À DD
il LE
| | «Aïffligée au xiv° siècle, dit le D' Kérédan, d’une peste affreuse qui faisait.
tomber les chairs en 2 lambeaux et décimait la «] PA population, cette ville fit ma vœu d'aller tous les SERA) RAR ans en procession à
Terres... C'était un pèlerinage pittoresque,
Om
ressemblant beaucoup aux caravanes des Arabes dans le désert. La troupe des pèlerins se divisait en deux compagnies, celle des cavaliers où figuraient le curé et le porte-croix marchant en tête, et celle des piétons, munis de havre-sacs, de paniers, et portant les provisions. À chaque village tous faisaient halte, et entraient dans léglise de l'endroit pour entonner le Te Dewm. Puis on continuait son chemin en chantant des litanies jusqu’à Soulac. Le 20 juillet, jour du vœu,
on célébrait, avec une pompe de cathédrale, les
cérémonies à Notre-Dame de la Fin des Terres magnifiquement parée (), »
Ce vœu fut accompli fidèlement tous les ans jusqu’à ces derniers temps. Quand la basilique fut ensevelie sous les sables, la procession se dirigea vers l’église du nouveau Soulac, noyau d’une nouvelle paroisse plus à lintérieur des terres; et naguère encore on y voyait des flots de rubans laissés en ex-voto par les pèlerins : de même on conservait dans les familles le bâton et la gourde ayant servi au pèlerinage de Notre- Dame de la Fin des Terres. Telle est la force des traditions religieuses!
Détail touchant ! aussitôt que le clocher apparaissait au loin, comme une vigie parmi ces vagues de sable, les cavaliers mettaient pied à
(1) Kérédan, p. 68-69.
LFHOGTES
terre, et tous les pèlerins, à genoux, saluaient Notre-Dame, leur céleste protectrice.
Mais ce n’était pas seulement le peuple qui, dans les élans naïfs de sa foi, volait au sanctuaire de Marie. En ce chevaleresque moyen âge, les valeureux seigneurs, les nobles dames, tenaient à honneur de contribuer par leurs largesses à lornementation de la basilique. La célèbre famille des captaux de Buch se signala entre toutes par sa dévotion à Notre-Dame de la Fin des Terres. Le 20 mai 1300, le captal Pierre Amanieu lègue cent sols à Notre-Dame de Soulac; en 1363, Ia puissante dame de Foix, veuve d’un seigneur de Buch, lègue à son tour quatre léopards d’or pour le luminaire et l’entretien de l’église.
Les princes de l’Église ne restent pas en arrière dans cette piété envers l’antique Madone. Clément V, le pape gascon, par un acte pontifical donné à Villandraut l’an 1308, le 12 des calendes de décembre, accorde de précieuses indulgences à l’église abbatiale de Sainte-Croix, ainsi qu'aux églises priorales de Saint-Macaire et de Notre- Dame de Soulac qui en dépendent : pour ces dernières, c’est un an et quarante jours à chaque fête de la Sainte Vierge ainsi qu’à la principale fête de saint Michel et de saint Jean-Baptiste; plus, cent jours à gagner durant les huit jours qui suivront ces solennités. Le texte de cette concession est appendu aux murailles de la basilique.
Sur le déclin du moyen âge, l’illustre enfant du - Médoc, le grand et saint archevêque Pey Berland, témoigna d’une manière éclatante sa vénération pour le sanctuaire de Soulac. Par son testament, en date du 5 décembre 1446, il pourvoit à l’entretien d’une lampe qui devra être allumée jour et nuit à perpétuité en son nom devant Pautel de la Saint Vierge, et il laisse une fondation qui doit servir à célébrer quatre anniversaires annuels pour le repos de son âme, le lendemain des quatre principales fêtes de Notre- Dame.
On le voit, rien n’a manqué à la gloire de antique Madone, ni la dévotion populaire, ni celle des grands de la terre, ni celle des princes de l’Église. Au moyen âge, nous pouvons l’affirmer, Notre-Dame de la Fin des Terres futla reine du littoral aquitain.
« Les frais du culte de cette église, à l’époque dont nous parlons, dit le D' Kérédan, devaient être considérables. Son luminaire seul exigeait de fortes dépenses. En outre des chandeliers fixes, des lampes, des lustres suspendus et de différentes figures, les uns en croix, d’autres en couronnes, on voyait, près du chœur, une grande machine en forme d'arbre, qui sortait de terre garnie de feuilles, de fleurs, de fruits et de petites gondoles ou soucoupes propres à recevoir des cierges. Aux jours de solennités, le grand vaisseau
était tout resplendissant de lumière, et offrait un
spectacle féerique 0), »
La ville de Soulac, en plein moyen âge
répondait assez bien à la beauté de son église, Nous trouvons dans les anciens terriers quelques
détails qui méritent d’être consignés ici. Elle
avait des chaussées pavées qui la défendaient”
contre les envahissements de l'Océan; on comp-
tait quinze ou vingt rues principales, parmi lesquelles on cite les rues d’Espagne, de Châtel-
lerault, de Montauban, de Maumusson, de Jau,” de Castillon, Maubec, Dupras, Banes ou des
Bancs. « La plupart de ces noms étaient dus
aux familles seigneuriales qui avaient possédé.
des fiefs ou exercé des commandements dans le Médoc ®). » Il y avait, en 1379, cent sept chefs de famille, ou caps d’oustau, tous tenanciers de l’abbaye de Sainte-Croix.
Le dernier épisode de la lutte séculaire entre la France et l'Angleterre a laissé une trace dans les souvenirs de cette petite ville. En 145%,
Due
le vieux Talbot débarque une armée anglaise,”