‹ Notre-Dame de GroeningheChapitre 2 sur 13 · V. Dominas vobiscum · texte numérisé non relu

V. Dominas vobiscum

R. Et cum spiritu tuo.

Oremus,

Omnipotens sempiterne Deus , qui ex aquâ et spiritu sanclo sanetifieas omnem hominem, inclina aures tuae misericordise piis invocationibus nostris et hanc crealuram aquse benedicere -|- digneris tua sancta spiritali benedictionepcr intercessionem beatae Mariae Virginis, beati Bernardi et omnium sanctorum tuorum ut sit remedium salutare omnium dolorum et infirraitatum ut quicumqueex ea gustaverit, vel attactus fuerit , corporis et animae recipiat sanilatem ; per virtutem domini nostri Jesu Christi filii tui qui tecum vivit, etc.

Deinde intingatur particula sancti cerei in aquâ.

Grâces et miracles obtenus par iV.-D. de Groeninghe , et la vertu du saint cierge.

Dès les premiers moments où l'image de N.-D. eut pris possession de son sanctuaire de Groeninghe, les fidèles accoururent en foule au pied de son autel, et la bienheureuse Vierge se montra secourabîe à ceux qui l'invoquaient. Le détail de ces antiques faveurs ne nous est point parvenu , soit que, dans les temps passés, on ait omis de les enregistrer, soit que, comme cela nous parait plus probable, les monuments qui en faisaient foi aient péri au milieu des troubles et des guerres qui ont si fréquemment agité la Belgique.

11 n'en est pas de même des grâces obtenues et des miracles opérés dans le cours du XVIP siècle. Non seulement on les a recueillis, mais une enquête juridique a été faite dans toutes les formes. Commencée sous l'épiscopat de Monseigneur Maximilien Vilain de Gand , évêque de Tournai , elle s'est terminée sous son successeur , Monseigneur François Vilain de Gand , son neveu. Des informations minutieuses ont été prises , des témoins nombreux ont été entendus , leurs dépositions pesées, les grâces et les miracles dont il était ques-

tion , scrupuleusement examinés. Monseigneur François Vilain a revu en son conseil toutes les pièces de l'instruction , et après de mûres réflexions, afin que Dieu tout-puissant et la très sainte Vierge , sa divine mère et notre avocate^ vraie consolatrice des affligés et unique refuge des pauvres pecheurs, ne soient pas privés de la gloire^ honneur et action de grâces que chacun leur doit^ le prélat a rendu son jugement doctrinal. // dit et déclare que les vingt-deux premiei^s articles qui se voi/ent au grand cahier des informations , sans aucun doute peuvent être déclarés pour singulières grâces^ (1) et bénéfices octroyés de Dieu aux fidèles par l'intercession de la très sainte Vierge Marie , implorant miséricorde,

11 s'agit dans ces vingt-deux articles, 1" de Jean Van Ncste, âgé de 66 ans , maçon à Courtrai ; de Marie de Bosschère , native de Lendelé, âgée de 43 ans , de Jeanne du Lys , aussi de Lendelé âgée de 18 ans; d'Antoine Poulier, demeurant à Thielt, qui atteints de manie, furent, délivrés après être venus prier N.-D. de Groeninghe , et avoir bu de l'eau bénite, en son honneur avec le saint cierge. 2** de Béatrice Boone, femme de Philippe Dupret, maçon à Courtrai ; de Catherine de Grysper , femme de Christophe de Calewer^ à Courtrai, âgée

(1) Voyez aux notes toute la lettre du prélat.

