‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 11 sur 238 · LIVRE TRI-MIER · texte numérisé non relu

LIVRE TRI-MIER

Lourdes est le carrefour des eaux thermales. Que l'on aille à Baréges, à Saint-Sauveur, à Gauterets, à Bagnères-de-Bigorre ; que de Gauterets ou de Pau on entreprenne de se rendre à Luclion, c'est toujours par Lourdes qu'il faut passer. De tout temps, depuis que l'on va aux bains des Pyrénées, les innombrables diligences employées au service des eaux durant la saison d'été s'arrêtaient à l'Hôtel de la Poste. On laissait ordinairement aux voyageurs le temps de dîner, de visiter le Ghâteau et d'admirer le paysage avant de repartir.

Voilà un siècle ou deux que cette petite ville est ainsi traversée constamment par les baigneurs et les touristes venjLis de tous les coins de l'Europe. Il en est résulté une civilisation assez avancée.

En 1858, époque où commence cette histoire, on recevait depuis longtemps à Lourdes la plupart des journaux de Paris. La Revue des Deux-Mondes y comptait plusieurs abonnés. Gomme partout, les cabarets et les cafés servaient à leurs consommateurs trois numéros du Siècle, celui du jour, celui de la veille et celui de l'avant-veille. La Bourgeoisie et le Glergé se partageaient entre le Journal des Débats^ la Presse^ le Moniteur, rUîiivers et l'Union,

Lourdes avait un cercle, une imprimerie, un journal. Le sous-préfet était à Argelès; mais la douleur qu'éprouvaient les habitants de Lourdes d'être privés de ce fonctionnaire était tempérée par la joie de posséder le Tribunal de première instance, c'est-àdire trois Juges, un Président, un Procureur impérial et un Substitut. Satellites inégaux de ce centre lumineux, un Juge de Paix, un Gommissaire de Police, six Huissiers, sept Gendarmes, dont un Brigadier, gravitaient tout autour. Dans l'enceinte de la ville s'éle-

vaient un Hôpital et une Prison ; et, comme nous aurons peut-être l'occasion de le constater, il se présentait des circonstances où quelques esprits forts, nourris des saines et humanitaires doctrines du Siècle^ prétendaient qu'il fallait mettre les criminels à l'hôpital et les malades en prison.

11 n'y avait pas que de ces puissants raisonneurs : on rencontrait dans le barreau de Lourdes, dans le corps médical, des hommes du plus grand savoir et de la plus haute distinction, des esprits remarquables, des observateurs impartiaux, comme on n'en trouve pas toujours dans des cités plus importantes.

Les races montagnardes sont généralement douées d'un très-ferme et très-pratique bon sens. La population, peu mêlée de sang étranger, était excellente. On citerait peu d'endroits en France où les écoles soient plus fréquentées qu'elles ne le sont à Lourdes. Il n'est pas un garçon qui n'aille pendant plusieurs années chez les instituteurs laïques ou chez les Frères ; pas une petite fille qui ne suive également, jusqu'à sa complète éducation populaire, l'école des Sœurs de Nevers. Plus instruits que les ouvriers de la plupart de nos villes, les gens de Lourdes ont , en même temps, la simplicité de la vie des champs. Ils ont le sang chaud, la tête méridionale, le cœur droit, une moralité parfaite. Ils sont probes, religieux et peu novateurs.

Certaines institutions locales, remontant à un temps immémorial, contribuent à maintenir un si heureux état de choses. Le peuple de ces contrées , bien avant les prétendues découvertes du progrès moderne, avait compris et pratiqué , à l'ombre de l'Église , les idées de solidarité et de prudence qui ont donné naissance

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