‹ Notre-Dame de la Fin des Terres de SoulacChapitre 14 sur 39 · CE HONTE · texte numérisé non relu

CE HONTE

femmes que Jésus avait guéries, et qui, au témoignage de saint Luc, s'étaient attachées à sa suite en compagnie de la Très Sainte Vierge. (Luc, vrrr, 2, 3.)

L’adversité est la pierre de touche de latta-

chement; c'est au moment de la Passion que

sainte Véronique se révèle avec une énergie

magnifique.

La Passion fut pour Jésus l'heure mille fois cruelle de la trahison et de l’abandonnement. Il

S'en est plaint par avance dans le Psaume : Mes

amis et mes proches se sont tenus loin de moi. A

. peine si, pendant que les Juifs vocifèrent contre

lui leurs cris de mort, on voit passer comme une ombre qui plaide la cause de l’innocente victime. Cette ombre, c’est la femme de Pilate, cette Claudia Procula que nous avons dit être Gauloise. Elle fait prier le gouverneur de n'avoir rien à démèler avec ce Juste. (Matt.,xxvn, 19.) Mais cette ombre n'apparaît qu'un instant au fond du pré-

toire; elle s’évanouit aussitôt.

Cependant le chemin de croix commence. Jésus est brutalisé. À sa vue, Marie s’évanouit. Le

- Cyrénéen est contraint par la force à se courber

SOUS 14 croix. Autour du Sauveur frémit et

+ blasphème une soldatesque sans pitié, dont la

&.+ ten EE 756

cruauté est stimulée par les meneurs de Ia Synagogue. À ce moment une femme sort d’une maison qu’elle possédait non loin de la porte

Judiciaire. C’est Véronique. Elle voit l’auguste face du Sauveur, toute défigurée par la sueur, le sang et les crachats. Son cœur est navré de compassion; elle s’élance; avec l'autorité que lui donne son rang, et surtout avec l’énergie de sa douleur, elle fend la cohorte homicide, parvient auprès de Jésus, et étend un voile éclatant de blancheur sur sa face divine. De pareilles actions, l'amour les inspire et les explique: on ne les invente pas ! |

O merveille! La face sacrée du Sauveurdemeura imprimée sur le voile de fin lin que remporta «

2 Age + Tr

Véronique. Touché de reconnaissance, Jésus, qui avait enfin rencontré une âme cherchant la sienne (Ps.); Jésus lui avait laissé, et avait laissé par elle à son Église un souvenir de sa Passion douloureuse, et quel autre souvenir eût été plus touchant ?

__ L'action de Véronique, transmise par toutes les voix de la tradition, a soulevé dans tous les siècles chrétiens un frisson d’admiration et d'émotion ; les plus célèbres églises ont conservé en grand honneur la mémoire de l’héroïque femme.

Jérusalem se glorifie de montrer l'emplacement de la maison où elle habitait ainsi que le lieu précis où elle essuya le visage du Sauveur, devenu une des stations de la Voie douloureuse. Depuis Constantin et sainte Hélène, d’innombrables pèlerins s’y sont agenouillés, y ont pleuré, ont évoqué l’inénarrable scène de cette rencontre (),

Rome, de son côté, garde avec un respect infini le voile de Véronique portant l’empreinte de la sainte Face. Entrez à Saint-Pierre du Vatican, … pénétrez jusque sous la coupole : sur la face

(1) La Revue de l'Église Grecque-Unie a publié une étude sur sainte Véronique, où la question de l'emplacement de sa maison est très doctement traitée. (32 année, p. 314-317 — 329-332.)

antérieure d’un des gigantesques piliers qui la soutiennent, apparait la statue colossale de sainte Véronique; à l’intérieur du pilier est ménagée une chapelle dédiée à cette sainte, et qui contient le linge sacré dont elle a enrichi l'Église. Depuis

le commencement du vi® siècle, une série de.

témoignages irrécusables nous atteste la vénération des Romains pour cette sainte Image W. Comment fut-elle apportée à Rome ? Ecoutons une vieille tradition relatée par saint Méthode au 11e siècle, et admise par le cardinal Baronius &). Le voile sacré, depuis la résurrection du Sauveur, était l'instrument de miracles sans nombre.

L'empereur Tibère tomba gravement malade; «

Véronique, soit sur sa demande, soit par une impulsion d’en haut, se rendit à Rome, et présenta la sainte Face à ce prince qui fut instantanément guéri rien qu’en y jetant les yeux. Il fut tellement frappé de ce prodige, que depuis lors il couvrit les chrétiens de sa protection. Tertullien constate . effectivement la bienveillance de ce prince pour. la religion chrétienne; elle aurait son explication dans le miracle opéré par la sainte Face. |

Sans doute cet événement à quelque chose

(1) Voir ces témoignages dans la même Revue, p. 268-271 — 283-285. |

(2) Ce texte de saint Méthode est rapporté par Marianus Scotus; d'excellents critiques l’ont reconnu comme authentique.

détrange au premier abord. Il étonne moins, quand on sait l'engouement qui portait la haute classe de la Rome impériale vers les pratiques juives et orientales. Si l’on admet que sainte Véronique ait été d’origine gallo-romaine, qu’elle ait figuré parmi les suivantes de Claudia Procula, Son entrevue avec l’empereur Tibère rentre dans les termes de la vraisemblance historique. Elle pouvait avoir ses entrées à la cour des Césars.

. Ceci se passait dans les premières années qui suivirent la mort du Sauveur. Faut-il voir dans la venue de sainte Véronique à Rome un indice qu'elle avait dèslors quitté la Judée ? Nous n’osons nous prononcer, nous estimons plus probable que la sainte retourna à Jérusalem, pour y jouir de la société de la Sainte Vierge qui vivait encore, oroupant et maintenant auprès d'elle tous les plus chers amis de son Fils.

La mort de cette créature mille fois bénie amena la rupture du lien qui, jusqu'alors, avait retenu les Apôtres autour de Jérusalem, ou qui les yavaitrappelés après leurs premières courses. . Ils se dispersèrent définitivement dans le monde. Et, non seulement les disciples, mais les saintes femmes elles-mêmes cédèrent à ce souffle d’en haut qui les projetait à tous les points du ciel pour la dissémination de la foi sur toutes les plages. Aussi bien, le séjour de Jérusalem leur

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