Dans l’ancienne église, les ambons servai ent à une mul itude d’usages dont le premier était la lecture de l’Ep'.tre et de l’Evangile. On y prêchait, on y annonçait les fêtes et les jours de jeûne à observer. On y publiait même les nouveaux miracles et on y nommait les excommuniés. Les jubés succédèrent à tous les usages des ambons et ne furent presque plus affectés à la prédication lorsqu’on érigea les chaires. Des événements politiques s’y sont accomplis. Soucher dans son Histoire de la cathédrale de Chartres rapporte que le jubé de Notre-Dame fut choisi pour l’endroit où eut lieu la réconciliation des enfants du duc d’Orléans avec le duc de Bourgogne. Monuments anciens et modernes par ’J. Guilhebaud, T. III, Paris, 1853.

Page 1