‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 10 sur 238 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

prescrivaient l'abstinence? était-ce parce que le poisson était un symbole chrétien encore populaire en cette époque? toujours est-il que le chef sarrasin Mirât, qui occupait le Château, vit là -dedans un prodige et se convertit à la vraie foi. Il ne fallut rien moins que ce miracle de la conversion de Mirât et son baptême pour faire rentrer ce château dans les domaines de la Chrétienté. Encore le Sarrasin stipula-t-il, dit la chronique, que, « devenant le chevalier de Notre-Dame, la Mère de Dieu, il entendait, soit pour lui , soit pour ses descendants , que son comté, libre de tout fief terrestre, ne relevât jamais que d'EUe seule. »

Les armes parlantes de la ville rendent témoignage de ce fait extraordinaire de l'Aigle et du Poisson. Lourdes porte de gueules à trois tours d'or, maçonnées de sable, sur roc d'argent; la tour du milieu plus haute que les deux autres et surmontée d'un aigle de sable éployé, membre d'or, tenant au bec une truite d'argent.

Durant toute la période du Moyen Age, le Château de Lourdes fut un centre de terreur pour le pays environnant . Tantôt au nom des Anglais , tantôt au nom des comtes de Bigorre, il était occupé par des espèces de capitaines-brigands qui, au fond, ne relevaient guère que d'eux-mêmes et qui rançonnaient les habitants de la plaine à quarante ou cinquante lieues à la ronde. Ils avaient, raconte-t-on, l'incroyable audace d'aller faire main-basse sur les choses et sur les gens jusqu'aux portes de Montpellier; puis ils rentraient, en véritables oiseaux de proie, dans leur aire inaccessible.

Au dix-huitième siècle, le Château de Lourdes devint une prison d'État. Ce fut la Bastille des Pyrénées.

La Révolution ouvrit les portes de cotte prison aux trois ou quatre détenus qu'avait envoyés là l'arbitraire du despotisme, et la peupla, en revanche, de quelques centaines de criminels, bien autrement coupables en vérité. Un auteur contemporain a relevé sur les registres d'écrou les forfaits de ces scélérats. A côté du nom de chaque prisonnier, « voici, dit-il, comment la qualification du crime était formulée : Incivique. — Ayant refusé le baiser de paix au citoyen N .... devant r autel de la patrie. — Tracassier. — Ivrogne. — De glace pour la Révolution. — Caractère tartufe., réservé dans ses opinions . — Caractère menteur comme un arracheur de dents. — Pacifique Harpagon, indifférent pour la Révolution, etc., etc.^

On voit que la Révolution avait raison de se plaindre de l'arbitraire des rois, et qu'elle avait fait succéder à l'affreux despotisme de la Monarchie un régime de douce tolérance et de pleine liberté.

L'Empire conserva à la forteresse de Lourdes son caractère de prison d'État, et elle ne le perdit qu'au retour des Bourbons. Depuis la Restauration, l'effrayant Château du Moyen Age, devenu pîir la force des choses une place de quatrième ou de cinquième ordre, est paisiblement gardé par une garnison de cent soldats d'infanterie, sous les ordres d'un Commandant.

La ville cependant est demeurée la clef des Pyré nées, mais à un tout autre point de vue qu'autrefois.

1. Bascle de Lagrèze, conseiller à la Cour impériale de Pau. Chroniques de la ville et du château de Lourdes.

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