de 80 ans; de maître André Van Vivère, prêtre, autrefois curé de Moen, et alors demeurant à Courtrai; de Marie Tavernier , servante du susdit; de Madeleine Beert, fille de Jean Boucher, demeurant à Courtrai, et âgée de 2 ans ; de Jean de Wymmelbeke , âgé de 40 ans ; de Jacques et Mari, enfant de Josse Crowy; de Marie Buyse, leur mère; de Liévine Van Bossche , femme de Jean Goethals , de Jean Goethals , fils de Jean, demeurant à Alteren ; de Jacqueline de Schilders , et de huit autres personnes , qui affligés ou d'ulcères , ou d'écrouelles , ou d'humeurs froides , ou de hernies , ont été parfaitement guéris, après avoir eu recours à N.-D. de Groeninghe 5 et à l'eau du saint cierge, S** du seigneur Ghysebrecht Van Crombrugge , et de dame Marie de Meulenaere, héritière de feu dame Jossine de Meulenaere , épouse du seigneur Ghysebrecht , entre lesquels s'étaient déjà formés trente procès, source certaine d'une multitude d'autres. En vain plusieurs personnes très influentes [avaient-elles bien voulu intervenir pour régler à Tamiable des affaires fort embrouillées; leurs efforts avaient été sans succès. Les parties consentirent à recourir à N.-D. de Groeninghe; elles visitèrent son sanctuaire ; elles firent célébrer des messes à son autel, et bientôt elles finirent par s'entendre. Elles attribuèrent leur réconciliation à la médiation miséricordieuse de N.-D., et en reconnaissance elles

firent don h sa chapelle , d'une paire de chandeliers d'argent.

Monseigneur François de Gand ajoute: CoîHine il se trouve plusieurs degrés^ ainsi y a-t-il diverses mesures de bénéfices et dons divins. Partant^ nous déclarons que les 12 articles suivants C07itien7ie)it des faveurs et grâces plus grandes et plus remarquables que les précéçlentes.

Suivent les noms, 1° de Marie Vandenberghe, de Courtrai, âgée de 40 ans. Elle était minée par une fièvre continue qu'aucun remède ne pouvait calmer. Elle réclama l'assistance de N.-D. de Groeninghe, et elle se trouva immédiatement guérie.

S** d'Horalio Filiole , napolitain. Il avait contracté des infirmités douloureuses au travail des fortifications de Courtrai, infirmités qui avaient résisté à toute la science des médecins. Il pria N.-D. de Groeninghc, et fut guéri, tandis que son camarade, Antonio Wardeer, qui, souffrant du même mal, refusa de recourir à N.-D., en mourut.

De Jean Pierre, fils de Nicolas et de Françoise d'Acham , tous deux du pays de Luxembourg. A râge d'un an il tomba subitement malade , et tout son corps se déforma d'une manière affreuse. On conseilla aux parents de mettre leur confiance en N.-D. de Groeninghe : ils firent célébrer une messe à son autel, et la messe achevée, l'enfant commença à marcher et en peu de jours sa santé se rétablit entièrement. 7

4° De Jacqueline Veroust ; elle était atteinte de inanie depuis 14 ans environ : elle lit trois pèlerinages à N.-D. de Groeninglie, emportant chaque fois avec elle de l'eau du saint cierge, et fut enfin délivrée.

5" De Catherine de Moulin , femme de Josse Bouchaert: elle était affligée d'un cancer au sein, et délaissée des hommes de l'art. S'étant adressée à N.-D. de Groeninglie avec confiance, lui promettant, si elle guérissait, de faire une neuvaine et de lui offrir un cierge de cire blanche, elle éprouva aussitôt un grand soulagement, et, le troisième jour, son mal avait totalement disparu.

6'' De Péronne de Sasseghem, dont le mari était sergent de ville à Bruges : elle souffrait aussi d'un cancer au sein ; son mari fit le voyage de Courtrai, pour honorer N,-D. de Groeninghe , et emporta avec lui de l'eau du saint cierge. Sa femme lava deux fois le jour avec cette eau , la partie malade, et d'après le conseil des religieuses de Groeninghe, récita pendant neuf jours, neuf pafer et neuf ave en l'honneur de N.-D. La neuvaine terminée, Péronne ne se ressentit plus de son mal, et en action de grâces elle offrit à N.-D. de Groeninghe une mamelle en argent, dans le courant du mois de mai 1643.

7° Du seigneur Thomas Castroti , napolitain , capitaine au régiment de Don Jean de li Porti. Au

siège de la Bassée , en 1642 , il avait reçu dans la lêtc une balle longue, pesant plus d'une demionce : les chirurgiens n'avaient pu lui procurer aucun soulagement. Etant venu à Courtrai pour s'adresser à un homme de l'art qui avait grande réputation , il avait été l'objet des soins les plus assidus. Mais les résultats étaient nuls. Ce chirurgien lui parla des miracles qu'opérait N.-D. de Groeninghe, et le pressa d'aller implorer deux fois le jour cette consolatrice des affligés et de boire chaque fois de l'eau du saint cierge. Thomas Castroti suivit ce conseil, et peu après la balle qu'il avait dans la tête sortit d'elle-même, sans qu'on fît aucune incision.

