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ensevelis sous les sables que vomissait la mer; la dune qui les couvre fait partie du massif élevé qui porte la tour noire et le sémaphore. |
Destrois églises marquant, commetrois phares, l'extrémité du Médoc, deux se trouvaient éteintes. Désormais, ou du moins pour bien des siècles, c'est l’église de Soulac qui garde {a fin des terres et indique le point ultime des régions habitables de la côte.
Cette basilique était robuste, comme le sont
. toutes les églises romanes; elle l’a bien prouvé,
.en traversant victorieusement les siècles. Et toutefois il paraît avéré qu'il y eut un écroulement des voûtes vers la fin du xr° siècle. Les murs d'enceinte ont été visiblement déversés de 20 à 25 centimètres ; et c’est sur ces murs déjà déversés que les voûtes actuelles ont été construites d’après
des procédés qui accusent la fin du xrr° siècle et
même le commencement du xt (D), À ce moment aussi des modifications très importantes changèrent l’aspect du monument.
Il fallut défendre à tout prix le vénéré sanctuaire contre l’envahissement des sables. L'Océan, soit
par lui-même, soit par son arène mouvante,
avait dévoré Cordouan, dévoré Saint-Nicolas; il
M) M. Mezuret, auquel rien n’a échappé, a reconnu les traces d’une voûte en bois qui fut posée en attendant la reconstruction en pierre.
attaquait Soulac. La ligne des dunes, chassée et,
déplacée continuellement par le vent de mer, avançait par une progression irrésistible de l’ouest vers l’est. On tient qu’à ce moment fut obstrué le chenal des Huttes qui faisait communiquer la Gironde et la mer; la contrée de Grave fut rattachée au continent. Derrière les collines de sable que le vent amoncelait se formaient nécessairement des marécages. Le fond primitif de la basilique se trouva, comme il l’est encore aujourd'hui, envahi par les eaux; non pas, entendons-nous bien, par celles qu'y auraient poussées lesmarées, mais par celles qui suintaient des dunes envahissantes (1). Il fallut relever le
niveau de l’église. D’après M. Mezuret, qui a,
scruté ces antiquités avec toute la compétence désirable, le remblai fut de trois mètres dans les trois nefs, et de six mètres dans l’abside qui se trouva ainsiconsidérablementsurélevée au dessus du reste de l’église. Cette disposition fut prise
pour ménager une crypte où l’on vénérait, avec.
le cénotaphe de sainte Véronique, les précieuses reliques en dépôt dans le sanctuaire de Notre-
(1) On peut aussi émettre l'hypothèse d’un affaissement du sol. C’est une observation géologique incontestée, que certains sols s’affaissent progressivement, alors que d’autres se relèvent. Nous reviendrons plus tard sur cette hypothèse à laquelle des
constatations prises sur les lieux donnent la plus grande pro-.
babilité.
on.
Dame), Ce relèvement n’a rien d’extraordinaire ; il se retrouve dans plusieurs antiques sanctuaires de Rome ou des environs de Florence.
Par suite du remblai, la porte primitive qui donnait au midi de l’église, et dont on aperçoit encore l’arceau gigantesque, se trouva obstruée en partie. On ouvrit la porte actuelle dans le fond de la nef principale, peut-être par l’agrandissement d’une fenêtre. Elle est ogivale, et d’un style vraiment pur et élégant.
Cependant les voûtes de l’abside se trouvaient absolument surbaissées. Les moines n’hésitèrent pas à les abattre; et, sur les murs romans d’une solidité à toute épreuve, ils entèrent une triple abside gothique aux fenêtres élancées et gracieuses. L’abside principale demeura debout jusqu'au déblaiement de la basilique, fleur ogivale éclose sur le vieux tronc roman et gallo-romain. On lPabattit, sous prétexte qu’elle compromettait la solidité de lédifice restauré; c’est une perte irréparable.
Il y avait donc pour ainsi dire une double "église dans l’église. La crypte s’ouvrait presque au niveau de la nef : au dessus se déroulait le chœur des moines, couronné par des voûtes gothiques, qui, d’après Baurein, dépassaient de dix-huit pieds l'enceinte du reste de la basilique.
(1) Sainte Véronique, p. 193 et suivantes.
Les moines ne purent entreprendre ces travaux
sans être aidés par la piété et la générosité des fidèles. Et de fait Soulac, aux xr1°, xITI°, xiv° siècles, jouit d’une ère de prospérité. Jetons un coup d'œil sur l’histoire locale de cette époque.
Au x siècle la Guienne tomba sous la domination anglaise qui fut rude aux forteresses et châteaux,et même aux églises de la contrée. « Ce que ruminant en mon esprit, dit un vieil auteur, pour en rechercher les causes, et excuser si faire se peut les Anglais, je ne m'en suis pu imaginer d’autres, sinon que par adventure, comme les églises sont ordinairement de forts édifices, le peuple y portait son petit de quoy : et comme les Anglais étaient aspres à la pille, ils voulaient envahir les églises pour faire curée des commodités, que le peuple y avait retirées comme en un asile inviolable, à l'exemple des Juifs desquels il est parlé au livre IT des Machabées, à l’occasion de certain Héliodore qui fut si bien fustigé par les anges. Les Anglais donc, autant cupides que celui-ci, attaquaient les églises; et pour venir à bout et des hommes qui les défendaient et des biens qui y estaient, ils ruynaient les édifices (1). » Il ne paraît pas que la basilique de Soulac ait connu ces dévastations. La position de cette petite
(1) Bayole. Histoire sacrée d'Aquitaine. Cité par M. Mezuret, p. 220.