‹ Notre-Dame de la Fin des Terres de SoulacChapitre 34 sur 39 · MORE · texte numérisé non relu

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On le voit aussi par cette description, tout était à refaire et à rétablir dans le vieux sanctuaire : facade ébréchée, voûtes effondrées en partie, nefs endommagées, cloisons béantes. Toutes ces réparations furent menées à bonne fin, grâce à l’énergique impulsion du cardinal Donnet, au concours large et empressé du Conseil général de la Gironde, à la générosité de riches bienfaiteurs, à l’activité enfin du premier curé de Notre- Dame de la Fin des Terres restaurée, M. l'abbé Mezuret.

Le cardinal avait choisi à dessein ce prêtre distingué, pour le préposer à cette œuvre de restauration qui demandait à la fois un dévouement à toute épreuve et une grande intelligence des choses de l’art. Archéologue érudit, écrivain élégant, orateur disert, M. l'abbé Mezuret était de plus un enfant du Médoc, pieusement passionné pour les antiquités religieuses de son pays natal. Il se donna tout entier à sa rude tâche. Il est et il restera le restaurateur du culte de Notre- Dame de la Fin des Terres aussi bien que son historien.

M. Mezuret fut pourvu du titre de curé du jeune. Soulac où il demeurait habituellement. N'ayant pas de presbytère auprès de la vieille basilique, il s’accommoda un logement dans la tour du.

clocher, sous la balise : trois chambres superposées le composaient. Du clocher une passerelle

allait s’abattre sur la dune voisine, et lui permettait de quitter son logis aérien, où d’ailleurs il passait rarement la nuit ;le soir venu il retournait au jeune Soulac.

C’est par un décret en date du 20 août 1867 que la paroisse de Notre-Dame de la Fin des Terres fut érigée officiellement en succursale. Les actes du Conseil de fabrique montrent combien la situation était précaire. L'eau, suintant des dunes voisines, venait baigner le sol trop profondément creusé de la basilique. Il n’y avait pas de mobilier. À peine si l’on était clos et couvert.

Le cardinal Donnet daigna accorder à la nouvelle paroisse quelques ossements de ses anciens patrons. Des reliques de sainte Véronique, de saint Zachée et de saint Fort prirent place sous une châsse modeste, au milieu du chœur ; et, en même temps, trois petites cloches, aux noïins de saint Martial, de sainte Véronique et de saint Zachée, furent installées sous la balise, et mêlèrent, en éveillant les échos du passé, leurs voix argentines au grondement de la mer.

Qu'était devenu l’ancien mobilier, et notamment la statuette d'argent de Notre-Dame de Soulac? Une partie de ce mobilier avait été transportée à l’église bâtie à l’intérieur des terres ; la statuette d’argentne fut pas retrouvée. M. l'abbé Mezuret se procura une Vierge représentant une

Assomption () et il l’installa derrière l'autel; eten. même temps il fit frapper des médailles où Notre-Dame de la Fin des Terres est représentée assise, portant sur ses genoux l'Enfant Jésus et tenant d’une main un lis, de l’autre un navire. Avec les statues, les reliques étaient perdues. Toutefois nous ne pouvons taire icique la fameuse relique, dite du lait de la Sainte Vierge, {ut retrouvée un instant pour être malheureusement ” égarée de nouveau. Le fait est certain et.ne saurait être mis en doute. M£' Cirot de la Ville le raconte dans ses Origines chrétiennes, en l’appuyant sur le témoignage de M. Larrieu, alors supérieur du Grand Séminaire de Bordeaux. Unreliquaire, dit-il, contenant du lail dela Vierge, fut trouvé en terre près de l’église du nouveau Soulac et acheté par M. Liquart, curé de cette paroisse, vers l’an 1850. IL passa sous les yeux de M. Larrieu qui l’examina attentivement et en donna une description minutieuse qu’on trouve dans le livre de M£" Cirot. Il était en vermeil, et d’une facture qui indique le xt siècle. Il présentait la forme d’une boîte sur laquelle on lisait en majuscules romaines : Lac Beatæ Virginis.

(1) Cette statue en plâtre est la reproduction d’une statue vénérée au château du Castéra, près Lesparre, dans la chapelle où reposent les restes de ce héros et de ce martyr qui fut Henry de Verthamon.

Dans l’intérieur de la boîte se trouvait enchâssée une pierre blanche, qui paraissait comme un morceau de £#ypse cristalisé, vulgairement nommé albâtre. N’était-ce pas là, dit M£r Cirot, une de ces pierrettes extraites de la Grotte de la Nativité, et appelées lait de la Sainte Vierge O7?

S'il est fâcheux que cette curieuse relique ait été perdue après avoir été retrouvée, au moins sa réapparition momentanée est-elle venue confirmer la vérité des traditions et en préciser le sens.

A défaut de statues et de reliques, on trouva, . dans les fouilles faites plus récemment en dehors de la basilique, nombre de sépultures. Ce sont des tombeaux en pierre, où la place de la tête est profondément creusée, ayant un couvercle légèrement prismatique; quelques-uns marqués d’une croix à branches égales. Les archéologues leur assignent une date certainement antérieure au x° siècle. Ils seraient donc plus anciens que la basilique elle-même. Ils contenaient des ossements qui rappelaient le vers de Virgile :

Grandiaque effossis mirabitur ossa sepulchris.

Détail singulier! Ils n'étaient pas alignés comme dans un cimetière, mais disséminés

(1) Origines chrétiennes de Bordeaux, p. 54. — Mgr Cirot donne un fac-simile du reliquaire, d’après les indications de M. Larrieu.

irrégulièrement; et même, ce qui est plus étrange encore, on les découvrit dans la masse de la dune à différentes profondeurs, c’est-à-dire à des niveaux qui n'étaient plus du tout celui du sol primitif. Il fautreconnaitre qu’à diverses époques on à utilisé ces sépulcres d’un autre âge, et les

ossements qu'ils renfermaient n'étaient pas les «

premiers qu'ils avaient reçus ©. C’est la seule

maniêre d'expliquer l’anomalie de leur présence «

dans des terrains remblayés.

À part ces vénérables sépultures, les fouilles, « depuis vingt ans, ne mirent au jour aucun objet «

d’un réel intérêt historique ou archéologique. Quelques fragments de sculpture de lédifice gothique, quelques médailles assez récentes, quelques poteries sans valeur, quelques éperons et ferrements, quelques boulets tirés par les coulevrines de Fabas, et c’est tout.

(1) Cet ensevelissement de morts récents dans des tombeaux anciens à été souvent remarqué. Plusieurs de ces sépultures

contenaient des amas d’ossements; dans l’une on a compté jusqu’à huit crânes. |

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