LIVRE PREMIER
La petite Yille de Lourdes est située dans le département des Hautes-Pyrénées, à l'emboucliure des sept vallées du Lavedan, entre les dernières ondulations des coteaux qui terminent la plaine de Tarbes et les premiers escarpements abrupts qui commencent la Grande Montagne. Les maisons, assises irrégulièrement sur un terrain accidenté, sont groupées presqu'en désordre à la base d'un rocher énorme, isolé de tout, et sur lequel est hissé, comme un nid d'aigle, un formidable Château fort. Au pied de ce roc, du côté opposé à la ville, à l'ombre des aulnes, des frênes et des peupliers, le Gave court tumultueusement, brisant ses eaux écumantes contre un barrage de cailloux et faisant tourner sur ses rives les roues sonores de trois ou quatre moulins. Le fracas des meules et le murmure du vent dans les branches des arbres se mêlent au bruit de ses ondes fuyantes.
Ce Gave est formé par les divers torrents des vallées supérieures, lesquels sortent eux-mêmes des glaciers éternels et des neiges immaculées qui recouvrent, dans les profondeurs de la chaîne, les flancs arides de la Haute Montagne. Le principal de ces affluents vient de la cascade de Gavarnie, qui tombe, comme chacun sait, d'un de ces rares pics que nui pied humain n'a pu encore gravir.
Laissant à sa droite la ville, le Château, et, sauf un seul qui est à sa gauche, tous les moulins de Lourdes, le Gave, pressé d'arriver, s'enfuit précipitamment vers la ville de Pau, qu'il dépassera en toute hâte pour aller se jeter dans l'Adour, et, de là, dans le Grand Océan.
Aux environs de Lourdes, le paysage que longe le Gave est tantôt sauvage et dur, tantôt charmant. Des prairies verdoyantes, des champs cultivés, des bois épais, des roches ardues, se mirent tour à tour dans ses eaux. Là, des terres riantes et fertiles, des points de vue gracieux ; la grande route de Pau, sillonnée à toute heure par les voitures, les cavaliers et les piétons; ici, les monts farouches et leur solitude terrible.
Le Château fort de Lourdes, à peu près imprenable avant l'invention de l'artillerie, était jadis la clef des Pyrénées.
La tradition rapporte que Charlemagne, en guerre avec les infidèles, ne put venir à bout de s'en emparer. Au moment où il allait lever le siège, un aigle, passant au-dessus de la plus haute tour de la forteresse assiégée, y laissa choir un poisson magnifique, qu'il venait de saisir dans un lac du voisinage.
Était-ce parce que, ce jour-là, les lois de l'Église