CHAPITRE X La Résurrection
Les plantations de pins. — Déblaiement commencé par les vents. — La Commission des monuments historiques, — Un comité se forme. — Le désensablement. — La première messe. — Aspect du monument retrouvé, — Le premier curé de la basilique rendue au culte. — Que sont devenues les reliques ? — Les vieux tombeaux.
C’est vers la fin du siècle dernier que l’État, sur les indications de l’illustre Brémontier, enseigna aux populations du littoral gascon que le moyen de préserver contre l’envahissement des sables leurs champs et leurs demeures était de fixer le sol mobile par la plantation du pin maritime, si bien nommé l'arbre d’or, véritable richesse des landes. Les semis ne furent pas faciles : on avait beau les défendre par des branches et des broussailles. Le vent du nord-ouest se riait de ces frêles abris, il les dispersait avec les graines confiées au Sol. Il fallut ensemencer jusqu’à dix ou quinze
fois certaines contrées. La patience des Landais triompha de toutes les difficultés. Et bientôt un rideau de pins d’une assez grande profondeur couvrit le front des landes de Gascogne ; les dunes furent immobilisées par ces plantations r'ésineuses, dont les aiguilles jonchent le sol et le fertilisent. Toute cette région se couvrit peu à peu de belles forêts ombreuses, que les genèêts fleurissent au printemps d’un tapis doré et qui exhalent des senteurs fortifiantes ().
L'homme et la nature, instruments inconscients de Dieu, préparaient la résurrection de Soulac et de sa basilique.
Le vent de mer qui l’avait ensevelie commenca lui-même l’œuvre du déblaiement ®. Soufflant du nord-ouest, il mit peu à peu à nu, malgré les pins qui poussaient çà et là, la cage de la tour, le berceau des voûtes et les arcatures gothiques de l’abside. Ces remarquables débris attirèrent l’attention des rares visiteurs qui exploraient cette fin des terres. En 1842 et 1846, la Commission des monuments historiques de la Gironde se transporta sur les dunes solitaires, et fit un
(1) L’ensemencement officiel des dunes résulte d’un décret du 4% décembre 1810.
(2) Le vent tend toujours à démolir les dunes pour les reporter plus loin. C’est ce mouvement de migration qui découvrit la basilique.
rapport orné de gravures sur l’état du monument. La tour du clocher était en partie dégagée; la façade, fortement entamée et dégradée, se trouvait assez déblayée pour qu’on püt apercevoir le