8" Du seigneur Charles de Meyère , âgé de 28 ans et demeurant à Ypres ; il souffrait à la jambe gauche d'une douleur violente que les médecins ne pouvaient expliquer. Une religieuse des Sœursnoires à Ypres lui parla de la puissance de N.-D. de Groeninghe : ce jeune homme, ne pouvant entreprendre le voyage, pria un de ses amis de le faire à sa place et de lui apporter de l'eau du saint cierge. Il en humecta pendant neuf jours sa jambe malade; la guérison fut parfaite^ et il vint luimême rendre grâce à la Mère de Dieu dans son église de Groeninghe.

9° De Dame Jeanne de la Barge, religieuse de l'abbaye de Groeninghe : elle devait périr sous le

poids énorme d'un amas de bois qui s'était écroulé sur elle; à la vue du danger , elle invoqua N.-D. de Groeninglie, vt fut , contre toute espérance, retirée saine et sauve de dessous ce monceau.

iO° De Laurent Pouke, jeune homme de 19 ans, frappé d'aliénation mentale : dans sa folie , il brisait tout ce qui lui tombait sous la main ; on ne le contenait qu'à peine au moyen d'une chaîne de fer. Son père et sa mère vinrent en pèlerinage à N.-D. de Groeninghe et emportèrent avec eux de l'eau du saint cierge; Ce jeune homme prit chaque jour de cette eau sanctifiée : dès le troisième jour son état s'améliora notablement ; à la fin du quatorzième la raison lui était parfaitement revenue, et dès lors il travailla, gagnant honnêtement sa vie, sans que depuis il ait jamais paru en lui le moindre signe d'aliénation.

11** D'Elisabeth Verbavebe, femme de Jean de Smet, censier dans la paroisse de Belleghem ; elle guérit aussi d'un cancer au sein, par l'intercession de N.-D. de Groeninghe, et la vertu du saint cierge.

12** De Jean-Jacques Crispe, gentilhomme napolitain: 11 souffrait d'une maladie de la vessie. Sa guérison fut déclarée surnaturelle, sous la foi du serment, par le sieur Jean Stullius et maître Pierre Dehondt, tous deux docteurs en médecine à Courtrai, et par Andréas Campagna, chirurgienmajor au régiment de Don Jean li Porti. En re-

connaissance de sa guérison dont il se confessait redevable à N.-D. de Groeninghe qu'il avait invoquée, Crispo fit chanter à l'autel de la Vierge une messe solennelle en musique et offrit à N,-D. une statuette en argent qui représentait l'image miraculeuse; il laissa de plus un tableau où il s'était fait peindre agenouillé avec sa famille devant la très sainte Vierge.

Enfin l'évêque de Tournai autorise à proclamer comme miracles authentiques et du premier ordre:

i"" Le chant des anges, entendu à Courtrai, dans l'église de Groeninghe en 16^, et dont nous avons parlé dans un des chapitres précédents.

'i'' La résurrection de Marie Carboni , fille de François et de Béatrice Roussel , née h Armentières. Ses parents, obligés de fuir à cause de la guerre , se réfugièrent à Courtrai, et Marie , âgée de 58 mois, étant tombée malade, mourut dans cette ville , en présence de sa mère , de son grand-père et de sa tante. Lorsqu'elle eut rendu le dernier soupir, et que l'on se fut assuré par les moyens ordinaires qu^elle était réellement morte, ses parents allèrent prendre quelque repos et sa mère se jeta sur un lit dressé dans la chambre où se trouvait son enfant mort. Elle ne pouvait se distraire de la perte qu'elle venait de faire, et sa douleur était trop vive pour qu'elle se livrât au sommeil. Elle vint à se rappeler ce qu'elle avait

