CHAPITRE II
Les traditions religieuses de l’Aquitaine.
Les souvenirs profanes, point d'appui des traditions religieuses. — Sainte Véronique et saint Zachée, compagnons de saint Martial. — L’évangélisation de la Gaule au premier siècle. — Le témoignage scripturaire et la tradition des églises.
Nous avons mis à part les souvenirs profanes, et réservé pour leur donner un plus ample développement les belles traditions religieuses de l’Aquitaine et du Bas-Médoc en particulier. Les souvenirs profanes forment le cadre où ces traditions-viennent se placer comme une image sracieuse et délicate.
Que Noviomagus ait été submergé dans un cataclysme ou lentement envahi par les eaux, que le Domnoton du poète s’identifie avec Soulac, ces questions n'intéressent d’ailleurs en rien la légende religieuse. Ou plutôt, qu’on les tranche dans un sens ou dans un autre, elles lui servent
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de point d'appui, en établissant que le Bas-Médoc, avec sa voie romaine, était un débouché commercial d’une réelle importance.
Là où venaient atterrir les vaisseaux venant de l'Égypte et de la Grèce, pourquoi les premiers missionnaires de la Gaule n’y auraient-ils pas abordé ?
Voici quelle est, dans ses grandes lignes, la tradition religieuse de ces contrées.
Elle porte qu’au premier siècle de l’Église sainte Véronique et saint Zachée, compagnons de saint Martial, abordèrent à Soulac, qu'ils y fondèrent un oratoire à la Sainte Vierge qui fut consacré par cet homme apostolique ; qu'après avoir parcouru l’Aquitaine, sainte Véronique s’y retira pour y mourir, tandis que Zachée se fixait dans. une solitude du Quercy nommée Rocamadour et que saint Martial allait terminer à Limoges sa bienheureuse vie. Ces trois apôtres, ces trois amis de Jésus-Christ, se trouvèrent donc un instant réunis sur cette langue de terre sablonneuse; puis ils se séparèrent, après y avoir créé un centre religieux, destiné à survivre aux bouleversements de la nature et aux révolutions de l'histoire; et sainte Véronique consacra par sa mort le sanctuaire éclos sur ces rives de la semence de l'Évangile.
Ce simple exposé soulève Ia question toujours palpitante de l’évangélisation des Gaules au
premier siècle de l’ère chrétienne. Sans prétendre refaire les magistrales dissertations consacrées à ce débat par des écrivains érudits et consciencieux, et notamment, en ce qui concerne l’Aquitaine, par Mg Cirot de la Ville et M. labbé Mezuret (*), nous indiquerons ce qui nous semble les éléments logiques et rationnels d’une solution.
Quel est le programme tracé par Notre- Seigneur à ses Apôtres ? « Allez par le monde entier, et prêchez l'Évangile à toute créature. (Marc, XVI, 15.) — Vous serez mes témoins à Jérusalem, en Judée,dans la Samarie et jusqu'aux confins de cette terre. » (Act., 1, 8.) Le commandement est formel. Soit par eux-mêmes, soit par leurs disciples, les Apôtres ne doivents’arrêter que là où la terre viendrait à manquer sous leurs pas; ils doivent aller jusqu'aux extrémités du monde.
Ce programme a-t-il été exécuté, réalisé? Il serait mjurieux au Saint-Esprit de dire qu’il ne Pa pas été. Mais nous avons à ce sujet l’affirmation expresse de saint Paul dans son épitre aux Romains : « Votre foi, leur dit-il, est connue du monde entier. » (Rom., 1, 8.) Et écrivant aux Colossiens, il atteste que « la parole de vérité évangélique est répandue, fructifie et grandit dans le monde entier, in universo mundo ». (Col., 1, 6.)
(1) Mgr Cirot de la Ville. Origines chrétiennes de Bordeaux. — Mezuret. Sainte Véronique.