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PÈLERINAGES ET RENAISSANCE

« Quoique l’humble peuple ait toujours afflué à Notre-Dame, je n’oserais soutenir qu’il n'existe pas en France d’autres sanctuaires de Marie aussi populaire que celui de Chartres, mais ce qu’on peut affirmer, c’est que Chartres est le pèlerinage historique, le pèlerinage par excellence. »

Mgr Pie, Discours à la cérémonie du couronnement de Notre-Dame de Chartres, p. 23.

Visitée par plusieurs papes, par un grand nombre de rois, d’évêques, de seigneurs et de fidèles, la cathédrale de Chartres s’élevait majestueuse sur l’antique colline des Carnutes décorée de toutes les beautés de l’art catholique, lorsque Philippele-Bel, vainqueur des Flamands à Mops-en-Puelle, y vint, accompagné de son fils, le comte de Marche, pour offrir tous deux leur armure à la Vierge vénérée à laquelle le monarque croyait devoir son succès1. Lie jeune comte, devenu roi sous le nom de Charles IV, n’oublia, point cette Vierge puissante et vint lui offrir son royaume. L’e chapitre de Notre-Dame, alors composé de nobles personnages et de savants chargés quelquefois par les princes de graves affaires, fit entreprendre des travaux importants en 1316, d’après les avis de Nicolas de Chaumes, maître de l’œuvre du roi de France, de Pierre de

1. Ce trophée était autrefois appendu au pilier faisant face à la Vierge noire et se composait d’un casque, d’une cotte de mailles en acier, et d’un haubergeon pourpointé. Le musée de la ville renferme encore aujourd’hui deux fragments de ces trophées composés de quelques pièces des armures de Philippe le Bel et du prince Charles, son fils, un gorgeron et une cotte de mailles. Revue archéologique , année 1851, p. 305. Mémoire de M. Doublet de Boisthibault.

Chelles, maître de l’œuvre de Notre-Dame de Paris, et de Jacques de Longjumeau, maître charpentier juré de Paris1. La chapelle Saint-Piat, ce hors-d’œuvre de Notre-Dame fut commencée en 1348 et élevée avec les offrandes des chanoines et des fidèles « qui y arrivoient de toutes parts 2. »

Imitani l’exemple de ses prédécesseurs, Philippe VI de Valois, vainqueur des Flamands à Cassel en 1328, entra dans le temple, monté sur son coursier, armé de toutes pièces et suivi des principaux barons. Descendant ensuite de cheval, il s’agenouille devant une antique madone dans son mystérieux sanctuaire et laisse mille livres tournois pour racheter son armure et son coursier qu’il avait offerts à la Vierge3.

Mais à cet âge de foi succède un siècle de guerre et de calamités. Les Anglais envahissent le royaume de France; la noblesse si fière de ses droits et de ses titres, se voit à Crécy rudement souffleter par les mains calleuses des porchers irlandais; la fleur de la chevalerie trouve son tombeau dans les défilés du Poitou et laisse en mourant son roi captif. Il semble; que l’Eglise elle-même s’arme contre ses agresseurs. Les quatre tours carrées, dont sont flanqués les deux portiques du nord et du sud sont occupées par quatre hommes chargés de garder la basilique et le cloître. Plus tard, vers l’abside, même défiance et mêmes préparatifs. Dans l’intérieur, on dirait que le temple privilégié de la Vierge doit être assiégé et profané. La sainte châsse n’est plus exposée à la vénération des fidèles, les saintes reliques n’ornent plus les autels, les entrées du chœur et des bas-côtés se chargent de chaînes de fer. Les ténèbres mêmes de la nuit ne calment point la frayeur, des dogues sont

1. Mémoires de la Société archéologique d' Eure-et-Loir, t. VI. La cathédrale de Chartres et ses maîtres de l’Œuvre.

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