entendu raconter si souvent à Armentièrcs des miracles de N.-D. de Groeninghe. « Oh ! bonne ViergCj s'écrie-t-elle , vous pouvez donc me rendre aussi mon enfant ! Mère compatissante, ne m'accorderez-vous pas cette grâce ? Si j'obtenais de vous cette faveur , je m'engage h visiter votre image miraculeuse avec douze autres personnes, et à faire célébrer deux messes dans votre église de Groeninghe. )> A peine a-t-elle dit ces paroles qu'elle entend son enfant pousser un cri : à l'instant, elle s'élance de sa couche et vole auprès de sa fille. Elle la voit porter ses petites mains à ses yeux. Elle lui parle, son enfant lui répond. N.-D. de Groeninghe avait entendu la prière de cette mère affligée et avait rappelé la petite fille à la vie. Béatrice accomplit sa promesse , et laissa dans l'église de Groeninghe un tableau représentant ce miracle.

5° La guérisôn de Madeleine Angellie, veuve de Jean de Lescluse, âgée de 51 ans, demeurant à Ypres. Un ulcère lui était survenu au sein droit, et après bien des remèdes qui furent inefficaces, après bien des pèlerinages restés sans résultat, elle entendit une femme qui avait la réputation de guérir ces sortes de maux, lui déclarer quïl n'y avait plus pour elle d'autre moyen à tenter que l'incision. Madeleine désespérée rencontre par hasard Jacqueline Schilders qui lui raconte qu'elle a

été délivrée d'un mal semblable par rinlercession de N.-D. de Groeiiinghe , et la vertu de l'eau du saint cierge : « j'ai encore de cette eau , ajouta-telle, et si vous le désirez , je vous la donnerai, » Madeleine accepta l'offre avec reconnaissance : le soir même elle appliqua sur son mal dix morceaux de charpie humectée dans l'eau du saint cierge. Elle dormit toute la nuit, et le lendemain à son réveil , il ne lui restait pas la moindre trace de son infirmité.

4" La guérison de sœur Françoise de Croix , née à Lille, religieuse cloitrée de S^^-Catherine à Courtrai : elle fut instantanément délivrée d'une perte de sang , au moment même où une personne qu'elle avait chargée d'aller invoquer pour elle N.-D. de Groeninghe, commençait sa prière.

La guérison de Hubert de Beausart , de la paroisse de Wazemmes : à l'âge de 19 ans , il avait été frappé de paralysie ; sa mère le fit traîner à grand'peinc jusqu'à Courtrai. Porté dans l'église de Groeninghe, il y entendit la messe et y communia : à l'instant il se sentit singulièrement sou- ' lagé. Reporté à rhôtellerie , sa mère le fit poser sur une chaise , craignant pourtant qu'on ne pût le soulever plus tard qu'avec de grandes difficultés. Mais bientôt, sans être aidé de personne, luimême se lève , et courant à sa mère qui se trouvait dans la cuisine de l'hôtel : <t ma mère , lui

dit-il, je suis tout à fait guéri. » En effet il monta seul dans le carrosse qui devait le ramener à Wazemmes, au grand étonnement de ceux dont il avait excité la compassion à son arrivée à Courtrai. Depuis il vint deux fois deWazemmesà l'église du monastère, pour remercier N.-D. de Groeninghe , à qui seule il était redevable de sa guérison.

Mgr. François Vilain de Ganda de plus autorisé à proclamer, comme faveurs insignes de N.-D. de Groeninghe , la guérison de onze personnes reconnues pour être obsédées ou possédées du malin esprit. Car, dit-il, bien que ces guérisons aient été effectuées par la puissance des exorcismes de notre Mère la sainte Eglise^ 7ionobstant nous ne doutons pas que les dites délivrances n'aient été faites plus facilement par l'intercession , présence et application de l'image miraculeuse de la bienheureuse Vierge,

On conserve dans l'église de S*-Micheî, une ancienne peinture, destinée a perpétuer le souvenir* de quelques uns de ces miracles. Dans la partie supérieure, on voit les anges qui s'empressent comme à Tcnvi d'honorer par leursjoyeux concerts, l'image de N.-D. de Groeninghe. Quatre médaillons forment comme la bordure du tableau. Le premier représente Martin IV trouvant la Sainte image; dans le second qui correspond au premier, le souverain pontife fait don de l'image à la comtesse Béatrice. Dans le troisième médaillon, N.-D. de

