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Ainsi l'Évangile est annoncé; non seulement annoncé,maisimplanté; nonseulement implanté, mais en voie de développement et de progrès; non pas dans quelques provinces, mais dans le monde sans limitation aucune. Parler autrement, c’est affaiblir les paroles de PApôtre. | Qu'est-ce en effet que le monde dont il parle? C’est tout l’univers, répondrons-nous, et c’est aussi tout spécialement le monde romain, comprenant tous les pays soumis aux aigles conquérantes, parcouru par les légions, sillonné par des routes dont nous constatons les restes jusque dans les landes sablonneuses du Médoc. Les Gaules, est-il besoin de le rappeler, faisaient partie intégrante, et non pas la moins importante, du vaste empire des Césars. Comment les missionnaires du saint Évangile, eux à qui le monde entier était échu en partage, n’y auraientils pas pénétré? Nous osons le dire, le délaissement affecté de si belles provinces eût été de leur part une sorte de trahison au mandat donné par le divin Maître. Nous ne pouvons admettre que le soleil évangélique ait comme à dessein retiré ses rayons qui d'eux-mêmes allaient s'épandre sur notre patrie; que le torrent de la prédication apostolique ait refusé de prendre son écoulement par le lit si largement ouvert que lui traçait à travers les Gaules la domination romaine.
Écoutons à ce sujet un témoignage non suspect,
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celui d’un savant qui se dit amené par la force des preuves à se rallier à la thèse de l’apostolicité de nos églises. Déjà M. Augustin Thierry avait adhéré formellement à cette thèse : M. Paulin Paris, dans sa nouvelle édition de l’ÆZistoire littéraire de la France, y souscrit dans les termes suivants :
« Nous avouons avoir longtemps professé le sentiment de Tillemont sur les origines asiatiques du christianisme; mais les nouveaux arguments présentés par les soutiens de l’opinion contraire nous ont complètement amené à une conviction différente. Rome, où le christianisme, faisait chaque jour de nouveaux progrès depuis le règne de Néron; Rome, qui avait déjà fait subir de grandes persécutions aux chrétiens, Rome avait des rapports trop immédiats, trop continuels avec la Gaule pour que les prêtres et les confesseurs n’eussent pas fréquemment passé dans cette pépinière de rhéteurs, de philosophes, de
| orammairiens qui ne cessaient d'aller ou de venir de Rome à Lyon, Arles, Marseille, Toulouse, Nimes, Narbonne. Non, cela nous paraît aujourd’hui impossible; car nos grandes cités vivaient de la vie, des sentiments, des mœurs de la Rome impériale. Et supposer que le christianisme, qui avait déjà envahi la Germanie et l'Espagne, n’eut pas assez de retentissement pour que le bruit en -arrivat à la Gaule, c’est aller contre Sénèque,
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Pline et Tacite, c’est fermer les yeux à la lumière de l’histoire. » À
Cette affirmation si nette d’un écrivain autorisé. et impartial s'entend de toute la Gaule en général. Pour ce qui concerne spécialement l’Aquitaine, il est hors de doute que, tant du côté de FOcéan que par les voies de la Novempopulanie, elle était largement accessible aux étrangers de toute nation. Non seulement elle était colonisée, habitée, gouvernée par les Romains; mais si les Grecs n’y envoyèrent pas de colonies proprement dites, comme porteraient à le croire les noms à désinence grecque disséminés autour du bassin d'Arcachon, du moins il est constant qu'ils entretenaient de fréquentesrelations de commerce avec les bords du golfe de Gascogne. « IIS suivaient, dit M. l'abbé Caudéran, les voies commerciales, fluviales, terrestres et marines, ouvertes par les Tyriens; leurs comptoirs étaient partout florissants (0, » Or qui dit grec, dit oriental : l'Évangile était importé, au premier siècle, avec l’idiome grec, dans tous les pays du monde occidental.
(1) Grecs el Gascons, par M. l'abbé Caudéran, — articles publiés dans Bordeaux-Journal. — L'élément grec était répandu dans tout le Midi. Aux sources de la Garonne, à Saint- Bertrand de Comminges, l’ancien Lugdunum Convenarum, il y à mille indices que les Grecs avaient des établissements importants.
Résumons la question en quelques mots. À priori, tout nous fait supposer que la prédication évangélique, ayant pris son centre à Rome, s’est propagée avec une célérité merveilleuse dans les Gaules déjà si complètement romaines de mœurs et de langage. Le contraire serait, pour ainsi parler, un miracle à rebours. L’Aquitaine en particulier aurait reçu par les Grecs le bienfait de la foi, si Rome ne s'était pas empressée de lui envoyer ses premiers apôtres.
Or voici que les traditions unanimes de la Gaule, et spécialement de l’Aquitaine, viennent appuyer des présomptions si puissantes, et donner un corps à une supposition découlant des textes scripturaires eux-mêmes que corroborent les données de l’histoire. De tous côtés s'élèvent les affirmations de nos églises nationales qui nous crient : Nous avons été fondées au premier siècle par les disciples mêmes des apôtres !
Il est impossible de nier la force de cette affirmation collective, que n’ébranle aucune objection, que ne déconcerte aucune argutie.
On dira : Ces églises ont cherché à se donner des titres de noblesse par une émulation inconsidérée et que favorisait l'ignorance des origines |! Pourquoi leur imputer une supercherie, qu’on chercherait vainement à excuser ? Leurs titres de
noblesse leur sont garantis par saint Paul, qu’on ne peut soupconner d’avoir parlé àla légère, quand
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il entend les échos du monde entier ébranlés par le retentissement de la Bonne Nouvelle.
Mais ces traditions, dira-t-on encore, ont des incohérences, elles semblent calquées les unes sur les autres. Distinguons, si vous le voulez, entre le fait lui-même, et les légendes qui par la suite des temps se sont comme cristallisées alentour. On s'explique l’imagination populaire travaillant sur un fait pour l’embellir, non pas travaillant sur le vide absolu.
Ces dissonances de détail ne sauraient discréditer des traditions qui ont pour elles Ia vraisemblance historique et l’analogie des Écritures. Il n'entre pas dans notre plan d'établir des preuves, de réfuter les objections. Le fait évangélique nous suffit : le monde à dû être évangélisé au premier siècle, 1l l’a été!
Nous n’ajouterons qu’une remarque. Ces traditions forment un bloc. Les légendes vénérables de saint Martial à Limoges, de saint Zachée à Rocamadour, de sainte Véronique à Soulac, sont solidaires les unes des autres. Cette trilogie se soutient par la cohésion des parties qui la composent, comme aussi par les innombrables points d’appuiqu’ellerencontre dans lestraditions religieuses de toute l'Aquitaine. |
Après avoir abordé le sujet dans son ensemble, il est temps d’entrer en connaissance plus particulière avec notre aimable apôtre sainte Véronique.