‹ Notre-Dame de la Fin des Terres de SoulacChapitre 24 sur 39 · DUT · texte numérisé non relu

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description détaillée. La basilique avait, outre les trois nefs actuelles, trois chapelles absidiales qui couronnaient son chevet. Elle ouvrait par une larsce porte pratiquée dans le mur de la nef

- méridionale. Elle avait au transept une voûte à

dôme surmontée d’un clocher rectangulaire.

C’est un monument comparable au sanctuaire de Cadouin dans la Dordogne.

Il est clair que ce grandiose édifice n’est pas une simple église de prieuré ou de village. Il répond, soit à l'importance de Soulac même, soit plutôt à lPimportance des pèlerinages qui, dès cette époque lointaine, se dirigeaient vers l'antique Madone de la Fin des Terres. C'était un centre religieux, qui accuse par ses vastes proportions un grand mouvement de foi et de piété.

Nous reviendrons plus bas sur plusieurs faits relatifs à ce pèlerinage. Son antiquité estinvoquée dans une requête adressée le 10 mai 1532 au parlement de Bordeaux. Il y est dit que « église de ladite paroisse de Soulac est nothoirement de

‘très ancienne fondation, et une des premières

fondées en l'honneur de Notre-Dame en ce pays, en laquelle dès le temps de ladite fondation ont accoustumé à aller en voiage et pellerinaige plusieurs personnaiges de divers et estranges pays ». Cette attestation est amplement confirmée par l’aspect même du monument.

Soulac était par lui-même un butde pèlerinage,

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et en même temps c'était un lieu de passage et-une étape pour les pèlerins de la Saintonge qui se rendaient à Saint-Jacques de Compostelle (®, De là, on peut établir nettement le tracé de leur itinéraire à travers les landes de Gascogne.

Sans aucun doute la basilique offrait dès lors une statue de Notre-Dame que vénéraient les pèlerins. D’après les plus anciens catalogues des reliques et objets précieux de l’église de Soulac, elle était en argent : la Madone, qui tenait, ou sur les genoux de laquelle reposait PEnfant Jésus, portait incrusté dans son pied droit, qui s’offrait aux baisers des pèlerins, un reliquaire contenant du {ait de la sainte Vierge. Klle s'appelait bien authentiquement Notre-Dame de la Fin des Terres. Ce nom figure sur une charte de 980, dont il est fait mention, dit Baurein, dans l’histoire du Béarn; ainsi que sur une autre de 1029, par laquelle Anna, comtesse de Bordeaux et de Périgord, donne aux religieux de Soulac, pour subvenir à leur pauvreté, et en même temps pourvoir aux besoins de son âme, une terre autrefois nommée Medrina et qui était Située dans la région dite l'Entre-deux-Mers. |

À côté du culte de Notre-Dame, on constate le culte toujours vivace de sainte Véronique, culte

(A) Fr. Michel. Histoire du Commerce de Bordeaux, t. X, p. 509.

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absolument inexplicable si on n’admet pas la vérité des traditions. Le transfert de ses reliques à Saint-Seurin, dans les circonstances que nous avons dites, ne le diminua en aucune façon : ce qui prouve bien qu'il faisait corps avec la basilique, - qu'il était partie intégrante et même constitutive -du pèlerinage de Soulac. À défaut des reliques absentes, l’ancien oratoire et la nouvelle basilique offraient aux dévots pèlerins un cénotaphe indiquant le lieu précis où elles avaient reposé autrefois. Ce cénotaphe n'est-il pas reprépeenté sur le curieux chapiteau qu'on remarque à l’entrée du -chœur, adossé au pilier qui contient lescalier montantaux “combles de l’église ? - Voyez cette sorte de -châsse au toit pris- .matique surmonté d'une croix, et percé au milieu d’un [or«men ou baie carrée? C’est évidemment la repré- “sentation de la châsse de Véronique. À droite un “pèlerin, malheureusement décapité par linjure * du temps, a les mains appuyées sur son bâton

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de voyage : dans le coin du pilier apparaît un long cierge. Ce chapiteau, unique en son genre, est un témoignage palpable du culte rendu aux ossements, puis au cénotaphe de sainte Véronique).

Outre le cénotaphe installé sous l'autel majeur, la vieille église contenait bien d’autres souvenirs de la sainte.

M£ Cirot de la Ville tient que la chapelle

diole nord lui était dédiée. Elle regardait le

présente elle-même un autre chapiteau aujourd’hui à fleur de terre,

nettes avec arcatures romanes.