Groenirighe délivre les possédés ; dans le quatrième, elle ressuscite l'enfant de Béatrice Roussel. Le peintre a placé au bas, la bataille de Courtrai : au centre du tableau, on lit une inscription explicative de toutes ces peintures-

Les muses se sont exercées aussi à célébrer la puissance de N.-D. de Groeninghe. On peut voir parmi les notes plusieurs cantiques populaires , qu'un de nos amis a bien voulu traduire du flamand. Ces cantiques, qui rappellent les chants des anges entendus dans l'église de Groeninghe en 1645, ont été imprimés en 164S , deux ans seulement après le prodige.

De nos jours, la source des grâces n'a pas tari : Notre-Dame de Groeninghe continue à exaucer ceux qui l'invoquent, et nous connaissons certaines faveurs , sur lesquelles un jour on appellera sans doute l'attention de l'autorité ecclésiastique , mais qu'il ne serait pas opportun de publier en ce moment.

Comment les Pères Jésuites furent appelés à Courtrai, — Leur église de St, -Michel, — Leurs travaux, — Leur expulsion. — Les différentes phases par lesquelles passa l'église St, -Michel, — Elle devient le temple de la Raison, — Elle est rendue au culte. — L'image de N,-D, de Groeninghe donnée à St. -Michel, — Retour des Jésuites.

Jean David, né à Courtrai de parents illustres, fit de brillantes études, embrassa l'état ecclésiastique et devint curé de S*-Marlin de Courtrai. Le zèle avec lequel il travaillait au maintien de la foi catholique, lui attira les colères des prétendus réformés, qui, ne manquant jamais de crier a la persécution, lorsqu'on essayait seulement de contenir leur impiété, ont plus d'une fois , par leurs cruautés, peuplé le ciel de martyrs. Les violences en vinrent à un tel point, que David fut obligé jusqu'à trois fois de prendre la fuite , pour échapper aux fureurs des sectateurs du pur évangile, 11 se retira chez les Jésuites de Douai , qui le reçurent avec tous les égards dûs à un confesseur de la foi. David était trop animé lui-même de Tesprit de J.-C, pour ne pas admirer les vertus apostoliques des premiers enfants de SMgnace, et bientôt il

demanda à être admis'dans la compagnie de ces hommes, qui, vigoureux nautonniers, (1) acceptaient toutes les privations, embrassaient avec ardeur toutes les fatigues, pour sauver de la tempête , la barque agitée de l'Eglise. Mais Alexandre de Parme ayant repris sur les Religionnaires la ville de Courtrai, les Pères firent comprendre à David, que Dieu , pour le moment du nioins , désirait de lui autre chose : que son devoir le rappelait à Courtrai, pour y rassembler ses ouailles dispersées , et guérir celles qui auraient pu se laisser infecter du venin de l'hérésie. Il obéit, et dans ses conversations comme dans ses discours publics, il ne cessait de parler avec enthousiasme , des fruits merveilleux de conversion et de salut, opérés par les Pères de la Compagnie de Jésus. De son côté , il n'avait garde d'étouffer un désir qu'il croyait venir de Dieu, et afin de faciliter l'exécution de son projet, il s'associa Pierre Simoens, (^)qui devint plus tard

(1) Paroles du S. P. Pie VU, dans sa bulle pour le rétablissement de la Compagnie de Jésus.

(2) Pierre Simoens , était né à Thielt. Il fut successivement curé de St-Martin , à Courtrai , chanoine et premier archiprêtre de Gand, second évêque d'Ypres en 1585 , et mourut en 1605 , à 66 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, la plupart contre les calvinistes ; ils ont été recueillis et publiés à Anvers en 1609 par le P. David. (Dictionnaire historique.)

