Lathomus , Vitrearius , etc
ble de la construction une consistance qui fait oublier tout ce qu’il y a de téméraire dans sa légèreté presque aérienne i.
L’art gothique, suivant M. Viollet-Le-Duc, doit être considéré comme un phénomène spontané et national, sans précédents étrangers et locaux, et dû seulement au passage de l’architecture des mains des moines dans celles des laïques;2. L’architecture ogivale fut surtout employée pour donner une hauteur plus considérable et pour établir en même temps le système d’équilibre. Elle se développe en raison de l’importance des évêques. L’église alors était la plus saisissante expression du génie des populations, de leur richesse et de leur foi. Chaque évêque devait montrer surtout son pouvoir spirituel par l’érection d’un édifice qui devenait comme la représentation matérielle de ce pouvoir et qui par son étendue et sa beauté devait mettre au second rang les églises monastiques répandues dans son diocèse. Cette tendance des évêques à mettre les églises abbatiales au second rang fit faire à l’épiscopat des efforts inouïs pour arriver à construire rapidement de grandes et magnifiques cathédrales et explique comment quelques-uns de ces édifices, remarquables par leur étendue, la richesse de leur architecture et leur aspect majestueux sont élevés avec parcimonie et présentent des constructions qui par la pauvreté des matériaux ne sont guère en rapport avec1 cette apparence de luxe et de grandeur.
On croit que les artistes du XIIIe siècle menaient une vie fort mobile et presque nomade, comme ce Villart de Honne-
1. Monographie de l'église de Notre-Dame de Noyon, par L. Vitit, in-4, Paris, 1845.
2. Dictionnaire raisonné de V architecture française du XI au XV e siècle par M. Viollet-le-Duc. Les plus anciens monuments à ogive sont en France et leurs dates indiquent qu’ils sont antérieurs à tous les autres monuments de style ogival dans les autres pays de l’Europe. Le portail de Saint-Denys fut commencé en 1140, celui de Notre-Dame de Paris en 1182. Aux mêmes dates on chercherait vainement des monuments aussi avancés dans ce style. Les artistes français à l'étranger par Dussieux, in-8, Paris, 1856 p. X.
court qui ne paraît pas avoir vécu au delà de 1300. Né en terre française, à Honnecourt, petit village, près de Cambrai, il voyageait, comme il le dit lui-même en mule de temps, vit les principaux ouvrages de son temps et s’entretint sans doute avec les grands artistes qui domiaient à l’art français dans toute l’Europe une supériorité incontestée. Villart avait des connaissances très étendues en physique, en mécanique, en mathématiques et même en médecine et en musique. Sur son album sont dessinées la cathédrale de Cambrai, les tours de Laon, une portion de l’église de Reims, la rosace occidentale de la cathédrale de Chartres, l’église Saint-Etienne de Meaux, et même la rosace cîe la cathédrale de Lausanne. Il parcourut non seulement la France du Nord et de l’Est mais il se rendit aussi en Hongrie et travailla à l’église de Sainte-Elisabeth1.
Derrière le chœur de la cathédrale de Chartres, sur un vitrail, nos vieux peintres ont représenté les maçons du XIIIe siècle. C’est un tailleur de pierre, quoiqu’imberbe, puis un statuaire avec son bonnet pelucheux et pointu. Il faut voir avec quel soin ils travaillent la pierre, avec quelle attention et avec quelle vigueur ils la déchirent, la battent et la sculptent. Qu’elle soit énorme et grossière, peu importe, il faut qu’elle endure le marteau et le ciseau pour se spiritualiser. Au-dessus d’eux s’élève Une petite chapelle, celle même où se trouve la verrière. Le poseur, coiffé d’un chapeau rond, assied silencieusement une corniche, tandis que son aide gravit une petite échelle, chargée d’une pierre sculptée2.
Plus loin, quatre maçons, rasés et vêtus comme les hommes du peuple, sont occupés à tailler des statues de rois. Ces statues figurent sans doute celle, s qui se dressent au portail méridional et qui représentent les ancêtres de Jésus-Christ. La statue n’est encore qu’à l’état d’ébauche, l’artiste commence
1. Album de Villart de Honnecourt publié, par Lassus et Darcel, in-4, 1858.