‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 100 sur 238 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

l'ordre de la foi ni dans l'ordre de la raison, n'empêche les chrétiens, témoins d'un feit surnaturel manifeste , d'en reconnaître eux-mêmes le caractère miraculeux. L'Eglise n'a jamais exigé des croyants cette abdication de leur raison et de leur sens commun; elle se réserve le droit de juger en dernier ressort : voilà tout.

« Il ne paraît point jusqu'ici, » disait l'article en terminant, (( que ce qui s'est passé ait été jugé digne par « l'autorité religieuse d'une attention sérieuse. »

Le directeur du journal administratif se trompait en ce dernier point, ainsi que le lecteur l'a déjà appris dans le cours de ce récit. Toutefois son observation, précieuse du moins en cela, constatait, pour l'avenir et pour l'Histoire, que le Clergé avait été absolument étranger aux événements qui s'étaient accomplis jusque là, et que ces événements continuaient à s'accomplir absolument en dehors de lui.

Placé au centre même des événements, le pauvre Lavedan, journal de Lourdes, se sentait écrasé par les faits, et il s'était tu tout à coup. Son silence devait durer plusieurs semaines. Il ne disait pas un mot de ces choses inouïes et de cette affluence de peuple. On aurait cru volontiers qu'il était rédigé à l'autre bout du monde, s'il n'eût rempli ses colonnes d'articles empruntés çà et là dans les feuilles publiques et dirigés contre la Superstition en général.

Durant la période des Apparitions, un temps magnifique avait favorisé le mouvement populaire. Il y avait eu une série non interrompue de beaux jours comme

on n'en avait pas vu depuis plusieurs années. A partir du 5 mars, le temps changea et il tomba une neige épaisse. Les rigueurs de la saison ralentirent naturellement pendant quelques jours le concours à la Grotte.

Les guérisons miraculeuses continuaient d'ailleurs à se produire.

La dame Benoîte Cazeaux, de Lourdes, retenue depuis trois ans dans son lit par une fièvre lente qui se compliquait de point de côté et de douleurs, avait eu vainement recours à la science médicale. Tout avait échoué. Les eaux de Gazost, où elle avait en dernier lieu fait une station thermale, avaient été impuissantes.

Ces insuccès répétés, ces échecs continus avaient déconcerté les médecins, qui, la considérant comme incurable, avaient cessé de voir la malade. Dans cette situation désespérée, la pauvre femme avait eu recours à Notre-Dame de Lourdes, et voilà que son mal incurable avait soudainement disparu à la suite d'un ou deux verres d'eau de la Grotte et de quelques lotions'.

Une autre femme, Blaisette Soupenne, de Lourdes, âgée d'environ cinquante ans, était atteinte, depuis plusieurs années, d'une maladie chronique des yeux, et son état était des plus graves. C'était, pour employer les termes techniques, une blépharite compliquée d'atrophie. Larmoiement continuel des yeux, cuissons

\. Procès -verbaux de la Commission d'enquête nommée par Mgr l'Évêque;, 22^ procès-verbal. Toutes les déclarations de cette nature reçues par la Commission ont été faites sous la foi du serment et vérifiées par les médecins.

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