évêque d'Ypres.Le P. Bauduin de L'Ange, Provincial, reconnaissant que David pouvait enfin quitter sa cure sans détriment pour les âmes , l'admit au noviciat. A cette nouvelle, David ne put contenir sa joie ; mais comment annoncer son départ à un peuple qui l'aimait et le vénérait comme un père? Un jour de fête solennelle, David monte en chaire, et d'une voix altérée par la pensée de la peine qu'il allait causer à ses auditeurs, il leur annonce qu'il a résigné sa cure, et qu'il va les quitter pour suivre de plus près Jésus-Christ qui l'appelle dans sa compagnie. Alors on n'entendit dans toute l'église que pleurs et que sanglots : David lui-même ne pouvait retenir ses larmes : cr Oh ! mes frères, ajoute-t-il , si vous m'aimez , pouvez-vous vous opposer à ce que je suive ma vocation ? et l'affection que je vous porte , doit-elle l'emporter sur l'amour que je dois à Dieu ? La détermination du saint pasteur était donc irrévocable : grande commotion dans toute la ville. Les magistrats s'assemblent ; et ils décident que pour compenser la perle immense qu'ils vont faire , et conserver l'espoir de revoir peut-être un jour au milieu d'eux leur pasteur vénéré , il faut appeler à Courtrai les Pères de la Compagnie, Le Provincial , auquel on en écrivit, félicita les Courtraisiens d'être ainsi les premiers , dans les Flandres , après des troubles qui avaient laissé des traces si profondes , à solli-

citer des prêtres de son ordre. Mais il ajouta qu'il était bon de faire de part et d'autre , dans une affaire de cette importance, de mûres réflexions : que l'érection d'un collège à Courtrai, n'était pas sans doute chose impossible, que cependant il fallait attendre : qu'au reste, pour le moment, il manquait de sujets. Toutes ces lenteurs ne firent qu'enflammer davantage les désirs des Courtraisiens ; ils réitérèrent leurs instances : une assurance, disaient-ils, valait mieux que mille promesses ; et le Provincial, cédant enfin à leurs pressantes sollicitations, leur envoya , dans le courant de 1585, (16 mai) quelques Pères, au nombre desquels se trouvait Jean David, bien qu'il n'eût pas terminé son noviciat. Peu de temps après , on transportait ailleurs l'hospice des vieillards et des veuves, dit Maison du S'-Esprit, fondé en 1568, et Ton commençait à élever sur son emplacement, le collège destiné aux Jésuites. (1)

A Courtrai , comme dans tous les lieux où ils étaient appelés, les Pères se livrèrent avec ardeur aux œuvres propres de leur institut. Ils formaient les jeunes gens à la pratique des vertus religieuses et civiles, en même-temps qu'ils les initiaient aux

(1) Voyez aux notes, le catalogue des Recteurs qui ont dirigé le collège de Courtrai. Plusieurs d'entre eux ont rempli les plus hautes charges de la Compagnie.

lettres et aux sciences et, les murailles de leur collège ne pouvant contenir leur zèle, ils se multipliaient en quelque sorte pour se trouver partout où il y avait des ignorants à instruire, des faibles à fortifier, des pécheurs à convertir. On les voyait dans les hôpitaux; on les voyait dans les prisons; on les voyait au chevet des mourants; on les trouvait enfin là où il y avait à espérer d'opérer quelque bien. Mais nous n'avons pas à les suivre dans toutes les œuvres qu'ils entreprirent ; il faut nous borner à ce qui concerne l'église de S*-Michel.

Cette église fut achevée en 1611 , et consacrée la même année par monseigneur Michel d'Esne, évêque de Tournai. Bien que ce prélat fût alorsraalade , et tellement faible , qu'on était obligé de le soutenir, il ne voulut pas être remplacé pour cette cérémonie. En 1607, le magistrat et la châtellenie de Courtrai donnaient les deux verrières du sanctuaire ; en 1610, l'archiduc Albert et rinfante Isabelle, faisaient don de celle qui était placée au-dessus du grand partail. On devait les autres à la munificence de plusieurs évêques, abbés et seigneurs, qui, comme à l'envi, voulaient témoigner aux Pères l'intérêt qu'ils portaient à leurs œuvres. (1)

(1) Ces anciennes verrières ont sans doute été détruites pendant la révolution; en 1849, elles ont été remplacées

