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était-il rendu périlleux par les tracasseries et le mauvais vouloir des Juifs.
En quittant la vieille Jérusalem déicide pour cette Jérusalem nouvelle qui est l'Église universelle, apôtres, disciples et saintes femmes emportèrent tout ce qu'ils purent des reliques du Sauveur, de la Sainte Vierge et des premiers saints du christianisme naissant. C'était un patrimoine sacré, un trésor de famille.
D’après une tradition orientale, sainte Véronique aurait fait exception à cette loi générale qui poussait à l’abandon de la cité déicide, elle serait demeurée et serait morte à Jérusalem.
Nous ne pensons pas que cette croyance, basée sans doute sur l’existence reconnue de la maison de cette sainte femme à Jérusalem, puisse faire échec à la tradition occidentale qui la fait venir à Rome pour remettre définitivement entre les mains des Apôtres le voile de la sainte Face, et qui la fait mourir dans la première Aquitaine, au bord de FOcéan. Cette seconde tradition, résumant d'innombrables traditions locales, appuyée par la possession des reliques de- la sainte, nous paraît plus en harmonie avec le mouvementrégulier de dilatation dela prédication évangélique. De Rome on ne retournait pas en arrière mourir à Jérusalem, on partait à la conquête des âmes dans tout l'Occident.
Quand bien même on tiendrait, comme le font
de respectables auteurs, que sainte Véronique et saint Zachée étaient Juifs, il est vraisemblable de penser qu'embrasés au Cénacle des flammes de l’apostolat, ils oublièrent leur peuple etleur patrie pour propager l'Évangile. Mais si l’on reconnait que les deux saints époux étaient gentils, et même originaires de nos contrées, il va de soi que, sous l'impulsion de l'Esprit Saint, ils aient voulu porter à leurs compatriotes l’ineffable bienfait de la foi. Comme les prosélytes de tous pays rassemblés à Jérusalem le jour de la Pentecôte, comme l’eunuque de la reine Candace, ils furent les apôtres de leur propre pays.
Suivons-les donc avec confiance à travers les montagnes et les plaines de la Gaule, sur les rivages de notre Océan. Ils s'étaient rencontrés à Rome avec saint Martial, que l’on dit avoir été l'enfant béni par Notre Seigneur et proposé en modèle à ses apôtres. Là, sous les yeux de saint Pierre, un groupe apostolique se forme; saint Martial, malgré sa jeunesse, en est désigné comme le chef; saint Zachée et sainte Véronique en sont les conducteurs et les pionniers.
Cette sainte troupe remonte l'Italie, et se dirige du côté des Gaules. Là son itinéraire est marqué par une succession d’insignes églises qui reconnaissent saint Martial comme leur fondateur et premier apôtre. Mende, Rodez, Le Puy,Clermont, Bourges, Tours, Poitiers, conservent des reliques
Au RTE
ou désignent des monuments qui rappellent le passage de ce vaillant ouvrier du Christ. Ce grand saint évangélisait le Poitou, quand Zachée et Véronique se détachèrent de son entourage, et, s’embarquant à Mortagne en Saintonge, vinrent aborder au lieu dit Paldegrave (Pas de Grave) dans la péninsule médocaine (1.
Les pieux époux se mirent à annoncer Jésus- Christ dans la région où florissait Noviomagus; ils eurent bientôt assez de prosélytes pour nécessiter la fondation d’un oratoire. Il fut consacré à la Sainte Vierge qu'ils avaient connue, qui était morte sous leurs yeux. Bientôtils en construisirent un autre un peu plus au sud, et le dédièrent à. saint Pierre qui venait d’être mis en croix. Le premier est l’origine de la basilique de Notre- Dame de Soulac ou de la Fin des Terres; le second de l’église de Saint-Pierre de Lilhan (sancli Petriin Ligno).
Saint Martial rejoignit alors les intrépides pionniers de l'Évangile, il consacra les deux
(1) Ces antiques traditions sont citées par le dominicain Bernard de la Guionie, évêque de Lodève, qui florissait fin du xrne siècle. Elles ont pour appui la légende de saint Martial qui date vraisemblablement de la fin du ve siècle, et que complète la légende d’Aurélien écrite un siècle plus tard. M. Pabbé Arbellot, dans son étude sur l’apostolat de saint Martial, a mis hors de conteste l'authenticité de ces deux derniers documents.
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pauvres oratoires, premiers sanctuaires chrétiens de l’Aquitaine. Sainte Véronique déposa dans celui de la sainte Vierge plusieurs précieuses reliques, notamment une relique dite du lait de la Sainte Vierge qui subsista jusqu’à nos jours, et d’où l’on voulait même tirer le nom de Soulac par une étymologie que nous confessons être insoutenable.
Cette fondation faite, sainte Véronique ne s’enferma pas dans la contemplation. Elle et
. Zachée évangélisèrent le Médoc,le Bordelais, le
Bazadais. De précieux souvenirs font foi de leur
. passage. À Bazas, son pays natal, la sainte déposa
une relique du sang de saint Jean-Baptiste qui est la gloire de cette antique cité. À Bordeaux, elle suscita une communauté chrétienne, dont sainte Bénédicte et saint Fort affermirent les néophytes, et qui a laissé des preuves irrécusables de son existence dans les cryptes de Saint-Seurin.
Cependant Véronique et son pieux époux $e séparèrent. Les ouvriers apostoliques obéissent à des impulsions où la nature n’est pour rien.
Zachée se retira dans les solitudes, dans les
causses montagneux du Quercy, au lieu dit Rocdmadour, berceau d’un pèlerinage fameux dont tout proclame la haute antiquité. Véronique revint à Soulac au bord de FPOcéan, et finit ses
jours auprès de l’oratoire qu’elle avait élevé en
l'honneur de la Mère de Dieu.
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Nous avons esquissé à grands traits la vieille tradition. Faites taire les voix qui s'élèvent au bord des flots, du sein des rochers sauvages, du centre des campagnes et des villes populeuses, Ô vous qui prétendez la nier ou l’affaiblir. Ces voix retentissent depuis quinze siècles, elles ne cesseront pas de retentir. Naguère Rome sanctonnait le titre d’apôtre donné de temps immémorial à saint Martial par la ville de Limoges. Cela nous suffit. Saint Martial, saint Zachée, sainte Véronique, les traditions de Limoges, Rocamadour et Soulac, forment un faisceau indissoluble auquel on nous permettra d'appliquer le mot de l’Écriture : « La tresse au triple chaînon ne se rompt pas facilement; funiculus tripleæ difficile rumpitur (, »
(1) M. Bourrières de Cahors fait paraître en ce moment un volumineux ouvrage sur saint Zachée et sainte Véronique. Nous en avons lu avec un vif intérêt les premiers fascicules. Toutes les traditions du premier siècle de l’ère chrétienne y sont reliées dans une trame forte et parfaitement logique. A la lecture de ces pages pieuses et savantes, la conviction se forme irrésistiblement dans l'esprit et finit par s'imposer. En les fermant, chacun se dira : Oui, les Gaules ont été évangélisées par les disciples et les amis du Sauveur.