(1) Mer Cirot de la Ville, dans ses Origines chrétiennes de

Bordeaux, signale ce chapiteau et en reproduit même lagravure:

Il reproduit également celui dont nous parlons plus bas. Voir «

Origines chrétiennes, p. 57.

chapiteau que nous.

venons de décrire et

En outre, adossé au second pilier de la nef du côté du midi, était un autel dédié à la sainte, et plus accessible aux

s’ouvrant dans l’absi-s

qui figurait vaguement un tombeau à colon-.

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pèlerins que la chapelle, engagée peut-être dans la clôture du chœur des moines. Cet autel était fameux dans toute la contrée. Comme sur l'autel de saint Fort à Bordeaux, dans les cas litigieux, pour la passation des contrats, de tous les pays environnants, on venait y prêter serment. « Losquaux aven jurat sobre l'auta de la santa Veronica à Solac: lesquels avaient juré sur lautel de la sainte Véronique à Soulac », dit un titre du 3 avril 1302. Ce dernier trait est absolument caractéristique.

Tout près de l’autel de la sainte on voyait sourdre une fontaine qui, suivant la tradition, avait jailli à sa prière, comme pour fournir aux habitants de l’eau douce et potable; Les pèlerins prenaient de cette eau en grande vénération, ils en buvaient et s’en frottaient les yeux. Cette fontaine devait se trouver à la porte de l’oratoire prunitif. L'église ayant été reconstruite sur un plan plus vaste, elle fut enfermée dedans; quand on fit des remblais, elle devint un puits.

Une statue de dame Véronique se dressait près de la porte d'entrée, et complétait cette galerie de souvenirs.

Comment, nous le demandons, un tel culte, à une époque si reculée, avant les croisades et toute relation avec l'Orient, aurait-il pu s'implanter sur un coin de terre isolé et ignoré, s’il n'avait pas sa raison d’être dans la vérité des traditions qui

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nous apprennent la venue et la bienheureuse

mort de sainte Véronique à Soulac ?

Nore. — Ecoutons parler sur sainte Véronique les naïves traditions du moyen âge : « En ce temps-là, il y a longtemps, bien longtemps... Dieu envoya dans cet endroit qui est doneques la fin du monde, une grande sainte quiétait la dame Véronique. Une barque fragile, conduite par le souffle de Dieu, la déposa sur ce rivage. Vous voyez cette église, comme elle est grande et belle !... Elle est vieille aussi... et pourtant elle estait bien plus vieille, la petite cabane qui estait autrefois la chapelle... La dame Véronique portait elle-même dans son tablier l'argile et le gazon qui servirent à la bastir.… Et Dieu aussy vouleut y demourer..… c’est pourquoy il envoya saint Marsau (saint Martial), un grand sainct, qui consacra un autel de pauvre bois, et dict la messe dans ceste chapelle; et ceste messe feut la première de toutes... Or ladicte saincte aymait Nostre-Dame, et elle l'avait servie et nourrie en Hiérusalem, et avait apporté, par mémoire d’icelle, des pièces de vestement et aultres choses qui avaient esté de la benoîte Vierge.

» Et parcoureut la sainte beaucoup de pays, preschant avec sainct Marsau et revint en cent ans en cestuy endroiet de Solac

qu'elle aymait le premier et moureut.…. Et nos anciens nous ont.

faict le récit comme quoy elle est enterrée derrière l'autel, et

comme quoy on voyaitencore la fontaine d’eau doulce qui estait

en dedans l'église jouxte le pilier, et comme quoy les gens venaient boyre, et qu'il n’y avait pas d’eau doulce es autres endroicts parce que la mer salée estait proche.

» Et doncques la benoîte Vierge et la dame Véronique

demouraient toujours en ladicte église. et arrivaient les grands

chrétiens, au revenir de Hiérusalem et de Sainct Jacques, audict

Solac, en recognoissance à la madone... Et viennent aussy les gens en la procession de la mortalité que Nostre-Dame cessa… Et disent les anciens comme quoy les âmes bonnes sont plus bénies dedans ladicte église, et comme quoy les pécheurs sont aussy les amys de Nostre-Dame et de madame saincte Véronique. »

Tous ces traits sont charmants, le dernier surtout.

(Tiré de la première édition de l'ouvrage de M. l'abbé Mezuret sur Notre-Dame de la Fin des Terres el sainte Véronique.)

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