Dans la nef droite, s'élevait un autel dédie à la Vierge sous le titre de méue de miséricorde. Cette image attirait un grand concours de peuple : elle élait faite du bois de l'antique chêne, où a été trouvée, en 1601), la statue miraculeuse de N,-D. de Foy. Elle avait été donnée à l'église S^-Michel, par le R. P. Guillaume de Wacl, Provincial de la Flandre Belgique. Elle y fut placée en 1632, avec une solennité extraordinaire, et chaque année, on célébrait une neuvaine , qui commençait le jour de la Présentation. Son autel était enrichi d'une multitude d'ex-voto, qui témoignaient des grâces et des faveurs , que les fidèles avaient obtenues dans son sanctuaire ; et il existait un registre où l'on avait inscrit un très grand nombre de guérisons auxquelles il ne manquait que l'approbation de l'ordinaire pour être appelées miraculeuses.

On vénérait à S'-Michel les reliques des saints martyrs de Trêves , celles de S*-Rufïin, provenant du cimetière de Sainte-Priscille , et apportées

par d'autres qui ont été données aussi par les familles Icg plus respectables de Courlrai. Nous avons placé parmi les notes, les noms de ceux qui , au XVII* siècle et dans le nôtre, ont déployé tant de zèle pour la beauté de la maison de Dieu.

de Rome par un Père de la Compagnie. Les connaisseurs y admiraient aussi deux anciens tableaux, peints de main de maître. L'un représentait S*-Sébastien, et l'autre le martyre de S'-Côme et de S*-Damien.

La sacristie était riche en ornements exécutés avec un soin extrême , et brodés avec une grande magnificence ; on admirait surtout une chasuble et une tunique. Les demoiselles appartenant aux familles les plus illustres de Courtrai, y avaient travaillé de leurs mains , et en avaient fait don à l'église des Pères. Il eût été difficile, dit Sanderus, d'en trouver d'aussi beaux dans toute la Belgique. Dix confessionnaux occupaient continuellement un même nombre de Pères , et l'on comptait jusqu'à quatre congrégations ferventes. Toutes les conditions et tous les âges puisaient à ces sources pures le véritable esprit de la vie chrétienne. Dans ces pieuses associations, dont la sainte Vierge était comme la reine et la mère, on venait se prémunir contre les dangers du monde, et s'entretenir dans l'habitude des vertus religieuses et morales. « Car les Jésuites, dit le cardinal de Bausset, avaient eu l'habileté de lier leurs congrégations à toutes les professions et à toutes les institutions sociales. Des exercices simples et faciles, appropriés à chaque condition , et qui n'apportaient aucun préjudice aux travaux et aux devoirs de la société, ser-

vaient à maintenir dans toutes les classes cette régularité de mœurs , cet esprit d'ordre et de subordination , cette sage économie qui conservent la paix et l'harmonie des familles et assurent la prospérité des empires, (i) »

Cependant ce bruit sourd d'impiété que l'oreille exercée du grand Bossuet avait entendu mugir dans le lointain, devenait chaque jour plus menaçant. Fidèles au mot d'ordre de leur chef, écrasez Vinfàmel les philosophes avaient commencé leurs attaques contre la Compagnie de Jésus qu'ils regardaient comme le plus solide rempart du catholicisme. Harcelé parles gouvernements de France, de Naples, d'Espagne et de Portugal, qui couraient en aveugles vers le précipice creusé devant eux , Clément XIV, pour éviter à l'église un plus grand malheur, licencia ses troupes d'élite^ ses grenadiers, comme disait Voltaire. Le 20 septembre 1775 , à sept heures du matin , les Jésuites de Courtrai reçurent l'ordre de quitter leur maison ; leur col-

(l) « On se ressouvient encore, dans les principales villes de commerce, ajoute en note le cardinal de Bausset , que jamais il n'y eut plus d'ordre et de tranquillité , plus de probité dans les transactions, moins de faillites et moins de dépravation, que lorsque ces congrégations y existaient. »

lége fut fermé, leurs biens confisqués : on assurait aux Pères une modique pension.

Dès lors réglise S*-Micheî éprouva bien des vicissitudes : fermée d'abord, on la vit se rouvrir bientôt sur la demande des habitants de Courtrai , et elle fut desservie par les professeurs du collège qui avait remplacé celui des Révérends Pères. Plus tard , elle devient église paroissiale , et elle est administrée par la fabrique de S*-Martin. Elle a pour curé M. Benjamin Onraedt, natif deMenin. La révolution française arrive : M. Benjamin Onraedt refuse le serment , et il est obligé de se cacher. Des prêtres intrus s'emparent de son poste, et ils sont chassés à leur tour pour faire place à la Déesse Raison. (1) Car ce fut à S^-Michel que la démagogie célébra ses décades : aux hymnes et aux saints cantiques succédèrent des chants de proscription et de mort. Les anges de Dieu se voi- Jèrent la face, ou plutôt ils prirent leur essor vers

(1) A cette époque quelques pieuses personnes sont parvenues à sauver de la destruction , par l'entremise d'une revendeuse , les ornements sacerdotaux. Elles chargèrent M. Gasart, architecte, de racheter les tableaux, autels, statues, confessionnaux et divers autres objets du mobilier de 1 église et de la sacristie ; elles décidèrent aussi l'orfèvre chargé par les commissaires de fondre les vases sacrés, à y substituer des lingots ayant le môme poids.

le ciel pour n'être pas témoins de tant d'abominations et de folies. L'idolâtrie reparut avec ses bacchanales et ses honteux mystères ; et une prostituée, assise sur l'autel du sanctuaire, reçut les hommages et les adorations d'un peuple abusé.

Mais Dieu eut pitié des siens ; la tempête passa , et le Seigneur rentra dans son temple. S^-Michel , à cette époque, ne fut plus qu'une succursale de l'église primaire de Mouscron , et faisait partie du diocèse de Gand. En 1809 , il est déclaré oratoire public ; puis il est fermé de nouveau par Monseigneur de Gand.

En 1814, après les revers de Buonaparte, lorsque les soldats étrangers occupaient le pays, on parlait de certaines démarches de la part des alliés, pour que S*-Michel servît aux offices religieux des soldats Luthériens, Calvmistes et autres dissidents. MM. Goethals, et Steyd , ancien magistrat, craignant cette nouvelle profanation, sedéterminèrent par un sentiment de foi que l'on ne saurait trop louer, à partir pendant la nuit pour Gand, et ils n'en revinrent qu'après avoir obtenu que cette église fut rendue au public. MM. Selosse, Deprez, Annoqué, Tanghe, la desservirent successivement. M. Tanghe s'y trouvait encore en 1845, lorsque M. labbé Arents , qui depuis vingt-six ans , gouverne avec tant de sagesse et avec un zèle si justement apprécié de tous, la cure de S*-Martin, pressa

monseigneur de Bruges d'y rétablir les Jésuites : eette proposition sourit à monseigneur Boussen ^ et le 25 avril 1 845, le P. Franckville, Provincial de Belgique, envoyait deux Pères pourcommencer la résidence. Ainsi, deux curés de S'-Martin , à trois siècles environ de dislance, contribuaient à l'établissement des Pères de la Coi^pagnie dans la ville de Courtrai et donnaient généreusement l'hospitalilé, dans leur propre maison , à ces religieux , en attendant que celle qui leur était déstinée, fût entièrement disposée. Les Courtraisiens , comme on pouvait s'y attendre , revirent avec bonheur au milieu d'eux , les successeurs de ceux dont leur avaient si souvent parlé leurs pères. Mais la charité impose à la reconnaissance une réserve que nous devons respecter, et nous ne nommerons pas ici les bienfaiteurs de S^-Michel. Les grandes âmes qui semblent n'éprouver que la sainte passion du bien, aiment à se cacher : Dieu applaudit à leur humilité, et il ne nous est pas permis de soulever le voile dont se couvre leur discrète modestie. Nous dirons seulement , qu'après seize mois de séjour, les Pères avaient entendu 20,446 confessions. Ils continuent les pieux exercices qu'ils ont trouvés établis dans l'église de S*-Michel et ils y ont 1 ajouté plusieurs autres dévotions qui opèrent les | fruits les plus abondants. N.-D, de Groeninghe a remplacé l'ancienne image deN.-D. de miséricorde

et c'est encore aux pieds de Marie que les âmes angoissées viennent chercher une consolation dans leurs peines et un soulageraent à leurs douleurs.

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